Jour 1 sur 5 · 6 heures · Niveau 1 Débutant

Les fondamentaux du MEAL

Objectifs du jour
  • Définir le suivi, l'évaluation, la redevabilité et l'apprentissage.
  • Situer le MEAL dans le cycle de projet.
  • Connaître les principaux standards et les règles d'éthique de la collecte de données.

1Que veut dire MEAL ?

MEAL est l'acronyme anglais de Monitoring, Evaluation, Accountability and Learning : suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage. Ces quatre fonctions répondent à quatre questions simples.

  • Suivi : faisons-nous ce que nous avions prévu ? C'est une collecte continue et régulière d'informations sur les activités, les dépenses et les premiers résultats.
  • Évaluation : ce que nous faisons produit-il les changements attendus, et est-ce la bonne chose à faire ? C'est une analyse ponctuelle et approfondie, souvent à mi-parcours ou en fin de projet.
  • Redevabilité : rendons-nous compte de nos actions aux personnes que nous aidons, aux bailleurs et aux autorités ? Elle passe par l'information, la participation et les mécanismes de plaintes et retours.
  • Apprentissage : utilisons-nous ce que nous savons pour améliorer le projet et les suivants ? Sans apprentissage, les données dorment dans des tableaux.

2Suivi et évaluation : les différences

SuiviÉvaluation
FréquenceContinue (hebdomadaire, mensuelle)Ponctuelle (mi-parcours, finale, ex post)
QuestionLes activités et les produits avancent-ils comme prévu ?Le projet est-il pertinent, efficace, durable ? Pourquoi ?
NiveauActivités et produits (outputs), parfois effetsEffets (outcomes) et impact
QuiÉquipe du projetSouvent une personne externe ou une équipe mixte
UsageGestion au quotidien, corrections rapidesDécisions stratégiques, redevabilité, apprentissage

3Le MEAL dans le cycle de projet

Le MEAL n'arrive pas à la fin : il commence dès l'analyse des besoins.

  1. Évaluation des besoins : données de base sur la population, les vulnérabilités et les capacités.
  2. Conception : théorie du changement, cadre logique, indicateurs, budget MEAL (souvent 3 à 10 % du budget du projet).
  3. Démarrage : plan MEAL, outils, étude de base (baseline).
  4. Mise en œuvre : suivi des activités, suivi post-distribution, plaintes et retours, revues trimestrielles.
  5. Clôture : étude finale (endline), évaluation, capitalisation des leçons apprises.

4Standards de référence

  • Norme humanitaire fondamentale (CHS) : 9 engagements de qualité et de redevabilité envers les communautés et les personnes affectées. Les engagements 4 (communication et participation) et 5 (plaintes) concernent directement le MEAL.
  • Manuel Sphère : normes minimales par secteur (eau et assainissement, sécurité alimentaire, abris, santé), avec des indicateurs clés réutilisables.
  • Critères du CAD de l'OCDE : pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact et durabilité (vus au jour 5).
  • Exigences des bailleurs : chaque bailleur (ECHO, BHA, FCDO, agences de l'ONU…) a ses formats de rapport et ses indicateurs obligatoires : lisez-les avant de concevoir le système.

5Éthique et protection des données

Collecter des données sur des personnes en crise crée une responsabilité.

  • Consentement éclairé : expliquer qui collecte, pourquoi, ce qui sera fait des données, et que la personne peut refuser sans perdre l'aide.
  • Ne pas nuire : ne pas poser de questions inutiles ou traumatisantes, et ne pas exposer les personnes (violences, statut juridique).
  • Minimisation : ne collecter que ce qui sera utilisé.
  • Confidentialité : anonymiser, protéger les fichiers par mot de passe, limiter l'accès, ne jamais partager de listes nominatives par messagerie.
  • Enfants : accord des parents et de l'enfant, présence d'un adulte de confiance, enquêteurs formés.
Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

6Organiser la fonction MEAL : rôles, positionnement et ressources

Un système MEAL ne se réduit pas à un officier qui remplit des tableaux. C'est une fonction transversale qui doit avoir un positionnement clair, des moyens identifiés dès la proposition et une ligne hiérarchique qui protège son indépendance. Les audits et les évaluations constatent régulièrement les mêmes faiblesses : un MEAL rattaché au chef de projet dont il mesure la performance, un budget MEAL inexistant ou absorbé par d'autres lignes, et des données qui remontent sans jamais redescendre vers les équipes ni vers les communautés.

