Jour 1 sur 3 · 6 heures · Niveau 1 Débutant

Le cycle de la subvention et les bailleurs

Objectifs du jour
  • Connaître les principaux types de bailleurs.
  • Décrire le cycle complet d'une subvention.
  • Se préparer à une évaluation de capacité (due diligence).

1Qui finance l'action humanitaire ?

  • Bailleurs institutionnels publics : la Commission européenne (ECHO pour l'aide humanitaire), les agences de coopération des États (par exemple FCDO au Royaume-Uni, Affaires mondiales Canada, la coopération allemande ou suisse).
  • Agences des Nations unies qui sous-traitent à des ONG partenaires (HCR, UNICEF, PAM…).
  • Fonds communs : les fonds humanitaires pays gérés par OCHA (CBPF), ouverts aux ONG nationales, et le CERF au niveau mondial (réservé aux agences de l'ONU).
  • Fondations et secteur privé : plus souples, souvent plus petits.

Chaque bailleur a ses priorités géographiques et sectorielles, ses formats et ses règles. Lire la stratégie annuelle du bailleur (par exemple le plan humanitaire d'ECHO pour un pays) est la première étape.

2Le cycle de la subvention

  1. Veille et identification : appels à propositions, dialogue avec le bailleur, réunions de cluster.
  2. Conception : note conceptuelle, puis proposition complète et budget.
  3. Négociation et contrat : questions du bailleur, révisions, signature de l'accord de subvention.
  4. Démarrage : réunion de lancement interne (kick-off) où l'on relit le contrat ligne par ligne.
  5. Mise en œuvre et suivi : activités, suivi budgétaire, rapports intermédiaires.
  6. Clôture : rapport final narratif et financier, audit, archivage.

3Évaluation de capacité (due diligence)

Avant de financer, surtout une ONG nationale, le bailleur ou l'agence partenaire évalue la capacité de l'organisation. Préparez à l'avance un dossier avec : statuts et enregistrement légal, organigramme et conseil d'administration, états financiers et derniers rapports d'audit, manuel de procédures (finances, achats, ressources humaines), politiques de protection (PSEA, sauvegarde de l'enfance, lutte contre la fraude et la corruption), références de projets passés.

La localisation : en 2016, avec le Grand Bargain, les grands bailleurs et agences se sont engagés à transférer au moins 25 % des fonds humanitaires aux acteurs locaux et nationaux, aussi directement que possible. Un dossier de capacité solide est la clé pour en bénéficier.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

4Cartographie approfondie des bailleurs : instruments, règles et logiques

Connaître le nom des bailleurs ne suffit pas. Un chargé de subventions expérimenté sait, pour chacun, quel instrument juridique il utilise, qui peut y accéder, quelles règles financières s'appliquent, à quel rythme l'argent arrive et ce que le bailleur cherche réellement à acheter. Ces différences déterminent la faisabilité d'un projet bien avant la qualité de sa rédaction.

