Jour 3 sur 3 · 6 heures · Niveau 3 Avancé · Module avancé

Trésorerie, lutte contre la fraude et audit

Objectifs du jour
  • Planifier la trésorerie d'un programme multi-bailleurs.
  • Prévenir, détecter et traiter la fraude selon une politique claire.
  • Préparer un audit et suivre ses recommandations.

1Piloter la trésorerie

Une ONG peut être rentable sur le papier et en cessation de paiement dans les faits : les bailleurs versent par tranches, souvent après justification. Le plan de trésorerie mensuel croise les encaissements attendus (par bailleur et par tranche) et les décaissements (salaires, achats, partenaires). Il anticipe les trous de trésorerie et permet de demander des avances ou de décaler des achats.

Le risque de change se gère par des conversions au fil des besoins, l'enregistrement au taux prévu par chaque contrat (taux du jour, taux moyen ou taux InforEuro, par exemple) et le suivi des gains et pertes de change. Les transferts de fonds vers les zones difficiles (banques, mobile money, hawala) exigent une analyse de risque et des contrôles adaptés.

2Fraude : prévenir, détecter, traiter

Le triangle de la fraude (pression, opportunité, rationalisation) explique pourquoi les contrôles internes visent d'abord à réduire les opportunités : séparation des tâches, seuils d'approbation, rotation, rapprochements bancaires mensuels, vérification des fournisseurs, déclaration des conflits d'intérêts.

  • Signaux d'alerte : factures fractionnées, fournisseurs sans adresse vérifiable, prix systématiquement élevés, employé qui ne prend jamais de congés, documents retouchés.
  • Traitement : politique antifraude, canal de signalement protégé, enquête confiée à une personne indépendante, information des bailleurs dans les délais contractuels, sanctions et récupération des fonds.

3Réussir un audit

Un audit de projet vérifie que les dépenses déclarées sont réelles, éligibles, justifiées et conformes au contrat. La préparation commence dès le premier jour : classement des pièces par ligne budgétaire, rapprochement entre comptabilité et rapports financiers, dossiers d'achats complets (devis, analyse comparative, contrat, bon de réception), feuilles de temps pour le personnel imputé.

Après l'audit, la lettre de recommandations donne lieu à un plan d'action suivi par la direction. Les coûts rejetés sont à la charge de l'organisation : c'est la raison d'être de la conformité.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

4Construire un plan de trésorerie multi-bailleurs : la méthode

Le plan de trésorerie répond à une seule question : aurons-nous l'argent sur le bon compte, dans la bonne devise, le jour où nous devons payer ? Le budget et le rapport budget contre réel parlent de dépenses autorisées et consommées ; la trésorerie parle d'encaissements et de décaissements réels. Une mission peut avoir 2 millions de dollars de subventions signées et ne pas pouvoir payer les salaires du mois suivant.

Deux horizons complémentaires

  • Le plan glissant à 13 semaines, mis à jour chaque semaine par le responsable financier pays : encaissements et décaissements semaine par semaine, par compte et par devise. C'est l'outil opérationnel qui déclenche les demandes de fonds au siège ou aux bailleurs.
  • Le plan à 6 ou 12 mois, mis à jour chaque mois après la clôture : il fait apparaître les trous de trésorerie liés au calendrier des tranches et permet de négocier à temps (avance du siège, calendrier de versement, report d'achats).

