Jour 2 sur 5 · 6 heures · Niveau 1 Débutant

Théorie du changement et cadre logique

Objectifs du jour
  • Passer d'un arbre à problèmes à une théorie du changement.
  • Construire un cadre logique : objectifs, résultats, activités, hypothèses.
  • Vérifier la logique verticale et horizontale.

1De l'arbre à problèmes à l'arbre à objectifs

L'arbre à problèmes place le problème central au tronc, ses causes dans les racines et ses conséquences dans les branches. Exemple : « taux élevé de diarrhée chez les enfants de moins de 5 ans », causé par une eau non potable, l'absence de latrines et de mauvaises pratiques d'hygiène.

L'arbre à objectifs retourne chaque énoncé en situation positive : « les ménages ont accès à une eau potable », « les ménages utilisent des latrines ». On choisit ensuite les branches sur lesquelles l'organisation peut agir : c'est l'analyse des stratégies.

2La théorie du changement

Une théorie du changement explique comment et pourquoi les activités vont mener au changement souhaité. Elle se lit comme une chaîne de « si… alors… » :

Si nous réhabilitons les points d'eau et formons des comités de gestion, alors les ménages auront accès à une eau potable ; si en plus ils adoptent le lavage des mains, alors la diarrhée chez les enfants diminuera, à condition que les pièces de rechange restent disponibles et que la situation sécuritaire permette l'accès.

Les « à condition que » sont les hypothèses : elles doivent être suivies, car si elles tombent, la logique du projet tombe avec elles.

3La chaîne de résultats

  • Intrants (inputs) : argent, personnel, matériel.
  • Activités : ce que l'équipe fait (former, distribuer, construire).
  • Produits (outputs) : résultats directs et contrôlables des activités (300 kits distribués, 40 relais formés).
  • Effets (outcomes) : changements de comportements, d'accès ou de pratiques chez les bénéficiaires (75 % des ménages traitent l'eau à domicile).
  • Impact : changement à long terme auquel le projet contribue avec d'autres acteurs (baisse de la mortalité infantile).

Erreur fréquente : écrire une activité à la place d'un effet (« organiser des sessions de sensibilisation » n'est pas un effet).

4Le cadre logique

Le cadre logique (logframe) résume le projet dans une matrice de 4 lignes et 4 colonnes.

Logique d'interventionIndicateursSources de vérificationHypothèses
Objectif globalContribuer à réduire la morbidité liée à l'eau dans la zonePrévalence de la diarrhée chez les moins de 5 ansDonnées du district sanitaire—
Objectif spécifiqueLes ménages ciblés ont un accès durable à l'eau potable et de bonnes pratiques d'hygiène% de ménages utilisant une source amélioréeEnquêtes de base et finaleLa sécurité permet l'accès
RésultatsR1 : 20 points d'eau réhabilités et gérés par des comitésNombre de points d'eau fonctionnelsRapports techniques, visitesPièces disponibles sur le marché
ActivitésRéhabilitation, formation des comités, sensibilisationMoyens et budgetRapports financiersPas de rupture d'approvisionnement

Logique verticale : on lit de bas en haut « si les activités sont faites et que les hypothèses tiennent, alors les résultats sont atteints… ». Logique horizontale : chaque niveau a ses indicateurs, et chaque indicateur a une source de vérification réaliste.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Animer un atelier de théorie du changement : la méthode complète

Une théorie du changement rédigée seul au bureau par le rédacteur de la proposition est presque toujours une liste d'activités reliée par des flèches. Une vraie théorie du changement est le produit d'un travail collectif qui confronte les connaissances de l'équipe, des partenaires, des services techniques et, autant que possible, des personnes affectées. Voici une méthode éprouvée pour un atelier d'une journée à une journée et demie.

Préparation (une à deux semaines avant)

  • Participants : 10 à 20 personnes. Chef de projet, responsables techniques par secteur, MEAL, finances (pour le réalisme), un ou deux partenaires, un représentant des services techniques de l'État si le contexte le permet. Les communautés sont consultées en amont par des groupes de discussion dont les résultats sont présentés en atelier.
  • Données d'entrée : évaluation des besoins, données du cluster, aperçu des besoins humanitaires (HNO) et plan de réponse (HRP) du pays, évaluations de projets antérieurs, revues de littérature sur ce qui fonctionne dans le secteur.
  • Problème central : formulé à l'avance de façon précise et vérifiable, avec la population concernée (par exemple « 31 % des enfants de 6 à 59 mois des communes de Bari et Tolo souffrent de malnutrition aiguë globale »).

