- Formuler des indicateurs SMART à chaque niveau.
- Rédiger une fiche de référence d'indicateur et un tableau de suivi.
- Assembler un plan MEAL complet et budgété.
1Qu'est-ce qu'un bon indicateur ?
Un indicateur est une mesure qui montre si un changement a lieu. Il doit être SMART : spécifique, mesurable, atteignable, pertinent et limité dans le temps.
Faible : « amélioration de l'hygiène ». SMART : « % de ménages ciblés dont un membre cite au moins 3 des 5 moments clés du lavage des mains, passant de 20 % à 60 % d'ici décembre 2026 ».
- Quantitatifs (nombre, %, moyenne) et qualitatifs (perceptions, niveau de satisfaction, mesurés par des échelles ou des entretiens).
- Désagrégation : par sexe, âge et handicap au minimum. Pour le handicap, le standard est le court questionnaire du Washington Group (6 questions sur les difficultés fonctionnelles).
- Indicateurs standards : reprenez autant que possible ceux du cluster, de Sphère ou du bailleur, pour comparer et agréger.
2Valeur de base, cible et fiche de référence
Chaque indicateur a une valeur de base (situation de départ, mesurée par l'étude de base) et une cible (valeur visée à une date donnée). Sans valeur de base, on ne peut pas mesurer de changement.
La fiche de référence d'indicateur (en anglais PIRS) évite que chacun mesure à sa façon. Elle précise : la définition exacte et les termes, le numérateur et le dénominateur, la désagrégation, la méthode et l'outil de collecte, la fréquence, la personne responsable, la valeur de base et la cible, et les limites connues.
3Le tableau de suivi des indicateurs
Le tableau de suivi (indicator tracking table, ITT) reprend tous les indicateurs du cadre logique avec, pour chacun, la valeur de base, la cible, les valeurs atteintes par période et le pourcentage de réalisation. Une règle simple de lecture : vert au-dessus de 90 % de la cible prévue à date, orange entre 70 et 90 %, rouge en dessous. Chaque écart important doit avoir une explication et une mesure corrective.
4Le plan MEAL
Le plan MEAL est le mode d'emploi du système. Il contient :
- Le cadre logique et la liste des indicateurs avec leurs fiches de référence.
- Le calendrier : étude de base, suivis mensuels, suivi post-distribution, revues trimestrielles, étude finale, évaluation.
- Les outils : questionnaires, listes de vérification, formulaires de plaintes.
- Les rôles : qui collecte, qui vérifie, qui analyse, qui décide.
- Le circuit des données : de la collecte à la base de données, puis aux rapports et aux réunions de décision.
- Le mécanisme de plaintes et retours.
- Le budget et les ressources humaines MEAL.
- Les règles de protection des données.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5Choisir ses indicateurs : sources standards et seuils de référence
La première règle d'un professionnel MEAL est de ne pas inventer un indicateur lorsqu'un indicateur standard existe. Les indicateurs standards ont des définitions éprouvées, des méthodes de mesure documentées et des seuils d'interprétation reconnus ; ils permettent de comparer avec d'autres projets et d'alimenter les tableaux de bord des clusters. Les sources principales sont le manuel Sphère, les cadres de suivi des clusters (souvent repris dans le plan de réponse humanitaire), le registre des indicateurs humanitaires géré par OCHA, les indicateurs clés des bailleurs (ECHO, BHA) et les modules d'enquête standard (par exemple ceux du Programme alimentaire mondial pour la sécurité alimentaire ou les enquêtes nutritionnelles SMART).