Positionnement hiérarchique

Le principe le plus important est la séparation entre ceux qui mettent en œuvre et ceux qui vérifient. Dans une mission de taille moyenne, l'organisation la plus robuste est la suivante :

  • Coordinateur ou responsable MEAL de mission : rattaché au chef de mission ou au directeur pays, avec un lien fonctionnel (technique) vers le conseiller MEAL du siège. Il fixe les standards, valide les outils, consolide les données et prépare les revues.
  • Officiers MEAL de base : rattachés hiérarchiquement au coordinateur MEAL, et non au chef de base ou au chef de projet. Ils travaillent au quotidien avec les équipes programme mais ne leur rendent pas compte.
  • Assistants MEAL et enquêteurs : souvent recrutés localement pour des périodes de collecte ; ils doivent parler les langues de la zone et refléter la diversité de la population (femmes enquêtrices indispensables pour interroger les femmes dans de nombreux contextes).
  • Responsable de la gestion de l'information (IM) : dans les grandes missions, il gère les bases de données, les tableaux de bord et la protection des données ; dans les petites, ce rôle est assumé par le coordinateur MEAL.
  • Point focal redevabilité ou CFM : gère le mécanisme de plaintes et retours ; il doit avoir une ligne directe vers la direction pays pour les plaintes sensibles.

Règle pratique : si l'officier MEAL est évalué par la personne dont il mesure les résultats, le système n'est pas indépendant. Un auditeur ou un évaluateur le relèvera, et les équipes le savent.

Ratios et dimensionnement

Il n'existe pas de norme universelle, mais les ordres de grandeur suivants sont couramment utilisés dans les ONG internationales pour dimensionner une équipe :

Taille du portefeuilleÉquipe MEAL minimaleRemarques
1 projet, moins de 1 M EUR, 1 zone1 officier MEAL (éventuellement partagé à 50 %)Appui ponctuel du siège pour l'étude de base et l'évaluation
2 à 4 projets, 1 à 5 M EUR, 2 ou 3 bases1 coordinateur MEAL, 1 officier par base, 1 assistant CFMUne base de données commune et un ITT consolidé
Plus de 5 M EUR, multisectoriel, plusieurs bases1 coordinateur, 1 adjoint ou responsable IM, 1 officier par base, assistants, 1 point focal AAPFonction AAP et protection des données formalisées

Budget MEAL

La fourchette de 3 à 10 % du budget total vue dans le cours de base doit être décomposée ligne par ligne. Un budget MEAL crédible comprend : le personnel MEAL (souvent 50 à 70 % du budget MEAL), les études de base et finales (enquêteurs, transport, téléphones ou tablettes, impression), le suivi post-distribution, le mécanisme de plaintes (ligne téléphonique, crédit, boîtes, formation), l'évaluation externe (honoraires, déplacements, traduction, ateliers de restitution), les licences et l'hébergement des outils et la formation des équipes et des partenaires.

Les bailleurs n'acceptent ces coûts que s'ils sont justifiés par le plan de suivi décrit dans la proposition. ECHO examine la cohérence entre la section suivi et évaluation du formulaire unique (Single Form) et le budget ; BHA demande un plan de suivi, d'évaluation et d'apprentissage (plan MEL) dont le niveau de détail dépend de la durée et du montant de l'accord ; le FCDO attend que les jalons du cadre logique puissent être vérifiés lors des revues annuelles. Un budget MEAL qui ne prévoit pas d'étude de base alors que la proposition annonce des indicateurs d'effet est un signal d'alerte immédiat pour un évaluateur de proposition.