Les grandes familles et leurs instruments

Bailleur ou mécanismeInstrument et accèsRègles financières structurantesCe que le bailleur cherche
Commission européenne – ECHOCertificat de partenariat humanitaire (Humanitarian Partnership Certificate, 2021-2027) réservé aux ONG établies dans l'Union européenne ayant passé l'évaluation ex ante ; convention de subvention type ; proposition via le Single Form. Les ONG nationales y accèdent comme partenaires de mise en œuvre d'un partenaire certifié.Coûts indirects jusqu'à 7 % des coûts directs éligibles ; dépenses réelles justifiées ; règles d'achat propres à l'aide humanitaire de l'UE ; conservation des pièces plusieurs années après le paiement du solde.Alignement sur le plan de mise en œuvre humanitaire (HIP) du pays et son annexe technique, qualité de l'analyse des besoins, marqueurs genre-âge et résilience, indicateurs clés de résultats (KRI), rapport coût-efficacité.
Gouvernement des États-Unis (aide humanitaire, réorganisée en 2025 avec le transfert des fonctions de l'USAID au Département d'État)Accords de coopération ou subventions ; candidatures selon les lignes directrices du bailleur ; enregistrement préalable dans le système fédéral (identifiant unique d'entité).Code des règlements fédéraux, titre 2, partie 200 (Uniform Guidance) : coûts admissibles, raisonnables et imputables ; taux indirect négocié (NICRA) ou taux forfaitaire de 15 % des coûts directs totaux modifiés depuis la révision de 2024 ; seuil d'audit unique à 1 000 000 USD de dépenses fédérales annuelles pour les organisations américaines.Conformité, indicateurs standardisés, contrôle anti-détournement et filtrage des partenaires, rapidité de mise en œuvre. Les règles évoluent vite : toujours vérifier la version en vigueur.
FCDO (Royaume-Uni)Subventions dites « redevables » (accountable grants) et contrats ; souvent via des programmes pluriannuels gérés par des agents de gestion de fonds.Due diligence approfondie, cartographie de la chaîne de mise en œuvre (delivery chain), plafonds et justification des coûts administratifs, rapport sur la valeur pour l'argent (value for money : économie, efficience, efficacité, équité).Résultats démontrés dans un cadre logique, revues annuelles notées, gestion du risque de fraude et de sauvegarde (safeguarding).
Autres bilatéraux (Allemagne, Suisse, Canada, Suède, Norvège, Pays-Bas…)Cadres de partenariat pluriannuels avec des ONG de leur pays, appels ciblés, financements via les fonds communs.Règles nationales de droit public (souvent strictes sur les achats et la justification), cofinancement parfois exigé.Flexibilité croissante, localisation, approches nexus humanitaire-développement-paix selon le bailleur.
Fonds communs pays (CBPF, gérés par OCHA)Allocations standard (une ou deux fois par an, alignées sur le plan de réponse) et allocations de réserve en urgence ; ouverts aux ONG nationales et internationales et aux agences de l'ONU après évaluation de capacité.Coûts de soutien au programme jusqu'à 7 % ; montant maximal, tranches de versement, fréquence des rapports et contrôles fixés selon le niveau de risque du partenaire ; audit des projets.Priorités définies par le coordonnateur humanitaire et les clusters, localisation (part significative des fonds vers les acteurs nationaux), complémentarité.
Agences des Nations unies (UNICEF, HCR, PAM, FNUAP, OIM…)Accords de partenariat (par exemple accord de coopération de programme et document de programme à l'UNICEF, accord de partenariat au HCR) ; manifestations d'intérêt publiées sur le portail des partenaires de l'ONU (UN Partner Portal).Approche harmonisée des transferts de fonds (HACT) pour plusieurs agences : micro-évaluation, niveau de risque, activités d'assurance (vérifications ponctuelles, visites programmatiques, audits) ; avances trimestrielles liquidées sur justification.Mise en œuvre de leur propre programme : le partenaire est souvent un exécutant plus qu'un co-concepteur, d'où l'importance de négocier le rôle et les coûts de soutien.
CERFFonds mondial de l'ONU : agences de l'ONU et OIM uniquement, guichet de réponse rapide et guichet des urgences sous-financées.Les ONG n'y accèdent qu'en sous-subvention d'une agence.Rapidité, besoins vitaux, priorisation collective par l'équipe humanitaire pays.
Fondations, secteur privé, financements propresAppels, relations directes, dons non affectés.Règles plus légères, mais attentes fortes en récit et en résultats visibles.Innovation, thématiques précises, capacité à tester et documenter.

Le bon réflexe : pour chaque bailleur ciblé, construire une fiche de deux pages qui résume l'instrument, l'éligibilité, les plafonds, la flexibilité budgétaire, le calendrier, les modalités de versement, les obligations de rapport et d'audit, et les priorités géographiques et sectorielles de l'année. Cette fiche est mise à jour à chaque nouvelle stratégie annuelle et partagée avec les finances et les programmes.