Indicateurs et seuils de référence fréquemment utilisés
| Secteur | Indicateur | Seuil ou standard de référence | Source |
|---|---|---|---|
| EHA | Quantité d'eau pour la boisson, la cuisine et l'hygiène | Au moins 15 litres par personne et par jour (à adapter au contexte) | Sphère |
| EHA | Distance au point d'eau et temps d'attente | Moins de 500 mètres ; attente de moins de 30 minutes | Sphère |
| EHA | Ratio de latrines dans les sites | Au moins une latrine pour 20 personnes, avec une proportion d'environ 3 latrines pour femmes pour 1 pour hommes | Sphère |
| EHA | Qualité de l'eau au point de distribution | Aucun coliforme fécal pour 100 ml ; chlore résiduel libre de 0,2 à 0,5 mg/l (jusqu'à 1 mg/l en situation de risque élevé de diarrhée) | Sphère |
| Sécurité alimentaire | Score de consommation alimentaire (FCS) | Pauvre de 0 à 21, limite de 21,5 à 35, acceptable au-dessus de 35 (seuils 28 et 42 lorsque la consommation d'huile et de sucre est élevée) | PAM |
| Sécurité alimentaire | Indice réduit des stratégies d'adaptation (rCSI) | Score de 0 à 56 ; plus il est élevé, plus le ménage recourt à des stratégies négatives ; seuils de classification fixés par le cadre IPC | PAM, IPC |
| Nutrition | Malnutrition aiguë globale (MAG) chez les 6-59 mois | 15 % ou plus : situation d'urgence ; 10 à 14,9 % : situation grave | OMS, cluster nutrition |
| Nutrition | Périmètre brachial (enfants de 6 à 59 mois) | Moins de 115 mm : malnutrition aiguë sévère ; de 115 à moins de 125 mm : modérée | OMS |
| Nutrition | Indicateurs de performance de la prise en charge de la MAS | Guéris plus de 75 %, décès moins de 10 %, abandons moins de 15 % | Sphère |
| Santé | Taux brut de mortalité | Seuil d'urgence : 1 décès pour 10 000 personnes par jour (ou le double du taux de référence) ; 2 pour 10 000 par jour chez les moins de 5 ans | Sphère |
| Transferts monétaires | Part des dépenses alimentaires dans les dépenses totales | Au-delà de 65 %, vulnérabilité économique élevée ; au-delà de 75 %, très élevée | PAM (approche CARI) |
| Handicap | Personnes en situation de handicap | Au moins une réponse « beaucoup de difficulté » ou « ne peut pas du tout » à l'une des 6 questions | Washington Group |
Les seuils Sphère sont des indicateurs clés destinés à mesurer l'atteinte d'un standard, pas des normes absolues. Le manuel demande de les adapter au contexte et de documenter l'écart et sa raison lorsqu'ils ne peuvent pas être atteints. Écrire dans un rapport « le standard Sphère n'est pas atteint parce que... et voici ce que nous faisons » est une pratique professionnelle ; ignorer l'écart ne l'est pas.
Indicateurs indirects et indicateurs qualitatifs
Lorsque le changement visé n'est pas directement mesurable, on utilise un indicateur indirect (proxy) : la présence de savon et d'eau à l'endroit du lavage des mains (observation) est un indicateur plus fiable de la pratique que la déclaration du répondant. Les changements qualitatifs (sentiment de sécurité, confiance dans le mécanisme de plaintes, cohésion sociale) se mesurent par des échelles (par exemple une échelle de Likert de 1 à 5) avec une formulation strictement identique entre la base et la fin, ou par des méthodes qualitatives structurées dont les résultats sont codés.
Combien d'indicateurs ?
Un projet de 12 à 24 mois dépasse rarement 10 à 15 indicateurs au cadre logique. Chaque indicateur supplémentaire a un coût : collecte, vérification, analyse, rapport. Au-delà, on distingue les indicateurs du cadre logique (redevabilité vis-à-vis du bailleur) des indicateurs de gestion internes (suivi des activités, qualité des processus), qui ne figurent que dans le plan MEAL.
6Compter les personnes atteintes : règles, désagrégation et double comptage
« Combien de personnes avez-vous atteintes ? » est la question la plus posée et la plus mal mesurée. Les chiffres de personnes atteintes alimentent les tableaux de bord des clusters et le suivi du plan de réponse humanitaire ; des erreurs répétées faussent l'analyse de couverture de toute la réponse.
Les définitions à fixer avant tout comptage
- Personne atteinte : une personne qui a effectivement reçu au moins un bien ou un service du projet, selon la définition de l'activité (un ménage qui reçoit un kit compte pour sa taille réelle, établie à l'enregistrement, et non pour une taille moyenne théorique).