7Mettre en place un système MEAL en 90 jours : la méthode pas à pas

Lorsqu'un projet démarre, ou lorsqu'un professionnel MEAL arrive sur une mission qui n'a pas de système structuré, il faut avancer dans un ordre précis. La séquence ci-dessous correspond à ce que la plupart des bailleurs attendent dans le premier trimestre d'un accord de 12 à 24 mois.

Semaines 1 et 2 : comprendre les engagements

  1. Rassembler les documents contractuels : proposition approuvée, cadre logique, budget, conditions générales et particulières de l'accord, calendrier des rapports. Relever chaque engagement MEAL : indicateurs, études promises, fréquence des rapports, évaluation prévue, exigences de désagrégation.
  2. Lire les exigences du bailleur : indicateurs clés obligatoires (par exemple les indicateurs clés de résultats d'ECHO, les indicateurs requis par BHA selon les secteurs et sous-secteurs choisis), formats de rapport, délais. Pour ECHO, le rapport final est attendu dans les trois mois qui suivent la fin de l'action ; vérifier toujours les dates exactes dans l'accord signé, car ce sont elles qui comptent.
  3. Cartographier l'existant : quels outils sont déjà utilisés, quelles données existent (évaluations multisectorielles, données du cluster, du système d'information sanitaire), quels partenaires collectent quoi.

Semaines 3 à 6 : construire les outils

  1. Rédiger les fiches de référence d'indicateurs pour tous les indicateurs du cadre logique (vu au jour 3). C'est l'étape la plus négligée et la plus importante : elle fixe les définitions avant que chacun interprète à sa façon.
  2. Concevoir le circuit des données : qui collecte (programme ou MEAL), avec quel outil, qui vérifie, où les données sont stockées, qui les consolide, à quelle date elles doivent être disponibles.
  3. Développer les outils de collecte : formulaires numériques, registres de distribution, listes de vérification de suivi, formulaire de plainte. Les tester avec l'équipe.
  4. Analyser les risques liés aux données : une évaluation d'impact sur la protection des données (voir la section suivante) pour toute collecte de données personnelles ou sensibles.

Semaines 6 à 10 : étude de base et mécanisme de plaintes

  1. Lancer l'étude de base avant que les activités aient produit leurs effets. Une étude de base réalisée au quatrième mois d'un projet de 12 mois ne mesure plus une situation de départ.
  2. Mettre en place le mécanisme de plaintes et retours dès les premières activités visibles (enregistrement, ciblage), car c'est à ce moment que les contestations surviennent.
  3. Former les équipes : programme, partenaires et enquêteurs, sur les outils, l'éthique, le consentement et le signalement des cas d'exploitation et d'abus sexuels.

Semaines 10 à 13 : valider et faire fonctionner

  1. Finaliser le plan MEAL et le faire valider par la direction pays et, si l'accord le prévoit, par le bailleur.
  2. Remplir le premier tableau de suivi avec les valeurs de base et les premières réalisations.
  3. Tenir la première revue mensuelle des données avec l'équipe programme, avec au moins une décision consignée.

Le critère de réussite à 90 jours n'est pas l'existence d'un plan MEAL de 40 pages, mais la tenue d'une première réunion où des données ont conduit à une décision consignée par écrit.

Répartition des responsabilités (matrice RACI simplifiée)

TâcheChef de projetCoordinateur MEALOfficier MEALDirection pays
Fiches de référence d'indicateursConsultéResponsableRéaliseInformée
Collecte des données de suivi des activitésResponsableConsultéVérifieInformée
Étude de base et finaleConsultéResponsableRéaliseValide
Traitement des plaintes non sensiblesRépondSuperviseEnregistre et suitInformée
Traitement des plaintes sensiblesNon impliquéTransmetTransmetResponsable (point focal PSEA)
Rapport au bailleurResponsableFournit et vérifie les donnéesContribueValide

8Exemple complet : démarrage du système MEAL d'un projet multisectoriel

Le contexte suivant est fictif. L'ONG internationale « Horizons Partagés » démarre un projet de 18 mois dans la province fictive du Haut-Kessi, où 46 000 personnes déplacées vivent dans trois sites et dans les familles d'accueil de deux communes. Le projet, financé à hauteur de 2 400 000 EUR, combine eau, hygiène et assainissement (EHA), transferts monétaires à usages multiples et un volet protection mis en œuvre par un partenaire national, l'association « Femmes Unies du Kessi ».