Déroulé de l'atelier

  1. Fixer le changement de long terme (45 minutes) : à quoi ressemblera la situation si le problème est résolu ? On écrit le changement souhaité en une phrase, puis on délimite la part sur laquelle le projet peut raisonnablement agir.
  2. Cartographie à rebours (2 heures) : en partant du changement de long terme, on demande « que faut-il qu'il se passe juste avant pour que cela arrive ? ». Chaque réponse est une condition préalable, écrite sur une fiche comme un état (« les mères pratiquent l'allaitement exclusif »), jamais comme une activité. On répète la question pour chaque condition jusqu'à arriver au niveau des produits.
  3. Vérifier la nécessité et la suffisance (1 heure) : pour chaque lien, deux questions. Cette condition est-elle nécessaire ? L'ensemble des conditions est-il suffisant, ou manque-t-il quelque chose que d'autres acteurs doivent faire ?
  4. Délimiter le périmètre (45 minutes) : on trace une ligne de redevabilité. En dessous, ce que le projet s'engage à produire ; au-dessus, ce à quoi il contribue. Les conditions hors de portée du projet sont attribuées à d'autres acteurs ou deviennent des hypothèses.
  5. Expliciter les hypothèses et les preuves (1 heure 30) : pour chaque flèche, pourquoi pensons-nous que A mène à B ? Quelle preuve avons-nous (évaluation antérieure, étude, expérience de l'équipe) ? Les hypothèses sans preuve deviennent des questions d'apprentissage.
  6. Identifier les activités (1 heure) : seulement à ce stade, on liste les interventions nécessaires pour produire les conditions de base.
  7. Rédiger le récit (après l'atelier) : une à deux pages qui racontent la logique en « si… alors… parce que… à condition que… », accompagnées du schéma.

Le test du « parce que » : pour chaque flèche de votre schéma, un participant doit pouvoir compléter la phrase « A conduit à B parce que… » en citant une preuve ou une expérience. Une flèche sans « parce que » est une hypothèse à tester, pas une certitude.

Hypothèses causales et hypothèses externes

Il faut distinguer deux familles d'hypothèses. Les hypothèses causales portent sur la logique interne (« si les mères connaissent les pratiques d'alimentation, elles les appliqueront ») : elles sont souvent fausses, parce que la connaissance ne suffit pas quand le temps, l'argent ou le pouvoir de décision manquent. Les hypothèses externes portent sur l'environnement (« les prix des denrées restent stables », « l'accès reste possible »). La colonne « hypothèses » du cadre logique ne contient habituellement que les secondes ; la théorie du changement, elle, doit rendre visibles les premières, car ce sont elles qui expliquent la plupart des échecs.

6Exemple complet : de l'analyse au cadre logique d'un projet nutrition et EHA

Contexte fictif : l'ONG « Action Santé Sahel » prépare un projet de 12 mois dans les communes de Bari et Tolo (district fictif de Kanem-Est). L'enquête nutritionnelle selon la méthodologie SMART a mesuré une malnutrition aiguë globale (MAG) de 16,2 % chez les enfants de 6 à 59 mois, au-dessus du seuil d'urgence de 15 % utilisé par l'OMS et le cluster nutrition. L'analyse causale (de type « Link NCA ») a identifié trois groupes de causes : des pratiques d'alimentation du nourrisson inadéquates (allaitement exclusif à 22 %), une forte incidence de diarrhée liée à l'eau (seuls 38 % des ménages utilisent une source améliorée) et une faible couverture de la prise en charge (couverture estimée à 41 % alors que le standard Sphère vise plus de 50 % en zone rurale).

