- Identifier les instances de coordination.
- Comprendre le rôle des clusters et de leurs chefs de file.
- Suivre le cycle de programmation humanitaire.
1Pourquoi coordonner ?
Sans coordination, l'aide se concentre dans les zones faciles d'accès, crée des doublons, laisse des zones oubliées et applique des standards différents d'une organisation à l'autre. La coordination sert à couvrir tous les besoins prioritaires, sans doublons, avec des standards communs, et à parler d'une seule voix aux autorités et aux bailleurs.
Elle respecte le rôle premier de l'État : quand les autorités en ont la capacité, les mécanismes humanitaires internationaux les appuient au lieu de les remplacer.
2Qui coordonne ?
- Le Coordonnateur des secours d'urgence (chef d'OCHA) au niveau mondial, avec le Comité permanent interorganisations (IASC) qui réunit agences de l'ONU, Croix-Rouge (observateur) et réseaux d'ONG.
- Le Coordonnateur humanitaire (CH) dans le pays, souvent aussi Coordonnateur résident de l'ONU, responsable de la réponse internationale.
- L'Équipe humanitaire pays (EHP / HCT) : instance stratégique autour du CH (agences, ONG internationales et nationales).
- Le groupe de coordination intercluster (ICCG), animé par OCHA, qui relie les secteurs.
- Au niveau local : groupes de coordination régionaux ou de district, groupes de travail thématiques (cash, redevabilité, PSEA, accès).
3Les clusters
L'approche par clusters (réforme humanitaire de 2005) organise la réponse en secteurs, chacun avec une agence chef de file au niveau mondial, par exemple : santé (OMS), nutrition et eau-hygiène-assainissement (UNICEF), sécurité alimentaire (PAM et FAO), logistique et télécommunications d'urgence (PAM), protection (HCR), abris et coordination des camps (HCR et Fédération internationale ou OIM selon le contexte), éducation (UNICEF et Save the Children).
Six fonctions de base d'un cluster pays : appuyer la fourniture des services (éviter doublons et gaps), éclairer les décisions stratégiques (évaluations, analyse), planifier et élaborer la stratégie (standards, plan de réponse), faire le plaidoyer, suivre et rendre compte, préparer la réponse aux crises futures, sans oublier la redevabilité envers les populations touchées.
L'agence chef de file est aussi « fournisseur de dernier recours » : elle s'engage, dans la mesure du possible, à combler les gaps critiques.
4Le cycle de programmation humanitaire
- Évaluation et analyse des besoins : Aperçu des besoins humanitaires (HNO), souvent avec une analyse intersectorielle de la sévérité.
- Planification stratégique : Plan de réponse humanitaire (HRP), avec objectifs, cibles et budget par cluster.
- Mobilisation des ressources : appel de fonds, CERF, fonds pays (CBPF), financements bilatéraux.
- Mise en œuvre et suivi : rapports mensuels des clusters, tableaux de bord.
- Revue opérationnelle et évaluation, puis nouveau cycle.
Pour un projet, être aligné sur le HRP et enregistré dans le cluster aide beaucoup à obtenir des fonds communs.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5Activer, adapter et désactiver les clusters : règles et procédure
Les clusters ne sont pas une structure permanente qui existerait par défaut dans tout pays en crise. Le Module de référence pour la coordination des clusters au niveau pays de l'IASC fixe une logique simple : on active un cluster lorsqu'il existe un déficit de coordination que les mécanismes existants, en particulier nationaux, ne peuvent pas combler. On le désactive, ou on le transforme, dès que ce déficit disparaît. Un représentant d'ONG qui connaît ces règles comprend pourquoi certains secteurs ont un cluster et d'autres un simple groupe de travail, et peut peser sur ces décisions.
Les critères d'activation
L'activation formelle repose sur deux conditions cumulatives :
- Une détérioration nette de la situation ou un changement significatif (catastrophe soudaine, nouveau conflit, déplacement massif) qui crée des besoins nouveaux ou plus étendus, dans un ou plusieurs secteurs.
- Une capacité de coordination nationale ou existante insuffisante pour répondre à ces besoins selon les principes humanitaires, soit parce que l'échelle dépasse les moyens des autorités, soit parce que l'État est partie au conflit ou n'a pas accès à certaines zones.