Étape 1 : inventaire des engagements

EngagementSourceConséquence pour le MEAL
12 indicateurs au cadre logique, dont 4 d'effetProposition12 fiches de référence ; étude de base et finale pour les 4 indicateurs d'effet
Désagrégation par sexe, âge et handicapConditions de l'accordQuestions du Washington Group dans les enquêtes ; registres adaptés
Rapport intermédiaire au mois 9, rapport final dans les 3 mois après la finAccordClôture des données au mois 8 et au mois 18
Évaluation finale externePropositionTDR au mois 13, recrutement au mois 14, terrain au mois 16
Mécanisme de plaintes accessibleProposition, engagement CHS 5Ligne gratuite, permanences, comités ; procédure PSEA

Étape 2 : budget MEAL

LigneCalculMontant (EUR)
Coordinateur MEAL (international)18 mois × 50 % × 7 20064 800
2 officiers MEAL (nationaux)2 × 18 mois × 1 50054 000
1 assistant CFM18 mois × 90016 200
Étude de base (400 ménages)16 enquêteurs × 12 jours × 30 + transport et formation 6 00011 760
Étude finale (400 ménages)Même calcul, majoré de 5 %12 350
Suivi post-distribution (3 cycles)3 × 4 50013 500
Mécanisme de plaintesLigne gratuite 18 × 250 + boîtes et matériel 2 5007 000
Évaluation externe finaleHonoraires 30 jours × 550 + déplacements et ateliers24 000
Équipement (25 téléphones, 2 ordinateurs)25 × 180 + 2 × 1 1006 700
Formation des équipes et du partenaire3 sessions4 500
Total214 810

Le budget MEAL représente 8,9 % du budget total. Le raisonnement à présenter au bailleur : le projet est multisectoriel, comporte des transferts monétaires (qui exigent un suivi post-distribution renforcé et une vérification des listes) et intervient en partie dans les familles d'accueil, ce qui rend la collecte plus coûteuse qu'en site.

Étape 3 : risques identifiés et réponses

  • Conflit d'intérêts : le partenaire protection voulait collecter lui-même la satisfaction de ses bénéficiaires. Réponse : la satisfaction est collectée par l'équipe MEAL d'Horizons Partagés lors du suivi trimestriel ; le partenaire collecte les données de suivi des activités.
  • Données sensibles : le volet protection enregistre des cas individuels. Réponse : les données de gestion des cas restent dans le système du partenaire ; seuls des chiffres agrégés (nombre de cas par type, sans aucun identifiant) remontent au MEAL.
  • Double comptage : un même ménage peut recevoir des transferts et un kit d'hygiène. Réponse : un identifiant unique de ménage, et un indicateur « personnes uniques atteintes » calculé à partir de la base consolidée, et non par addition des activités.
  • Accès : un des sites est inaccessible deux mois par an pendant les pluies. Réponse : l'étude de base est programmée avant la saison des pluies et le suivi à distance par téléphone est prévu pour cette période.

Étape 4 : premier mois de fonctionnement

Au premier comité de revue (fin du mois 3), le tableau de suivi montre que 61 % des ménages enregistrés pour les transferts sont dirigés par des femmes, alors que l'étude de base estime leur proportion à 44 % dans la population. L'équipe vérifie : les critères de ciblage favorisent effectivement les ménages dirigés par des femmes, ce qui est cohérent avec l'analyse de vulnérabilité. En revanche, seules 3 % des personnes enregistrées déclarent un handicap selon les questions du Washington Group, contre 11 % dans l'étude de base. La décision consignée : revoir l'accès aux sites d'enregistrement (distance, attente debout), former les équipes à poser les questions du Washington Group et prévoir l'enregistrement à domicile pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer. C'est exactement ce que l'on attend d'un système MEAL : une donnée, un écart, une explication, une décision.

