- Concevoir un mécanisme de plaintes et retours sûr et accessible.
- Préparer une évaluation avec les critères du CAD de l'OCDE.
- Faire vivre l'apprentissage dans l'équipe.
1La redevabilité envers les populations
La redevabilité envers les populations affectées (AAP) repose sur trois piliers : informer (qui nous sommes, les critères de sélection, ce que les gens peuvent attendre), faire participer (consulter les communautés à chaque étape) et écouter et répondre (plaintes et retours).
2Le mécanisme de plaintes et retours
- Plusieurs canaux adaptés au contexte : ligne téléphonique gratuite, boîtes à suggestions, permanences, comités, agents de terrain. Ils doivent être accessibles aux femmes, aux enfants, aux personnes âgées et aux personnes handicapées.
- Catégories : demande d'information, suggestion, plainte sur la qualité de l'aide, plainte sensible.
- Plaintes sensibles (exploitation et abus sexuels, fraude, corruption) : circuit confidentiel séparé, transmis directement au point focal désigné, avec orientation de la victime vers les services de prise en charge. Jamais de traitement par l'équipe locale mise en cause.
- Délais de réponse connus de tous, et boucle fermée : la personne reçoit une réponse.
- Analyse régulière des tendances, présentée aux responsables pour corriger le programme.
3L'évaluation
Types d'évaluation : en temps réel (au début d'une urgence), à mi-parcours, finale, ex post (après la fin), d'impact. Elle peut être interne, externe ou mixte.
Les six critères du CAD de l'OCDE (révisés en 2019) :
- Pertinence : l'intervention répond-elle aux besoins et priorités des personnes ?
- Cohérence : s'articule-t-elle avec les autres interventions et les normes ?
- Efficacité : atteint-elle ses objectifs ?
- Efficience : les ressources sont-elles utilisées de façon économique et dans les délais ?
- Impact : quels changements de long terme, positifs ou négatifs, voulus ou non ?
- Durabilité : les bénéfices dureront-ils après la fin du financement ?
Les termes de référence (TDR) précisent le contexte, l'objet et l'usage de l'évaluation, les questions d'évaluation par critère, la méthode, le calendrier, les livrables, le profil de l'évaluateur et le budget. Après l'évaluation, une réponse de la direction indique pour chaque recommandation si elle est acceptée, par qui et quand elle sera mise en œuvre.
4Faire vivre l'apprentissage
- Revues après action (30 à 60 minutes, juste après une activité) : qu'avions-nous prévu ? que s'est-il passé ? pourquoi ? que ferons-nous autrement ?
- Revues trimestrielles du tableau de suivi avec toute l'équipe, y compris les partenaires.
- Capitalisation : fiches de leçons apprises courtes, partagées avec le cluster et les autres ONG.
- Restitution aux communautés : présenter les résultats aux personnes qui ont répondu aux enquêtes.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5Concevoir un mécanisme de plaintes et retours : la méthode complète
Un mécanisme de plaintes et retours (en anglais CFM ou FCRM) ne se décrète pas : il se conçoit avec les communautés, se dote de procédures écrites, de personnel et d'un budget, et se juge à sa capacité à produire des réponses et des changements. L'engagement 5 de la Norme humanitaire fondamentale et les engagements de l'IASC sur la redevabilité envers les populations affectées (révisés en 2017) en sont les références principales.
Étape 1 : consulter avant de concevoir
Organisez des groupes de discussion séparés (femmes, hommes, adolescentes, adolescents, personnes âgées, personnes handicapées, minorités) avec quatre questions : par quels moyens préférez-vous recevoir l'information ? à qui faites-vous confiance pour signaler un problème ? qu'est-ce qui vous empêcherait de vous plaindre ? comment souhaitez-vous recevoir une réponse ? Les réponses varient fortement : dans de nombreux contextes, les femmes ont un accès limité au téléphone et préfèrent parler à une femme en personne ; les jeunes préfèrent la messagerie ; les personnes âgées font confiance aux leaders, que les femmes ou les minorités peuvent au contraire craindre.