Financement direct, intermédié et en cascade

Une même somme peut parvenir au terrain par plusieurs chemins : directement du bailleur à l'ONG, via une agence de l'ONU, via un fonds commun, ou via une ONG internationale qui sous-subventionne un partenaire national. Chaque intermédiaire ajoute des coûts de gestion, des délais et des exigences de rapport, mais aussi un appui et un partage des risques. Le Grand Bargain demande de transférer les fonds aux acteurs locaux « aussi directement que possible » ; en pratique, la plupart des ONG nationales commencent par des financements intermédiés, puis accèdent aux fonds communs, et seulement ensuite aux bailleurs bilatéraux directs.

Le calendrier annuel des bailleurs

  • ECHO : publication des HIP en fin d'année pour l'année suivante, avec des tranches de financement complémentaires en cours d'année ; dialogue avec l'expert technique de terrain avant la soumission.
  • Fonds communs pays : une allocation standard en début d'année après la publication du plan de réponse, souvent une seconde à mi-année, et des allocations de réserve à tout moment en cas de choc.
  • Agences de l'ONU : renouvellement des accords de partenariat en fin d'année, appels à manifestation d'intérêt au fil de l'eau.
  • Bilatéraux : liés au cycle budgétaire de chaque État, d'où l'importance des contacts réguliers avec les attachés humanitaires des ambassades.

Un calendrier consolidé, mis à jour chaque trimestre, évite de découvrir un appel trois jours avant la date limite.

5Veille, positionnement et décision « go / no go » : la méthode pas à pas

Une organisation qui répond à tous les appels s'épuise, disperse ses équipes et finit par signer des contrats qu'elle ne peut pas exécuter. La décision de répondre ou non à une opportunité est une décision de direction, documentée, prise sur des critères explicites.

Étape 1 : organiser la veille

  • Sources : sites et lettres d'information des bailleurs, portail des partenaires de l'ONU, réunions de cluster et du groupe de coordination intersectorielle, annonces du fonds commun, contacts avec les ambassades et les bureaux pays des agences, réseaux d'ONG nationales.
  • Responsable : le chargé ou la chargée de subventions tient un registre des opportunités (pipeline) avec, pour chacune, la date de publication, la date limite, le montant, la durée, le secteur, la zone, l'éligibilité et le statut.
  • Rythme : revue hebdomadaire du registre en réunion de direction pendant les périodes d'appels, mensuelle sinon.

Étape 2 : analyser l'appel en 48 heures

Dès réception, on extrait dans une fiche d'une page : l'objectif et les priorités de l'appel, les critères d'éligibilité (statut juridique, enregistrement, années d'existence, chiffre d'affaires minimal, partenaires obligatoires), le montant minimal et maximal, la durée, le cofinancement, le plafond des coûts indirects, les secteurs et zones, les formats, la date limite et l'heure (avec le fuseau horaire), la grille d'évaluation et les pièces à joindre. Une seule condition d'éligibilité non remplie suffit à arrêter le travail.

Étape 3 : noter l'opportunité

CritèrePondérationQuestions à se poser
Alignement stratégique25 %L'appel correspond-il à notre plan stratégique, à nos secteurs et à nos zones ? Le ferions-nous sans ce bailleur ?
Capacité technique20 %Avons-nous l'expertise, le personnel clé et les références de projets comparables ?
Accès et présence20 %Sommes-nous déjà présents et acceptés dans la zone ? Pouvons-nous y accéder en sécurité ?
Capacité financière et conformité15 %Pouvons-nous préfinancer, apporter le cofinancement, respecter les règles d'achat et d'audit du bailleur ?
Positionnement et partenariats10 %Qui d'autre va répondre ? Avons-nous un avantage comparatif ou un consortium crédible ?
Coût de préparation et probabilité10 %Combien de jours de travail la proposition demande-t-elle, pour quelle chance de succès et quel montant ?

Chaque critère est noté de 1 à 5 par deux ou trois personnes (direction, programmes, finances), puis on calcule la moyenne pondérée. Une règle simple : au-dessus de 3,5 sur 5, on répond ; entre 3 et 3,5, on répond seulement si un point faible peut être corrigé avant la date limite (par exemple par un partenariat) ; en dessous de 3, on s'abstient et on le dit au bailleur si une relation existe.

