- Expliquer les quatre principes de la protection transversale.
- Utiliser un circuit d'orientation (référencement).
- Appliquer les principes directeurs face à une révélation de violence.
1Qu'est-ce que la protection transversale ?
La protection transversale (protection mainstreaming) consiste à intégrer des principes de protection dans toutes les activités humanitaires (eau, santé, distributions, abris…), même quand le projet n'est pas un projet de protection. Ce n'est pas le travail des seuls spécialistes : c'est la responsabilité de chacun.
Le Cluster Protection mondial retient quatre éléments :
- Sécurité, dignité et « ne pas nuire » : éviter que l'aide expose les personnes à des risques (site de distribution dangereux, latrines non éclairées, listes de bénéficiaires qui circulent).
- Accès réel : l'aide atteint tout le monde, sans discrimination, y compris les personnes âgées, handicapées ou marginalisées.
- Redevabilité : informer, recueillir les retours et les plaintes, et y répondre.
- Participation et autonomisation : associer les personnes aux décisions et renforcer leurs propres capacités de protection.
2Exemples concrets
- Latrines séparées hommes / femmes, avec verrou intérieur et éclairage.
- Distribution à des heures qui permettent de rentrer avant la nuit, files prioritaires pour les personnes vulnérables.
- Points d'eau placés après consultation des femmes et des filles sur les trajets sûrs.
- Données personnelles protégées : listes non affichées, fichiers protégés par mot de passe, partage uniquement si nécessaire.
- Information dans les langues locales et sous des formes accessibles (oral, images).
3Orienter : le circuit de référencement
Un circuit d'orientation (referral pathway) est la liste à jour des services disponibles dans la zone (santé, soutien psychosocial, juridique, abri sûr, protection de l'enfance), avec contacts et conditions. Il est en général tenu par le Cluster Protection ou le sous-cluster VBG.
Le personnel non spécialisé n'enquête pas et ne fait pas de prise en charge lui-même : il informe la personne des services existants et, avec son consentement, l'oriente vers eux.
4Face à une révélation : principes directeurs et premiers secours psychologiques
Si une personne vous révèle une violence (y compris une violence basée sur le genre), appliquez les principes directeurs :
- Sécurité de la personne avant tout ;
- Confidentialité : on ne partage l'information qu'avec son accord éclairé, et seulement le nécessaire ;
- Respect de ses choix et de sa dignité ;
- Non-discrimination.
Les premiers secours psychologiques (OMS) se résument en trois verbes : observer (sécurité, besoins urgents), écouter (sans forcer ni juger, sans poser de questions sur les détails), orienter (vers les services et les proches qui peuvent aider).
À éviter : demander de raconter les détails, prendre des photos, promettre ce qu'on ne peut pas tenir, confronter l'agresseur, en parler à des collègues non concernés.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5Analyser les risques de protection d'une activité, pas à pas
L'intégration de la protection ne se décrète pas : elle se démontre activité par activité. La méthode ci-dessous reprend la logique de la boîte à outils d'intégration de la protection du Cluster Protection mondial (GPC) et de la politique de l'IASC sur la protection dans l'action humanitaire (2016) : identifier, pour chaque étape d'une activité, ce qui peut exposer les personnes à un risque ou les exclure, puis budgéter et suivre les mesures d'atténuation. Elle s'applique aussi bien à un projet WASH, à une clinique mobile qu'à un transfert monétaire.
Étape 1 : découper l'activité en étapes concrètes (une demi-journée, en équipe)
On ne raisonne pas sur « la distribution » mais sur ses étapes réelles : information de la communauté, enregistrement, vérification, convocation, trajet aller, attente, remise, trajet retour, usage du bien ou de l'argent, suivi post-distribution. Chaque étape a ses propres risques. L'exercice réunit le chef de projet, un membre de l'équipe terrain, le chargé de redevabilité, un logisticien et, idéalement, un spécialiste protection ou VBG. Une équipe qui fait cet exercice sans personne de terrain produit une analyse théorique.
Étape 2 : consulter les personnes concernées avant de décider
- Discussions de groupe séparées par sexe et par âge (femmes, hommes, adolescentes, adolescents, personnes âgées, personnes handicapées), 6 à 10 participants, animées par une personne du même sexe que le groupe.
- Questions portant sur les lieux et moments perçus comme dangereux, jamais sur des incidents individuels : « Où les femmes évitent-elles d'aller seules ? », « À quel moment de la journée les trajets sont-ils difficiles ? ».