La procédure est la suivante : le Coordonnateur humanitaire (CH), après consultation de l'Équipe humanitaire pays (EHP), propose l'activation de clusters précis, en indiquant pour chacun l'agence chef de file pressentie. La proposition est transmise au Coordonnateur des secours d'urgence, qui la soumet aux responsables de l'IASC pour validation. En pratique, la décision est rapide (quelques jours) dans une crise soudaine. Le CH peut aussi désigner une agence chef de file différente de l'agence mondiale si une autre organisation est mieux placée dans le pays, ou proposer une co-direction avec une ONG.
L'intensification à l'échelle du système
Pour les crises les plus graves, l'IASC dispose depuis 2018 de protocoles d'intensification à l'échelle du système (System-Wide Scale-Up), qui ont remplacé l'ancienne « activation de niveau 3 ». L'activation est décidée par le Coordonnateur des secours d'urgence, après consultation des responsables de l'IASC, sur la base de cinq critères : l'ampleur, l'urgence, la complexité, la capacité de réponse existante et le risque de ne pas répondre aux attentes des populations touchées. Elle déclenche pour une durée limitée (en principe jusqu'à six mois, prolongeable de façon exceptionnelle) le déploiement de personnel expérimenté, la mobilisation de mécanismes de financement accélérés et un leadership renforcé. Elle s'est appliquée, selon les années, à des crises comme celles du Yémen, de l'Éthiopie septentrionale, de l'Ukraine ou de la Türkiye et de la Syrie après les séismes de 2023.
Ce qui n'est pas un cluster
- Les situations de réfugiés relèvent du modèle de coordination pour les réfugiés (RCM) du HCR, qui découle de son mandat. Les groupes y sont appelés « secteurs », sont dirigés par le HCR avec le gouvernement et les partenaires, et le document de planification est un plan de réponse pour les réfugiés (RRP), pas un HRP. Lorsque réfugiés et déplacés internes coexistent, la Note conjointe HCR-OCHA sur les situations mixtes (2014) organise la répartition des rôles entre le CH et le représentant du HCR.
- Les secteurs dirigés par le gouvernement : dans beaucoup de pays exposés aux catastrophes, le ministère compétent anime des groupes sectoriels nationaux, que les agences appuient. Il n'y a pas d'activation formelle, mais la logique des fonctions de base reste la même.
- Les groupes de travail (transferts monétaires, redevabilité, PSEA, accès, gestion de l'information) : ils ne sont pas des clusters et n'ont pas d'agence fournisseur de dernier recours, mais ils pèsent souvent autant sur la qualité de la réponse. Depuis 2022, le modèle de coordination des transferts monétaires de l'IASC rattache le groupe de travail cash au groupe intercluster et prévoit une co-présidence entre OCHA ou une agence et un acteur non onusien.
- Les domaines de responsabilité (AoR) du cluster protection : protection de l'enfance (UNICEF), violences basées sur le genre (UNFPA), action contre les mines (UNMAS), logement, terre et propriété (coordination assurée notamment par le Conseil norvégien pour les réfugiés). Ils disposent de leurs propres coordinateurs et outils, mais rendent compte au cluster protection.
Désactivation et transition
Le module de référence prévoit que l'activation soit revue au moins une fois par an, et que chaque cluster dispose d'un plan de transition dès sa création : quelles fonctions seront transférées, à qui (ministère, groupe sectoriel national, plateforme de développement), selon quel calendrier et avec quel renforcement de capacités. La désactivation est un succès lorsqu'elle repose sur une capacité nationale réelle ; elle devient un problème lorsqu'elle est dictée par la baisse des financements ou par une pression politique, et laisse des zones sans coordination.
Point clé : l'activation d'un cluster ne transfère pas la responsabilité de l'État. Elle crée un mécanisme temporaire, justifié par un déficit de coordination, qui doit prévoir dès le départ comment il cessera d'exister.
Les évolutions récentes de l'architecture
Plusieurs évolutions changent la pratique depuis le début des années 2020 :
- La coordination par zone (area-based coordination) : dans des crises étendues, des coordinateurs de zone sous-nationaux réunissent tous les secteurs autour d'un territoire, ce qui facilite l'analyse intersectorielle et la priorisation géographique.
- La fusion de l'aperçu des besoins et du plan de réponse dans un document unique (souvent appelé HNRP) dans de nombreux pays depuis le cycle 2024, avec une planification plus courte et plus priorisée.