Étape 1 : de l'arbre à problèmes aux choix stratégiques

L'équipe retient trois axes sur lesquels elle a une valeur ajoutée et des financements : la couverture de la prise en charge de la malnutrition aiguë, l'accès à l'eau potable et les pratiques d'alimentation. Le volet sécurité alimentaire est laissé à un autre partenaire du cluster qui distribue des transferts monétaires dans les mêmes communes : cette complémentarité devient une hypothèse.

Étape 2 : le récit de la théorie du changement

Si les cas de malnutrition aiguë sont dépistés tôt par des relais communautaires et pris en charge dans des centres de santé approvisionnés, si les ménages ont accès à une eau potable en quantité suffisante et la traitent correctement, et si les mères et les personnes qui s'occupent des enfants adoptent l'allaitement exclusif et une alimentation complémentaire adaptée, alors la morbidité et la malnutrition aiguë des enfants de moins de 5 ans diminueront, parce que la diarrhée et l'alimentation inadéquate sont les deux principales causes immédiates identifiées par l'analyse causale, à condition que les intrants nutritionnels soient livrés sans rupture par la chaîne d'approvisionnement nationale et que les transferts monétaires du partenaire réduisent l'insécurité alimentaire des ménages.

Étape 3 : le cadre logique complet

NiveauLogique d'interventionIndicateurs (base → cible)Sources de vérificationHypothèses
Objectif globalContribuer à la réduction de la mortalité et de la morbidité liées à la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans dans le district de Kanem-EstPrévalence de la MAG chez les 6-59 mois (16,2 % → tendance à la baisse)Enquêtes SMART annuelles du cluster—
Objectif spécifiqueLes enfants de 6 à 59 mois de Bari et Tolo bénéficient d'une prévention et d'une prise en charge de qualité de la malnutrition aiguëCouverture de la prise en charge de la MAS (41 % → 60 %) ; taux de guérison des enfants sortis du programme (base 71 % → plus de 75 %, standard Sphère), taux de décès (moins de 10 %), taux d'abandon (moins de 15 %)Enquête de couverture (méthode SQUEAC), registres et rapports mensuels des centresLes intrants (aliments thérapeutiques prêts à l'emploi) sont livrés sans rupture ; l'accès sécuritaire est maintenu
Résultat 1Les cas de malnutrition aiguë sont dépistés et référés précocementNombre d'enfants dépistés par mesure du périmètre brachial (cible 18 000 dépistages) ; % des admissions avec un périmètre brachial supérieur à 105 mm, signe de dépistage précoce (base 35 % → 55 %)Fiches de dépistage, registres d'admissionLes relais restent motivés malgré l'absence de rémunération
Résultat 2Les ménages ont accès à une eau potable en quantité suffisanteNombre de points d'eau fonctionnels (12) ; % de ménages disposant d'au moins 15 litres par personne et par jour (base 46 % → 75 %) ; % d'échantillons d'eau au point de consommation sans coliformes fécaux (base 30 % → 70 %)Fiches de suivi des points d'eau, enquête de ménages, analyses d'eauLes pièces de rechange restent disponibles sur le marché local
Résultat 3Les personnes qui s'occupent des enfants appliquent les pratiques recommandées d'alimentation du nourrisson% d'enfants de moins de 6 mois exclusivement allaités (22 % → 40 %) ; % d'enfants de 6 à 23 mois recevant une diversité alimentaire minimale (base 18 % → 30 %)Enquête de ménages (module standard d'alimentation du nourrisson et du jeune enfant)Les ménages ont les moyens d'acheter des aliments diversifiés (transferts du partenaire maintenus)
Activités R11.1 Former 120 relais au dépistage ; 1.2 dépistage mensuel porte-à-porte ; 1.3 système de référencement et de contre-référencementMoyens : personnel, rubans de mesure, formation, budget 210 000 EURRapports financiers et d'activitéLes autorités sanitaires valident le protocole
Activités R22.1 Réhabiliter 12 points d'eau ; 2.2 former 12 comités de gestion ; 2.3 distribuer des produits de traitement de l'eau à domicileMoyens : équipe EHA, matériel, budget 340 000 EURRapports financiers et d'activitéLes communautés mettent à disposition les terrains
Activités R33.1 Groupes de soutien entre mères ; 3.2 démonstrations culinaires ; 3.3 visites à domicile cibléesMoyens : animatrices, matériel, budget 95 000 EURRapports financiers et d'activitéLes belles-mères et les maris acceptent de participer

