Jour 2 sur 3 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Travailler dans un cluster et coordonner sur le terrain

Objectifs du jour
  • Utiliser les outils du cluster (4W, gaps).
  • Animer une réunion de coordination.
  • Gérer les relations avec les autorités et les militaires.

1Les outils du cluster

  • Le 4W (qui fait quoi, où et quand ; parfois 5W avec « pour qui ») : chaque partenaire déclare ses activités par zone ; le cluster en tire des cartes de présence et de couverture.
  • L'analyse des gaps : comparer les besoins (personnes dans le besoin, sévérité) et la couverture pour orienter les partenaires vers les zones oubliées.
  • Les standards et guides techniques du cluster : composition des kits, montants des transferts, protocoles, adaptés de Sphère au contexte.
  • Le tableau de bord mensuel : personnes atteintes par rapport aux cibles du HRP.

Remplir le 4W à temps n'est pas une formalité : c'est ce qui rend votre travail visible et permet de défendre le financement de votre zone.

2Une réunion de coordination utile

  • Un ordre du jour envoyé à l'avance, avec des décisions à prendre, pas seulement des tours de table.
  • Des données partagées avant (cartes 4W, gaps) pour discuter de solutions plutôt que de lire des chiffres.
  • Un compte rendu court avec les décisions, les responsables et les échéances, partagé dans les 48 heures.
  • Des réunions dans une langue comprise par les acteurs locaux, avec traduction si besoin, à des heures et lieux accessibles.
  • Des co-facilitateurs issus d'ONG, y compris nationales, aux côtés de l'agence chef de file.

3Autorités, militaires et acteurs locaux

Autorités : les associer aux réunions, partager les plans et les données agrégées, respecter les procédures (autorisations, enregistrement), tout en préservant l'impartialité (ce sont les besoins qui décident des listes, pas les affiliations).

Coordination civilo-militaire (UN-CMCoord, animée par OCHA) : dialogue nécessaire pour la sécurité et l'accès, mais distinction claire entre humanitaires et militaires. Les moyens militaires ne sont utilisés qu'en dernier recours (Directives d'Oslo pour les catastrophes, directives MCDA pour les conflits), sous contrôle civil, sans escorte par défaut.

Localisation : les organisations nationales et locales connaissent le terrain et restent après la crise. Les associer à la direction des clusters, partager les financements (le Grand Bargain a fixé l'objectif d'au moins 25 % des fonds aussi directement que possible aux acteurs locaux) et renforcer leurs capacités fait partie d'une bonne coordination.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

4La gestion de l'information du cluster : le 4W pas à pas

Le 4W est l'outil le plus utilisé et le plus mal rempli de la coordination. Un 4W fiable permet de voir les doublons et les zones oubliées, de calculer la couverture par rapport aux cibles du plan de réponse et de défendre des financements. Un 4W approximatif produit des cartes trompeuses qui orientent les ressources au mauvais endroit. La qualité dépend autant des partenaires qui le remplissent que du chargé de gestion de l'information (IMO) du cluster.

Ce que contient un 4W bien conçu

ChampContenu attenduPiège fréquent
Organisation qui rapporte et organisation qui met en œuvreLes deux, distinctement (l'agence qui finance et le partenaire qui exécute)Double comptage quand l'agence et son partenaire déclarent la même activité
LocalisationNiveau administratif 2 ou 3 avec le code de lieu officiel (P-code issu des jeux de données opérationnels communs) ; site de déplacés le cas échéantNoms de villages écrits de cinq manières différentes, impossibles à agréger
ActivitéActivité choisie dans la liste fermée du cluster, alignée sur les indicateurs du plan de réponseActivités libres (« sensibilisation diverse ») inexploitables
StatutPlanifiée, en cours, terminée ; dates de début et de finActivités planifiées présentées comme réalisées
Personnes atteintesPar sexe et âge (au minimum femmes, hommes, filles, garçons), handicap si possible, groupe de population (déplacés, retournés, hôtes)Chiffres cumulés mélangés aux chiffres mensuels
ModalitéEn nature, monétaire (avec ou sans restriction), servicesTransferts monétaires non signalés au groupe de travail cash
Source de financementBailleur ou fonds communChamp laissé vide, ce qui empêche l'analyse de la couverture financière

Le compte des personnes atteintes : la règle des personnes uniques

Le cluster distingue deux chiffres. Le nombre d'atteintes par activité (une même personne qui reçoit un kit d'hygiène et participe à une session de promotion compte deux fois) sert au suivi des activités. Le nombre de personnes uniques atteintes, qui est le chiffre comparé à la cible du plan de réponse, ne compte chaque personne qu'une fois par période. La méthode habituelle consiste, pour chaque unité géographique, à retenir l'activité qui a touché le plus de personnes, ou à déduire les recoupements connus entre partenaires. Les orientations du cluster doivent préciser la règle ; à défaut, demandez-la, car les écarts peuvent aller du simple au double.