- Personnes uniques : chaque personne n'est comptée qu'une fois, quel que soit le nombre de services reçus. Elles se calculent à partir d'une base de données avec identifiants, jamais par addition des chiffres de chaque activité.
- Bénéficiaires directs et indirects : les bénéficiaires indirects (population d'un village desservi par un point d'eau réhabilité) doivent être estimés selon une méthode écrite et présentés séparément.
- Atteint et ciblé : le cluster et le bailleur comparent les personnes atteintes aux personnes ciblées par le projet ; un écart important, en plus ou en moins, doit être expliqué.
Exemple de calcul des personnes uniques
| Activité | Personnes atteintes par activité |
|---|---|
| Transferts monétaires (1 200 ménages, taille moyenne enregistrée 6,1) | 7 320 |
| Kits d'hygiène (1 500 ménages, taille moyenne 5,8) | 8 700 |
| Séances de promotion de l'hygiène (participants enregistrés) | 4 100 |
| Somme des activités | 20 120 |
En croisant les identifiants de ménage dans la base, on trouve que 950 ménages ont reçu à la fois des transferts et des kits, et que 3 600 des participants aux séances appartiennent à des ménages déjà comptés. Le nombre de personnes uniques est donc : 7 320 + 8 700 − (950 × taille moyenne des ménages concernés, ici 6,0, soit 5 700) + (4 100 − 3 600) = 10 820 personnes uniques. Annoncer 20 120 personnes reviendrait à surestimer de 86 %. Les auditeurs et les responsables de cluster connaissent cette erreur et demandent la méthode de calcul.
La désagrégation en pratique
La désagrégation minimale attendue par les bailleurs et les clusters est par sexe et par tranche d'âge, souvent 0-5 ans, 6-17 ans, 18-59 ans et 60 ans et plus (les tranches exactes dépendent du cluster et du bailleur : les vérifier avant de concevoir les registres). Le handicap s'ajoute de plus en plus systématiquement, mesuré avec les questions du Washington Group, conformément aux directives de l'IASC sur l'inclusion des personnes handicapées dans l'action humanitaire (2019).
- Lorsque seule la taille du ménage est connue, la répartition par sexe et âge est estimée à partir des proportions de l'étude de base ou des données démographiques officielles ; la méthode d'estimation doit être écrite dans la fiche de référence.
- Les questions du Washington Group se posent sur les difficultés fonctionnelles (voir, entendre, marcher, se souvenir ou se concentrer, prendre soin de soi, communiquer), jamais en demandant « êtes-vous handicapé ? », qui sous-estime fortement la prévalence.
- Le court questionnaire est validé pour les personnes de 5 ans et plus ; pour les enfants, le module sur le fonctionnement de l'enfant développé avec l'UNICEF est recommandé.
- Un taux de handicap déclaré très inférieur aux estimations mondiales (l'OMS estime qu'environ 16 % de la population mondiale vit avec un handicap important) doit faire suspecter un problème de collecte ou d'accès.
7Exemple complet : fiche de référence et tableau de suivi d'un projet
Contexte fictif : projet de sécurité alimentaire de 12 mois de l'ONG « Terres d'Avenir » dans la région de Moussoro-Nord, au bénéfice de 1 800 ménages déplacés et hôtes, par transferts monétaires mensuels pendant 6 mois et soutien aux moyens d'existence.
