- Concevoir un système d'information adapté à une réponse.
- Évaluer et communiquer la qualité et les limites des données.
- Appliquer une gestion responsable des données sensibles.
1Concevoir un système d'information
Un système d'information part des décisions à éclairer : qui décide quoi, quand, avec quelle information ? On en déduit les indicateurs, les sources (évaluations, 4W, suivi, données secondaires), la fréquence et les produits (tableaux de bord, cartes, notes d'analyse). Les standards partagés (P-codes, HXL pour baliser les tableaux, ensembles de données de référence sur HDX) permettent de combiner les données de plusieurs organisations.
La règle d'or : chaque donnée collectée doit servir. Les formulaires trop longs fatiguent les personnes interrogées et dégradent la qualité.
2Qualité, biais et limites
Les données humanitaires sont souvent incomplètes : zones inaccessibles, échantillons de convenance, populations difficiles à atteindre (personnes handicapées, minorités). On évalue la qualité selon la validité, la fiabilité, la précision, l'actualité et l'intégrité, et l'on documente les biais.
Communiquer les limites n'affaiblit pas l'analyse : cela évite des décisions fondées sur une fausse certitude. Une note méthodologique d'une demi-page accompagne tout produit important.
3Données responsables
Les orientations opérationnelles de l'IASC sur la responsabilité des données (2023) et le manuel du CICR sur la protection des données dans l'action humanitaire posent les principes : finalité définie, minimisation, consentement éclairé ou autre base légitime, sécurité, partage encadré et conservation limitée.
- Analyse d'impact avant tout traitement à risque.
- Protocoles de partage d'information au niveau du pays et des clusters, qui classent les données par sensibilité.
- Agrégation et seuils pour les produits publics, afin qu'aucune personne ne soit identifiable.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
4Architecture d'un système d'information pour un cluster ou un programme
Un système d'information n'est pas un logiciel. C'est l'ensemble organisé des flux de données, des personnes, des règles, des outils et des produits qui permet à une réponse de prendre des décisions informées. Le module de référence de l'IASC sur la coordination des clusters au niveau pays fait de la gestion de l'information une fonction centrale de chaque cluster ; dans la pratique, la qualité de cette fonction dépend moins de l'outil choisi que de la clarté des règles et des rôles.
Les composantes à concevoir
| Composante | Questions à trancher | Livrable |
|---|---|---|
| Besoins d'information | Quelles décisions, par qui, à quelle échéance ? | Matrice des besoins d'information validée |
| Flux de données | Qui produit quoi, à quelle fréquence, par quel canal, vers qui ? | Schéma des flux et calendrier de rapportage |
| Normes | Quels codes P, quelles définitions d'indicateurs, quelles listes d'activités, quelles balises HXL ? | Dictionnaire de données et guide des indicateurs |
| Outils | Collecte, stockage, consolidation, visualisation ; hébergement et coûts | Choix argumenté des outils et plan de continuité |
| Rôles | Qui contrôle, qui valide, qui publie, qui a accès à quoi ? | Matrice des responsabilités et des droits d'accès |
| Produits | Quels produits, pour quel public, à quelle fréquence ? | Catalogue des produits d'information |
| Responsabilité des données | Quelle sensibilité, quelles règles de partage, quelles durées de conservation ? | Classification de sensibilité, protocole de partage, analyses d'impact |
Le calendrier d'un système de cluster dans le cycle de programmation humanitaire
- Mensuel : 4W ou 5W des partenaires, tableau de bord du cluster, suivi des indicateurs du plan de réponse transmis à OCHA.
- Trimestriel : analyse des lacunes, carte de présence, revue des indicateurs avec le groupe consultatif stratégique du cluster.
- Annuel : contribution à l'aperçu des besoins humanitaires et au plan de réponse (désormais souvent fusionnés en un seul document des besoins et de la réponse), calcul des personnes dans le besoin et de la sévérité, définition des cibles, contribution à l'évaluation multisectorielle.
- Événementiel : alertes et évaluations rapides lors d'un nouveau choc, avec des produits allégés et accélérés.