- Marche exploratoire (safety walk) avec un petit groupe de femmes sur les trajets vers le site d'activité, de jour et en fin de journée.
- Vérification de l'accessibilité physique avec des personnes à mobilité réduite : distances, pentes, marches, toilettes, temps d'attente debout.
Étape 3 : remplir la matrice de risques
Pour chaque étape, on note le risque, les groupes les plus exposés, la probabilité et la gravité (échelle de 1 à 3), puis la mesure d'atténuation, son coût et son responsable. Un risque de gravité 3 (atteinte à l'intégrité physique, exploitation sexuelle, exclusion d'un groupe entier) appelle une mesure avant le démarrage, quelle que soit sa probabilité.
| Élément de protection transversale | Question de vérification | Repère chiffré ou exigence |
|---|---|---|
| Sécurité, dignité, « ne pas nuire » | Le site, l'horaire et le trajet exposent-ils à des agressions, des vols, des tensions ? | Sphère 2018 : point d'eau à moins de 500 m des habitations, attente inférieure à 30 minutes ; toilettes à moins de 50 m des abris, au maximum 20 personnes par toilette, séparées par sexe, avec verrou intérieur et éclairage |
| Accès réel | Qui ne vient pas, et pourquoi ? Les personnes handicapées, âgées, cheffes de ménage, minorités sont-elles enregistrées en proportion de leur présence ? | Prévalence de référence du handicap : environ 16 % de la population (OMS, 2022) ; questions courtes du Groupe de Washington pour mesurer |
| Redevabilité | Les personnes savent-elles ce à quoi elles ont droit, que l'aide est gratuite et comment se plaindre ? | Norme humanitaire fondamentale (CHS 2024), engagement 1 (information et participation) et engagement 5 (plaintes) ; accusé de réception d'une plainte sous 7 jours au plus dans la plupart des procédures internes |
| Participation et autonomisation | Les personnes ont-elles influencé le choix du site, de l'horaire, de la modalité ? | Au moins une consultation séparée des femmes et des personnes handicapées avant chaque décision structurante |
Étape 4 : budgéter et attribuer
Une mesure non budgétée reste une intention. Les postes typiques : éclairage solaire des latrines et des points d'eau, interprètes et supports accessibles, transport pour les personnes à mobilité réduite, abris d'attente avec eau potable, personnel féminin en nombre suffisant aux points d'enregistrement, ligne téléphonique gratuite, formation du personnel journalier. En pratique, ces mesures représentent souvent 2 à 5 % du budget d'activité ; les bailleurs les acceptent d'autant mieux qu'elles sont reliées à l'analyse de risques jointe à la proposition.
Étape 5 : suivre et réviser
La matrice est revue à chaque changement de contexte (nouveau site, déplacement, insécurité) et au moins tous les trois mois. Le suivi post-distribution comporte des questions sur la sécurité perçue (« Vous êtes-vous senti en sécurité pendant le trajet et sur le site ? ») et sur la connaissance des mécanismes de plainte, désagrégées par sexe, âge et handicap.
Une analyse de risques de protection est réussie lorsqu'elle a changé au moins une décision du projet (site, horaire, modalité, composition des équipes). Si rien n'a changé, soit le projet était parfait, soit l'analyse n'a pas été faite sérieusement.
6Mesurer l'intégration de la protection : indicateurs et audits de sécurité
Les bailleurs et les évaluateurs demandent de plus en plus la preuve que la protection est intégrée, et non une simple déclaration dans la proposition. ECHO, par exemple, applique un marqueur genre et âge à ses projets et attend une analyse des risques de protection ; le FCDO et les agences des Nations Unies vérifient l'existence de mécanismes de plainte et de mesures de sauvegarde. Il faut donc des indicateurs simples, mesurables et désagrégés.