La fiche de référence de l'indicateur d'effet principal
| Rubrique | Contenu |
|---|---|
| Intitulé | % de ménages bénéficiaires ayant un score de consommation alimentaire acceptable |
| Niveau | Objectif spécifique |
| Définition | Le score de consommation alimentaire (FCS) est calculé à partir de la fréquence de consommation de 8 groupes d'aliments au cours des 7 jours précédant l'enquête, pondérée (céréales et tubercules × 2, légumineuses × 3, légumes × 1, fruits × 1, viande et poisson × 4, lait × 4, sucre × 0,5, huile × 0,5). Seuils retenus : pauvre de 0 à 21 ; limite de 21,5 à 35 ; acceptable au-dessus de 35 |
| Numérateur | Nombre de ménages enquêtés ayant un FCS supérieur à 35 |
| Dénominateur | Nombre total de ménages enquêtés ayant répondu au module |
| Désagrégation | Sexe du chef de ménage ; statut (déplacé, hôte) ; présence d'une personne handicapée dans le ménage |
| Méthode | Enquête de ménages sur échantillon aléatoire représentatif, module standard du PAM, formulaire KoboToolbox |
| Fréquence | Base (mois 1, avant le premier transfert), suivi post-distribution (mois 3 et 6), étude finale (mois 11) |
| Responsable | Collecte : officier MEAL ; analyse : coordinateur MEAL ; validation : coordinateur programme |
| Base | 34 % (étude de base, 352 ménages) |
| Cible | 60 % au mois 6 et 50 % au mois 11 (diminution attendue après la fin des transferts) |
| Limites | Saisonnalité : la base est mesurée en période de soudure, l'étude finale après la récolte, ce qui favorise une amélioration indépendante du projet. Comparer avec les données du système de surveillance de la sécurité alimentaire de la région pour interpréter |
Le tableau de suivi au mois 6
| Indicateur | Base | Cible finale | Cible à date | Réalisé à date | % de la cible à date | Statut |
|---|---|---|---|---|---|---|
| OS.1 % de ménages avec FCS acceptable | 34 % | 50 % | 60 % | 52 % | 87 % | Orange |
| OS.2 rCSI moyen | 21,4 | 12 | 14 | 13,1 | Atteint (indicateur à la baisse) | Vert |
| R1.1 Nombre de ménages ayant reçu 6 transferts | 0 | 1 800 | 1 800 | 1 742 | 97 % | Vert |
| R1.2 % de bénéficiaires ayant reçu le transfert dans les délais prévus | — | 95 % | 95 % | 81 % | 85 % | Orange |
| R2.1 Nombre de ménages ayant reçu un appui aux moyens d'existence | 0 | 600 | 300 | 196 | 65 % | Rouge |
| R3.1 % de plaintes ayant reçu une réponse dans les délais | — | 90 % | 90 % | 93 % | 103 % | Vert |
L'analyse des écarts qui accompagne le tableau
- OS.1 (orange) : la désagrégation montre 58 % chez les ménages hôtes, mais 44 % chez les ménages déplacés et 39 % chez les ménages comptant une personne handicapée. Les groupes de discussion indiquent que les ménages déplacés consacrent une partie du transfert au loyer, dont le prix a augmenté de 30 % en six mois. Mesures proposées : partager l'analyse avec le groupe de travail sur les transferts monétaires pour revoir la valeur du transfert au regard du panier de dépenses minimum, et examiner un complément pour les ménages comptant une personne handicapée.
- R1.2 (orange) : deux cycles ont été retardés par une rupture de liquidités chez le prestataire de paiement. Mesure : clause de délai de paiement renforcée dans le contrat et prestataire de secours identifié.
- R2.1 (rouge) : retard d'approvisionnement des intrants agricoles. Mesure : passage partiel à des coupons échangeables auprès de commerçants locaux, avec l'accord du bailleur, et révision de la cible à date dans le prochain rapport.
Un tableau de suivi sans analyse des écarts ne sert qu'à rapporter. C'est la colonne « explication et mesure corrective », discutée en réunion et suivie à la réunion suivante, qui en fait un outil de gestion.
Remarque de méthode : pour un indicateur qui doit baisser (comme le rCSI), le pourcentage de réalisation ne se calcule pas par simple division. On utilise la part du changement attendu effectivement obtenue : (base − réalisé) / (base − cible) = (21,4 − 13,1) / (21,4 − 14) = 112 %. Préciser cette règle dans le plan MEAL évite des tableaux incohérents d'un rapport à l'autre.
8Rédiger un plan MEAL opérationnel : modèle complet
Le plan MEAL n'est pas un document de proposition : c'est le manuel de fonctionnement du système pour l'équipe. Il doit être court (15 à 25 pages, annexes non comprises), connu de l'équipe et révisé au moins une fois par an ou lors de toute modification du projet.
Plan type
- Introduction : résumé du projet, objectifs du système MEAL, utilisateurs des données (équipe, direction, partenaires, bailleur, communautés, cluster).