Étape 2 : choisir et combiner les canaux
| Canal | Avantages | Limites | Conditions de réussite |
|---|---|---|---|
| Ligne téléphonique gratuite | Confidentielle, accessible à distance, traçable | Exclut les personnes sans téléphone ; souvent sous-utilisée par les femmes | Opérateurs formés des deux sexes, langues locales, horaires larges, rappel des appels manqués |
| Permanences ou bureaux d'écoute | Contact humain, adapté aux plaintes complexes | Visibilité (on voit qui vient), coût | Lieu neutre, personnel non impliqué dans la sélection, présence féminine |
| Boîtes à suggestions | Anonymat, faible coût | Exclut les personnes qui n'écrivent pas ; réponse impossible si anonyme | Ouverture par deux personnes, à fréquence fixe, registre signé |
| Comités communautaires | Proximité, confiance de certains groupes | Risque de filtrage et de capture par les élites | Composition mixte, formation, jamais seul canal |
| Équipes de terrain (retours directs) | Captent beaucoup de retours informels | Retours rarement enregistrés ; conflit d'intérêts | Formulaire simple d'enregistrement ; plaintes sur l'équipe orientées vers un autre canal |
| Messagerie et réseaux sociaux | Rapide, apprécié des jeunes | Confidentialité, risques de diffusion | Compte institutionnel, règles de protection des données, réponse en privé |
Étape 3 : catégories et délais
| Catégorie | Exemples | Accusé de réception | Délai de réponse indicatif | Responsable |
|---|---|---|---|---|
| 1. Demande d'information | Date de distribution, critères | Immédiat | Immédiat à 3 jours | Assistant CFM |
| 2. Suggestion ou remerciement | Proposer un autre lieu de distribution | Immédiat | Analyse mensuelle | MEAL |
| 3. Demande d'assistance ou d'inclusion | « Je n'ai pas été enregistré » | 48 heures | 14 jours | Programme |
| 4. Plainte sur la qualité ou la quantité de l'aide | Kit incomplet, eau de mauvaise qualité | 48 heures | 7 à 14 jours | Programme |
| 5. Plainte sur le comportement du personnel (non sensible) | Impolitesse, favoritisme | 48 heures | 14 jours | Ressources humaines et direction |
| 6. Plainte sensible | Exploitation et abus sexuels, fraude, corruption, menace pour la sécurité | Transmission au point focal dans les 24 heures | Selon la procédure d'enquête | Point focal PSEA ou conformité, direction pays |
| 7. Plainte hors mandat | Besoin couvert par une autre organisation | 48 heures | Orientation sous 7 jours | Assistant CFM via le système d'orientation |
Étape 4 : la base de données et la boucle
Chaque retour est enregistré dans une base avec : un code unique, la date, le canal, le lieu (au niveau du site ou du village seulement), le sexe et la tranche d'âge de la personne, le handicap si elle souhaite le préciser, la catégorie, le secteur, un résumé, la personne assignée, les actions, la date et le mode de réponse, la satisfaction quant à la réponse et la date de clôture. Les coordonnées de la personne sont stockées séparément et effacées après la clôture. Les plaintes sensibles ne figurent dans la base générale que sous forme d'un code et de la mention « transmise », sans aucun détail.
Une plainte n'est close que lorsque la personne a reçu une réponse, même si cette réponse est « nous ne pouvons pas vous inclure, voici pourquoi ». Un taux élevé de plaintes « traitées » sans réponse communiquée est le défaut le plus fréquent relevé par les évaluations de redevabilité.
6Les plaintes sensibles et la protection contre l'exploitation et les abus sexuels
Les plaintes relatives à l'exploitation et aux abus sexuels (EAS) par le personnel humanitaire sont les plus graves qu'un mécanisme puisse recevoir. Leur traitement obéit à des règles strictes, issues notamment des six principes fondamentaux de l'IASC relatifs à l'exploitation et aux abus sexuels (adoptés en 2002, révisés en 2019), de la circulaire du Secrétaire général des Nations unies de 2003 sur les dispositions spéciales visant à prévenir l'exploitation et les abus sexuels, et du guide de bonnes pratiques de l'IASC sur les mécanismes communautaires interorganisations de plaintes.
Les principes à appliquer
- Approche centrée sur la personne survivante : sécurité, confidentialité, respect de ses choix et non-discrimination. On ne lui demande pas de raconter plusieurs fois son histoire.