Étape 4 : les contrôles de cohérence

  • Logique verticale : le résultat 3 suffit-il à changer les pratiques d'alimentation ? L'atelier a montré que les belles-mères décident souvent de l'alimentation des nourrissons. L'activité 3.1 a donc été élargie aux grands-mères, et une hypothèse causale (« la connaissance des mères suffit ») a été transformée en question d'apprentissage.
  • Logique horizontale : l'indicateur de couverture demande une enquête SQUEAC, qui coûte environ 15 000 EUR. Elle a été ajoutée au budget ; sans elle, l'indicateur n'était pas mesurable.
  • Réalisme des cibles : passer de 22 % à 40 % d'allaitement exclusif en 12 mois est ambitieux mais documenté par des projets comparables dans la région ; une cible à 60 % aurait été jugée irréaliste par un évaluateur de proposition.
  • Attribution et contribution : la MAG est placée à l'objectif global, sans cible chiffrée, car elle dépend aussi de la sécurité alimentaire, des épidémies et de la saison. Le projet s'engage sur la couverture et la qualité de la prise en charge.

7Les cadres de résultats des principaux bailleurs

Tous les bailleurs utilisent une logique de résultats, mais avec des terminologies, des niveaux et des exigences différents. Un professionnel MEAL doit savoir traduire un même projet dans plusieurs formats sans en trahir la logique.

Correspondance des terminologies

Niveau génériqueTerminologie anglaise couranteECHOFCDOBHA
Objectif globalGoal, impactObjectif principalImpactObjectif (goal) de l'accord
Objectif spécifiqueOutcome, purposeObjectif spécifiqueOutcomeObjectifs par secteur
RésultatsOutputsRésultatsOutputsSous-secteurs et interventions
ActivitésActivitiesActivitésActivities (souvent hors cadre logique)Activités

Points d'attention par bailleur

  • ECHO : le formulaire unique structure l'action en objectif principal, objectif spécifique et résultats, avec des indicateurs pour chaque niveau. ECHO met à disposition des indicateurs clés de résultats (KRI) et des indicateurs d'effet par secteur, qu'il faut privilégier quand ils correspondent à l'action, car ils permettent l'agrégation au niveau mondial. Les indicateurs personnalisés sont possibles mais doivent être définis avec précision. Les marqueurs genre et âge et de résilience sont auto-évalués dans la proposition puis vérifiés au rapport final : promettre une désagrégation que l'on ne pourra pas fournir pénalise la note du marqueur.
  • BHA (bureau de l'assistance humanitaire du gouvernement des États-Unis) : la proposition est organisée par secteurs et sous-secteurs ; chaque sous-secteur choisi entraîne des indicateurs obligatoires décrits dans le manuel des indicateurs de BHA, complétés par des indicateurs propres. Un plan MEL est requis, dont le niveau de détail augmente avec la durée et le montant ; les accords plus longs demandent généralement des études de base et finales pour les indicateurs d'effet. Les règles évoluent régulièrement : se référer à la version en vigueur des lignes directrices de candidature.
  • FCDO (Royaume-Uni) : le cadre logique comporte des jalons (milestones) intermédiaires et des cibles finales, des sources, des hypothèses et souvent une pondération des produits. Les revues annuelles notent chaque produit et le programme sur une échelle de A++ (dépasse largement les attentes) à C (en dessous des attentes) ; une note faible répétée peut entraîner une restructuration ou un arrêt. Le cadre logique est un document vivant, révisé avec l'accord du FCDO.
  • Agences des Nations unies (financements de partenariat, fonds communs pays) : les indicateurs sont généralement alignés sur le plan de réponse humanitaire et les cadres de suivi des clusters. Le fonds central d'intervention pour les urgences (CERF) et les fonds communs pays gérés par OCHA demandent des indicateurs standardisés, avec des chiffres de personnes ciblées et atteintes désagrégés par sexe, âge et handicap.
  • Union européenne hors ECHO (programmes de développement et de transition) : la matrice de cadre logique suit les orientations de la Commission, avec une logique d'intervention en impact, effets et produits, et un recours croissant aux indicateurs du cadre de résultats de l'UE.