Le catalogue des produits d'information
| Produit | Public | Fréquence | Niveau de diffusion | Responsable |
|---|---|---|---|---|
| Tableau de bord du cluster | Partenaires, OCHA, bailleurs | Mensuelle | Public (agrégé au district) | IMO du cluster |
| Carte de présence opérationnelle | Partenaires, coordination | Mensuelle | Public | IMO du cluster |
| Analyse des lacunes par commune | Groupe consultatif stratégique | Trimestrielle | Restreint aux membres | IMO et coordinateur |
| Base consolidée 4W | Partenaires actifs | Mensuelle | Restreint | IMO du cluster |
| Note de situation sur un choc | Coordination, bailleurs | Événementielle | Selon le contenu | Coordinateur avec l'IMO |
Choisir les outils sans s'enfermer
Les critères sont : la capacité des partenaires (connexion, compétences), le coût durable (licences, hébergement), l'hébergement et la juridiction des données, la possibilité d'exporter dans des formats ouverts, la maintenance après le départ de la personne qui a construit le système. Les combinaisons courantes associent KoboToolbox ou ODK pour la collecte, ActivityInfo ou un modèle Excel verrouillé pour la 4W, un espace de stockage partagé avec gestion des droits, Power BI ou Excel pour les tableaux de bord, QGIS pour les cartes et HDX pour la publication des jeux de données agrégés.
Test de durabilité : si l'IMO qui a conçu le système quitte la mission demain, un successeur peut-il produire le prochain tableau de bord en moins d'une semaine à partir de la documentation existante ? Si la réponse est non, le système n'est pas terminé.
Ressources humaines
Un cluster actif dans une crise de grande échelle a besoin au minimum d'un IMO à temps plein, souvent appuyé par un assistant ; les sous-niveaux régionaux ont besoin de points focaux. Le rôle de l'IMO est souvent sous-estimé dans les budgets : il faut défendre ce poste dès la conception, avec la liste des produits attendus et la charge de travail correspondante.
5Évaluer la qualité des données : méthode et grille d'évaluation
Les cinq dimensions classiques de la qualité des données (validité, fiabilité, précision, actualité, intégrité) sont connues ; ce qui manque souvent, c'est une méthode pour les évaluer de façon régulière et documentée. L'évaluation de la qualité des données (DQA), pratiquée notamment par les agences de coopération et par les programmes de santé, fournit cette méthode.
Les dimensions et leurs questions de contrôle
| Dimension | Question | Exemple de contrôle |
|---|---|---|
| Validité | La donnée mesure-t-elle ce qu'elle prétend mesurer ? | « Personnes ayant accès à l'eau » mesure-t-il l'accès réel ou la présence d'un point d'eau à proximité ? |
| Fiabilité | La même méthode produit-elle les mêmes résultats d'une fois sur l'autre et d'un collecteur à l'autre ? | Définitions écrites, formation, comparaison entre enquêteurs |
| Précision | Le niveau de détail et la marge d'erreur sont-ils suffisants pour la décision ? | Marge de 10 % acceptable pour prioriser, insuffisante pour suivre une variation de 5 points |
| Actualité | La donnée est-elle disponible à temps et assez récente ? | Délai entre la fin de la période et la disponibilité du chiffre |
| Intégrité | La donnée est-elle protégée contre la manipulation et les erreurs volontaires ? | Séparation des fonctions, traçabilité des modifications |
| Complétude | Toutes les unités attendues ont-elles rapporté ? | Taux de rapport des partenaires ou des structures |
La vérification par recomptage : le facteur de vérification
Pour un indicateur de suivi (personnes formées, consultations, kits distribués), on choisit un échantillon de sites et de mois, on recompte à partir des sources primaires (registres, listes signées, bordereaux) et l'on compare avec le chiffre rapporté. Le facteur de vérification est le rapport entre le chiffre recompté et le chiffre rapporté.
| Site | Chiffre rapporté | Chiffre recompté | Facteur | Constat |
|---|---|---|---|---|
| Centre de santé A | 1 240 | 1 228 | 0,99 | Écart négligeable |
| Centre de santé B | 980 | 742 | 0,76 | Surdéclaration : consultations de suivi comptées comme nouvelles |
| Centre de santé C | 615 | 690 | 1,12 | Sous-déclaration : registre de nuit non pris en compte |
| Total | 2 835 | 2 660 | 0,94 | Surdéclaration globale de 6 % |
Une plage de 0,90 à 1,10 est souvent considérée comme acceptable ; en dehors, on cherche la cause (définition mal comprise, formulaire inadapté, pression sur les cibles) et l'on corrige le processus, pas seulement le chiffre.