Les modalités de versement à connaître

Type de financementModalité habituelleConséquence pour la trésorerie
Union européenne (ECHO)Préfinancement important à la signature, solde après acceptation du rapport final, selon les conditions du contratConfortable au démarrage, mais le solde peut arriver plusieurs mois après la fin du projet : l'organisation préfinance la dernière part
Agences des Nations unies (approche HACT)Avances trimestrielles sur demande (formulaire FACE), la nouvelle avance étant liée à la justification de la précédenteLe retard de justification d'un trimestre bloque le suivant : la qualité de la clôture conditionne la trésorerie
Fonds communs pays (CBPF, gérés par OCHA)Versements par tranches dont le nombre et le montant dépendent du niveau de risque du partenaireUn partenaire à risque élevé reçoit des tranches plus petites et plus fréquentes, avec plus de justifications
Financement fédéral américainAvances limitées aux besoins immédiats ou remboursements ; 2 CFR 200.305 exige de réduire au minimum le délai entre réception et décaissementPas de trésorerie de confort ; les intérêts produits par les avances au-delà d'un petit montant annuel doivent être reversés
Bailleurs bilatéraux (par exemple FCDO)Selon l'accord : avances sur prévisions trimestrielles ou paiements sur justificationLes prévisions de décaissement doivent être fiables, car elles servent de base aux versements
Fonds privés et fonds propresVariablesCe sont souvent les seuls fonds qui peuvent légitimement préfinancer d'autres projets, selon la politique interne

La méthode pas à pas

  1. Partir des soldes réels de tous les comptes et caisses au jour de la mise à jour, par devise.
  2. Lister les encaissements par bailleur, tranche et date probable, en appliquant une date réaliste et non contractuelle : si un bailleur paie habituellement 30 jours après l'approbation d'un rapport, la date d'encaissement est la date de remise du rapport plus le délai d'approbation plus 30 jours.
  3. Lister les décaissements : salaires et charges sociales (dates fixes), loyers, transferts aux partenaires selon les accords, achats importants selon le plan d'achats et les conditions de paiement des fournisseurs, distributions et transferts monétaires selon le calendrier des activités.
  4. Calculer le solde de fin de période et le comparer à un seuil de sécurité défini par la politique, souvent un mois de salaires et de coûts fixes.
  5. Construire un scénario dégradé : retard de la tranche la plus incertaine, hausse du change, achat urgent.
  6. Décider des mesures et les documenter : demande anticipée, avance interne, report, renégociation.

Les fonds d'un bailleur ne servent pas à payer les dépenses d'un autre projet, même temporairement, sauf si la politique interne et les contrats le permettent expressément et que le mouvement est enregistré comme un prêt interprojets, remboursé et traçable. Une avance « temporaire » non documentée devient, à l'audit, une dépense inéligible ou un détournement de finalité.

Le fonds de roulement

Les ONG nationales sont les plus exposées aux trous de trésorerie, car elles disposent rarement de fonds propres. Plusieurs pistes existent : négocier des avances plutôt que des remboursements, inclure dans les budgets des coûts de soutien qui permettent de constituer une réserve, demander aux partenaires internationaux des transferts en début de trimestre plutôt qu'en remboursement. Ces sujets font partie des engagements de qualité du financement inscrits dans la Grande Négociation (Grand Bargain). Pour une ONG internationale, le fonds de roulement du siège permet d'avancer des fonds aux missions selon des règles écrites (montant maximal, durée, remboursement prioritaire à l'arrivée de la tranche).

5Exemple complet : un plan de trésorerie sur six mois et ses mesures correctives

Contexte fictif : l'ONG « Horizon Santé » gère dans le pays fictif de Varanie quatre financements. Le responsable financier pays prépare le plan de juillet à décembre. Montants en milliers de dollars. Seuil de sécurité fixé par la politique : un mois de salaires, soit 85.

Données

  • Solde de trésorerie au 1er juillet, tous comptes : 340.
  • Bailleur A (agence des Nations unies, avances trimestrielles) : 90 en juillet, 90 en octobre, avance du premier trimestre suivant demandée pour fin décembre (90), chaque avance conditionnée à la justification de la précédente.
  • Bailleur B (fonds commun) : deuxième tranche de 120 attendue en septembre, conditionnée au rapport intermédiaire dû le 31 août ; délai habituel d'approbation de trois à six semaines, donc risque de glissement en octobre.
  • Bailleur C (remboursement mensuel des dépenses avec environ 45 jours de décalage) : 35 par mois d'août à décembre.
  • Bailleur D : nouveau contrat en cours de négociation, premier versement de 180 prévu en novembre.
  • Décaissements : salaires 85 par mois ; activités et fonctionnement 70, 80, 120 (distribution de septembre), 60, 75 et 80 ; transferts au partenaire national de 40 en juillet et en octobre.