Règle de traduction : on construit d'abord la théorie du changement propre au projet, puis on la projette dans le format du bailleur. L'inverse produit des projets découpés selon les cases d'un formulaire plutôt que selon la logique du changement.

Cadres logiques, cadres de résultats et approches alternatives

Le cadre logique a des limites connues : il suppose une causalité linéaire, une relative stabilité du contexte et des résultats prévisibles. Dans les contextes très volatils ou pour des programmes de plaidoyer, de cohésion sociale ou de renforcement institutionnel, d'autres approches complètent le cadre logique sans le remplacer :

  • Cartographie des incidences (outcome mapping) : on suit les changements de comportement des « partenaires limitrophes » avec qui le projet travaille directement, gradués en ce que l'on s'attend à voir, aimerait voir et adorerait voir.
  • Récolte des effets (outcome harvesting) : on recueille a posteriori les changements observés, puis on remonte vers la contribution du projet et on vérifie auprès de sources indépendantes.
  • Analyse de contribution : on construit pas à pas un argumentaire plausible montrant que le projet a contribué au changement observé, en examinant les explications alternatives.
  • Gestion adaptative : le cadre logique fixe les objectifs, mais les produits et activités sont révisés à intervalles réguliers selon les données de suivi, avec l'accord du bailleur. Le FCDO et BHA encouragent cette approche lorsque la justification est documentée.

8Contrôle qualité d'un cadre logique : la grille de l'évaluateur

Lorsqu'un bailleur examine une proposition, ou lorsqu'un évaluateur analyse la conception d'un projet, il applique une grille plus ou moins formelle. La voici, telle qu'un professionnel MEAL devrait l'appliquer à son propre cadre logique avant soumission.

Grille de vérification en 20 points

N°Point de contrôleOui / Non
1Le problème central est quantifié et localisé, avec la source des données
2L'objectif global est un changement auquel le projet contribue, sans prétendre l'atteindre seul
3Il n'y a qu'un seul objectif spécifique (ou un très petit nombre, clairement distincts)
4L'objectif spécifique décrit un changement pour les personnes, pas une prestation
5Chaque résultat est un produit sous le contrôle du projet
6Aucun résultat ne répète l'objectif spécifique avec d'autres mots
7Les résultats, une fois atteints et si les hypothèses tiennent, suffisent à atteindre l'objectif spécifique
8Les activités sont nécessaires et suffisantes pour chaque résultat
9Chaque niveau a 1 à 3 indicateurs, pas davantage
10Les indicateurs d'effet mesurent un changement d'accès, de pratique ou de situation
11Chaque indicateur a une valeur de base ou une date et une méthode pour l'obtenir
12Les cibles sont justifiées (standards, projets comparables, ressources)
13Les indicateurs standards du bailleur ou du cluster sont utilisés quand ils existent
14La désagrégation par sexe, âge et handicap est prévue là où elle a un sens
15Chaque source de vérification existe ou est budgétée
16Les hypothèses sont externes, plausibles, et non des conditions déjà certaines ou improbables
17Aucune hypothèse « fatale » (si elle est improbable, il faut revoir le projet, pas l'écrire en hypothèse)
18Le cadre logique est cohérent avec le budget et le chronogramme
19Les risques de protection et de « ne pas nuire » sont pris en compte
20Le cadre logique est cohérent avec le plan de réponse humanitaire et la stratégie du cluster

Les erreurs les plus fréquentes et leur correction

ErreurExempleCorrection
Activité au niveau de l'effet« Sensibiliser 5 000 personnes à l'hygiène » comme objectif spécifique« Les ménages ciblés adoptent le lavage des mains aux moments clés »
Saut logiqueDistribution de semences → réduction de la malnutritionAjouter les maillons : production récoltée, consommation, diversité alimentaire
Indicateur sans dénominateur« Augmentation du nombre de ménages traitant l'eau »« % de ménages ciblés dont l'eau de boisson contient du chlore résiduel libre »
Cible sans base« 80 % des ménages satisfaits »Mesurer la base au démarrage ou indiquer la méthode et la date
Hypothèse sous contrôle du projet« Le personnel est recruté à temps »C'est un risque de gestion, à traiter dans le plan de gestion des risques
Hypothèse fatale« Le conflit prend fin » dans une zone de combats actifsRevoir la conception, prévoir des scénarios et une approche flexible
Cadre logique figéAucune révision malgré un déplacement massif de la population cibleDemander une modification de l'accord, documenter la justification