- Assistance d'abord : la personne est orientée immédiatement, avec son accord, vers les services disponibles (santé, soutien psychosocial, aide juridique, protection) selon le circuit d'orientation VBG établi dans la zone, que la plainte soit ou non confirmée par la suite.
- Confidentialité stricte : seul le point focal désigné et la fonction d'enquête connaissent l'identité des personnes. Aucune information ne circule par les canaux habituels.
- Pas d'enquête par l'équipe MEAL ou programme : le personnel qui reçoit la plainte enregistre les faits rapportés sans les investiguer, puis transmet. L'enquête est menée par des enquêteurs formés, selon la politique de l'organisation.
- Obligation de signalement : le personnel humanitaire est tenu de signaler toute suspicion par les voies prévues ; la loi du silence est elle-même une faute.
- Enfants : toute relation sexuelle avec une personne de moins de 18 ans est interdite quel que soit l'âge de la majorité ou du consentement local ; l'intérêt supérieur de l'enfant guide toutes les décisions, avec l'appui d'acteurs spécialisés en protection de l'enfance.
Le circuit type d'une plainte sensible
- Réception par n'importe quel canal ou membre du personnel ; écoute sans questions intrusives ; information de la personne sur la suite.
- Orientation immédiate vers l'assistance, avec consentement.
- Transmission au point focal PSEA dans les 24 heures, par un canal sécurisé (jamais par messagerie de groupe ni par courriel en copie multiple).
- Évaluation par le point focal et la direction : mesures de protection (y compris l'écartement temporaire de la personne mise en cause si nécessaire), information du siège, notification du bailleur selon les obligations contractuelles (la plupart des bailleurs exigent une notification rapide des allégations d'EAS, souvent dans des délais de quelques jours ; vérifier l'accord).
- Enquête par une fonction indépendante formée.
- Décision et mesures disciplinaires ; information de la personne plaignante sur l'issue, dans le respect de la confidentialité.
- Analyse anonymisée des tendances pour renforcer la prévention.
Les erreurs graves à ne jamais commettre
- Confier la plainte au chef d'équipe local, qui peut être lié à la personne mise en cause.
- Organiser une confrontation ou une médiation entre la personne survivante et la personne mise en cause.
- Discuter de l'affaire en réunion communautaire ou d'équipe.
- Exiger des preuves avant d'orienter la personne vers l'assistance.
- Classer une plainte parce qu'elle est anonyme : elle peut déclencher une vérification discrète et un renforcement de la prévention.
Un mécanisme qui ne reçoit aucune plainte d'exploitation ou d'abus sexuels n'est pas un signe de bonne santé : dans la plupart des contextes, c'est le signe que les personnes ne connaissent pas les canaux ou ne leur font pas confiance.
7Exemple complet : analyser six mois de données de retours
Contexte fictif : le projet multisectoriel de l'ONG « Horizons Partagés » dans la province du Haut-Kessi a reçu 1 146 retours en six mois, pour environ 46 000 personnes concernées.
Répartition par catégorie et par canal
| Catégorie | Nombre | % | Délai médian de réponse | Clos avec réponse communiquée |
|---|---|---|---|---|
| Demandes d'information | 512 | 45 % | 0 jour | 99 % |
| Suggestions et remerciements | 97 | 8 % | — | — |
| Demandes d'inclusion | 318 | 28 % | 19 jours | 71 % |
| Plaintes sur la qualité ou la quantité | 164 | 14 % | 9 jours | 88 % |
| Comportement du personnel (non sensible) | 41 | 4 % | 16 jours | 80 % |
| Plaintes sensibles | 6 | 0,5 % | Transmises en moins de 24 heures : 5 sur 6 | Suivi par le point focal |
| Hors mandat | 8 | 0,7 % | 5 jours | 100 % |
| Canal | Part des retours | Part de femmes parmi les utilisateurs |
|---|---|---|
| Ligne téléphonique | 52 % | 29 % |
| Permanences | 23 % | 61 % |
| Comités | 15 % | 34 % |
| Boîtes | 4 % | Non connu |
| Équipes de terrain | 6 % | 48 % |
L'analyse
- Les demandes d'inclusion (28 %) dépassent le délai cible de 14 jours. L'analyse du contenu montre que 70 % proviennent des familles d'accueil, qui ne comprennent pas pourquoi elles ne sont pas éligibles aux transferts. C'est d'abord un problème d'information sur les critères, pas de traitement : le mécanisme révèle une faiblesse de communication du programme.