Le calendrier mensuel type

  1. Du 1er au 5 du mois : les partenaires saisissent leurs données du mois précédent dans l'outil du cluster (fichier normalisé, plateforme en ligne de type ActivityInfo, formulaire Kobo).
  2. Du 6 au 10 : l'IMO vérifie la cohérence (valeurs aberrantes, doublons, P-codes invalides, désagrégations incomplètes) et renvoie les questions aux partenaires.
  3. Du 10 au 15 : production des produits d'information (carte de présence, tableau de couverture par rapport aux cibles, tableau de bord), partagés avant la réunion mensuelle.
  4. Vers le 15 : transmission à OCHA pour le tableau de bord intersectoriel et le suivi du plan de réponse.

Point clé : pour un partenaire, le 4W doit être produit à partir de son propre système de suivi, pas reconstitué de mémoire le jour de l'échéance. Si les catégories du cluster ne correspondent pas à vos indicateurs internes, faites la correspondance une fois pour toutes, au démarrage du projet.

Responsabilité des données : ce qu'on partage et ce qu'on ne partage pas

Les Orientations opérationnelles de l'IASC sur la responsabilité des données dans l'action humanitaire fixent un principe clair : partager les données nécessaires à la coordination, au niveau d'agrégation le plus élevé qui permette l'usage prévu. Concrètement :

  • Le 4W ne contient jamais de données personnelles : pas de noms, pas de listes de bénéficiaires, pas de coordonnées GPS de ménages.
  • Les données sensibles (incidents de protection, violences basées sur le genre, localisation précise de groupes à risque) suivent des protocoles spécifiques, définis par le cluster protection et ses domaines de responsabilité, et ne figurent pas dans les produits publics.
  • Chaque cluster devrait disposer d'un protocole de partage de l'information, qui classe les données par niveau de sensibilité (publique, restreinte, confidentielle) et précise qui peut accéder à quoi. Les partages de listes de bénéficiaires entre organisations (par exemple pour la déduplication des transferts monétaires) se font sous accord de partage de données, avec une base juridique et des mesures de sécurité.
  • Les demandes de données des autorités ou de forces armées sont traitées collectivement, au niveau du cluster ou de l'EHP, et non par chaque organisation isolément.

5Exemple complet : de la carte de couverture à la décision de réorientation

Contexte fictif : district de Sarré, province du Haut-Doma, République du Lomandi. Le sous-cluster sécurité alimentaire réunit huit partenaires, dont deux ONG nationales. La cible du plan de réponse pour le district est de 83 000 personnes recevant une assistance alimentaire mensuelle (en nature ou monétaire) pendant la période de soudure. Vous êtes la co-facilitatrice du sous-cluster pour une ONG internationale et vous préparez, avec l'IMO, l'analyse des gaps du mois de juin.

Étape 1 : rassembler les données

Vous croisez trois sources : les personnes dans le besoin et la sévérité issues de l'analyse du plan de réponse (actualisée par l'analyse IPC de la saison), le 4W de mai, et les informations qualitatives des partenaires (accès, ruptures de chaîne d'approvisionnement, mouvements de population).

Étape 2 : calculer la couverture et le gap

CommunePersonnes cibléesSévéritéAtteintes déclarées (4W mai)CouvertureGap
Kaba22 000414 30065 %7 700
Doré18 50043 70020 %14 800
Lissa9 00038 10090 %900
Mboro15 00051 50010 %13 500
Teni12 000313 800115 %0 (à vérifier)
Wassa6 500400 %6 500
Total83 00041 40050 %43 400

Étape 3 : vérifier les anomalies avant de conclure

Une couverture de 115 % à Teni signale presque toujours un problème de données plutôt qu'une surcouverture réelle. Après vérification avec les deux partenaires présents, il apparaît que l'un distribue des transferts monétaires à 9 600 personnes et que l'autre distribue des semences à 4 200 personnes, dont la quasi-totalité sont aussi bénéficiaires des transferts. Les semences relèvent d'une autre activité (appui aux moyens d'existence). Le nombre réel de personnes uniques recevant une assistance alimentaire est donc de 9 600, soit une couverture de 80 %. La correction ramène le total atteint du district à 37 200 personnes (45 %) et le gap à 45 800.