Méthode d'une évaluation de la qualité des données
- Choisir les indicateurs à évaluer : ceux qui sont rapportés au bailleur et ceux qui fondent des décisions importantes. En général trois à cinq.
- Décrire le circuit de chaque donnée : de la source primaire au rapport final, avec chaque étape de saisie, de transfert et d'agrégation. Les erreurs naissent aux points de transfert.
- Évaluer le système : définitions écrites, formulaires standard, formation, supervision, contrôles, stockage, rôles.
- Vérifier les chiffres par recomptage sur un échantillon de sites et de périodes.
- Rédiger le plan d'amélioration : constats, actions, responsables, échéances, suivi à la prochaine évaluation.
Une évaluation de la qualité des données ne cherche pas des coupables : elle cherche les points du circuit où l'information se déforme. Présentée comme un contrôle punitif, elle produit des données arrangées plutôt que des données justes.
La triangulation au quotidien
Sans attendre une évaluation formelle, l'IMO croise systématiquement les sources : distributions rapportées et sorties de stock ; personnes atteintes et population de référence ; résultats d'enquête et données de suivi ; tendances d'une source et tendances d'une autre (une hausse des admissions nutritionnelles cohérente ou non avec le calendrier de soudure). Une incohérence n'est pas une erreur prouvée, c'est une question à poser.
6Biais, limites et niveaux de confiance : les identifier et les communiquer
Les données humanitaires sont collectées dans des conditions qui produisent des biais systématiques : accès limité, délais courts, intermédiaires, peur des personnes interrogées, attentes d'assistance. Le professionnel ne prétend pas les éliminer ; il les identifie, les réduit quand c'est possible et les déclare de façon que le lecteur puisse en tenir compte.
Typologie des biais les plus fréquents
| Biais | Manifestation | Réduction possible |
|---|---|---|
| Biais d'accès | Seules les zones sûres et proches des routes sont couvertes | Informateurs clés à distance, entretiens téléphoniques, partenaires locaux présents, données satellitaires ; déclaration explicite des zones manquantes |
| Biais de sélection | Les enquêteurs interrogent les ménages présents en journée, visibles, proches du centre | Sélection aléatoire, visites de retour, horaires variés |
| Biais de l'intermédiaire | Les chefs de site ou les autorités choisissent les personnes interrogées | Listes vérifiées, sélection par l'équipe, entretiens hors de la présence des responsables |
| Biais de désirabilité et d'attente | Les personnes exagèrent ou minimisent leurs besoins selon ce qu'elles pensent obtenir | Information claire sur l'absence de lien avec l'assistance, questions factuelles plutôt que perceptions, triangulation |
| Biais d'invisibilité | Personnes handicapées, âgées, minorités, femmes isolées sous-représentées | Questions du Groupe de Washington, enquêtrices, entretiens individuels, échantillonnage ciblé complémentaire |
| Biais de survie | Les données sur les déplacés ne portent que sur ceux qui sont arrivés | Mention dans l'analyse ; données sur les zones de départ quand elles existent |
| Biais de signalement | Les incidents sont rapportés là où existent des services ou des acteurs | Ne jamais lire une carte d'incidents signalés comme une carte d'incidents réels |
Le biais de signalement est le piège le plus courant des données de protection : une hausse des cas enregistrés peut refléter l'ouverture d'un nouveau service ou une meilleure confiance, et non une hausse des violences. Inversement, l'absence de signalements dans une zone ne prouve rien.
Une échelle de confiance pour chaque résultat
| Niveau | Critères | Formulation recommandée |
|---|---|---|
| Élevé | Méthode représentative, données récentes, plusieurs sources concordantes | « 44 % des ménages… » |
| Moyen | Méthode partielle ou données de plus de six mois, ou une seule source fiable | « Selon l'évaluation de février, environ 4 ménages sur 10… » |
| Faible | Informateurs clés peu nombreux, zones non couvertes, sources contradictoires | « Les informations disponibles suggèrent… à confirmer » |
Modèle de note méthodologique d'une demi-page
- Objectif et questions : à quoi sert le produit.
- Sources et dates de collecte.
- Méthode : population couverte, échantillonnage, taille, niveau de représentativité, pondération.