9Protection et responsabilité des données : la pratique

Le cours de base a posé les principes. Sur le terrain, la protection des données se joue dans des décisions concrètes : quel champ supprimer du formulaire, qui a accès au serveur, combien de temps garder les listes, que faire quand une autorité demande la liste des bénéficiaires. Les références qui encadrent ces décisions sont le Handbook on Data Protection in Humanitarian Action du CICR et du Brussels Privacy Hub, les Operational Guidance on Data Responsibility in Humanitarian Action du Comité permanent interorganisations (IASC, 2021, révisées en 2023) et, pour les organisations établies dans l'Union européenne, le règlement général sur la protection des données (RGPD), qui s'applique aussi aux données collectées hors d'Europe.

Classer les données selon leur sensibilité

NiveauExemplesRègles minimales
PublicRapports publiés, chiffres agrégés par communeVérifier qu'aucun petit effectif ne permet d'identifier quelqu'un
RestreintRésultats d'enquête anonymisés, tableaux de suiviPartage interne et avec le bailleur selon l'accord
ConfidentielListes nominatives de bénéficiaires, numéros de téléphone, coordonnées GPS des ménagesAccès nominatif, chiffrement, pas de messagerie instantanée, destruction programmée
Strictement confidentielPlaintes d'exploitation et d'abus sexuels, cas de protection, données sur des violences, statut juridiqueAccès limité à 1 ou 2 personnes désignées, stockage séparé, aucune copie locale

Les données agrégées ne sont pas automatiquement sans risque. Les directives de l'IASC insistent sur la notion de données démographiquement sensibles : une carte qui montre la concentration d'un groupe ethnique ou religieux dans un quartier peut exposer ce groupe, même sans aucun nom.

L'évaluation d'impact sur la protection des données

Avant toute nouvelle collecte de données personnelles à grande échelle (enregistrement, enquête de ménages avec coordonnées, biométrie), réalisez une évaluation d'impact (en anglais DPIA). Elle répond à huit questions :

  1. Quelles données sont collectées, et chacune est-elle nécessaire à une finalité précise ?
  2. Sur quelle base légale ou légitime repose la collecte (consentement, intérêt vital, intérêt public, mission humanitaire) ?
  3. Qui aura accès aux données, à l'intérieur et à l'extérieur de l'organisation (partenaires, bailleur, prestataire de paiement, opérateur de téléphonie) ?
  4. Où les données seront-elles stockées et transférées, et sous quelle juridiction ?
  5. Combien de temps seront-elles conservées, et comment seront-elles détruites ?
  6. Quels sont les risques pour les personnes en cas de fuite, de saisie ou d'accès par une partie au conflit ?
  7. Quelles mesures réduisent ces risques (pseudonymisation, chiffrement, contrôle d'accès, séparation des fichiers) ?
  8. Comment les personnes sont-elles informées, et comment peuvent-elles exercer leurs droits (accès, rectification, opposition) ?

Le consentement dans la pratique

Le consentement n'est valable que s'il est libre. Or une personne qui attend une aide ne se sent pas libre de refuser. Le manuel du CICR souligne que, dans de nombreuses situations humanitaires, le consentement n'est pas la base la plus appropriée pour l'enregistrement nécessaire à l'assistance ; il reste en revanche indispensable pour les enquêtes, les entretiens et les photographies. Un script de consentement d'enquête contient : le nom de l'organisation, le but de l'enquête, la durée estimée, le caractère volontaire, l'absence de conséquence sur l'aide en cas de refus, le droit d'arrêter à tout moment ou de ne pas répondre à une question, l'usage des réponses (anonymisées), un contact pour toute question ou plainte. L'enquêteur enregistre l'accord dans le formulaire ; en cas de refus, le formulaire se ferme.