Étape 4 : prioriser

Le sous-cluster utilise un score simple, validé en réunion au début de la saison : score = sévérité x (1 - couverture). Le score n'est pas une décision automatique ; il sert de base à la discussion.

CommuneSévéritéCouverture corrigéeScoreRang
Mboro510 %4,501
Wassa40 %4,002
Doré420 %3,203
Kaba465 %1,404
Teni380 %0,605
Lissa390 %0,306

Étape 5 : comprendre les causes des gaps

  • Mboro : accès restreint par un groupe armé depuis avril ; un partenaire dispose de financements mais ne peut pas y aller. Le problème est l'accès, pas l'argent.
  • Wassa : aucun partenaire présent ; une ONG nationale de la commune voisine connaît la zone mais n'a pas de financement.
  • Doré : le principal partenaire a subi une rupture de financement en mars. Le problème est financier.

Étape 6 : les décisions de la réunion

DécisionResponsableÉchéance
Saisir le groupe de travail sur l'accès et OCHA sur la situation de Mboro, avec les données de sévérité et de couvertureCoordinateur du sous-clusterDans la semaine
Proposer Wassa et Doré comme priorités de la prochaine allocation de réserve du fonds commun ; encourager l'ONG nationale à soumettre une proposition pour Wassa, avec appui technique d'un partenaireCo-facilitatrice et coordinateurNote au cluster national sous 10 jours
Le partenaire présent à Teni étudie la possibilité de réorienter 2 000 transferts vers Doré au prochain cycle, en accord avec son bailleurPartenaire concernéRéponse à la prochaine réunion
Rappeler à tous les partenaires la règle de comptage des personnes uniques et distinguer assistance alimentaire et appui aux moyens d'existence dans le 4WIMOAvant la prochaine saisie

Ce que montre l'exemple : une analyse des gaps utile ne s'arrête pas aux pourcentages. Elle vérifie les données, distingue les causes (accès, financement, absence de partenaire) et aboutit à des décisions différentes pour chaque cause, avec un responsable et une échéance.

Réorienter un partenaire : ce que le cluster peut et ne peut pas faire

Un cluster n'a aucune autorité hiérarchique sur ses membres. Il ne peut pas obliger une ONG à changer de zone. Il dispose en revanche de leviers réels : la transparence (une carte qui montre la concentration de l'aide dans une commune déjà couverte), l'avis technique sur les propositions soumises aux fonds communs, et le dialogue avec les bailleurs, qui demandent de plus en plus aux partenaires de justifier leurs zones par rapport aux priorités du cluster. Un partenaire qui accepte de se réorienter doit le faire avec l'accord de son bailleur et en informant les communautés et les autorités de la zone qu'il quitte, pour éviter des tensions.

6Préparer, animer et suivre une réunion de coordination : la méthode complète

Une réunion de cluster qui réunit 30 personnes pendant deux heures coûte l'équivalent de 60 heures de travail de cadres. Elle se justifie seulement si elle produit des décisions qu'aucun courriel n'aurait permis de prendre. La méthode ci-dessous s'applique aux réunions de cluster, de sous-cluster et de groupe de travail.

Avant la réunion (J-7 à J-2)

  1. J-7 : le coordinateur et le co-facilitateur listent les questions qui demandent une décision collective (priorités géographiques, validation d'un standard, réponse à une alerte, avis sur des propositions). Ce qui relève de l'information pure est envoyé par écrit.
  2. J-5 : envoi de l'ordre du jour avec, pour chaque point, sa nature (information, discussion, décision), le temps prévu, la personne qui le présente et les documents associés.
  3. J-3 : diffusion des produits d'information (carte 4W, tableau de couverture, projet de standard) pour que les participants les lisent avant.
  4. J-2 : contacts bilatéraux avec les partenaires concernés par une décision sensible (réorientation, désaccord sur un standard), pour éviter les surprises en séance.