- Couverture : zones et groupes couverts, zones et groupes non couverts.
- Limites et biais connus, avec leur sens probable (surestimation, sous-estimation).
- Niveau de confiance par résultat principal.
- Contact pour les questions sur les données.
Cette note protège l'analyste autant que le lecteur : un chiffre repris hors contexte dans un document de plaidoyer peut toujours être ramené à sa note méthodologique.
7Gouvernance des données responsables à l'échelle d'une réponse
Les orientations opérationnelles de l'IASC sur la responsabilité des données dans l'action humanitaire, révisées en 2023, définissent la responsabilité des données comme la gestion sûre, éthique et efficace des données personnelles et non personnelles. Elles proposent des principes (notamment approche centrée sur les personnes, ne pas nuire, protection des données personnelles, finalité définie, proportionnalité, qualité, sécurité, transparence, redevabilité) et des actions à mener à trois niveaux : l'ensemble de la réponse, chaque cluster ou secteur, chaque organisation.
Les actions clés au niveau d'une réponse
- Cartographier l'écosystème de données : quelles organisations collectent quelles données, sur qui, avec quels outils, où sont-elles stockées, qui les partage avec qui ? Cette cartographie révèle les collectes redondantes et les flux à risque.
- Établir une classification de la sensibilité commune des données et des informations.
- Adopter un protocole de partage d'information à l'échelle de la réponse, sous l'égide du groupe de travail sur la gestion de l'information, avec la classification en annexe.
- Conduire des analyses d'impact pour les traitements à risque (enregistrement biométrique, systèmes de gestion de cas, cartographie d'incidents).
- Prévoir la gestion des incidents de données : définition, notification, réponse, enseignements.
Exemple de classification de la sensibilité
| Niveau | Définition | Exemples | Règles de partage |
|---|---|---|---|
| Faible ou public | Divulgation sans risque raisonnable de dommage | 4W agrégée au district, cartes de sévérité, chiffres de population de référence | Publication possible (HDX, sites web) |
| Modéré ou restreint | Risque limité, impact faible | 4W par commune et par site, résultats d'évaluation par localité | Partage entre partenaires humanitaires sur demande, sans republication |
| Élevé | Risque de dommage important pour des personnes, des groupes ou des organisations | Localisation précise des sites de déplacés en zone de conflit, données d'incidents de protection géolocalisées | Partage limité, finalité précise, accord écrit, niveau d'agrégation fixé |
| Grave ou confidentiel | Risque de préjudice grave, y compris pour la vie | Listes nominatives, données de gestion de cas, informations sur les survivantes de violences, données biométriques | Pas de partage hors finalité et hors consentement ; accès nominatif et minimal |
Mener une analyse d'impact sur la protection des données
- Décrire le traitement : finalité, données, personnes concernées, outils, flux, destinataires, durées.
- Vérifier la nécessité et la proportionnalité : chaque donnée est-elle nécessaire ? Une solution moins intrusive existe-t-elle ?
- Identifier les risques pour les personnes : accès non autorisé, détournement par une autorité ou un groupe armé, exclusion par erreur, stigmatisation, perte de confiance. Pour chacun, probabilité et gravité.
- Définir les mesures de réduction : techniques (chiffrement, pseudonymisation), organisationnelles (rôles, formation), contractuelles (accords).
- Décider : risque résiduel acceptable, traitement modifié ou abandonné. La décision est signée par un responsable de niveau approprié.
- Réviser lorsque le contexte ou le traitement change.
Une analyse d'impact qui conclut systématiquement à un risque acceptable n'est pas une analyse : c'est une formalité. Les bonnes analyses aboutissent régulièrement à supprimer une variable, à réduire un niveau de détail ou à renoncer à un partage.
Le cas particulier de l'information de protection
Le cadre de gestion de l'information de protection (PIM), élaboré par un groupe d'organisations humanitaires, distingue plusieurs systèmes : profilage de population, suivi de protection, gestion de cas, information sur la réponse, information sécuritaire et situationnelle. Chacun a ses propres finalités et ses propres règles. Les Standards professionnels pour les activités de protection du CICR consacrent un chapitre entier à la gestion des données et des informations sensibles. Mélanger dans une même base des données de suivi de protection et des données de gestion de cas est une erreur de conception classique.