Indicateurs recommandés
| Élément | Indicateur | Source de vérification | Cible indicative |
|---|---|---|---|
| Sécurité et dignité | % de personnes interrogées qui déclarent s'être senties en sécurité pendant le trajet et sur le site d'activité, par sexe, âge et handicap | Suivi post-distribution, enquête de satisfaction | 90 % ou plus, sans écart de plus de 10 points entre groupes |
| Sécurité et dignité | % d'installations WASH conformes (séparation par sexe, verrou intérieur, éclairage) | Audit de sécurité, liste de contrôle | 100 % |
| Accès réel | Proportion de personnes handicapées parmi les personnes assistées comparée à la prévalence estimée | Base de données d'enregistrement avec questions du Groupe de Washington | Écart inférieur à 5 points |
| Redevabilité | % de personnes qui connaissent au moins un canal pour se plaindre, et qui savent que l'aide est gratuite | Suivi post-distribution | 80 % ou plus |
| Redevabilité | % de plaintes clôturées dans le délai prévu, avec retour au plaignant | Registre des plaintes | 80 % ou plus |
| Participation | % de comités communautaires comptant au moins 40 % de femmes | Listes des comités | 100 % des comités |
Conduire un audit de sécurité d'un site
L'audit de sécurité est un outil issu des lignes directrices de l'IASC sur les interventions contre la violence basée sur le genre (2015). Il s'agit d'une observation structurée, pas d'une enquête sur des violences. Mode opératoire :
- Préparation : constituer une équipe mixte de deux à quatre personnes, dont au moins une femme ; informer les autorités du site et les leaders communautaires de l'objet de la visite.
- Observation de jour et en fin de journée : éclairage, état des latrines et des douches, verrous, distance entre abris et installations, zones isolées, présence de groupes armés ou d'hommes désœuvrés près des points d'eau, fréquentation des espaces par les femmes et les enfants.
- Échanges informels avec des femmes, des adolescentes et des personnes âgées sur leur perception de la sécurité, sans questions sur des incidents.
- Restitution sous 72 heures aux secteurs concernés (WASH, abris, gestion de site), avec un tableau des constats, des responsables et des échéances.
- Suivi : nouvel audit après trois mois ou après toute modification majeure du site.
Liste de contrôle réutilisable
| Point vérifié | Oui / Non | Observation et mesure |
|---|---|---|
| Latrines et douches séparées par sexe, signalées par des pictogrammes | ||
| Verrou intérieur fonctionnel sur chaque cabine | ||
| Éclairage fonctionnel la nuit sur les installations et les trajets principaux | ||
| Au moins une cabine accessible aux personnes à mobilité réduite par bloc | ||
| Points d'eau à moins de 500 m, attente inférieure à 30 minutes | ||
| Affichage dans les langues locales : gratuité de l'aide, numéro de plainte, interdiction de l'exploitation sexuelle | ||
| Personnel féminin présent aux points d'enregistrement et de distribution | ||
| Listes de bénéficiaires non affichées, stockées sous clé ou protégées par mot de passe | ||
| Espace d'attente ombragé, eau potable, priorité pour les personnes vulnérables |
Un indicateur de protection transversale n'a de valeur que désagrégé. Un taux global de 92 % de personnes « se sentant en sécurité » peut cacher un taux de 60 % chez les femmes qui reviennent seules après la distribution.
7Construire et faire vivre un circuit de référencement
Dans la plupart des zones, le circuit de référencement existe sur le papier mais n'est pas à jour : numéros qui ne répondent plus, services fermés, critères d'admission inconnus. Une orientation vers un service inexistant cause un préjudice réel : la personne se déplace, s'expose, et perd confiance. Le circuit doit donc être vérifié, testé et maintenu.
Qui fait quoi
- Le Cluster Protection et ses domaines de responsabilité (VBG, protection de l'enfance, logement-terre-propriété, action contre les mines) tiennent la cartographie des services, souvent par zone géographique et mise à jour tous les trois mois.
- Les organisations prestataires communiquent leurs horaires, critères, capacité et points de contact, et signalent toute interruption.
- Chaque organisation non spécialisée désigne un point focal qui diffuse le circuit à ses équipes, vérifie les contacts et forme le personnel à l'orientation sûre.
Contenu minimal d'une fiche de service
| Champ | Exemple |
|---|---|
| Type de service | Prise en charge clinique du viol, soutien psychosocial, aide juridique, abri sûr, gestion de cas de protection de l'enfance, assistance en espèces pour la protection |
| Prestataire et lieu | Centre de santé de référence, espace sûr pour femmes et filles, clinique juridique mobile |
| Jours et horaires | Lundi à samedi, 8 h - 16 h ; urgences médicales 24 h sur 24 |
| Critères | Tous publics ; enfants accompagnés ou non ; gratuité |
| Langues disponibles | Langue nationale, deux langues locales |
| Contact d'orientation | Numéro d'un point focal nommé, et un numéro de remplacement |
| Date de dernière vérification | Indispensable : une fiche de plus de trois mois est à revérifier |
Orienter de façon sûre : la séquence
- Informer la personne des services disponibles, de ce qu'ils offrent concrètement, de leur coût (gratuité), de leur localisation et de ce qui se passera si elle s'y rend.