Ordre du jour type d'une réunion mensuelle de 90 minutes

DuréePointNaturePrésenté par
5 minOuverture, adoption de l'ordre du jour, suivi des actions de la réunion précédenteInformationCoordinateur
15 minSituation et analyse des gaps du mois (documents envoyés à l'avance, présentation limitée aux faits saillants)DiscussionIMO
25 minPriorités géographiques pour la prochaine allocation du fonds communDécisionCo-facilitateur
20 minValidation du standard sur la composition et la valeur du panier d'assistanceDécisionGroupe technique
10 minRetour de la communauté : synthèse des plaintes et retours collectés par les partenaires, mesures proposéesDiscussionPoint focal redevabilité
10 minPoints des autres secteurs et du groupe intercluster, alertesInformationCoordinateur
5 minRécapitulatif des décisions et des actionsDécisionCo-facilitateur

Pendant la réunion : techniques d'animation

  • Séparer présentation et discussion : les données ont été lues avant ; la réunion sert à les interpréter et à décider.
  • Formuler la décision attendue au début de chaque point : « Nous devons choisir deux communes prioritaires parmi les quatre proposées. »
  • Organiser la parole : donner la parole d'abord aux ONG nationales et aux participants à distance, qui interviennent moins spontanément ; limiter les tours de table aux points qui le justifient.
  • Règle de décision : le consensus est recherché ; à défaut, les termes de référence du cluster prévoient en général une décision du groupe consultatif stratégique ou du coordinateur, avec mention des désaccords au compte rendu.
  • Gérer les conflits : ramener la discussion aux données et aux critères validés ; renvoyer les différends bilatéraux à un échange séparé ; ne jamais laisser une organisation être mise en cause publiquement sans possibilité de réponse.
  • Langue et accessibilité : interprétation ou réunion dans la langue de travail locale, documents courts, lieu accessible, connexion pour les partenaires des zones éloignées.

Après la réunion : le compte rendu et le suivi des actions

Le compte rendu est diffusé dans les 48 à 72 heures. Il tient en deux pages au maximum et comprend : la liste des participants par organisation, les décisions numérotées, le tableau des actions et, si nécessaire, les désaccords exprimés. Le tableau de suivi des actions est repris au début de chaque réunion.

N°ActionResponsableÉchéanceStatut
06-01Transmettre la note sur l'accès à Mboro au groupe de travail sur l'accèsCoordinateur14 juinFait
06-02Diffuser la règle de comptage des personnes uniquesIMO20 juinEn cours
06-03Confirmer la réorientation de 2 000 transferts vers DoréPartenaire concernéRéunion de juilletEn attente de l'accord du bailleur

Indicateur simple de la qualité d'un cluster : la proportion d'actions décidées qui sont effectivement réalisées à l'échéance. En dessous de la moitié, le cluster produit des réunions, pas de la coordination.

Les alertes et la réponse rapide entre deux réunions

Une coordination sous-nationale doit fonctionner entre les réunions. La plupart des clusters disposent d'un circuit d'alerte : un partenaire ou une autorité signale un événement (afflux de déplacés, épidémie, incendie dans un site) ; le coordinateur vérifie l'information dans les 24 à 48 heures, déclenche si nécessaire une évaluation rapide conjointe avec les autres secteurs, puis sollicite les partenaires présents ou un mécanisme de réponse rapide lorsqu'il en existe un. Les seuils de déclenchement (par exemple un mouvement de plus de quelques centaines de ménages, ou un seuil épidémiologique défini par le cluster santé) sont fixés à l'avance pour éviter les débats au moment de l'urgence.

7Autorités et forces armées : règles, critères et outils pratiques

Travailler avec les autorités sans perdre l'impartialité

Les autorités nationales et locales sont responsables au premier chef de l'assistance et de la protection des populations. Elles délivrent les autorisations, enregistrent les organisations, fixent parfois des priorités et peuvent faciliter ou bloquer l'accès. Une relation de travail régulière est indispensable. Les points de friction les plus courants sont prévisibles et se préparent collectivement :