- La « réinitialisation humanitaire » engagée par le Coordonnateur des secours d'urgence en 2025, dans un contexte de forte baisse des financements : allègement des structures de coordination, réduction du nombre de réunions, recentrage sur les besoins vitaux et « hyperpriorisation » des plans de réponse. Les modalités varient selon les pays et continuent d'évoluer : un professionnel vérifie toujours la configuration en vigueur dans le pays où il travaille.
6Cartographier la coordination d'une réponse : méthode pour vos dix premiers jours
Un chef de projet ou un coordinateur qui arrive dans un nouveau pays perd souvent un mois à comprendre « qui décide quoi ». Une cartographie méthodique, faite dans les dix premiers jours, évite les erreurs coûteuses : réunion manquée où les priorités d'un fonds commun ont été fixées, projet lancé dans une zone déjà couverte, autorité locale contournée. Voici une méthode éprouvée.
Étape 1 : réunir les documents de référence (jours 1 et 2)
- Le dernier aperçu des besoins et plan de réponse (HNO, HRP ou HNRP), ou l'appel éclair si la crise est récente.
- Les termes de référence de l'EHP, du groupe intercluster et des clusters dans lesquels votre organisation travaille.
- La liste de contacts des clusters et la page du pays sur les plateformes d'OCHA (ReliefWeb Response et le portail de données humanitaires HDX), avec les tableaux de bord 4W les plus récents.
- Les directives pays sur la coordination civilo-militaire, l'accès et les escortes armées, s'il en existe.
- La stratégie de l'EHP en matière de redevabilité envers les populations et de protection contre l'exploitation et les abus sexuels (PSEA).
- La documentation du fonds commun pays (manuel opérationnel, dernière stratégie d'allocation) si votre organisation est éligible.
Étape 2 : dessiner l'organigramme réel (jours 3 à 5)
Les organigrammes officiels montrent les liens formels. Il faut y ajouter ce que les documents ne disent pas : la fréquence réelle des réunions, les personnes qui y participent effectivement, les forums où les décisions sont vraiment prises (souvent le groupe consultatif stratégique d'un cluster plutôt que la réunion plénière), et les canaux informels (réunion hebdomadaire des directeurs d'ONG internationales, forum des ONG nationales). Le tableau suivant sert de grille de travail.
| Instance | Niveau | Qui la préside | Fréquence | Décisions qu'elle prend | Notre représentation |
|---|---|---|---|---|---|
| Équipe humanitaire pays | National, stratégique | Coordonnateur humanitaire | Mensuelle ou bimensuelle | Priorités stratégiques, positions de plaidoyer, accès | Via les 3 sièges ONG internationales et 2 sièges ONG nationales |
| Groupe intercluster | National, opérationnel | OCHA | Hebdomadaire | Analyse intersectorielle, préparation du HNRP | Aucune (réservé aux coordinateurs de clusters) |
| Cluster EHA national | National, sectoriel | UNICEF et une ONG co-facilitatrice | Mensuelle | Standards, priorités du secteur, avis techniques sur les projets | Responsable EHA |
| Cluster EHA, sous-cluster de province | Provincial | Coordinateur sous-national | Bimensuelle | Répartition géographique, réponse aux alertes | Chef de projet de la base |
| Forum des ONG | National | Secrétariat élu | Mensuelle | Positions communes des ONG, désignation des représentants | Directeur pays |
Étape 3 : rencontrer les personnes clés (jours 5 à 10)
Prévoyez des entretiens courts (30 minutes) avec le chef de bureau OCHA de la zone, les coordinateurs des clusters concernés, le point focal de l'autorité locale chargée des affaires humanitaires et un ou deux responsables d'ONG nationales. Préparez trois questions : quelles sont les priorités et les zones les moins couvertes, quelles sont les règles locales à respecter (autorisations, notifications), comment notre organisation peut-elle contribuer au-delà de ses projets (co-facilitation, données, groupe technique).
Étape 4 : formaliser la représentation de votre organisation
Pour chaque instance, désignez un représentant titulaire et un suppléant, définissez son mandat (ce qu'il peut engager sans validation et ce qu'il doit remonter), et prévoyez une note de restitution de dix lignes après chaque réunion. Une organisation qui envoie chaque mois une personne différente, sans mandat ni suivi, n'a aucune influence.