- Les femmes utilisent peu la ligne téléphonique (29 %) mais majoritairement les permanences (61 %). Supprimer les permanences pour réduire les coûts, comme cela avait été proposé, exclurait une grande partie des femmes.
- Une plainte sensible a été transmise en 4 jours au lieu de 24 heures, parce que l'assistant CFM ne savait pas joindre le point focal pendant un week-end. Mesure : numéro d'astreinte du point focal et suppléant désigné, connus de tout le personnel.
- Les boîtes reçoivent peu de messages et les réponses ne peuvent pas être communiquées. Mesure : les conserver dans deux sites où les comités le demandent, et les supprimer ailleurs.
- Le nombre total de retours (environ 2,5 pour 100 personnes concernées en six mois) indique un mécanisme connu et utilisé ; l'enquête de suivi mesure cependant que seules 49 % des femmes connaissent au moins un canal, contre 70 % des hommes.
Les décisions prises en comité de revue
| Constat | Décision | Responsable | Échéance |
|---|---|---|---|
| Incompréhension des critères par les familles d'accueil | Séances d'information dans chaque quartier ; affichage des critères ; examen d'une composante pour les familles d'accueil avec le bailleur | Chef de projet transferts | 1 mois |
| Faible accès des femmes au téléphone | Maintien des permanences ; présence d'une assistante CFM lors de chaque distribution | Coordinateur MEAL | Immédiat |
| Retard de transmission d'une plainte sensible | Numéro d'astreinte, suppléant, formation de rappel | Direction pays | 2 semaines |
| Faible connaissance des canaux par les femmes | Messages dans les groupes de femmes et les centres de santé ; numéro sur les cartes | Point focal AAP | 1 mois |
La boucle est ensuite fermée au niveau collectif : lors des réunions communautaires du mois suivant, l'équipe présente ce qui a été entendu et ce qui change (« vous nous avez dit… nous avons fait… »). Cette restitution renforce la confiance et l'utilisation du mécanisme.
8Piloter une évaluation : des termes de référence au rapport final
Le professionnel MEAL est rarement l'évaluateur ; il est le plus souvent le gestionnaire de l'évaluation. C'est lui qui garantit que l'évaluation sera utile, crédible et éthique. Le guide d'ALNAP sur l'évaluation de l'action humanitaire (2016) et les normes et règles d'évaluation du Groupe des Nations unies pour l'évaluation (UNEG, 2016), ainsi que ses directives éthiques (2020), sont les références de base.
Les critères spécifiques à l'action humanitaire
En plus des six critères du CAD de l'OCDE, l'évaluation humanitaire utilise souvent des critères adaptés, issus des travaux d'ALNAP :
- Couverture : l'aide a-t-elle atteint les groupes qui en avaient besoin, proportionnellement à leurs besoins ? Qui a été exclu, et pourquoi ?
- Connexité : les activités d'urgence ont-elles été menées en tenant compte des problèmes à plus long terme et de leurs liens avec la suite ?
- Coordination : l'intervention a-t-elle été coordonnée avec les autres acteurs, et cette coordination a-t-elle amélioré la réponse ?
- Adéquation (appropriateness) : l'aide était-elle adaptée aux besoins et aux préférences locales, ce qui renforce la redevabilité ?