Suivre les hypothèses pendant la mise en œuvre

Une hypothèse écrite dans le cadre logique et jamais revue est inutile. Pour chaque hypothèse, définissez un indicateur ou un signal d'alerte, une source et une fréquence de revue. Par exemple, pour l'hypothèse « les intrants nutritionnels sont livrés sans rupture » : indicateur « nombre de semaines de stock disponible dans les centres de santé », revu chaque mois, seuil d'alerte à moins de quatre semaines, réponse prévue (alerte au cluster nutrition et à l'UNICEF, réallocation entre centres). Les hypothèses sont revues lors des revues trimestrielles, en même temps que le tableau de suivi des indicateurs.

9Adapter la théorie du changement et le cadre logique au contexte

ContexteParticularitésAdaptations
Urgence soudaineLa proposition est rédigée en quelques jours ; l'information est partielleCadre logique court centré sur les produits et la couverture ; théorie du changement simple en un paragraphe ; révision prévue après l'évaluation détaillée des besoins, vers la 6e à 8e semaine
Crise prolongéeProjets successifs sur les mêmes populations ; attentes de durabilité et de lien avec le développementThéorie du changement pluriannuelle ; indicateurs de résilience et de capacité ; articulation avec les plans de développement et les approches du nexus humanitaire, développement et paix
CampServices concentrés ; dépendance à l'aide ; gouvernance par la gestion de siteInclure les structures de gouvernance du site dans la théorie du changement ; indicateurs de qualité des services selon les standards Sphère
Milieu urbainMarchés fonctionnels ; services publics existants ; population mobileThéorie du changement qui s'appuie sur les systèmes existants (marchés, services municipaux) plutôt que de créer des services parallèles
Gestion à distanceCapacité limitée à vérifier les effetsMoins d'indicateurs d'effet, mais mieux mesurés ; sources de vérification réalistes ; questions d'apprentissage explicites
Insécurité forteAccès intermittent ; populations mobilesScénarios (accès normal, réduit, nul) et activités alternatives prévues dès la conception ; hypothèses de sécurité suivies mensuellement
Partenaire local en chef de fileConnaissance fine du contexte ; capacités formelles variablesCo-construction de la théorie du changement ; cadre logique dans la langue de travail du partenaire ; indicateurs de renforcement institutionnel négociés et non imposés

La localisation dans la conception

Les engagements du Grand Bargain (2016) prévoient de transférer davantage de ressources et de pouvoir de décision aux acteurs locaux et nationaux, avec un objectif de 25 % des financements humanitaires transférés aussi directement que possible. Concrètement, pour le MEAL, cela signifie : associer le partenaire à la conception de la théorie du changement plutôt qu'à la seule mise en œuvre, reconnaître ses propres indicateurs et outils lorsqu'ils sont de qualité, budgéter ses coûts MEAL et ses coûts indirects, et inclure dans le cadre logique des résultats sur sa capacité institutionnelle s'il le souhaite.

10Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Quelle est la différence entre une théorie du changement et un cadre logique ? »

Une bonne réponse explique que la théorie du changement décrit le comment et le pourquoi du changement, y compris les conditions hors du contrôle du projet et les hypothèses causales, alors que le cadre logique est un outil de gestion qui résume les engagements du projet, ses indicateurs et ses sources. Elle précise que l'une précède l'autre et que le cadre logique ne contient qu'une partie de la théorie du changement.

2. « Voici un cadre logique. Quelles faiblesses voyez-vous ? » (exercice fréquent en test écrit)

Le candidat applique méthodiquement une grille : confusion entre niveaux, indicateurs sans dénominateur ou sans base, hypothèses sous contrôle du projet, sauts logiques, sources de vérification non budgétées. Il propose des reformulations précises, et non des remarques générales.