Le calendrier des premières semaines d'une crise soudaine
| Délai | Ce qui se passe dans la coordination | Ce que votre organisation doit faire |
|---|---|---|
| 0 à 72 heures | Déploiement éventuel d'une équipe UNDAC (dans les 12 à 48 heures), premiers rapports de situation d'OCHA, définition préliminaire du scénario, réunions d'urgence de l'EHP | Partager immédiatement ses informations de terrain (accès, dégâts, capacités), signaler ses stocks et son personnel disponibles |
| 3 à 5 jours | Lancement de l'appel éclair, demande éventuelle au CERF (fenêtre de réponse rapide), activation des clusters | Proposer des activités alignées sur les priorités de l'appel, avec cibles et budget réalistes |
| Jusqu'à 2 semaines | Évaluation initiale rapide multisectorielle (MIRA) et rapport, premières cartes 4W | Participer aux équipes d'évaluation, utiliser les outils communs, déclarer ses activités au 4W |
| Environ 1 mois | Révision de l'appel éclair sur la base des évaluations, premières allocations du fonds commun | Ajuster ses propositions, préparer les dossiers de financement |
| 2 à 3 mois | Évaluations sectorielles détaillées, standards techniques du cluster, plan de transition vers le cycle annuel | Adopter les standards, contribuer à l'analyse des besoins |
Point clé : dans une crise soudaine, l'influence se joue dans les dix premiers jours. Les organisations qui partagent tôt des données fiables et une capacité réelle sont celles dont les zones et les activités apparaissent dans l'appel éclair.
7Le cycle de programmation humanitaire pas à pas : calendrier, analyse et rôle des ONG
Le cycle de programmation humanitaire (HPC) n'est pas un exercice administratif d'OCHA. C'est le moment où se décident les chiffres de personnes dans le besoin, les zones prioritaires et les budgets qui orienteront les fonds communs et une grande partie des financements bilatéraux pendant un an. Une ONG qui n'y participe pas découvre ensuite que ses zones ne sont pas prioritaires.
Le calendrier type d'un cycle annuel
| Période indicative | Étape | Qui pilote | Rôle attendu des ONG |
|---|---|---|---|
| Mai à juin | Revue des données disponibles, planification des évaluations (souvent une évaluation multisectorielle des besoins, MSNA) | OCHA, groupe de gestion de l'information, partenaires d'évaluation | Partager ses évaluations, proposer des enquêteurs, signaler les zones inaccessibles |
| Juillet à août | Collecte de données de la MSNA et des évaluations sectorielles | Partenaire d'évaluation, clusters | Faciliter l'accès, contribuer aux questionnaires sectoriels |
| Août à septembre | Analyse conjointe : sévérité et personnes dans le besoin par secteur et en intersectoriel (cadre JIAF) | Groupe intercluster, clusters | Participer aux ateliers d'analyse, contester les données non représentatives avec des preuves |
| Septembre à octobre | Planification : objectifs, ciblage, coûts par activité ou par projet | Clusters, EHP pour les choix stratégiques | Proposer des cibles réalistes, fournir des coûts unitaires |
| Novembre à décembre | Validation par l'EHP et le CH, publication et lancement de l'appel global | OCHA, CH | Relayer le plan auprès de ses bailleurs |
| Toute l'année | Suivi mensuel ou trimestriel, rapport périodique, revue à mi-parcours | Clusters, OCHA | Rapporter dans les délais au 4W et aux indicateurs du cluster |
Le cadre d'analyse intersectoriel (JIAF)
La version 2.0 du Joint Intersectoral Analysis Framework, adoptée en 2023, structure l'analyse des besoins. Retenez les éléments suivants :
- Une échelle de sévérité en cinq phases : 1 minimale, 2 sous tension, 3 sévère, 4 extrême, 5 catastrophique. Sont considérées comme « dans le besoin » les personnes en phase 3 ou plus.
- Une analyse par unité géographique (généralement le niveau administratif 2 ou 3) et par groupe de population (déplacés en sites, déplacés en familles d'accueil, retournés, population hôte, réfugiés le cas échéant).
- Des indicateurs sectoriels et intersectoriels, combinés selon des règles fixées à l'avance, avec une vérification par des experts qui peuvent ajuster le résultat en justifiant leur décision.
- Un chiffre intersectoriel de personnes dans le besoin qui n'est pas la somme des chiffres sectoriels (une même personne peut avoir des besoins dans trois secteurs) : il est en général calculé à partir du maximum sectoriel par unité géographique et par groupe, ou de l'analyse des ménages de la MSNA.