Le plan initial

MoisSolde d'ouvertureEncaissementsDécaissementsSolde de clôtureÉcart au seuil (85)
Juillet34090 (A)195235+ 150
Août23535 (C)165105+ 20
Septembre105155 (B 120, C 35)20555- 30
Octobre55125 (A 90, C 35)185- 5- 90
Novembre- 5215 (D 180, C 35)16050- 35
Décembre50125 (A 90, C 35)16510- 75

Scénario dégradé : si la tranche de B glisse en octobre, le solde de septembre tombe à 105 + 35 - 205 = - 65. La mission ne pourrait pas payer les salaires de fin septembre, au moment même de la distribution la plus importante. Le solde d'octobre redevient égal à - 5, car la tranche arrive alors.

Le raisonnement

  • Le problème n'est pas un manque de financement (les quatre contrats couvrent les dépenses), mais un décalage de calendrier.
  • Deux risques dominent : la date de la tranche B, qui dépend de la mission elle-même (date de remise du rapport), et la date du premier versement de D, qui dépend de la négociation.
  • Les salaires et la distribution de septembre ne peuvent pas être reportés sans conséquences graves pour le personnel et les personnes affectées.

Les mesures retenues

MesureEffetResponsable
Remettre le rapport intermédiaire de B le 31 juillet au lieu du 31 août, en clôturant juin plus viteSécurise la tranche de 120 en septembre, supprime le scénario dégradéResponsable financier et coordinateur de programme
Négocier avec D un premier versement à la signature, prévue début octobreDéplace 180 de novembre à octobreDirecteur pays
Demander au siège une avance de fonds de roulement de 60 en septembre, remboursable en janvierRamène septembre au-dessus du seuilResponsable financier, accord du directeur financier du siège
Reporter en janvier le contrat annuel de maintenance des véhicules (30), sans effet sur les activitésAllège décembreLogisticien
MoisSolde d'ouvertureEncaissementsDécaissementsSolde de clôture corrigé
Juillet34090195235
Août23535165105
Septembre105215 (B 120, C 35, avance du siège 60)205115
Octobre115305 (A 90, C 35, D 180)185235
Novembre23535160110
Décembre110125135100

Tous les soldes repassent au-dessus du seuil. Le plan est présenté au directeur pays avec les deux versions et le scénario dégradé, puis mis à jour chaque mois. Le remboursement de l'avance du siège en janvier est inscrit dès maintenant dans le plan suivant.

Un plan de trésorerie utile ne cherche pas la précision au dollar près. Il cherche à voir le trou deux à trois mois à l'avance, quand il est encore temps de négocier. Un trou vu la semaine des salaires ne laisse que des mauvaises solutions.

Points de contrôle sur cet exemple

  • L'avance du siège est enregistrée comme une dette envers le siège, et non comme un encaissement de subvention.
  • Le transfert au partenaire national n'est pas retardé pour améliorer la trésorerie : ce serait reporter le problème sur l'acteur le plus fragile.
  • Les fonds de A ne sont pas utilisés pour payer les dépenses de C en attendant le remboursement : chaque projet supporte ses propres dépenses, et le décalage est couvert par l'avance du siège.

6Change, transferts de fonds et canaux de paiement à risque

Les méthodes de conversion

Un contrat libellé en euros, une comptabilité tenue en dollars et des dépenses payées en monnaie locale : c'est la situation ordinaire d'une mission. La règle de conversion appliquée doit être écrite, conforme à chaque contrat, et appliquée de façon constante.