Demande ou situationRéponse recommandéeNiveau de traitement
L'autorité veut établir ou valider les listes de bénéficiairesAssocier l'autorité à la définition des critères et à la vérification communautaire, mais conserver la sélection selon les besoins et des critères publics ; prévoir un mécanisme de plaintePosition commune du cluster, appuyée par OCHA si nécessaire
Demande de listes nominatives ou de données sur des personnesPartager des données agrégées ; refuser les données personnelles sauf base légale claire et garanties de protection, après avis collectifCluster protection et EHP
Demande de « contributions », taxes ou recrutement imposéNe pas céder isolément ; documenter, informer OCHA et le forum des ONG, adopter une position communeEHP, groupe de travail sur l'accès
Procédures administratives qui retardent l'action (autorisations de mouvement, dédouanement)Collecter des données précises sur les retards et leurs conséquences, plaider collectivement pour une simplificationOCHA et groupe de travail sur l'accès
Autorités parties au conflitMaintenir le dialogue avec toutes les parties, sans légitimation ; informer de façon transparente sur les activités, pas sur les populationsEHP, avec les directives pays

La coordination civilo-militaire : les textes et les critères

La coordination civilo-militaire humanitaire (UN-CMCoord), animée par OCHA, vise trois objectifs : le partage d'information, la déconfliction (éviter que les opérations militaires mettent en danger les humanitaires et les civils) et, dans des cas strictement limités, l'utilisation de moyens militaires. Les textes de référence sont :

  • Les Directives d'Oslo sur l'utilisation des ressources militaires et de la protection civile étrangères dans le cadre des opérations de secours en cas de catastrophe.
  • Les directives MCDA sur l'utilisation des ressources militaires et de protection civile à l'appui des activités humanitaires des Nations Unies dans les situations d'urgence complexes.
  • Le document de référence de l'IASC sur les relations civilo-militaires dans les situations d'urgence complexes (2004).
  • Les directives non contraignantes de l'IASC sur l'utilisation des escortes armées pour les convois humanitaires (2013).
  • Les directives propres à chaque pays, adoptées par l'EHP, qui priment en pratique sur le terrain.

Le principe du dernier recours se décline en conditions cumulatives : il n'existe pas d'alternative civile comparable ; la ressource militaire est unique par sa capacité ou sa disponibilité ; elle répond à un besoin humanitaire vital ; son utilisation est limitée dans le temps et en ampleur, avec une stratégie de sortie ; elle reste sous contrôle civil ; et l'assistance garde un caractère civil. Dans les conflits, on privilégie l'appui aux infrastructures (réparer un pont) ou l'appui indirect (transport de marchandises jusqu'à un entrepôt) plutôt que l'assistance directe aux populations par des militaires.

Escortes armées : un arbre de décision

Selon les directives de 2013, la règle par défaut est de ne pas utiliser d'escorte armée. Une exception ne peut être envisagée que si quatre critères sont remplis, en plus du dernier recours :

  1. Besoin humanitaire et priorité : le convoi répond à des besoins vitaux qui ne peuvent pas être satisfaits autrement.
  2. Responsabilité de l'autorité souveraine : l'escorte est fournie de préférence par l'autorité responsable de la sécurité, et non par une partie au conflit perçue comme hostile par la population.
  3. Sécurité du personnel : l'escorte réduit réellement le risque, sans exposer le convoi à être ciblé à cause d'elle.
  4. Durabilité de l'accès : l'escorte ne compromet pas l'accès futur, la perception de neutralité ou la sécurité des autres organisations.

La décision est prise au niveau approprié (en général par le CH ou l'EHP sur avis du responsable de la sécurité et d'OCHA), documentée et revue périodiquement. Une ONG peut avoir sa propre politique plus restrictive : beaucoup refusent toute escorte armée, quelles que soient les circonstances.

Les outils pratiques de la déconfliction

  • Systèmes de notification humanitaire : les organisations notifient, par l'intermédiaire d'OCHA, la localisation de leurs installations fixes et de leurs mouvements aux parties au conflit, qui sont ainsi informées de leur caractère protégé. La notification n'est pas une demande d'autorisation et ne garantit pas la sécurité.
  • Points de contact désignés : un interlocuteur civil unique (OCHA) entre la communauté humanitaire et les forces armées, pour éviter que chaque organisation ne traite directement avec elles.
  • Règles de comportement : pas de transport de personnel armé dans les véhicules humanitaires, pas d'uniformes ou d'armes dans les locaux, logos clairement distincts, pas de participation à des activités de « conquête des cœurs et des esprits ».