Pour les enfants, on distingue le consentement du parent ou du tuteur et l'assentiment de l'enfant lui-même, qui doit être recherché selon son âge et sa maturité. Pour les entretiens d'enfants, les standards minimaux de la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (CPMS, Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire) imposent des enquêteurs formés, un espace sûr et visible, et un protocole d'orientation si l'enfant révèle une situation de danger.

Liste de vérification avant une collecte

  • Chaque question du formulaire est rattachée à un indicateur ou à une décision.
  • Les noms et numéros de téléphone sont stockés dans un fichier séparé des réponses, reliés par un code.
  • Les comptes du serveur de collecte sont nominatifs ; aucun mot de passe partagé.
  • Les téléphones sont protégés par un code et les données sont envoyées et effacées chaque jour.
  • Une procédure existe en cas de perte ou de vol d'un appareil (signalement sous 24 heures, désactivation du compte).
  • Une conduite à tenir est définie si une autorité ou un groupe armé exige l'accès aux données : ne rien remettre sur place, escalader immédiatement à la direction pays.
  • La durée de conservation est fixée et la destruction est planifiée à la clôture du projet, sous réserve des obligations d'archivage financier du bailleur.
  • L'accord de partage de données avec le partenaire et, le cas échéant, le prestataire de paiement est signé.

10La CHS en pratique : ce que les auditeurs et les évaluateurs vérifient

La Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS) a été révisée en 2024 par la CHS Alliance, Sphère et le Groupe URD. Elle conserve ses neuf engagements envers les communautés et les personnes affectées, reformulés du point de vue de ces personnes, et précise pour chacun des exigences applicables à l'organisation. Plusieurs organisations s'engagent dans une démarche de vérification (auto-évaluation, examen par les pairs ou certification indépendante, notamment par l'organisme HQAI). Même sans certification, la CHS est le langage commun utilisé par les bailleurs et les évaluateurs pour juger la qualité et la redevabilité.

Ce que l'on regarde, engagement par engagement, côté MEAL

Engagement (formulation résumée)Preuves que l'on attend de vous
1. Les personnes peuvent exercer leurs droits et participer aux décisions qui les concernentComptes rendus de consultations, composition des comités par sexe et âge, preuve que les avis ont modifié une décision
2. Les personnes ont accès à une aide adaptée à leurs besoins, en temps vouluÉvaluation des besoins désagrégée, critères de ciblage documentés, délais entre enregistrement et assistance
3. Les personnes sont mieux préparées et plus résilientesIndicateurs de capacité locale, analyse des effets négatifs possibles
4. L'aide ne cause pas de préjudiceAnalyse de risques, questions de sécurité dans le suivi post-distribution, procédure PSEA
5. Les personnes peuvent soulever des préoccupations et voir leurs plaintes traitéesRegistre des plaintes, délais réels de réponse, taux de boucles fermées, connaissance des canaux mesurée par enquête
6. L'aide est coordonnée et complémentaireParticipation aux clusters, données partagées (4W), absence de doublons
7. L'aide s'améliore en continu grâce à l'apprentissageRevues après action, plan de réponse de la direction, changements de programme documentés
8. Le personnel est compétent et bien géréFormations MEAL et PSEA, codes de conduite signés
9. Les ressources sont gérées de façon responsableVérification des listes, contrôle des fraudes, coût par bénéficiaire

Les erreurs les plus fréquentes

  • Confondre la quantité et l'usage : des dizaines d'indicateurs suivis, aucun n'ayant changé une décision. Un auditeur demandera systématiquement « donnez-moi un exemple de décision prise à partir de vos données ».
  • Le MEAL au service exclusif du bailleur : les rapports partent au siège, mais les communautés ne voient jamais les résultats. L'engagement 1 et l'engagement 7 ne sont pas remplis.
  • Une redevabilité déclarative : « une ligne verte a été mise en place », sans données sur le nombre d'appels, leur répartition par sexe, les délais de réponse ni la satisfaction quant à la réponse.
  • Des données non désagrégées, qui empêchent de voir qui est exclu.
  • Un plan MEAL rédigé par un consultant et jamais utilisé, que l'équipe ne connaît pas.
  • Aucun suivi des effets négatifs : tensions entre déplacés et familles d'accueil, risques sur le trajet de distribution, pressions pour obtenir une place sur les listes.