MéthodePrincipeAvantagePoint d'attention
Taux réel de conversionChaque dépense est convertie au taux effectivement obtenu lors de l'opération de change qui l'a financée (souvent selon le principe « premier entré, premier sorti »)Reflète le coût réelExige un suivi précis des lots de devises convertis
Taux comptable mensuelTaux de référence publié chaque mois, par exemple le taux comptable InforEuro de la Commission européenneSimple, vérifiablePeut s'écarter du taux réellement obtenu sur le marché
Taux moyen pondéréMoyenne des conversions de la périodeLisse les variationsDoit être calculé et documenté chaque mois

Exemple chiffré de perte de change

Un contrat de 500 000 euros a été budgété au taux de 1,10 dollar pour un euro, soit 550 000 dollars d'activités. Le préfinancement de 400 000 euros est converti à 1,08, soit 432 000 dollars au lieu des 440 000 prévus : perte de change de 8 000 dollars. Selon les règles de la plupart des bailleurs, les pertes de change ne sont pas compensées : l'organisation doit réduire certaines dépenses ou trouver un complément. À l'inverse, un gain de change appartient au projet et doit être utilisé pour ses activités, avec accord du bailleur si cela modifie les résultats. Le suivi mensuel de l'écart de change cumulé et son commentaire dans le rapport budget contre réel évitent la mauvaise surprise de fin de projet.

Économies à taux multiples et forte inflation

  • Quand un écart important existe entre le taux officiel et le taux parallèle, toute conversion hors du circuit officiel peut exposer l'organisation à des sanctions légales et au rejet des coûts. La décision ne se prend jamais seule : elle passe par le siège, les conseillers juridiques et l'accord écrit du bailleur.
  • Les groupes de travail sur les transferts monétaires et les forums des ONG partagent souvent des analyses du marché du change ; les décisions coordonnées entre organisations protègent mieux qu'une décision isolée.
  • En forte inflation, convertir au fil des besoins (par semaine plutôt que par trimestre), indexer les montants des transferts monétaires selon une règle définie avec le groupe de travail, et réviser les budgets plus souvent.

Transférer des fonds vers des zones difficiles

CanalAvantagesRisquesContrôles
Virement bancaireTraçabilité complèteBanques absentes ou limitées, retrait d'espèces plafonné, risque de refus par les banques correspondantesComptes dédiés, signatures doubles, justification des fonds auprès de la banque
Monnaie mobileRapidité, traçabilité, réduction des espècesLiquidité des agents, frais, fraude sur les comptes, protection des donnéesRapprochement avec le relevé de l'opérateur, vérification d'échantillon, accord de protection des données
Système hawala ou agents de transfert informelsSeul canal disponible dans certaines zonesTraçabilité partielle, risque de blanchiment et de contournement des sanctions, faillite de l'agentDiligence sur l'agent (enregistrement, criblage, références d'autres organisations), contrat écrit, accusés de réception signés, montants plafonnés par envoi, accord préalable du bailleur
Transport d'espècesDisponible partoutVol, attaque, mise en danger du personnelMontants fractionnés, itinéraires et horaires variables, discrétion, assurance, procédure en cas d'incident ; à éviter dès qu'une autre solution existe

Un canal de transfert ne se choisit pas seulement pour sa commodité : il se choisit au terme d'une analyse écrite qui compare sécurité du personnel, traçabilité, coût, risque de sanctions et acceptation du bailleur. Cette analyse est la première pièce que l'auditeur demandera si un transfert pose problème.

7Conduire une enquête sur une suspicion de fraude, de l'alerte au rapport

Une enquête mal conduite peut détruire des preuves, exposer un lanceur d'alerte, violer les droits de la personne mise en cause et rendre impossible toute sanction ou tout recouvrement. Elle se prépare donc avec la même rigueur qu'un audit. Les lignes directrices de la CHS Alliance sur les enquêtes, conçues pour les organisations humanitaires, donnent un cadre de référence ; la politique antifraude de chaque organisation précise qui décide et qui enquête.