8Exemple complet : construire en huit semaines le système d'information d'un cluster protection
Contexte fictif : dans la province du Bas-Ombré (Valdorie), une offensive a provoqué en quelques mois le déplacement de 140 000 personnes. Le cluster protection, activé depuis peu, compte 17 partenaires dont 9 organisations nationales. Il n'existe ni 4W commune, ni règles de partage ; trois organisations font chacune leur propre suivi de protection avec des questionnaires différents ; une plateforme de plaidoyer demande une carte publique des incidents. Une IMO est recrutée pour six mois.
Semaines 1 et 2 : diagnostic
- Entretiens avec la coordinatrice du cluster, les responsables des domaines de responsabilité (protection de l'enfance, violences basées sur le genre, lutte antimines), 12 partenaires et l'IMO d'OCHA.
- Cartographie de l'écosystème : 23 flux de données identifiés, dont 5 jugés à risque élevé (listes nominatives transmises par courriel aux autorités locales pour l'enregistrement, tableaux d'incidents avec noms partagés sur une messagerie de groupe).
- Matrice des besoins d'information : 6 décisions prioritaires, notamment l'orientation des équipes mobiles, le choix des sites pour des espaces sûrs, le plaidoyer sur la liberté de mouvement.
Semaines 3 et 4 : normes et règles
Le cluster adopte une liste de 14 activités standard, une 4W unique avec codes P et désagrégation par sexe, âge et handicap, et un questionnaire commun de suivi de protection au niveau des communautés (informateurs clés, pas de données individuelles), qui remplace les trois questionnaires existants. La classification de sensibilité est validée en réunion du cluster :
| Jeu de données | Niveau | Forme partagée | Destinataires | Conservation |
|---|---|---|---|---|
| 4W protection | Faible (district) ; modéré (commune) | Agrégée | Public au district ; partenaires à la commune | Durée de la réponse |
| Suivi de protection (informateurs clés) | Modéré | Indicateurs agrégés par commune et par mois | Partenaires du cluster | Trois ans, puis archivage agrégé |
| Incidents de protection signalés | Élevé | Tendances par district et par catégorie, sans lieu précis, cellules inférieures à 5 regroupées | Groupe restreint (coordination du cluster, OCHA, HCDH) ; tendances pour le plaidoyer | Deux ans pour le détail |
| Gestion de cas (protection de l'enfance, VBG) | Grave | Aucune donnée individuelle ; statistiques agrégées produites par chaque organisation | Organisation gestionnaire uniquement | Selon les procédures de gestion de cas |
| Liste des sites de déplacés avec coordonnées | Élevé dans les zones de front | Coordonnées précises pour la planification interne ; pas de publication | Partenaires opérationnels avec accord | Mise à jour mensuelle |
Semaine 5 : analyse d'impact sur la carte publique des incidents
L'analyse conclut que la carte proposée (points géolocalisés, catégorie d'incident, date) permettrait d'identifier des villages, et dans certains cas des familles, exposés à des représailles ; que 81 % des incidents enregistrés proviennent de trois communes où opèrent des équipes mobiles, ce qui rendrait la carte trompeuse. Décision : pas de carte de points. À la place, un tableau trimestriel des tendances par district et par catégorie, accompagné d'une note qualitative et de l'avertissement sur le biais de signalement.
Semaines 6 et 7 : outils et formation
Formulaire commun déployé dans un compte de l'organisation chef de file, avec droits par partenaire (chaque partenaire voit ses propres soumissions, l'IMO voit l'ensemble) ; 4W en ligne avec liste fermée des codes P ; formation de deux jours pour 31 points focaux, dont une demi-journée sur la responsabilité des données ; procédure de gestion des incidents de données rédigée et diffusée. Les listes nominatives transmises aux autorités sont remplacées par des chiffres agrégés par site, après plaidoyer de la coordinatrice appuyé par la classification adoptée.
Semaine 8 : premiers produits et revue
Premier tableau de bord : 16 partenaires sur 17 ont rapporté ; 38 000 personnes atteintes par au moins une activité de protection (dédoublonnage par maximum au niveau de la commune) ; deux communes de sévérité 4 sans aucun partenaire présent. Le groupe consultatif stratégique du cluster décide de réorienter deux équipes mobiles. La revue de fin de période identifie les points à consolider : manque de capacité de deux partenaires nationaux pour la saisie en ligne (appui d'un assistant IMO à temps partiel budgété dans le fonds commun), et besoin d'un accord de partage formel avec le domaine de responsabilité VBG.