3. « Le contexte change radicalement au sixième mois. Que faites-vous du cadre logique ? »

Elle propose une revue rapide de la théorie du changement, documente le changement de contexte avec des données, consulte le bailleur tôt, prépare une demande de modification (cibles, activités, zones) et maintient la traçabilité entre l'ancien et le nouveau cadre. Elle mentionne les clauses de modification des accords et la gestion adaptative.

4. « Comment associer les communautés à la conception d'un projet en situation d'urgence ? »

Elle cite des méthodes rapides et proportionnées (groupes de discussion séparés par sexe et âge, consultation des comités existants, analyse des retours des premières distributions), et montre comment ces informations modifient concrètement la conception. Elle reconnaît les limites en urgence et prévoit un ajustement ultérieur.

5. « Pourquoi ne pas fixer une cible de réduction de la malnutrition dans l'objectif spécifique d'un projet de 12 mois ? »

Elle explique l'attribution et la contribution, les facteurs externes (saison, épidémies, sécurité alimentaire), la difficulté de mesurer un changement significatif en 12 mois, et propose des indicateurs d'effet sous l'influence plus directe du projet (couverture, qualité de la prise en charge, pratiques).

Références clés

  • Better Criteria for Better Evaluation et documents sur la gestion axée sur les résultats : Comité d'aide au développement de l'OCDE.
  • Guides de l'Union européenne sur la gestion du cycle de projet et le cadre logique.
  • Formulaire unique et orientations sur les indicateurs clés de résultats : ECHO.
  • Lignes directrices de candidature pour l'assistance d'urgence et manuel des indicateurs : BHA.
  • Orientations du FCDO sur les cadres logiques et les revues annuelles.
  • Manuel Sphère (2018) : standards et indicateurs clés par secteur.
  • Outcome Mapping (CRDI, Canada) et Outcome Harvesting (Ricardo Wilson-Grau).
  • Engagements du Grand Bargain (2016) et documents de suivi sur la localisation.
Mise en situation

Le cadre logique d'un projet nutrition

District rural, Corne de l'Afrique

Votre rôle

Vous aidez à rédiger le cadre logique d'un projet de prise en charge de la malnutrition aiguë chez les enfants de moins de 5 ans.

L'équipe a écrit comme objectif spécifique : « Distribuer 12 000 sachets d'aliment thérapeutique ». Le bailleur demande de revoir la logique d'intervention.

  1. Décision 1 sur 3Qu'est-ce qui ne va pas dans cet objectif spécifique ?

  2. Décision 2 sur 3Quelle hypothèse est la plus importante à inscrire entre « enfants dépistés et admis » et « enfants guéris » ?

  3. Décision 3 sur 3Le directeur pays veut ajouter l'impact « Éradiquer la pauvreté dans la région ». Que proposez-vous ?

Exercice d'application : votre cadre logique

Choisissez un problème de votre zone (malnutrition, abandon scolaire, violences basées sur le genre…). Dessinez l'arbre à problèmes avec trois causes, transformez-le en arbre à objectifs, puis remplissez la colonne « logique d'intervention » d'un cadre logique : un objectif spécifique, deux résultats et trois activités par résultat. Ajoutez deux hypothèses.

À retenir

  • Une théorie du changement explique le comment et le pourquoi.
  • Produit = ce que l'on livre ; effet = ce qui change chez les gens.
  • Les hypothèses se suivent comme des indicateurs.
  • Le cadre logique se lit de bas en haut.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. OCDE-CAD (2019). Critères d'évaluation du CAD : définitions adaptées et principes d'utilisation. www.oecd.org/fr/cad/evaluation/criteres-cad-evaluation.htm
  2. ALNAP (Buchanan-Smith, Cosgrave, Warner) (2016). Évaluer l'action humanitaire : guide ALNAP. www.alnap.org/help-library/evaluation-of-humanitarian-action-guide
  3. CHS Alliance, Groupe URD, Projet Sphère (2024). Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS). www.corehumanitarianstandard.org
  4. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  5. Groupe des Nations unies pour l'évaluation (UNEG) (2016). Normes et règles d'évaluation. www.unevaluation.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1« 300 kits d'hygiène distribués » est :
2Dans un cadre logique, les hypothèses sont :
3La logique verticale se lit :

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