Les étapes

  1. Réception de l'alerte : par le canal prévu (point focal, adresse dédiée, ligne d'alerte, supérieur hiérarchique). Accusé de réception au lanceur d'alerte si possible, rappel de la confidentialité et de la protection contre les représailles.
  2. Évaluation préliminaire (quelques jours) : l'allégation est-elle suffisamment précise et crédible ? Relève-t-elle de la fraude, d'une autre faute, ou d'un désaccord de gestion ? Quels fonds et quels bailleurs sont concernés ? Cette étape ne comprend pas d'entretien avec la personne mise en cause.
  3. Décision et mandat : la direction compétente (souvent le siège pour les cas significatifs) décide d'ouvrir une enquête, désigne un ou deux enquêteurs indépendants de la ligne hiérarchique concernée, formés, et fixe des termes de référence (faits à établir, périmètre, calendrier).
  4. Mesures conservatoires : sécuriser les pièces originales, copier les données comptables et les messageries professionnelles selon la politique informatique, suspendre certains accès, et si nécessaire mettre la personne en congé administratif. Ces mesures ne sont pas des sanctions et ne préjugent pas du résultat.
  5. Information des bailleurs : la plupart des contrats imposent d'informer le bailleur sans délai, ou dans un délai court fixé, dès qu'une suspicion crédible concerne ses fonds. Pour les fonds européens, l'information peut aboutir à l'OLAF ; pour les fonds britanniques, les accords du FCDO prévoient une notification immédiate ; les agences des Nations unies et les fonds communs fixent leurs propres délais. Il vaut mieux informer tôt avec des éléments partiels que tard avec un dossier complet.
  6. Collecte des preuves documentaires : pièces comptables, dossiers d'achats, relevés bancaires et de monnaie mobile, carnets de bord, registres de stocks, listes de distribution. Les preuves documentaires précèdent toujours les entretiens.
  7. Entretiens : les témoins d'abord, la personne mise en cause en dernier. Deux enquêteurs, compte rendu signé, droit de la personne d'être informée des allégations, de répondre, d'apporter des éléments et, selon la politique, d'être accompagnée. Pas de promesse, pas de pression, pas d'enregistrement sans consentement selon le droit applicable.
  8. Analyse et standard de preuve : dans une procédure administrative interne, le standard habituel est celui de la prépondérance des preuves (plus probable qu'improbable), et non celui du procès pénal. Les conclusions distinguent les faits établis, non établis et non concluants.
  9. Rapport d'enquête : factuel, sans opinion sur la sanction, avec les preuves en annexe et les faiblesses de contrôle identifiées.
  10. Décision et suites : décision disciplinaire par la direction selon le droit du travail local, recouvrement des sommes, éventuel dépôt de plainte (après analyse des risques pour la sécurité du personnel et des témoins), rapport final au bailleur, correction des contrôles.

Exemple : le carburant de la base de Tamba

Contexte fictif : une analyse mensuelle de consommation montre que trois véhicules de la base de Tamba consomment en moyenne 22 litres aux 100 kilomètres, contre 14 pour des véhicules identiques sur des itinéraires comparables dans les autres bases. Sur six mois, les carnets de bord indiquent 60 000 kilomètres parcourus par ces trois véhicules.