Point clé : la question à se poser avant tout contact opérationnel avec des forces armées n'est pas « est-ce efficace aujourd'hui ? », mais « quelle sera la conséquence pour la perception de neutralité, l'accès des autres organisations et la sécurité des populations demain ? ».

8Erreurs fréquentes, variations de contexte et regard des bailleurs

Erreurs fréquentes des partenaires d'un cluster

  • Remplir le 4W en retard ou de façon incomplète, puis contester des cartes qui ne montrent pas son action. La visibilité dépend de la qualité des données transmises.
  • Déclarer les activités prévues comme réalisées, ce qui masque les gaps et retarde la réorientation des ressources.
  • Agir seul face aux autorités ou aux forces armées sur une question qui engage tous les acteurs (taxes, listes, escortes) : une concession isolée devient la norme imposée à tous.
  • Ignorer les standards du cluster (composition des kits, montants des transferts), ce qui crée des tensions entre communautés voisines et met en difficulté les autres partenaires.
  • Utiliser les réunions pour faire la promotion de son organisation plutôt que pour résoudre des problèmes communs.
  • Négliger la coordination intersectorielle : distribuer des kits d'hygiène dans un site sans eau, ou des semences sans coordination avec les transferts monétaires.

Variations selon les contextes

ContexteParticularités de la coordination de terrain
Sites et camps de déplacésLe cluster coordination et gestion des camps (CCCM) organise la coordination au niveau du site : gestionnaire de site, comités de résidents, suivi des services par site, cartographie des prestataires. Les clusters sectoriels s'appuient sur ce niveau et sur les outils de suivi des sites.
Milieu urbain et déplacés hors sitesLes populations sont dispersées et mêlées à la population hôte ; les services municipaux, les quartiers et les leaders communautaires deviennent les points d'entrée. La coordination par zone et le ciblage fondé sur la vulnérabilité, plutôt que sur le statut, sont souvent plus adaptés.
Gestion à distanceLes données du 4W et de suivi proviennent de partenaires locaux ou de tiers ; il faut prévoir des vérifications croisées (suivi par des tiers, appels aux bénéficiaires, images satellites pour certaines infrastructures) et protéger les partenaires locaux qui supportent la plus grande part du risque.
Forte insécuritéLes réunions peuvent devenir des cibles ou des sources d'information sensibles ; on limite la diffusion des cartes de présence détaillées et des mouvements, et l'on renforce le rôle du groupe de travail sur l'accès.
Partenaires locaux à faibles capacitésSimplifier les outils de rapportage, offrir un appui de l'IMO, accepter des formats hors ligne, organiser des sessions de prise en main ; ne pas exclure de la coordination ceux qui ne maîtrisent pas les plateformes en ligne.

Ce que regardent les bailleurs et les auditeurs

  • ECHO demande dans son formulaire unique comment l'action est coordonnée avec les autres acteurs et les clusters, et ses experts techniques de terrain participent souvent aux réunions de cluster : ils savent si une organisation est présente et active.
  • Le BHA demande de démontrer la coordination avec les clusters et l'alignement sur les standards sectoriels, notamment pour les montants des transferts monétaires et les paniers de dépenses minimales.
  • Les fonds communs exigent généralement que les projets soient alignés sur le plan de réponse et que l'organisation rapporte au 4W ; l'avis technique du cluster pèse directement sur la sélection.
  • Les évaluateurs vérifient la cohérence entre les zones d'intervention et les priorités du cluster, l'absence de doublons, la prise en compte des standards et l'utilisation des retours des communautés.

Lors d'un audit ou d'une vérification, conservez les preuves de votre participation : comptes rendus mentionnant votre organisation, envois du 4W, correspondances sur la répartition géographique. Ces pièces justifient vos choix de zones et vos coûts.

9Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Les données du 4W montrent une couverture de 130 % dans une commune. Comment interprétez-vous ce chiffre ? »

Une bonne réponse évoque d'abord un problème de données (double comptage entre activités ou entre agence et partenaire, confusion entre chiffres mensuels et cumulés, cible obsolète), décrit la vérification avec les partenaires concernés et la règle des personnes uniques, puis, si la surcouverture est réelle, la discussion sur une réorientation.

2. « Comment rendre une réunion de cluster plus utile ? »

Le candidat parle de points de décision identifiés, de documents envoyés à l'avance, de durée maîtrisée, de suivi des actions, de compte rendu rapide, de participation des ONG nationales (langue, horaires, connexion à distance) et d'un indicateur de suivi des actions réalisées.