Des personnes dans le besoin à la cible
Le plan de réponse ne cible jamais 100 % des personnes dans le besoin. Le cluster fixe une cible en tenant compte de la sévérité (priorité aux phases 4 et 5), de l'accès, de la capacité des partenaires, de la réponse d'autres acteurs (gouvernement, Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, acteurs de développement) et du financement attendu. Le budget est calculé soit par projet (méthode ancienne, encore utilisée dans certains pays), soit par coût par activité : nombre de personnes ciblées multiplié par un coût unitaire de référence, éventuellement ajusté selon la difficulté d'accès.
Point clé : les chiffres de personnes dans le besoin et de cibles se négocient sur la base de données et de méthodes, pas d'influence. Une ONG qui apporte des données d'évaluation solides et une méthode transparente pèse davantage qu'une organisation qui plaide sans preuves pour « sa » zone.
Contribuer utilement à l'analyse : ce que fait un bon représentant
- Il vérifie, avant l'atelier, la représentativité des données pour ses zones : taille d'échantillon, période de collecte, zones exclues pour raison d'accès.
- Il apporte des données secondaires datées et sourcées (rapports de suivi, résultats d'évaluations, données des centres de santé), et non des impressions.
- Il signale les groupes invisibles dans les données moyennes : personnes handicapées, ménages dirigés par des femmes, minorités, déplacés en familles d'accueil dispersés en ville.
- Il fournit des coûts unitaires réels (coût par personne d'un kit, d'un forage réhabilité, d'un transfert monétaire), qui permettent un budget réaliste.
- Il accepte les arbitrages collectifs une fois la décision prise, et les documente dans ses propres propositions.
8Exemple complet : des inondations dans une crise prolongée, du scénario au chiffrage du cluster
Contexte fictif : la province du Haut-Doma, dans la République du Lomandi, connaît depuis six ans un conflit de faible intensité qui a provoqué le déplacement d'environ 140 000 personnes. Un cluster EHA sous-national existe déjà, co-animé par l'UNICEF et une ONG internationale. En septembre, des pluies exceptionnelles provoquent des inondations dans cinq districts. Vous êtes responsable EHA de l'ONG « Solidarité Bassin », présente dans les districts de Tiloko et de Sarré, et vous représentez votre organisation au sous-cluster.
Étape 1 : les premières 72 heures
Le bureau d'OCHA du Haut-Doma convoque une réunion intercluster d'urgence. Le CH décide de ne pas demander d'intensification à l'échelle du système (l'ampleur reste provinciale), mais de lancer un addendum au plan de réponse et une demande au CERF. Les clusters déjà actifs sont utilisés : il n'y a rien à activer. Votre équipe transmet le jour même au coordinateur du sous-cluster trois informations précises : 14 points d'eau sur 22 sont submergés à Tiloko, deux routes sur trois vers Sarré sont coupées, vous disposez d'un stock de 2 400 kits d'hygiène et de 6 tonnes de produits de chloration.
Étape 2 : l'analyse des besoins du secteur
Dix jours plus tard, une évaluation rapide conjointe, complétée par les données de la MSNA de l'année précédente, permet au sous-cluster d'estimer la proportion de la population en phase de sévérité 3 ou plus pour le secteur EHA.
| District | Population totale | Population en phase 3 ou plus (EHA) | Personnes dans le besoin EHA | Sévérité dominante | Accès |
|---|---|---|---|---|---|
| Mabanga | 420 000 | 31 % | 130 200 | 3 | Bon |
| Tiloko | 260 000 | 48 % | 124 800 | 4 | Bon |
| Sarré | 180 000 | 62 % | 111 600 | 4 | Partiel (une route) |
| Konvi | 150 000 | 22 % | 33 000 | 3 | Bon |
| Baleko | 90 000 | 70 % | 63 000 | 4, poches en 5 | Très limité (zone de combats) |
| Total | 1 100 000 | 42 % | 462 600 |
Étape 3 : fixer les cibles
Le sous-cluster applique trois règles discutées et validées en réunion : priorité aux districts en sévérité 4 ou plus, prise en compte de la capacité réelle des partenaires présents, et prise en compte de l'accès. Les raisonnements sont consignés dans le compte rendu.