Lors d'une évaluation ou d'un audit qualité, préparez trois exemples documentés : une décision prise à partir des données de suivi, un changement apporté suite aux retours des communautés, et une leçon tirée d'une erreur. Ces trois exemples valent plus que tous les tableaux.

11Adapter le système au contexte

Le même système MEAL ne fonctionne pas partout. Le professionnel expérimenté se distingue par sa capacité à proportionner le dispositif au contexte, au temps disponible et aux risques.

ContexteCe qui changeAdaptations recommandées
Urgence soudaine (premières 6 à 8 semaines)Pas de temps pour une étude de base complète ; besoins qui évoluent chaque semaineIndicateurs de produits et de couverture, évaluation rapide (par exemple outils multisectoriels de type MIRA), suivi post-distribution léger, canal de retour dès la première distribution, évaluation en temps réel vers la 6e à 12e semaine
Crise prolongéeProjets successifs, fatigue des enquêtes, attentes de durabilitéPanels de suivi, indicateurs de résilience et de moyens d'existence, évaluations conjointes, apprentissage sur plusieurs cycles de financement
Camp ou sitePopulation délimitée, listes disponiblesÉchantillonnage aléatoire simple sur liste, comités de site pour la redevabilité, coordination avec la gestion de site (CCCM)
Milieu urbain ou familles d'accueilPopulation dispersée, mélangée à la population hôteÉchantillonnage par zones, enquêtes téléphoniques, inclusion de la population hôte dans l'analyse
Gestion à distanceLe personnel international ou de supervision ne peut pas se rendre sur placeSuivi par des tiers (TPM), vérification par photos géolocalisées et horodatées, appels de vérification aux bénéficiaires, triangulation systématique
Forte insécuritéLes données peuvent mettre en danger les personnes et les enquêteursMinimisation radicale, pas de coordonnées GPS des ménages, entretiens courts, collecte suspendue si le risque dépasse le bénéfice
Partenaires locaux à capacités limitéesOutils inadaptés, peu de personnel dédiéOutils simplifiés et co-construits, budget MEAL réservé au partenaire, accompagnement plutôt que contrôle, plan de renforcement des capacités suivi

Le suivi par des tiers

Lorsque l'accès est impossible, de nombreux bailleurs financent ou exigent un suivi par des tiers (third-party monitoring). Pour qu'il soit utile : définir précisément ce qui est vérifié (existence et fonctionnalité d'une infrastructure, réception de l'aide par les personnes inscrites, qualité perçue), fournir des outils standardisés, exiger des preuves vérifiables (photos horodatées, entretiens avec un échantillon tiré par l'ONG et non par le prestataire), et prévoir un circuit de traitement des constats avec un délai de réponse. Le risque principal est de transférer le risque sécuritaire sur des enquêteurs moins protégés : la sécurité des équipes du prestataire doit être analysée au même titre que celle de son propre personnel.

12Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Vous arrivez sur une mission où le MEAL se résume à un tableau Excel de produits. Que faites-vous les trois premiers mois ? »

Une bonne réponse suit un ordre : lire les engagements contractuels, écouter les équipes et les partenaires, prioriser (fiches de référence et circuit des données pour les indicateurs du bailleur), rendre rapidement un premier produit utile (un tableau de bord d'une page discuté en réunion), puis construire progressivement le reste. Elle évite de promettre un système complet en un mois et mentionne la redevabilité et la protection des données.

2. « Quelle est la différence entre suivi et évaluation, et pourquoi le MEAL ne doit-il pas dépendre du chef de projet ? »

Elle distingue fréquence, niveau de résultat et usage, puis explique le conflit d'intérêts : celui qui est jugé sur les résultats ne peut pas être celui qui les certifie. Elle propose une solution réaliste (rattachement hiérarchique au coordinateur MEAL, lien fonctionnel fort avec les programmes).