Le système produit ici moins de données qu'avant (un questionnaire au lieu de trois, aucune liste nominative partagée), mais des données plus utiles et moins dangereuses. C'est souvent le signe d'un système bien conçu.
9Erreurs de conception, attentes des bailleurs et des auditeurs, adaptations au contexte
Erreurs de conception fréquentes
| Erreur | Conséquence | Prévention |
|---|---|---|
| Commencer par l'outil (« nous allons faire un tableau Power BI ») | Un produit élégant qui ne répond à aucune décision | Commencer par la matrice des besoins d'information |
| Système dépendant d'une seule personne | Effondrement au départ de l'IMO | Documentation, scripts commentés, seconde personne formée |
| Multiplication des demandes de rapport aux partenaires | Fatigue de rapportage, données bâclées, désengagement | Un formulaire unique, un calendrier fixe, retour systématique des analyses aux partenaires |
| Absence de classification de sensibilité | Décisions de partage au cas par cas, sous pression | Classification et protocole adoptés tôt, en réunion de coordination |
| Confusion des systèmes d'information de protection | Données de gestion de cas exposées dans des analyses de tendances | Bases séparées, finalités distinctes, référence au cadre PIM |
| Collecte sans retour vers les communautés | Perte de confiance, refus de participer | Restitution des résultats sous une forme adaptée, dans le respect de la confidentialité |
Ce que les bailleurs, les évaluateurs et les auditeurs examinent
- La redevabilité de la fonction : les bailleurs qui financent des postes d'IMO de cluster demandent des produits réguliers, un taux de rapport des partenaires et la contribution aux documents de planification.
- La qualité démontrée : évaluations de la qualité des données réalisées, facteurs de vérification, actions correctives suivies.
- La conformité : politique de protection des données de l'organisation, analyses d'impact pour les traitements à risque, accords de partage signés, registre des incidents de données. Les audits institutionnels des grands bailleurs et les évaluations de partenaires des agences des Nations unies incluent de plus en plus ces éléments.
- L'utilisation : les évaluations, y compris les évaluations humanitaires interinstitutions, cherchent si l'information a influencé l'allocation des ressources et la priorisation.
- L'inclusion : prise en compte des personnes handicapées, des femmes et des groupes marginalisés dans la conception des collectes, conformément aux engagements de la Norme humanitaire fondamentale (CHS) sur la participation et la non-discrimination.
Adapter le système au contexte
| Contexte | Priorités de conception |
|---|---|
| Crise soudaine | Système minimal en quelques jours : 3W simple, carte des zones touchées, liste de contacts, règles de partage provisoires adoptées dès la première réunion ; les normes complètes viennent ensuite |
| Crise prolongée | Stabilité des indicateurs, archivage, séries temporelles, transition progressive vers les systèmes nationaux lorsque c'est possible et sans risque |
| Contextes de camps | Coordination étroite avec la gestion des camps et l'enregistrement ; éviter que chaque organisation recense à nouveau la population |
| Milieu urbain | Intégration des données des autorités municipales et des services publics, attention particulière à la visibilité des personnes déplacées |
| Gestion à distance | Outils fonctionnant hors ligne et en connexion faible, vérification par des tiers, contrôles automatisés, documentation encore plus rigoureuse |
| Conflit avec parties hostiles aux humanitaires | Minimisation stricte, hébergement des données hors de portée des parties, plan d'effacement d'urgence, analyse d'impact pour tout nouveau flux |
| Partenaires nationaux à faible capacité | Outils simples, formation et accompagnement, financement des postes IM chez les partenaires, reconnaissance de leurs données dans les produits ; conformément aux engagements de localisation, ne pas les cantonner à la collecte |
10Questions d'entretien et références clés
Questions d'entretien
1. « Vous arrivez comme IMO d'un cluster nouvellement activé. Que faites-vous les deux premières semaines ? »
Une bonne réponse décrit le diagnostic : rencontres avec la coordination et les partenaires, inventaire des données existantes, cartographie des flux, identification des décisions prioritaires. Elle propose des produits minimaux rapides (contacts, 3W, carte) tout en préparant les normes, et mentionne les règles de partage dès le départ.