- Théorie du changement et cadre logique, avec les questions d'apprentissage prioritaires (3 à 5 au maximum).
- Matrice des indicateurs : pour chaque indicateur, la définition, la méthode, la fréquence, le responsable, la base et la cible ; les fiches de référence complètes en annexe.
- Calendrier MEAL : études, suivis, revues, rapports, évaluation.
- Méthodes et outils : description de chaque outil et de son usage, échantillonnage pour chaque enquête.
- Circuit et gestion des données : du point de collecte à la décision, avec les délais.
- Assurance qualité des données : contrôles, vérifications, audits de qualité.
- Redevabilité : information, participation, mécanisme de plaintes et retours, procédure pour les plaintes sensibles.
- Apprentissage et utilisation des données : réunions de revue, revues après action, capitalisation, restitution aux communautés.
- Rôles et responsabilités, y compris ceux des partenaires.
- Protection des données et éthique.
- Budget et ressources MEAL.
Calendrier MEAL type pour un projet de 12 mois
| Activité | M1 | M2 | M3 | M4-M5 | M6 | M7-M8 | M9 | M10 | M11 | M12 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Plan MEAL et fiches de référence | X | X | ||||||||
| Étude de base | X | X | ||||||||
| Suivi mensuel des activités et ITT | X | X | X | X | X | X | X | X | X | X |
| Suivi post-distribution | X | X | X | |||||||
| Revue trimestrielle et revue des hypothèses | X | X | X | X | ||||||
| Analyse mensuelle des plaintes | X | X | X | X | X | X | X | X | X | X |
| Audit de qualité des données | X | X | ||||||||
| Rapport intermédiaire | X | X | ||||||||
| Étude finale et évaluation | X | X | ||||||||
| Atelier de capitalisation et restitution | X |
Le circuit des données : un exemple écrit
- Jour J : distribution ; l'équipe programme enregistre les bénéficiaires dans le formulaire numérique (liste de distribution signée ou empreinte).
- J + 2 : l'officier MEAL vérifie 100 % des listes (doublons, ménages non enregistrés, écarts avec la liste validée) et rapproche avec les bons de livraison logistiques.
- J + 5 : les écarts sont signalés au chef de projet, qui les explique par écrit.
- Le 5 du mois suivant : l'officier MEAL met à jour la base consolidée et l'ITT.
- Le 10 : le coordinateur MEAL valide l'ITT et rédige une note d'analyse d'une page.
- Le 15 : réunion mensuelle de revue programme et MEAL ; les décisions sont consignées dans un registre des actions avec responsable et échéance.
- Chaque trimestre : restitution simplifiée aux comités communautaires.
Répartition indicative d'un budget MEAL
| Poste | Part habituelle du budget MEAL |
|---|---|
| Personnel MEAL et AAP | 50 à 65 % |
| Études de base et finales | 10 à 20 % |
| Évaluation externe | 8 à 15 % |
| Suivi post-distribution et suivi terrain (transport, enquêteurs) | 5 à 10 % |
| Mécanisme de plaintes et retours | 2 à 5 % |
| Équipement, logiciels, formation | 3 à 8 % |
9Erreurs fréquentes, attentes des bailleurs et variations de contexte
Ce que regardent les bailleurs, les auditeurs et les évaluateurs
- La traçabilité : pour un chiffre du rapport, pouvez-vous remonter jusqu'aux documents sources (listes signées, formulaires, base de données) ? Les vérifications des bailleurs et les audits financiers tirent souvent quelques chiffres au hasard et demandent la preuve.
- La cohérence entre les rapports narratifs, financiers et les tableaux de suivi : le nombre de kits distribués doit correspondre aux sorties de stock et aux achats.
- La stabilité des définitions : un indicateur dont la méthode change entre la base et la fin ne mesure plus un changement. Toute modification doit être documentée et, si possible, la base recalculée.
- La désagrégation effective, et pas seulement promise.
- L'explication des écarts : un dépassement de 150 % d'une cible est aussi suspect qu'une sous-réalisation ; il signale souvent une cible mal calculée ou un double comptage.