3. « Comment justifiez-vous un budget MEAL de 8 % auprès d'un bailleur qui le juge élevé ? »

Elle décompose le budget par activité, relie chaque ligne à un engagement de la proposition (étude de base pour les indicateurs d'effet, suivi post-distribution pour les transferts, évaluation externe), et indique ce qui serait perdu en cas de réduction. Elle peut proposer des économies réalistes (évaluation conjointe, enquête téléphonique pour certains suivis).

4. « Une autorité locale demande la liste complète des bénéficiaires. Que faites-vous ? »

Elle ne remet rien sur place, explique poliment la politique de protection des données, escalade à la direction pays, analyse la base légale de la demande et les risques pour les personnes, et propose si possible des données agrégées. Elle cite les principes humanitaires et les directives sur la responsabilité des données.

5. « Donnez un exemple où des données ont changé une décision. »

Elle raconte un cas précis avec la donnée, l'écart constaté, l'analyse des causes, la décision et le résultat de cette décision. Une réponse générale (« nous utilisons les données pour améliorer les programmes ») est faible.

Références clés

  • Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS), édition 2024 : CHS Alliance, Sphère, Groupe URD.
  • Manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire, édition 2018.
  • Handbook on Data Protection in Humanitarian Action : CICR et Brussels Privacy Hub.
  • Operational Guidance on Data Responsibility in Humanitarian Action : IASC (2021, révision 2023).
  • Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (CPMS), édition 2019 : Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire.
  • Guides et ressources d'ALNAP sur le suivi et l'évaluation de l'action humanitaire.
  • Lignes directrices des bailleurs : formulaire unique et orientations d'ECHO, lignes directrices de candidature et manuel des indicateurs de BHA, guide des cadres logiques et des revues annuelles du FCDO.
Mise en situation

Premier jour comme officier MEAL

Camp de déplacés, région du Sahel

Votre rôle

Vous venez d'être recruté comme officier MEAL dans une ONG qui distribue de l'eau et des kits d'hygiène à 3 000 ménages.

Le chef de projet vous accueille : « Les bailleurs veulent des chiffres. On a des fiches de distribution dans des cartons, personne ne les a saisies depuis deux mois. Le rapport est dû dans trois semaines. »

  1. Décision 1 sur 3Par quoi commencez-vous ?

  2. Décision 2 sur 3En lisant les fiches, vous voyez que certaines familles ont signé deux fois le même jour. Que faites-vous ?

  3. Décision 3 sur 3Une collègue propose de photographier les familles avec leur kit « pour le rapport ». Votre réponse ?

Exercice d'application : votre système actuel

Pensez à un projet que vous connaissez. Notez : (1) ce qui est suivi chaque mois, (2) la dernière évaluation réalisée, (3) comment les bénéficiaires peuvent se plaindre, (4) une décision prise grâce aux données. Si l'une des quatre cases est vide, c'est la priorité de votre plan MEAL.

À retenir

  • Le suivi est continu, l'évaluation est ponctuelle.
  • Le MEAL commence à la conception du projet, pas à la fin.
  • La redevabilité est due d'abord aux personnes affectées.
  • Chaque donnée collectée doit avoir un usage et être protégée.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. OCDE-CAD (2019). Critères d'évaluation du CAD : définitions adaptées et principes d'utilisation. www.oecd.org/fr/cad/evaluation/criteres-cad-evaluation.htm
  2. ALNAP (Buchanan-Smith, Cosgrave, Warner) (2016). Évaluer l'action humanitaire : guide ALNAP. www.alnap.org/help-library/evaluation-of-humanitarian-action-guide
  3. CHS Alliance, Groupe URD, Projet Sphère (2024). Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS). www.corehumanitarianstandard.org
  4. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  5. Groupe des Nations unies pour l'évaluation (UNEG) (2016). Normes et règles d'évaluation. www.unevaluation.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Quelle fonction répond à la question « faisons-nous ce que nous avions prévu ? »
2Combien d'engagements compte la Norme humanitaire fondamentale (CHS) ?
3Quand commence le travail MEAL ?

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