| District | Personnes dans le besoin | Part ciblée | Cible | Justification |
|---|---|---|---|---|
| Tiloko | 124 800 | 75 % | 93 600 | Sévérité 4, trois partenaires présents dont Solidarité Bassin |
| Sarré | 111 600 | 80 % | 89 280 | Sévérité 4 la plus étendue, risque de choléra signalé par les autorités sanitaires |
| Baleko | 63 000 | 50 % | 31 500 | Besoins les plus graves mais accès limité ; un partenaire national présent |
| Mabanga | 130 200 | 50 % | 65 100 | Sévérité 3, service des eaux municipal opérationnel, appui ciblé aux sites de déplacés |
| Konvi | 33 000 | 30 % | 9 900 | Sévérité 3, réponse prévue par la direction provinciale de l'hydraulique |
| Total | 462 600 | 63 % | 289 380 |
Étape 4 : chiffrer la réponse
Le cluster utilise un coût par personne pour un paquet EHA d'urgence (approvisionnement en eau, chloration, kits d'hygiène, latrines d'urgence dans les sites, promotion de l'hygiène). Le coût de référence, calculé à partir des budgets de quatre partenaires, est de 24 dollars par personne pour trois mois. Pour Baleko, un coefficient de 1,3 tient compte des surcoûts logistiques et de sécurité.
- Districts à coût standard : 257 880 personnes x 24 dollars = 6 189 120 dollars.
- Baleko : 31 500 personnes x 31,20 dollars = 982 800 dollars.
- Besoin financier du secteur EHA pour l'addendum : 7 171 920 dollars, arrondi à 7,2 millions dans le document.
Étape 5 : le chiffre intersectoriel
Au groupe intercluster, un participant propose d'additionner les chiffres sectoriels pour Tiloko. Le tableau suivant montre pourquoi c'est une erreur.
| Secteur | Personnes dans le besoin à Tiloko |
|---|---|
| Sécurité alimentaire | 141 000 |
| EHA | 124 800 |
| Santé | 98 000 |
| Abris et articles non alimentaires | 60 000 |
| Somme (erronée) | 423 800, soit plus que la population totale du district |
| Chiffre intersectoriel retenu (maximum sectoriel, confirmé par l'analyse des ménages de la MSNA) | 148 000 |
Le chiffre retenu (148 000) est légèrement supérieur au maximum sectoriel, car l'analyse des ménages montre que certains ménages sont en phase 3 du fait d'un cumul de besoins modérés dans plusieurs secteurs.
Étape 6 : ce que fait Solidarité Bassin
- Elle déclare au 4W ses activités prévues à Tiloko (35 000 personnes) et à Sarré (22 000 personnes), en précisant les sous-districts, pour éviter les doublons avec les deux autres partenaires.
- Elle signale qu'elle pourrait appuyer le partenaire national présent à Baleko par un approvisionnement en produits de chloration, ce qui est inscrit comme action au compte rendu.
- Elle soumet une proposition au fonds commun alignée sur les cibles et le coût de référence du cluster, en justifiant un coût légèrement supérieur à Sarré par l'acheminement sur une seule route.
- Elle partage ses données de suivi chaque mois, ce qui lui permettra de démontrer au bailleur la couverture atteinte par rapport à la cible du secteur.
Ce que montre l'exemple : chaque chiffre du plan est traçable jusqu'à une source, une règle et une décision collective. C'est cette traçabilité que les bailleurs et les évaluateurs examinent en premier.
9Erreurs fréquentes, variations de contexte et regard des évaluateurs
Erreurs fréquentes dans l'usage de l'architecture
| Erreur | Conséquence | Comment l'éviter |
|---|---|---|
| Confondre le cluster et l'agence chef de file (croire que le coordinateur du cluster représente les intérêts de l'UNICEF ou du PAM) | Méfiance, rétention d'information, refus de partager les données | Rappeler que le coordinateur, même financé par l'agence, sert l'ensemble des partenaires ; demander que le poste soit dédié et non cumulé avec un rôle de programme de l'agence |
| Participer aux réunions sans mandat ni restitution | Aucune influence, engagements pris sans validation | Désigner un titulaire et un suppléant, définir un mandat écrit, faire une note de restitution |
| Ignorer le cycle de programmation | Zones et activités absentes du plan, inéligibilité aux fonds communs | Inscrire les échéances du cycle dans le calendrier de l'organisation, désigner un point focal |
| Contester les chiffres sans données | Perte de crédibilité | Arriver avec des données datées, une méthode et une proposition alternative |
| Contourner les autorités ou, à l'inverse, leur céder la sélection des bénéficiaires | Blocages administratifs ou perte d'impartialité | Associer les autorités à la coordination, partager des données agrégées, garder la main sur les critères et les listes |
| Multiplier les structures (groupes de travail sans mandat ni durée) | Saturation des petites organisations, réunions désertées | Exiger des termes de référence avec un objectif, une durée et une règle de clôture |
Variations selon les contextes
- Crise soudaine : la coordination se construit en quelques jours ; tout est provisoire. Les priorités sont la rapidité, l'information sur l'accès et la répartition géographique. Les standards du cluster se fixent en quelques semaines, d'abord à partir de Sphère, puis adaptés.