- Recueillir le consentement éclairé : elle choisit le ou les services, et ce qui peut être transmis. Un refus est respecté et n'empêche pas de lui donner les informations pour plus tard.
- Choisir la modalité : information seule (elle s'y rend quand elle veut), orientation accompagnée, ou appel au prestataire en sa présence. Pour les urgences médicales, l'accompagnement est privilégié.
- Transmettre le minimum : pour une orientation inter-agences, on utilise le formulaire commun du cluster, rempli avec le seul nécessaire, transmis en main propre ou par voie chiffrée, jamais par messagerie de groupe.
- Assurer le suivi dans la limite de son rôle : vérifier avec le prestataire que la personne a été reçue, sans demander de détails sur la prise en charge.
Quand il n'y a pas d'acteur VBG dans la zone
Le GBV AoR a publié en 2018 un guide de poche, Comment soutenir les survivantes de violences basées sur le genre lorsqu'aucun acteur VBG n'est présent dans votre zone. Il fournit un script pour le personnel non spécialisé : accueillir, écouter, donner des informations exactes sur les services existants (même éloignés), respecter les choix, ne rien promettre. L'absence de service n'autorise jamais à faire soi-même une prise en charge que l'on n'est pas formé à assurer. Elle doit en revanche être remontée au cluster comme un manque critique.
Tester le circuit
Une pratique simple, de plus en plus attendue par les coordinations : tous les trois mois, le point focal appelle chaque numéro de la liste, vérifie les horaires et la disponibilité, et met à jour la fiche. Un « client mystère » bien préparé (par exemple un collègue qui appelle la ligne en se présentant comme cherchant une information) permet de vérifier l'accueil réel, sans jamais simuler une révélation de violence auprès d'un service spécialisé.
Le personnel non spécialisé a trois obligations : connaître le circuit à jour, donner une information exacte, respecter le consentement. Il n'a ni à enquêter, ni à documenter les faits, ni à décider à la place de la personne.
8Recevoir une révélation : conduite détaillée, enfants et obligations de signalement
Le cours de base a posé les principes directeurs (sécurité, confidentialité, respect, non-discrimination) et la séquence des premiers secours psychologiques de l'OMS : observer, écouter, orienter. Cette section détaille la conduite à tenir minute par minute, puis les situations qui compliquent la réponse : enfants, révélations impliquant un collègue, obligations légales de signalement.
Les dix premières minutes
| Moment | Ce qu'on fait | Ce qu'on dit (exemples) | Ce qu'on évite |
|---|---|---|---|
| Les premières secondes | Vérifier qu'aucune personne ne peut entendre ; proposer de s'éloigner vers un endroit visible mais discret ; vérifier s'il existe un danger ou une blessure urgente | « Voulez-vous que nous allions un peu plus loin pour parler tranquillement ? » | Faire venir d'autres collègues, appeler un responsable à voix haute |
| L'écoute | Laisser la personne dire ce qu'elle veut dire, à son rythme ; reformuler ses émotions et ses besoins, pas les faits | « Merci de m'en parler. Ce n'est pas de votre faute. » | Poser des questions sur les détails (qui, combien de fois, comment), exprimer de l'incrédulité, prendre des notes détaillées |
| Les besoins immédiats | Demander ce dont elle a besoin maintenant : soins, sécurité pour la nuit, parler à quelqu'un | « De quoi auriez-vous besoin aujourd'hui pour vous sentir plus en sécurité ? » | Décider pour elle ce qui est le mieux |
| L'information | Présenter les services disponibles, y compris l'urgence médicale si l'agression est récente | « Si cela s'est passé il y a moins de trois jours, un centre de santé peut donner un traitement qui protège du VIH. » | Promettre un résultat (« ils vont l'arrêter »), garantir une confidentialité absolue que l'on ne peut pas tenir |
| Le consentement | Lui demander ce qu'elle souhaite faire et ce qu'elle accepte que vous transmettiez | « Voulez-vous que je vous accompagne, ou préférez-vous y aller seule ? » | Transmettre sans accord (sauf exceptions ci-dessous) |
| La clôture | Vérifier qu'elle sait comment retrouver les services ; lui indiquer comment vous recontacter si elle change d'avis | « Vous pouvez revenir vers moi ou appeler ce numéro à tout moment. » | Laisser la personne repartir sans aucune information utilisable |
Les délais médicaux à connaître
Le personnel non médical doit connaître trois repères issus du protocole OMS, HCR et UNFPA sur la prise en charge clinique des survivantes de viol et de violence entre partenaires intimes (2020) : la prophylaxie post-exposition au VIH doit commencer dans les 72 heures ; la contraception d'urgence est efficace jusqu'à 120 heures (5 jours) ; le traitement présomptif des infections sexuellement transmissibles et la vaccination contre l'hépatite B peuvent être proposés au-delà. Ces délais justifient d'informer rapidement, mais jamais de contraindre.