  • Consommation attendue : 60 000 × 14 / 100 = 8 400 litres. Consommation facturée : 60 000 × 22 / 100 = 13 200 litres. Excédent : 4 800 litres, soit 7 680 dollars au prix moyen de 1,60 dollar le litre.
  • L'évaluation préliminaire écarte une cause technique (les véhicules ont été révisés) et relève que tous les bons de carburant sont signés par le même superviseur logistique, et que les factures de la station présentent des quantités rondes.
  • Le point focal informe le siège, qui ouvre une enquête et en informe le bailleur dont les fonds financent le carburant de la base.
  • Les enquêteurs rapprochent les bons, les factures et les relevés de la station (obtenus avec l'accord du gérant), puis les relevés GPS de deux véhicules. Ils établissent que des pleins ont été facturés à des dates où les véhicules étaient immobilisés.
  • Entretiens : chauffeurs, gérant de la station, puis superviseur logistique, qui reconnaît une partie des faits.
  • Conclusions : détournement établi pour 5 100 dollars, non établi pour le reste. Licenciement selon la procédure locale, recouvrement partiel par accord écrit, information complète du bailleur, remboursement du montant établi au bailleur sur fonds propres, cartes carburant nominatives et analyse mensuelle généralisées à toutes les bases.

Trois interdits : enquêter seul et en secret sans mandat, confronter la personne avant d'avoir sécurisé les preuves, et révéler l'identité du lanceur d'alerte. Chacun de ces gestes peut rendre l'enquête inutilisable et mettre des personnes en danger.

8Après l'audit : coûts rejetés, plan d'action et recouvrement

Le rapport d'audit n'est pas la fin du processus. La manière dont l'organisation traite les constats, négocie les coûts rejetés et corrige ses systèmes détermine sa réputation auprès des bailleurs pour les années suivantes.

Exemple : la phase contradictoire d'un audit de projet

Contexte fictif : l'audit d'un projet de 1,2 million d'euros relève 23 400 euros de coûts non éligibles ou non justifiés, répartis en cinq constats.

ConstatMontant proposé au rejetRéponse de l'organisationMontant final
Salaires partagés sans feuilles de temps (trois postes, quatre mois)9 600Plannings et rapports d'activité signés transmis ; accord de l'auditeur sur deux postes3 200
Achat de 14 000 euros avec deux devis au lieu de trois4 200 (écart de prix estimé sur l'achat)Preuve d'un appel d'offres publié sans troisième réponse ; procès-verbal du comité retrouvé0
Per diem payés en double pour un atelier où les repas étaient fournis2 100Constat accepté2 100
Factures de carburant sans carnets de bord correspondants4 300Carnets retrouvés pour une partie1 800
Écart de change non conforme à la méthode contractuelle3 200Recalcul selon la méthode du contrat ; écart confirmé3 200
Total23 40010 300

Lecture : la phase contradictoire a permis de réduire les coûts rejetés de 13 100 euros, uniquement par la production de pièces existantes. Les 10 300 euros restants seront remboursés au bailleur ou déduits du paiement du solde, sur les fonds propres de l'organisation. Leçon principale : les pièces existaient en partie, mais n'étaient pas classées dans le dossier du projet. Le coût d'un archivage rigoureux est bien inférieur à celui des coûts rejetés.

Le plan d'action

RecommandationPrioritéActionResponsableÉchéanceStatut
Mettre en place des feuilles de temps mensuelles pour tous les postes partagésÉlevéeModèle, formation, contrôle mensuel de complétude à la clôtureResponsable des ressources humaines et responsable financierMois suivantEn cours
Classer les dossiers d'achats complets avec les procès-verbaux des comitésÉlevéeListe de contrôle à la clôture de chaque dossier ; revue trimestrielle par échantillonCoordinateur logistiqueTrois moisÀ lancer
Contrôler les per diem lorsque les repas sont fournisMoyenneMise à jour du barème et de la fiche d'atelierResponsable administratifDeux moisÀ lancer
Rapprocher mensuellement carnets de bord et factures de carburantÉlevéeAnalyse de consommation par véhicule intégrée à la clôtureLogisticien paysMois suivantÀ lancer
Appliquer la méthode de change contractuelleÉlevéePolitique de change mise à jour, paramétrage du logiciel, formationResponsable financierDeux moisÀ lancer

Le plan est validé par la direction, transmis au bailleur si le contrat l'exige, présenté au conseil d'administration ou au comité d'audit, et suivi chaque trimestre jusqu'à clôture de toutes les actions. Une recommandation n'est close que lorsque l'efficacité de l'action a été vérifiée, pas lorsque la procédure a été écrite.