- Crise prolongée : le risque principal est la bureaucratisation (réunions routinières, rapports pour eux-mêmes). Les questions clés deviennent la transition vers les services nationaux, le lien avec les acteurs de développement et de paix (le « nexus »), et la réduction progressive de la coordination humanitaire.
- Situations de réfugiés et mixtes : vérifier qui coordonne quoi (HCR pour les réfugiés, clusters pour les déplacés internes) et éviter les doubles reportings en harmonisant les outils.
- Contextes urbains : les autorités municipales, les opérateurs de services (eau, électricité) et le secteur privé sont au centre ; les clusters doivent s'adapter aux découpages administratifs urbains et à des populations dispersées, et la coordination par zone est souvent plus pertinente que la coordination par secteur seule.
- Contextes à accès limité et gestion à distance : la coordination se fait souvent depuis une capitale ou un pays voisin (hub transfrontalier). Le risque est de décider sans voix du terrain ; les ONG nationales présentes dans les zones doivent avoir une place réelle, y compris dans des réunions hybrides.
- États forts : lorsque le gouvernement dirige la réponse, les mécanismes internationaux se placent en appui (groupes sectoriels co-présidés avec les ministères) et doivent négocier l'espace nécessaire à l'impartialité.
Ce que regardent les bailleurs et les évaluateurs
Les évaluations humanitaires interagences (IAHE), conduites par l'IASC après les crises majeures, et les évaluations de la coordination examinent régulièrement les mêmes points :
- La pertinence de l'architecture : les clusters activés correspondaient-ils aux besoins, ont-ils été adaptés et désactivés au bon moment ?
- La qualité et la rapidité de l'analyse des besoins, et son usage réel dans les décisions d'allocation.
- La couverture : les zones les plus graves et les groupes les plus vulnérables ont-ils été atteints, ou l'aide s'est-elle concentrée sur les zones faciles ?
- La place des acteurs nationaux et locaux, et celle des personnes affectées dans les décisions.
- Le coût de la coordination (temps passé en réunion, nombre de structures) par rapport à sa valeur ajoutée.
Du côté des bailleurs, ECHO, le BHA et le FCDO demandent couramment dans leurs formulaires de proposition comment le projet s'insère dans le plan de réponse et comment l'organisation participe à la coordination. Une réponse générique (« nous participons aux clusters ») est mal notée ; une réponse précise (forum, fréquence, rôle, exemple de décision influencée, données partagées) est valorisée.
10Questions d'entretien et références clés
Questions d'entretien
1. « Expliquez-nous l'architecture de la coordination dans un pays où un Coordonnateur humanitaire est nommé. »
Une bonne réponse distingue le niveau stratégique (CH et EHP), le niveau opérationnel intersectoriel (groupe intercluster animé par OCHA) et le niveau sectoriel (clusters, domaines de responsabilité, groupes de travail), puis les niveaux sous-nationaux. Elle précise la responsabilité première de l'État, le rôle de fournisseur de dernier recours des agences chefs de file et la différence avec le modèle de coordination pour les réfugiés.
2. « Quand faut-il activer ou désactiver un cluster ? »
Le candidat cite les deux critères (détérioration ou changement significatif, capacité de coordination existante insuffisante), la procédure (proposition du CH après consultation de l'EHP, validation au niveau de l'IASC), la revue périodique et l'obligation d'un plan de transition. Il illustre par un exemple vécu ou réaliste.
3. « Comment votre organisation devrait-elle contribuer au HNO et au HRP ? »
Elle décrit le calendrier du cycle, la contribution aux évaluations (MSNA, évaluations sectorielles), la participation aux ateliers d'analyse JIAF avec des données sourcées, la fourniture de coûts unitaires et l'alignement des propositions sur les cibles validées. Elle mentionne la fusion récente des deux documents dans de nombreux pays et l'effort de priorisation.