Lorsque la personne est un enfant
- Le principe directeur devient l'intérêt supérieur de l'enfant : la confidentialité reste la règle, mais une orientation vers un service de protection de l'enfance peut être nécessaire même sans l'accord de l'enfant si celui-ci est en danger.
- On adapte la parole à l'âge : phrases courtes, rassurer sur le fait qu'il a bien fait de parler, ne pas promettre de garder le secret (« Je vais devoir en parler à une personne dont le travail est d'aider les enfants, pour que tu sois en sécurité »).
- On ne questionne pas l'enfant : l'entretien relève d'un gestionnaire de cas formé, selon les orientations IRC et UNICEF Caring for Child Survivors of Sexual Abuse (2012).
- On ne présume pas que la famille est protectrice : l'auteur peut être un proche. L'information des parents se décide avec le gestionnaire de cas.
Obligations légales et limites de la confidentialité
Certaines législations nationales imposent un signalement obligatoire de certaines violences, en particulier envers les enfants. Le personnel doit connaître la règle applicable et les positions de son organisation, établies avec le sous-cluster VBG et le domaine de responsabilité Protection de l'enfance. La conduite recommandée : informer la personne, avant qu'elle n'en dise trop, des limites de la confidentialité ; consulter le point focal ou le juriste de l'organisation ; peser le risque réel pour la survivante d'un signalement aux autorités (représailles, criminalisation, mariage forcé avec l'auteur dans certains contextes).
Lorsque l'auteur présumé est un travailleur humanitaire
La situation bascule dans le champ de la PSEA, traité au jour 2 : la personne qui reçoit l'information a l'obligation de la signaler par les canaux internes, tout en continuant à appliquer l'approche centrée sur la survivante (assistance d'abord, consentement pour les services). Le signalement interne de l'allégation ne dépend pas du consentement de la survivante, mais son identité n'est transmise qu'au strict nécessaire.
Une bonne réponse à une révélation se reconnaît à ce que la personne repart en sachant où aller, en ayant choisi elle-même, et sans avoir eu à raconter son histoire plus d'une fois.
9Exemple complet : intégrer la protection dans une distribution à Kalimbo
Ce cas fictif suit une ONG internationale, Hora Relief, et son partenaire national, l'Association Solima, qui préparent une distribution de vivres et de kits d'hygiène sur le site de déplacés de Kalimbo, dans la province fictive de Tessaro. Il couvre l'analyse, les décisions, les coûts, le suivi et deux situations d'orientation.
Contexte
- Population du site : 12 400 personnes (2 310 ménages), dont 54 % de femmes et filles, 57 % de moins de 18 ans ; 31 % de ménages dirigés par une femme.
- Distribution prévue : rations mensuelles pour 2 310 ménages, kits d'hygiène pour 1 850 femmes et filles de 12 à 49 ans.
- Premier plan : un seul point de distribution à 2,8 km au nord du site, au dépôt de la mairie, de 10 h à 17 h, sur deux jours.
- Services présents : centre de santé (prise en charge clinique du viol, 24 h sur 24), espace sûr pour femmes et filles géré par une ONG nationale, gestion de cas de protection de l'enfance (UNICEF et partenaire), aucune aide juridique.
Consultations réalisées (5 jours)
Huit discussions de groupe (femmes, hommes, adolescentes, adolescents, personnes âgées, personnes handicapées, deux groupes mixtes de leaders), une marche exploratoire de jour et en fin de journée, un audit de sécurité du dépôt. Principaux constats : la route vers le dépôt longe un camp militaire et une zone boisée ; les femmes ne la parcourent pas seules après 16 h ; 140 personnes ne peuvent pas porter 25 kg sur 2,8 km ; les femmes signalent que des « intermédiaires » proposent de « faciliter » l'enregistrement contre de l'argent.