3. « Une autorité locale exige de valider vos listes de bénéficiaires. Que faites-vous ? »

Elle explique l'enjeu d'impartialité, propose d'associer l'autorité aux critères et à la vérification communautaire sans lui céder la sélection, porte la question au cluster et à OCHA pour une position commune, et documente l'échange. Elle mentionne le mécanisme de plainte comme garantie.

4. « Dans quelles conditions accepteriez-vous un appui militaire pour acheminer de l'aide ? »

Elle cite le dernier recours et ses conditions (absence d'alternative civile, capacité unique, besoin vital, limitation dans le temps, contrôle civil), distingue catastrophes et conflits, rappelle la règle par défaut contre les escortes armées et les quatre critères des directives de 2013, et précise que la décision est collective et que la politique de son organisation peut être plus restrictive.

5. « Quelles données acceptez-vous de partager avec le cluster ? »

Elle distingue données agrégées et données personnelles, cite les orientations de l'IASC sur la responsabilité des données, le protocole de partage de l'information et les accords de partage de données pour les cas particuliers (déduplication des transferts).

Références clés

  • Orientations et normes de gestion de l'information des clusters, et outils 3W/4W : OCHA et équipes de soutien des clusters mondiaux.
  • Orientations opérationnelles sur la responsabilité des données dans l'action humanitaire : IASC.
  • Jeux de données opérationnels communs (COD) et codes de lieux : OCHA.
  • Directives d'Oslo et directives MCDA : OCHA.
  • Document de référence sur les relations civilo-militaires dans les situations d'urgence complexes (2004) et Directives non contraignantes sur l'utilisation des escortes armées pour les convois humanitaires (2013) : IASC.
  • Guide de terrain sur la coordination civilo-militaire humanitaire : OCHA.
  • Boîte à outils du cluster coordination et gestion des camps : cluster mondial CCCM.
  • Manuel Sphère (édition 2018), en particulier les standards sur la coordination et la Norme humanitaire fondamentale (CHS).
Mise en situation

L'escorte militaire proposée

Zone de conflit, réunion de coordination de district

Votre rôle

Vous co-facilitez le groupe de coordination du district pour une ONG nationale.

L'armée nationale propose d'escorter tous les convois humanitaires vers une zone reprise récemment. Certains partenaires veulent accepter pour aller plus vite. Les autorités demandent aussi la liste nominative des bénéficiaires.

  1. Décision 1 sur 3Comment traitez-vous la proposition d'escorte ?

  2. Décision 2 sur 3Que répondez-vous à la demande de liste nominative des bénéficiaires ?

  3. Décision 3 sur 3Comment rendre le groupe de coordination plus inclusif pour les ONG locales ?

Exercice d'application : préparer une réunion

Vous co-facilitez la réunion mensuelle du cluster dans votre district. Rédigez un ordre du jour de 60 minutes avec trois décisions à prendre, puis un modèle de compte rendu (décisions, responsables, échéances).

À retenir

  • Le 4W rend l'action visible et révèle les gaps.
  • Une bonne réunion produit des décisions, des responsables et des échéances.
  • Moyens militaires en dernier recours, sous contrôle civil, distinction claire.
  • Associer les acteurs locaux à la direction et au financement de la réponse.

💼 Offres d'emploi en Gestion de programmes

Mettez cette formation en pratique : les dernières offres de ce domaine.

Voir les 1126 offres en Gestion de programmes →

Préparez le test écrit et l'entretienExemple de test écrit corrigé dans ce domaine, questions d'entretien avec modèles de réponses et méthode STAR.Voir le test corrigé →
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. OCHA / IASC (2023). Cycle de programmation humanitaire : documents de référence. www.humanitarianresponse.info
  2. IASC (2024). Documents de référence du Comité permanent interorganisations (IASC). interagencystandingcommittee.org
  3. IASC (2015). Module de référence pour la coordination des clusters au niveau pays. interagencystandingcommittee.org
  4. OCHA (2007). Directives d'Oslo et lignes directrices MCDA sur l'utilisation des moyens militaires. www.unocha.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Le 4W sert à savoir :
2Les moyens militaires dans une réponse humanitaire sont utilisés :
3Un bon compte rendu de réunion contient surtout :

← Jour 1Jour 3 →