Recouvrement et provisions

  • Dès qu'un coût risque d'être rejeté, la direction financière constitue une provision dans les comptes pour ne pas découvrir la perte à la clôture annuelle.
  • Les sommes détournées par un employé ou un fournisseur peuvent faire l'objet d'un recouvrement (accord amiable, retenue dans les limites du droit du travail, action en justice, assurance si une police couvre la fraude), mais le remboursement au bailleur n'attend pas le recouvrement.
  • Un partenaire de mise en œuvre dont des coûts sont rejetés doit rembourser selon les termes de l'accord de partenariat ; si l'organisation chef de file rembourse le bailleur à sa place, elle doit le décider explicitement et le documenter.

Un auditeur qui revient l'année suivante commence par lire le plan d'action précédent. Des constats répétés sont interprétés comme une faiblesse de gouvernance, et peuvent faire passer l'organisation dans une catégorie de risque plus élevée, avec des tranches plus courtes et davantage de contrôles.

9Adaptations au contexte, erreurs fréquentes, questions d'entretien et références

Variations selon le contexte

ContexteTrésorerieFraude et audit
Urgence soudaineBesoin immédiat de liquidités : demander les fonds d'urgence du siège ou les mécanismes de réponse rapide, ouvrir les comptes et les contrats de monnaie mobile dans les premiers joursRisque élevé d'erreurs et d'abus pendant les premières semaines : revue a posteriori systématique des achats d'urgence, audit interne à 90 jours
Crise prolongéePlanification annuelle stable, mais risque de fin de financement brutale : plan de sortie et provisions pour indemnités de fin de contratAnalyse pluriannuelle des données d'achat et de paie pour repérer les schémas installés
Gestion à distanceTransferts fractionnés, plafonds par base, confirmation téléphonique des réceptions de fondsVérification par tiers, triangulation avec les plaintes des communautés, enquêtes plus difficiles : prévoir des enquêteurs externes qualifiés
Insécurité forteRéduire les espèces, privilégier la monnaie mobile, préparer un plan de continuité de paiement des salairesProtection renforcée des lanceurs d'alerte et des témoins ; évaluer les risques avant toute plainte pénale
Partenaires locaux à faible capacitéAvances en début de période plutôt que remboursements, pour ne pas reporter la charge de trésorerie sur euxAppui à la mise en place d'une politique antifraude et d'un canal de signalement ; enquêtes conjointes ou conduites par l'organisation chef de file selon l'accord

Erreurs fréquentes

  • Construire le plan de trésorerie sur les dates contractuelles de versement, et non sur les dates réelles observées.
  • Utiliser les fonds d'un projet pour en préfinancer un autre sans règle ni trace.
  • Laisser des soldes importants en monnaie locale qui se déprécie, ou au contraire convertir tout le préfinancement d'un coup au début.
  • Retarder l'information du bailleur sur une suspicion de fraude « pour avoir un dossier complet ».
  • Confier l'enquête au supérieur direct de la personne mise en cause ou à une personne non formée.
  • Considérer le rapport d'audit comme une fin et non comme le point de départ d'un plan d'action suivi.

Questions d'entretien

1. « Votre plan de trésorerie montre un trou de 150 000 dollars dans trois mois. Que faites-vous ? »

Une réponse solide distingue un problème de calendrier d'un problème de financement, vérifie les hypothèses du plan, identifie les leviers (date des rapports conditionnant les tranches, négociation des calendriers de versement, fonds de roulement du siège, report d'achats non critiques), refuse le prêt non documenté entre projets, et informe la direction avec un scénario chiffré et des options.