Matrice de risques (extrait)
| Étape | Risque | Groupe exposé | P x G | Mesure retenue | Coût | Responsable |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Enregistrement | Demande d'argent ou de faveurs par des intermédiaires pour figurer sur la liste | Femmes seules, ménages sans réseau | 3 x 3 | Enregistrement porte-à-porte par des binômes mixtes du personnel ; message de gratuité ; ligne de plainte gratuite ; vérification aléatoire de 10 % des listes | 1 900 USD (ligne et messages) | Chargée de redevabilité |
| Trajet | Agressions sur la route boisée en fin de journée | Femmes, adolescentes | 2 x 3 | Deuxième point de distribution dans le site ; fin des remises à 14 h 30 | 3 200 USD (tentes, manutention) | Logisticien |
| Attente | Attente debout de plusieurs heures, chaleur | Personnes âgées, femmes enceintes, personnes handicapées | 3 x 2 | Créneaux horaires par bloc ; file prioritaire ; abri ombragé et eau | 800 USD | Chef de site |
| Retour | Incapacité de porter la ration, vol | 140 personnes identifiées | 3 x 2 | Livraison à domicile par l'équipe de Solima ; brouettes prêtées | 1 400 USD | Partenaire |
| Kits d'hygiène | Gêne, remise en public d'articles intimes | Femmes et filles | 2 x 2 | Remise par du personnel féminin dans un espace séparé, emballage opaque | 300 USD | Chargée de projet |
Coût total des mesures : 7 600 USD, soit 3,1 % d'un budget d'activité de 245 000 USD. Le bailleur a accepté la réallocation au vu de la matrice jointe à la demande.
Résultats du suivi post-distribution (échantillon de 230 ménages)
| Indicateur | Femmes | Hommes | Personnes handicapées |
|---|---|---|---|
| Se sont senties en sécurité pendant le trajet et sur le site | 91 % | 95 % | 84 % |
| Savent que l'aide est gratuite | 88 % | 90 % | 79 % |
| Connaissent au moins un canal de plainte | 72 % | 81 % | 63 % |
Lecture : les objectifs sont presque atteints pour la sécurité, mais l'écart sur la connaissance des canaux de plainte (72 % contre 81 %, et 63 % chez les personnes handicapées) conduit à ajouter des sessions d'information dans l'espace sûr pour femmes et filles et des visites à domicile pour les personnes ne pouvant se déplacer.
Deux situations d'orientation pendant la distribution
- Situation 1 : une femme confie à une distributrice avoir été agressée la veille sur la route du dépôt. La distributrice l'emmène à l'écart, l'écoute, l'informe du délai de 72 heures pour la prophylaxie et de la présence du centre de santé, propose de l'accompagner. La femme accepte. Le seul enregistrement fait est une ligne anonyme dans le registre des orientations (date, type de service, accompagnement : oui). La matrice de risques est mise à jour : l'information « agression sur la route » est remontée de façon anonyme au cluster.
- Situation 2 : trois plaintes sur la ligne gratuite citent un même « intermédiaire » qui demande 5 000 unités monétaires pour l'enregistrement. Il ne s'agit pas d'un employé mais d'un membre du comité du site. La chargée de redevabilité transmet au responsable de programme et au point focal PSEA, car la même personne est aussi accusée d'avoir demandé un « service » à une femme : ce volet relève de la procédure PSEA et du réseau PSEA inter-agences.
Le raisonnement à retenir : chaque mesure est reliée à un risque identifié par les personnes concernées, chiffrée, attribuée, puis vérifiée par des données désagrégées qui déclenchent à leur tour un ajustement.
10Erreurs fréquentes, attentes des bailleurs et variations de contexte
Erreurs fréquentes et pratiques correctes
| Erreur | Conséquence | Pratique correcte |
|---|---|---|
| Copier un paragraphe générique sur la protection dans toutes les propositions | Aucune mesure réelle, perte de crédibilité auprès des bailleurs | Joindre une matrice de risques propre à l'activité, avec coûts |
| Consulter uniquement les leaders communautaires | Les risques vécus par les femmes, les jeunes et les minorités restent invisibles | Groupes séparés par sexe, âge et handicap, animés par du personnel du même sexe |
| Demander lors d'une évaluation multisectorielle « Avez-vous subi des violences ? » | Retraumatisation, risques pour les répondantes, données inutilisables, absence de services | Questions sur les lieux et moments perçus comme dangereux ; données de services agrégées par les acteurs VBG |
| Circuit de référencement distribué une fois et jamais vérifié | Orientations vers des services fermés | Vérification trimestrielle des contacts, date de mise à jour sur chaque fiche |
| Prendre en note le récit détaillé d'une révélation « pour ne rien oublier » | Données hautement sensibles hors de tout système sécurisé | N'enregistrer que l'orientation, de façon anonymisée |
| Recrutement exclusivement masculin aux postes de distribution « pour la manutention » | Les femmes n'osent ni se plaindre ni signaler | Au moins un binôme féminin à chaque point de contact |
| Afficher les listes de bénéficiaires « pour la transparence » | Exposition des ménages vulnérables, ciblage par des groupes armés | Vérification individuelle par code ou par SMS ; transparence sur les critères, pas sur les noms |
Ce que vérifient les bailleurs, évaluateurs et auditeurs
- La présence d'une analyse des risques de protection propre au projet et sa mise à jour, et non seulement une mention dans le cadre logique.