Le calendrier type d'une évaluation finale externe
| Étape | Durée indicative | Points d'attention |
|---|---|---|
| Rédaction des TDR et validation interne | 2 à 3 semaines | Définir les utilisateurs et les décisions que l'évaluation doit éclairer ; 5 à 8 questions d'évaluation au maximum |
| Appel à candidatures et sélection | 3 à 5 semaines | Grille d'évaluation des offres (méthode, expérience, équipe mixte femmes-hommes, langues, prix) |
| Phase de démarrage et rapport de démarrage | 2 semaines | Matrice d'évaluation, méthodes, échantillon, outils, considérations éthiques ; le rapport de démarrage est validé avant le terrain |
| Collecte de terrain | 2 à 3 semaines | Logistique et sécurité assurées par l'ONG ; indépendance des entretiens (pas de personnel du projet présent) |
| Atelier de restitution à chaud | 1 jour | Premiers constats discutés avec l'équipe, corrections factuelles |
| Projet de rapport, commentaires, rapport final | 4 à 6 semaines | Une seule matrice de commentaires consolidée ; l'évaluateur reste libre de ses conclusions |
| Réponse de la direction et diffusion | 4 semaines | Diffusion au bailleur, au cluster, et un résumé aux communautés |
La matrice d'évaluation : un exemple
| Critère | Question d'évaluation | Sous-questions et indicateurs | Sources et méthodes |
|---|---|---|---|
| Pertinence et adéquation | Dans quelle mesure la modalité monétaire et la valeur du transfert ont-elles répondu aux besoins prioritaires des différents groupes ? | Part des dépenses consacrées aux besoins de base ; préférence de modalité ; évolution des prix par rapport au panier de dépenses minimum | Suivis post-distribution, données de marché, groupes de discussion séparés |
| Couverture | Les ménages les plus vulnérables, notamment ceux comptant une personne handicapée, ont-ils été atteints ? | Profil des bénéficiaires comparé à celui de la population ; erreurs d'inclusion et d'exclusion | Base de données, étude de base, entretiens avec les organisations de personnes handicapées |
| Efficacité | Le projet a-t-il amélioré la consommation alimentaire, et pour qui ? | FCS et rCSI base et fin, désagrégés ; facteurs explicatifs | Études de base et finale, données régionales de comparaison, entretiens |
| Efficience | Le coût de transfert de chaque euro était-il raisonnable par rapport aux alternatives ? | Ratio coût-transfert ; coût par ménage ; délais de paiement | Données financières, comparaison avec d'autres programmes du groupe de travail |
| Redevabilité | Le mécanisme de plaintes a-t-il permis d'adapter le programme ? | Délais, taux de réponse, changements documentés, confiance déclarée | Base CFM, entretiens, groupes de discussion |
Budget et qualité
Une évaluation finale externe d'un projet de taille moyenne mobilise couramment 25 à 40 jours de consultant, plus les frais de terrain, de traduction et d'atelier ; on rencontre souvent des budgets compris entre 1 et 3 % du budget total du projet, davantage pour les évaluations d'impact. La qualité se vérifie à quelques éléments simples : les conclusions découlent-elles clairement des constats, et les constats des données ? Les limites sont-elles explicites ? Les recommandations sont-elles peu nombreuses, hiérarchisées, adressées à un destinataire et réalisables ? Les voix des personnes affectées, y compris des groupes marginalisés, sont-elles présentes ?
Le gestionnaire d'évaluation protège l'indépendance de l'évaluateur : il peut demander la correction d'erreurs factuelles et de faiblesses méthodologiques, mais jamais la modification d'une conclusion parce qu'elle déplaît.
9De l'évaluation à l'apprentissage : réponse de la direction et adaptation
La réponse de la direction : un modèle
| Recommandation | Réponse (acceptée, partiellement, rejetée) | Actions prévues | Responsable | Échéance | État au suivi à 6 mois |
|---|---|---|---|---|---|
| 1. Revoir la valeur du transfert en fonction du panier de dépenses minimum et l'indexer sur les prix | Acceptée | Proposition commune au groupe de travail ; clause d'ajustement dans le prochain projet | Coordinateur programme | 3 mois | Réalisée : clause intégrée |
| 2. Inclure une composante pour les familles d'accueil | Partiellement acceptée | Plaidoyer auprès du bailleur ; volet pilote si financement disponible | Direction pays | 6 mois | En cours |
| 3. Remplacer les permanences par la ligne téléphonique | Rejetée | Les données montrent que les femmes utilisent majoritairement les permanences | — | — | — |
| 4. Systématiser le paiement mobile pour les personnes handicapées | Acceptée | Évaluation de faisabilité avec le prestataire | Responsable transferts | 4 mois | Retardée : contrainte réseau |
Une recommandation peut être rejetée, à condition que le rejet soit argumenté. Le suivi de la réponse de la direction, à 6 et 12 mois, est ce qui distingue une organisation apprenante d'une organisation qui commande des rapports.