4. « Le chiffre de personnes dans le besoin de votre secteur dans votre district vous semble sous-estimé. Que faites-vous ? »
Elle vérifie d'abord les données (échantillon, période, zones exclues), rassemble des preuves complémentaires, en discute avec le coordinateur et l'IMO du cluster avant l'atelier, et présente une proposition argumentée. Elle accepte la décision collective et documente le désaccord si nécessaire. Elle ne fait pas de plaidoyer direct auprès du bailleur en contournant le cluster.
5. « Pourquoi ne peut-on pas additionner les chiffres de personnes dans le besoin des différents secteurs ? »
Elle explique le double comptage, la logique du maximum sectoriel ou de l'analyse par ménage, et donne un ordre de grandeur pour illustrer.
6. « Quelles sont les limites de l'approche par clusters ? »
Une réponse mûre cite la fragmentation sectorielle (d'où la coordination par zone et l'analyse intersectorielle), la lourdeur et le coût en temps, la place encore insuffisante des acteurs locaux, la dépendance aux financements des agences chefs de file et le risque de confusion entre rôle de coordination et intérêts de l'agence. Elle propose des pistes concrètes plutôt qu'une critique générale.
Références clés
- Module de référence pour la coordination des clusters au niveau pays : Comité permanent interorganisations (IASC).
- Protocoles d'intensification à l'échelle du système (System-Wide Scale-Up Protocols) : IASC.
- Termes de référence types de l'Équipe humanitaire pays : IASC.
- Documents de référence du cycle de programmation humanitaire et orientations annuelles pour l'aperçu des besoins et le plan de réponse : OCHA.
- Joint Intersectoral Analysis Framework (JIAF 2.0) : IASC et partenaires du projet JIAF.
- Évaluation initiale rapide multisectorielle (MIRA), guide : IASC.
- Modèle de coordination pour les réfugiés et Note conjointe HCR-OCHA sur les situations mixtes : HCR et OCHA.
- Modèle de coordination des transferts monétaires : IASC (2022).
- Manuel Sphère (édition 2018) et Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS, édition 2024).
- Évaluations humanitaires interagences (IAHE) : IASC ; publications d'ALNAP sur l'état du système humanitaire.
Un séisme, 48 heures après
Province montagneuse touchée par un séisme
Vous représentez une ONG internationale de taille moyenne qui vient d'arriver. Une vingtaine d'organisations sont déjà présentes.
Les autorités provinciales ont ouvert un centre de crise. OCHA organise une première réunion intercluster. Votre siège vous demande d'« occuper le terrain » rapidement pour être visible.
Décision 1 sur 3Que faites-vous en premier ?
Décision 2 sur 3Le cluster abris propose que votre ONG couvre trois vallées éloignées que personne ne couvre. Votre réponse ?
Décision 3 sur 3Une semaine plus tard, vous n'avez pas encore rempli le 4W. Le cluster relance.
Ce qu'il faut retenir
Dans une grande réponse, la coordination passe avant la visibilité : se présenter, combler les gaps de façon réaliste et partager ses données.
Exercice d'application : qui contacter ?
Votre ONG découvre un afflux de 5 000 déplacés dans un district. Listez, pour chacun de ces besoins, l'instance ou le cluster à alerter en premier : eau potable, enfants séparés de leurs familles, route coupée, rumeurs d'abus par des distributeurs, besoin de fonds d'urgence. Expliquez votre choix.
À retenir
- La coordination sert à couvrir les besoins sans doublons, avec des standards communs.
- Coordonnateur humanitaire et Équipe humanitaire pays au niveau stratégique ; OCHA appuie et anime l'intercluster.
- Chaque cluster a une agence chef de file, fournisseur de dernier recours.
- Cycle : besoins (HNO), plan (HRP), ressources, mise en œuvre et suivi, revue.
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Pour aller plus loin : références de la formation
- OCHA / IASC (2023). Cycle de programmation humanitaire : documents de référence. www.humanitarianresponse.info
- IASC (2024). Documents de référence du Comité permanent interorganisations (IASC). interagencystandingcommittee.org
- IASC (2015). Module de référence pour la coordination des clusters au niveau pays. interagencystandingcommittee.org
- OCHA (2007). Directives d'Oslo et lignes directrices MCDA sur l'utilisation des moyens militaires. www.unocha.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.