- Des indicateurs désagrégés par sexe, âge et handicap, et la preuve qu'ils ont servi à ajuster l'intervention.
- Un mécanisme de plainte et de retour d'information fonctionnel, avec un registre, des délais et des retours aux plaignants (CHS 2024, engagements 1 et 5).
- Un circuit de référencement connu du personnel : les évaluateurs posent souvent la question directement à un agent de terrain.
- La formation du personnel et des journaliers, y compris des partenaires, aux principes de protection et au code de conduite.
- Pour ECHO, la cohérence avec la politique de protection humanitaire de la DG ECHO et le marqueur genre et âge ; pour les agences des Nations Unies, la cohérence avec la stratégie de protection de l'Équipe humanitaire pays.
Variations selon le contexte
| Contexte | Ce qui change | Adaptations |
|---|---|---|
| Urgence soudaine (premières semaines) | Pas de temps pour des consultations complètes ; services peu cartographiés | Liste de contrôle rapide en une heure ; consultation minimale de deux groupes de femmes ; circuit de référencement provisoire construit avec le cluster sous 72 heures ; guide de poche du GBV AoR distribué à tout le personnel |
| Crise prolongée | Risque de routine, fatigue des communautés, normalisation des pratiques abusives | Révision trimestrielle de la matrice ; rotation des membres de comités ; analyse des tendances dans les plaintes |
| Camp ou site | Concentration, présence de comités, risques nocturnes | Audits de sécurité réguliers avec la gestion de site ; éclairage ; comités paritaires |
| Milieu urbain | Populations dispersées, peu visibles, souvent sans documents | Information par réseaux communautaires et téléphonie ; transferts monétaires avec attention aux risques de contrôle et de spoliation ; cartographie des services publics |
| Gestion à distance | Moins de présence internationale, contrôle réduit | Lignes de plainte gérées hors de la zone ; visites de tiers ; formation renforcée des partenaires ; vérification par appels aléatoires |
| Insécurité aiguë | Risques de ciblage liés à l'aide elle-même | Distributions courtes et non annoncées publiquement à l'avance ; données minimales ; évaluation du risque lié à la visibilité |
| Partenaires locaux à faible capacité | Absence de procédures écrites, personnel peu formé | Accompagnement plutôt que contrôle : modèles de procédures, budget dédié, formation en binôme, revue conjointe trimestrielle |
L'erreur la plus coûteuse n'est pas l'absence de mesure, mais une mesure qui crée un nouveau risque : une liste affichée, un comité qui contrôle l'accès à l'aide, une ligne de plainte gérée par la personne même qui fait l'objet des plaintes.
11Questions d'entretien et références clés
Questions d'entretien
| Question | Éléments d'une réponse solide |
|---|---|
| Comment intégreriez-vous la protection dans un projet WASH que vous reprenez en cours de mise en œuvre ? | Audit de sécurité des installations (séparation, verrous, éclairage, distances Sphère) ; consultations séparées par sexe et âge ; matrice de risques ; mesures budgétées ; indicateurs désagrégés ; mécanisme de plainte ; formation des équipes et des journaliers ; lien avec le cluster et le circuit de référencement. |
| Quels sont les quatre éléments de l'intégration de la protection ? Donnez un exemple concret pour chacun. | Sécurité, dignité et « ne pas nuire » ; accès réel ; redevabilité ; participation et autonomisation. Les exemples doivent être opérationnels (horaire de distribution, enregistrement des personnes handicapées, ligne de plainte, comité paritaire) et non génériques. |
| Un agent de distribution reçoit une révélation de viol survenu la veille. Que doit-il faire ? | Sécurité et discrétion ; écoute sans questions sur les détails ; information sur le délai de 72 heures et sur les services ; consentement ; accompagnement si souhaité ; aucune note détaillée ; informer son point focal selon la procédure, sans identifier la personne si elle ne le souhaite pas ; remonter de façon anonyme le risque lié au lieu. |
| Il n'existe aucun service VBG dans votre zone. Que faites-vous ? | Ne pas faire de prise en charge improvisée ; utiliser le guide de poche du GBV AoR ; informer sur les services les plus proches, même éloignés, et sur l'accès aux soins de santé ; signaler le manque au cluster ; plaider pour une présence ou une couverture mobile ; envisager une aide au transport. |
| Comment prouveriez-vous à un bailleur que votre projet intègre réellement la protection ? | Matrice de risques et révisions datées ; décisions modifiées grâce aux consultations ; budget des mesures ; indicateurs désagrégés et actions correctives ; registre des plaintes et délais ; personnel formé ; circuit de référencement à jour et utilisé. |
| Quelles limites à la confidentialité expliqueriez-vous à une personne qui veut se confier ? | Obligations légales éventuelles de signalement, en particulier pour les enfants ; obligation interne de signaler une allégation visant un travailleur humanitaire ; danger imminent pour la vie ; dans tous les cas, partage limité au strict nécessaire et information préalable de la personne. |
Références clés
- Projet Sphère, Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire, édition 2018, en particulier les principes de protection et les standards WASH.