2. « Un bailleur verse en euros, vos dépenses sont en monnaie locale et l'inflation atteint 40 % par an. Comment gérez-vous le change ? »

Elle cite la méthode prévue par le contrat, des conversions au fil des besoins, un suivi mensuel de l'écart de change, une politique écrite, l'interdiction de recourir à un marché non officiel sans accord juridique et écrit du bailleur, et la coordination avec les autres organisations et le groupe de travail sur les transferts monétaires.

3. « Un collègue vous signale que des factures de matériaux semblent fausses. Décrivez votre démarche. »

Le candidat protège la source, ne confronte personne, sécurise discrètement les pièces si son rôle le permet, transmet par le canal prévu par la politique, et explique ensuite les étapes d'une enquête : évaluation préliminaire, mandat, mesures conservatoires, information du bailleur, preuves documentaires avant entretiens, standard de preuve, rapport et suites.

4. « L'auditeur propose de rejeter 40 000 dollars. Comment préparez-vous la phase contradictoire ? »

Elle analyse chaque constat séparément, recherche les pièces existantes, distingue ce qui est contestable de ce qui ne l'est pas, répond dans le délai avec des preuves, informe la direction du montant probable et propose une provision, puis transforme les constats en plan d'action.

5. « Pourquoi le canal hawala peut-il être acceptable, et à quelles conditions ? »

Elle explique qu'il est parfois le seul canal disponible, et qu'il exige une analyse écrite des options, une diligence sur l'agent (enregistrement, criblage, références), un contrat, des accusés de réception, des plafonds, l'accord préalable du bailleur et une revue régulière.

Références clés

  • Code of Federal Regulations, titre 2, partie 200, notamment 200.305 (paiements et avances) et sous-partie F (audit) : gouvernement des États-Unis.
  • Contrat-cadre de partenariat humanitaire d'ECHO et ses annexes ; taux comptables InforEuro publiés par la Commission européenne.
  • Formulaire FACE et cadre HACT : agences des Nations unies concernées.
  • Manuel opérationnel des fonds de financement commun pays (CBPF) : OCHA.
  • Guidelines for Investigations : CHS Alliance.
  • Recommandations du Groupe d'action financière (GAFI), notamment sur les organismes à but non lucratif et les prestataires de services de transfert de fonds ou de valeurs.
  • Engagements de la Grande Négociation (Grand Bargain) sur la qualité du financement et la localisation.
  • Normes ISA 800 et 805 et norme ISRS 4400 (révisée) : IAASB.
  • Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS), engagement 9.

Exercice d'application : un plan de trésorerie sur 6 mois

Avec deux subventions fictives (versements de 40 %, 40 % et 20 %, le dernier après rapport final), construisez un plan de trésorerie mensuel sur 6 mois : encaissements, décaissements, solde. Repérez le mois critique et proposez deux solutions.

À retenir

  • Le plan de trésorerie anticipe les trous entre tranches des bailleurs.
  • Change : convertir au fil des besoins et appliquer le taux prévu par chaque contrat.
  • Fraude : réduire les opportunités, protéger les lanceurs d'alerte, informer les bailleurs à temps.
  • Audit : dépenses réelles, éligibles, justifiées, conformes ; plan d'action après l'audit.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Humentum (ex-Mango) (2021). Mango : guides de gestion financière pour les ONG. www.humentum.org
  2. IAASB (2022). Normes internationales d'audit (ISA). www.iaasb.org
  3. CHS Alliance, Groupe URD, Projet Sphère (2024). Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS). www.corehumanitarianstandard.org
  4. Bureau des Nations unies pour les services d'appui aux projets (2023). Politique de tolérance zéro envers la fraude et la corruption (exemple). www.unops.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Les trois côtés du triangle de la fraude sont :
2Un plan de trésorerie sert à :
3Un coût rejeté par l'auditeur est payé par :

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