- L'audit de qualité des données : les normes de qualité généralement utilisées (validité, intégrité, précision, fiabilité, ponctualité) proviennent notamment des orientations de l'USAID, qui prévoient un audit de qualité des données au moins tous les trois ans pour les indicateurs rapportés. Beaucoup d'ONG l'appliquent annuellement à leurs indicateurs clés.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Prévention |
|---|---|---|
| Additionner les bénéficiaires de toutes les activités | Surestimation massive, perte de crédibilité | Identifiant unique, calcul à partir de la base |
| Fixer les cibles avant la base, sans les réviser | Cibles irréalistes ou trop faciles | Prévoir dans l'accord une révision des cibles après l'étude de base |
| Changer le questionnaire entre la base et la fin | Comparaison impossible | Geler les modules des indicateurs ; versionner les formulaires |
| Indicateurs de satisfaction seuls | Biais de complaisance (les personnes craignent de perdre l'aide) | Combiner avec des indicateurs d'usage et des questions indirectes ; enquêteurs indépendants de l'équipe de distribution |
| Plan MEAL rédigé mais non diffusé | Chacun mesure à sa façon | Formation de l'équipe, fiches résumées par indicateur affichées dans les bases |
| Pas de règle pour les indicateurs à la baisse ou cumulatifs | Tableaux incohérents d'une période à l'autre | Préciser dans chaque fiche : cumulatif ou non, sens attendu, mode de calcul du pourcentage de réalisation |
Variations selon le contexte
- Urgence soudaine : commencer par 5 à 8 indicateurs de produits et de couverture alignés sur le cluster, un tableau de suivi hebdomadaire, et ajouter les indicateurs d'effet lors de la révision du projet. Le rapport de situation du cluster (souvent hebdomadaire au début) est un utilisateur prioritaire des données.
- Crise prolongée : investir dans des indicateurs de résilience et de durabilité (fonctionnalité des points d'eau 6 ou 12 mois après la réhabilitation, revenus, épargne) et dans la comparabilité entre projets successifs.
- Camp : utiliser les données de population de la gestion de site comme dénominateur, en vérifiant leur date de mise à jour.
- Milieu urbain : les dénominateurs sont incertains ; préférer les indicateurs mesurés sur l'échantillon de bénéficiaires et expliquer les estimations de population.
- Gestion à distance : réduire le nombre d'indicateurs, privilégier ceux qui sont vérifiables par des moyens indépendants (appels de vérification, photos, données de prestataires de paiement).
- Partenaires locaux : harmoniser les fiches de référence avec le partenaire dès le départ, prévoir des outils dans sa langue de travail et une formation pratique au remplissage de l'ITT ; ne pas exiger plus d'indicateurs que le bailleur n'en demande.
10Questions d'entretien et références clés
Questions d'entretien
1. « Rédigez un indicateur d'effet pour un projet de promotion de l'hygiène et expliquez comment vous le mesureriez. »
Une bonne réponse propose un indicateur de pratique et non de connaissance (par exemple « % de ménages disposant d'un dispositif de lavage des mains avec eau et savon, observé par l'enquêteur »), donne le numérateur et le dénominateur, la méthode (observation lors d'une enquête de ménages sur échantillon), la fréquence (base et fin), la désagrégation, et signale les biais (biais de déclaration, effet de l'observation).
2. « Votre projet annonce 25 000 bénéficiaires, le cluster en a enregistré 14 000. Comment l'expliquez-vous ? »
Elle évoque immédiatement le double comptage entre activités, les bénéficiaires indirects, les différences de définition entre l'ONG et le cluster, et propose de recalculer les personnes uniques à partir de la base. Elle mentionne la nécessité d'aligner les définitions sur celles du cluster.
3. « Comment fixez-vous une cible réaliste ? »
Elle s'appuie sur la base, les standards (Sphère, cluster), les résultats de projets comparables, les ressources et la durée du projet, et prévoit une révision après l'étude de base. Elle sait expliquer la différence entre cible annuelle et cible de fin de projet, et entre indicateurs cumulatifs et non cumulatifs.