2. « Comment évaluez-vous la qualité des chiffres que les partenaires vous transmettent ? »
Le candidat cite les dimensions de la qualité, les contrôles automatisés de la 4W, la triangulation avec d'autres sources, le recomptage sur échantillon et le facteur de vérification, et insiste sur l'amélioration du processus plutôt que la sanction.
3. « Une organisation de plaidoyer demande une carte publique des incidents de protection. Que répondez-vous ? »
Elle évoque l'analyse d'impact, les risques de réidentification et de représailles, le biais de signalement, et propose des alternatives : tendances agrégées par district et par période, note qualitative, avertissements. Elle mentionne la classification de sensibilité et la décision collective au sein du cluster.
4. « Qu'est-ce que la responsabilité des données, et en quoi diffère-t-elle de la protection des données ? »
La protection des données concerne les données personnelles ; la responsabilité des données englobe aussi les données non personnelles sensibles (données démographiquement identifiables, localisation de groupes, informations opérationnelles), et inclut l'efficacité et l'éthique de leur usage. Elle cite les orientations de l'IASC et les trois niveaux d'action.
5. « Comment présentez-vous les limites d'une analyse à un coordinateur qui veut un chiffre simple ? »
Elle donne un chiffre avec son niveau de confiance et une phrase de limite, explique ce que la limite change concrètement pour la décision, et propose comment réduire l'incertitude si la décision le justifie.
6. « Comment rendre un système d'information durable après votre départ ? »
Documentation (dictionnaire, guide des indicateurs, procédures), automatisation par scripts commentés, formation d'un suppléant, choix d'outils maintenables, implication des partenaires nationaux et transmission formalisée.
Références clés
- Operational Guidance on Data Responsibility in Humanitarian Action : IASC (2023).
- Data Responsibility Guidelines et notes d'orientation du Centre pour les données humanitaires : OCHA.
- Module de référence pour la coordination des clusters au niveau pays : IASC.
- Documents d'orientation sur le cycle de programmation humanitaire et le cadre d'analyse intersectorielle conjointe (JIAF) : IASC et OCHA.
- Cadre de gestion de l'information de protection (PIM) : initiative interorganisations PIM.
- Standards professionnels pour les activités de protection : CICR, chapitre sur la gestion des données et des informations.
- Handbook on Data Protection in Humanitarian Action : CICR et Brussels Privacy Hub.
- Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS).
- Principes pour le développement numérique (Principles for Digital Development).
- Outils et guides de l'évaluation de la qualité des données utilisés par les agences de coopération et les programmes de santé publique.
Exercice d'application : un protocole de partage en une page
Pour un programme de votre choix, classez cinq jeux de données en trois niveaux de sensibilité (public, restreint, confidentiel) et indiquez pour chacun qui peut y accéder, sous quelle forme (brute, agrégée) et pendant combien de temps.
À retenir
- Un système d'information part des décisions à éclairer.
- Standards partagés : P-codes, HXL, HDX.
- Qualité : validité, fiabilité, précision, actualité ; documenter les biais.
- Données responsables : finalité, minimisation, analyse d'impact, partage encadré, agrégation.
💼 Offres d'emploi en Suivi-évaluation et données
Mettez cette formation en pratique : les dernières offres de ce domaine.
- Project Completion, Monitoring and Partnerships Consultant (Korean Language Preferred)International Trade Centre · Ouganda
- MERL Officer- RosterPlan International · Éthiopie
- Expert(e) en Suivi-Évaluation et Pilotage de la Performance des Entreprises AccompagnéesONUDI / UNIDO · Comores
- National Monitoring and Evaluation ExpertONUDI / UNIDO · Palestine
- Head of Section (Mathematics) / Senior Research ScientistUNESCO · Italie
Pour aller plus loin : références de la formation
- OCHA (2024). Humanitarian Data Exchange (HDX) et Centre for Humanitarian Data. data.humdata.org
- OCHA (2023). Standard HXL (Humanitarian Exchange Language). hxlstandard.org
- IASC / JIAF (2023). Cadre d'analyse conjoint intersectoriel (JIAF 2.0). www.jiaf.info
- IASC (2023). Directives opérationnelles sur la responsabilité des données dans l'action humanitaire. interagencystandingcommittee.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.