Construire un programme d'apprentissage
- Questions d'apprentissage : 3 à 5 questions définies au démarrage, issues des hypothèses les plus incertaines de la théorie du changement (par exemple « les groupes de soutien incluant les grands-mères changent-ils davantage les pratiques d'alimentation que les groupes de mères seules ? »).
- Moments d'apprentissage planifiés : revues après action après chaque distribution importante, revues trimestrielles avec les partenaires, atelier de réflexion à mi-parcours, atelier de capitalisation en fin de projet.
- Gestion adaptative : chaque revue débouche sur des décisions consignées dans un registre ; les modifications importantes sont discutées avec le bailleur avec les données à l'appui.
- Partage externe : présentation des résultats au cluster, publication des évaluations (la plupart des grands bailleurs et réseaux encouragent la publication, par exemple dans la bibliothèque d'ALNAP), fiches de leçons apprises de deux pages.
- Culture de l'erreur : une équipe n'apprend que si l'on peut dire « cela n'a pas marché » sans être sanctionné. La direction donne l'exemple en présentant ses propres erreurs.
Variations selon le contexte
| Contexte | Redevabilité | Évaluation et apprentissage |
|---|---|---|
| Urgence soudaine | Information sur qui nous sommes et les critères dès le premier jour ; canal simple ; mécanismes communs interorganisations lorsque c'est possible | Évaluation en temps réel entre la 6e et la 12e semaine ; évaluations humanitaires interorganisations (IAHE) déclenchées pour les crises de grande ampleur |
| Crise prolongée | Fatigue des consultations ; attentes de participation plus forte aux décisions | Évaluations thématiques ou de portefeuille ; apprentissage sur plusieurs cycles |
| Camp | Mécanismes communs avec la gestion de site | Évaluations conjointes multisectorielles |
| Milieu urbain | Canaux numériques plus utilisés ; population hôte à inclure | Méthodes mixtes, comparaison avec la population non assistée |
| Gestion à distance | Ligne téléphonique centrale, opérateurs hors de la zone | Évaluateurs nationaux, collecte par téléphone, limites explicites |
| Insécurité forte | Risque de représailles pour les plaignants : confidentialité renforcée | Analyse « ne pas nuire » de l'évaluation elle-même |
| Partenaires locaux | Mécanisme du partenaire renforcé plutôt que parallèle ; circuit PSEA partagé et formalisé | Évaluations associant le partenaire comme co-commanditaire |
10Questions d'entretien et références clés
Questions d'entretien
1. « Comment savez-vous qu'un mécanisme de plaintes fonctionne ? »
Une bonne réponse cite des indicateurs précis : connaissance des canaux mesurée par enquête et désagrégée, nombre et profil des utilisateurs, délais de réponse, taux de boucles fermées, satisfaction quant à la réponse, et surtout des changements de programme documentés. Elle souligne qu'un mécanisme sans plaintes sensibles n'est pas forcément sain.
2. « Un bénéficiaire vous signale qu'un distributeur demande des faveurs sexuelles en échange de l'inscription. Que faites-vous dans l'heure qui suit ? »
Elle écoute sans investiguer, assure la sécurité et la confidentialité, propose l'orientation vers les services avec le consentement de la personne, transmet au point focal PSEA par un canal sécurisé dans les 24 heures au plus tard, n'en parle à personne d'autre, et ne contacte pas la personne mise en cause. Elle cite les principes de l'IASC et l'approche centrée sur la personne survivante.
3. « Rédigez trois questions d'évaluation pour un projet d'eau et d'assainissement. »
Elle formule des questions évaluatives (« dans quelle mesure… », « pour qui… », « pourquoi… »), rattachées à des critères (efficacité, durabilité, couverture), et précise les sources et méthodes. Elle évite les questions fermées ou purement descriptives.