4. « Que contient un plan MEAL, et comment savez-vous qu'il est utilisé ? »
Elle liste les composantes principales, puis insiste sur les preuves d'utilisation : comptes rendus de revues avec décisions, registre des actions, modifications du programme, restitution aux communautés.
5. « Comment mesurez-vous le handicap dans vos enquêtes ? »
Elle cite le court questionnaire du Washington Group, les six domaines, le seuil de « beaucoup de difficulté », la nécessité de formuler les questions sur les difficultés fonctionnelles et de former les enquêteurs, et les directives de l'IASC sur l'inclusion des personnes handicapées.
Références clés
- Manuel Sphère (2018) et ses indicateurs clés par secteur.
- Registre des indicateurs humanitaires : OCHA et clusters globaux.
- Orientations techniques sur le score de consommation alimentaire, l'indice réduit des stratégies d'adaptation et l'approche CARI : Programme alimentaire mondial.
- Manuel de la méthodologie SMART et orientations du cluster nutrition global.
- Court questionnaire du Washington Group et module sur le fonctionnement de l'enfant (Washington Group et UNICEF).
- IASC Guidelines on Inclusion of Persons with Disabilities in Humanitarian Action (2019).
- Orientations de l'USAID sur les normes de qualité des données et les fiches de référence d'indicateurs (ADS 201).
- Manuel des indicateurs de BHA ; indicateurs clés de résultats d'ECHO.
Des indicateurs pour un projet d'eau
Zone de retour, Afrique centrale
Vous rédigez les indicateurs et le plan MEAL d'un projet de réhabilitation de forages et de promotion de l'hygiène.
Le brouillon contient l'indicateur : « Amélioration de l'hygiène dans la communauté ». Le bailleur demande des indicateurs SMART et un plan MEAL complet.
Décision 1 sur 3Quelle reformulation est la meilleure ?
Décision 2 sur 3Il n'existe aucune donnée de départ. Que faites-vous ?
Décision 3 sur 3Qui doit figurer dans le plan MEAL pour chaque indicateur ?
Ce qu'il faut retenir
Des indicateurs SMART, une base de référence réelle et un plan MEAL qui dit qui mesure quoi, quand et comment : c'est ce qui rend le suivi possible.
Exercice d'application : deux fiches de référence
Reprenez votre cadre logique du jour 2. Pour l'objectif spécifique et un résultat, écrivez un indicateur SMART, puis remplissez sa fiche de référence : définition, numérateur et dénominateur, désagrégation, méthode, fréquence, responsable, valeur de base (ou comment l'obtenir) et cible.
À retenir
- SMART : spécifique, mesurable, atteignable, pertinent, limité dans le temps.
- Pas de mesure de changement sans valeur de base.
- La fiche de référence garantit que tout le monde mesure de la même façon.
- Le plan MEAL dit qui fait quoi, quand et avec quel budget.
💼 Offres d'emploi en Suivi-évaluation et données
Mettez cette formation en pratique : les dernières offres de ce domaine.
- Project Completion, Monitoring and Partnerships Consultant (Korean Language Preferred)International Trade Centre · Ouganda
- MERL Officer- RosterPlan International · Éthiopie
- Expert(e) en Suivi-Évaluation et Pilotage de la Performance des Entreprises AccompagnéesONUDI / UNIDO · Comores
- National Monitoring and Evaluation ExpertONUDI / UNIDO · Palestine
- Head of Section (Mathematics) / Senior Research ScientistUNESCO · Italie
Pour aller plus loin : références de la formation
- OCDE-CAD (2019). Critères d'évaluation du CAD : définitions adaptées et principes d'utilisation. www.oecd.org/fr/cad/evaluation/criteres-cad-evaluation.htm
- ALNAP (Buchanan-Smith, Cosgrave, Warner) (2016). Évaluer l'action humanitaire : guide ALNAP. www.alnap.org/help-library/evaluation-of-humanitarian-action-guide
- CHS Alliance, Groupe URD, Projet Sphère (2024). Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS). www.corehumanitarianstandard.org
- Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
- Groupe des Nations unies pour l'évaluation (UNEG) (2016). Normes et règles d'évaluation. www.unevaluation.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.