- CHS Alliance, Groupe URD et Projet Sphère, Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS), version révisée de 2024.
- Comité permanent inter-organisations (IASC), Politique sur la protection dans l'action humanitaire (2016) et Déclaration des principaux responsables de l'IASC sur la centralité de la protection (2013).
- Cluster Protection mondial, Boîte à outils pour l'intégration de la protection (Protection Mainstreaming Toolkit, 2017).
- IASC, Directives pour l'intégration d'interventions ciblant la violence basée sur le genre dans l'action humanitaire (2015).
- GBV AoR, Guide de poche : comment soutenir les survivantes de VBG lorsqu'aucun acteur VBG n'est disponible (2018).
- GBV AoR, Normes minimales inter-agences pour la programmation VBG dans les situations d'urgence (2019).
- OMS, War Trauma Foundation et World Vision International, Les premiers secours psychologiques : guide pour les travailleurs de terrain (2011).
- OMS, HCR et UNFPA, Prise en charge clinique des survivantes de viol et de violence entre partenaires intimes (2020).
- IRC et UNICEF, Caring for Child Survivors of Sexual Abuse (2012).
- IASC, Directives sur l'inclusion des personnes handicapées dans l'action humanitaire (2019) ; Groupe de Washington sur les statistiques du handicap, jeu court de questions.
- CICR, Standards professionnels pour les activités de protection (édition 2018).
La distribution du vendredi
Site de déplacés, Afrique de l'Est
Vous êtes responsable d'une distribution de kits non alimentaires pour 1 500 ménages.
La distribution est prévue à 16 h dans un terrain éloigné du site. Les listes nominatives sont affichées sur le mur du bureau. Les personnes âgées attendent debout depuis le matin.
Décision 1 sur 3Quels risques de protection voyez-vous ?
Décision 2 sur 3Quelles mesures prenez-vous ?
Décision 3 sur 3Pendant la distribution, une femme vous dit à voix basse qu'elle a été agressée sur le chemin. Que faites-vous ?
Ce qu'il faut retenir
La protection transversale se joue dans les détails : horaires, lieux, données, files prioritaires, et une bonne réaction face à une révélation.
Exercice d'application : analyser une activité
Choisissez une activité de votre organisation (distribution, clinique mobile, point d'eau…). Pour chacun des quatre principes, notez un risque possible et une mesure simple pour le réduire. Repérez ensuite où trouver le circuit d'orientation de votre zone.
À retenir
- La protection transversale concerne chaque activité et chaque membre du personnel.
- Quatre principes : sécurité et dignité, accès réel, redevabilité, participation.
- On oriente avec le consentement de la personne, on n'enquête pas.
- Premiers secours psychologiques : observer, écouter, orienter.
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Pour aller plus loin : références de la formation
- CICR (2024). Normes professionnelles pour les activités de protection (4e édition). www.icrc.org/fr/publication/0999-normes-professionnelles-pour-les-activites-de-protection
- Nations unies (2003). Bulletin du Secrétaire général ST/SGB/2003/13 : dispositions spéciales visant à prévenir l'exploitation et les abus sexuels. www.un.org
- IASC (2015). Directives pour l'intégration d'interventions ciblant la violence basée sur le genre. gbvguidelines.org/fr
- Alliance pour la protection de l'enfance (2019). Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire. alliancecpha.org
- Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.