4. « L'évaluateur conclut que votre projet a été peu efficace. La direction veut modifier le rapport. Que faites-vous ? »
Elle distingue les corrections factuelles et méthodologiques (légitimes) des modifications de conclusions (non acceptables), rappelle les normes d'indépendance de l'UNEG et d'ALNAP, et propose d'utiliser la réponse de la direction pour exprimer le désaccord argumenté de l'organisation.
5. « Donnez un exemple de leçon apprise qui a changé une pratique. »
Elle décrit un cas précis, comment la leçon a été identifiée (revue après action, évaluation, données de plaintes), comment elle a été diffusée et ce qui a concrètement changé, avec une preuve.
Références clés
- Norme humanitaire fondamentale (CHS), édition 2024, engagements 1, 5 et 7.
- Engagements de l'IASC sur la redevabilité envers les populations affectées et la protection contre l'exploitation et les abus sexuels (révisés en 2017) et cadre collectif sur l'AAP.
- Six principes fondamentaux de l'IASC relatifs à l'exploitation et aux abus sexuels (révisés en 2019) ; circulaire du Secrétaire général des Nations unies ST/SGB/2003/13.
- Best Practice Guide: Inter-Agency Community-Based Complaint Mechanisms : IASC (2016).
- Evaluation of Humanitarian Action Guide : ALNAP (2016).
- Normes et règles d'évaluation (2016) et directives éthiques (2020) : UNEG.
- Better Criteria for Better Evaluation : CAD de l'OCDE (2019).
- Lignes directrices des évaluations humanitaires interorganisations (IAHE) : IASC.
Une plainte grave dans la boîte à suggestions
Site de distribution alimentaire, Afrique de l'Ouest
Vous gérez le mécanisme de plaintes et retours d'un programme d'assistance alimentaire.
Parmi des remarques sur la qualité du riz, un message anonyme dit : « Le chef de liste demande de l'argent pour inscrire les familles. »
Décision 1 sur 3Que faites-vous de cette plainte ?
Décision 2 sur 3Les autres retours (qualité du riz, attente) s'accumulent sans réponse. Comment « boucler la boucle » ?
Décision 3 sur 3Le bailleur finance une évaluation finale. Quelle question porte sur l'efficience (critères du CAD de l'OCDE) ?
Ce qu'il faut retenir
Redevabilité veut dire écouter, traiter les plaintes sensibles en toute confidentialité, répondre aux communautés et apprendre, jusqu'à l'évaluation finale.
Exercice d'application : votre mécanisme de plaintes
Pour votre projet, choisissez trois canaux de plaintes adaptés (en justifiant pour les femmes et les personnes handicapées), écrivez le circuit d'une plainte sensible de la réception à la clôture, et fixez les délais de réponse. Puis rédigez trois questions d'évaluation, chacune liée à un critère du CAD.
À retenir
- Informer, faire participer, écouter et répondre.
- Les plaintes sensibles suivent un circuit confidentiel séparé.
- Six critères du CAD : pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact, durabilité.
- Une recommandation sans réponse de la direction reste lettre morte.
💼 Offres d'emploi en Suivi-évaluation et données
Mettez cette formation en pratique : les dernières offres de ce domaine.
- Project Completion, Monitoring and Partnerships Consultant (Korean Language Preferred)International Trade Centre · Ouganda
- MERL Officer- RosterPlan International · Éthiopie
- Expert(e) en Suivi-Évaluation et Pilotage de la Performance des Entreprises AccompagnéesONUDI / UNIDO · Comores
- National Monitoring and Evaluation ExpertONUDI / UNIDO · Palestine
- Head of Section (Mathematics) / Senior Research ScientistUNESCO · Italie
Pour aller plus loin : références de la formation
- OCDE-CAD (2019). Critères d'évaluation du CAD : définitions adaptées et principes d'utilisation. www.oecd.org/fr/cad/evaluation/criteres-cad-evaluation.htm
- ALNAP (Buchanan-Smith, Cosgrave, Warner) (2016). Évaluer l'action humanitaire : guide ALNAP. www.alnap.org/help-library/evaluation-of-humanitarian-action-guide
- CHS Alliance, Groupe URD, Projet Sphère (2024). Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS). www.corehumanitarianstandard.org
- Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
- Groupe des Nations unies pour l'évaluation (UNEG) (2016). Normes et règles d'évaluation. www.unevaluation.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.