Un « non » argumenté est un acte de gestion, pas un échec. Le bailleur préfère une organisation qui connaît ses limites à un partenaire qui accepte tout et sous-exécute ensuite.

Étape 4 : préparer le positionnement

  • Dialogue préalable : la plupart des bailleurs humanitaires acceptent, voire attendent, un échange avant la soumission (présentation de l'idée, questions sur les priorités). Pour ECHO, ce dialogue avec l'expert technique de terrain est déterminant. Pendant un appel concurrentiel formel, les questions passent en revanche par le canal officiel et les réponses sont publiées pour tous.
  • Coordination : présenter l'idée au cluster et vérifier qu'elle comble un manque réel, sans duplication. Dans un fonds commun, les clusters participent au classement des propositions.
  • Partenariats : décider tôt du rôle de chaque partenaire, de sa part du budget et de ses coûts de soutien ; un partenaire associé la veille de la soumission se repère immédiatement.

Étape 5 : planifier la production

On nomme un coordinateur de la proposition, on fixe un rétroplanning à partir de la date limite moins deux jours (marge pour les validations et les problèmes techniques de plateforme) et on répartit les sections : analyse des besoins et logique d'intervention aux programmes, budget aux finances avec les programmes, annexes administratives à l'administration, relecture finale à la direction. Le détail de cette méthode est traité au jour 2.

6Évaluations de capacité et due diligence : ce qui est réellement examiné

L'évaluation de capacité n'est pas une formalité administrative : c'est l'instrument par lequel le bailleur décide combien il peut confier, avec quel niveau de contrôle et sous quelles conditions. Son résultat (un niveau de risque) détermine concrètement le plafond de financement, le nombre de tranches, la fréquence des rapports et le nombre de contrôles. Bien la préparer change la vie de l'organisation pendant plusieurs années.

Les principaux dispositifs

DispositifQui l'appliqueContenuConséquences
Micro-évaluation HACTAgences de l'ONU qui appliquent l'approche harmonisée (notamment UNICEF, PNUD, FNUAP)Questionnaire standard conduit par un cabinet ou l'agence : statut juridique, gouvernance, organisation, comptabilité, contrôles internes, rapports financiers, achats, audits antérieurs.Niveau de risque (faible, modéré, significatif, élevé) qui fixe les modalités de versement et le plan d'assurance (vérifications ponctuelles, visites programmatiques, audits planifiés).
Évaluation de capacité des fonds communs paysOCHA, pour chaque partenaire candidatRevue documentaire et entretien sur la gouvernance, la gestion financière, les ressources humaines, les achats, la capacité programmatique, la coordination, la redevabilité ; complétée par l'historique de performance.Niveau de risque qui fixe le montant maximal par projet, le nombre de tranches, la fréquence des rapports, des vérifications et des audits. Le niveau est révisé avec la performance.
Évaluation ex ante ECHOCommission européenne, pour les ONG candidates au certificat de partenariatCritères juridiques, financiers, administratifs, de gouvernance et de capacité humanitaire, avec une vérification périodique.Accès au partenariat et, selon le résultat, modalités de suivi renforcées ou allégées.
Due diligence FCDO et bilatérauxBailleur ou son agent de gestionGouvernance, finances, sauvegarde, lutte contre la fraude et la corruption, chaîne de mise en œuvre, sécurité, protection des données.Conditions spéciales au contrat, plans d'amélioration, contrôle des partenaires en aval.
Évaluation de partenaire par une ONG internationaleONG chef de file d'un consortium ou d'une sous-subventionGrille interne souvent inspirée des dispositifs ci-dessus.Type d'accord, tranches, appui en renforcement de capacités.

Les points qui font baisser la note

  • Séparation des tâches insuffisante : la même personne commande, réceptionne et paie, ou le directeur signe seul les chèques.
  • Absence de rapprochements bancaires mensuels signés par une personne autre que le préparateur.
  • Comptabilité non analytique : impossible de produire les dépenses par projet et par ligne budgétaire.
  • Pas d'audit externe des comptes de l'organisation sur les deux ou trois derniers exercices, ou réserves de l'auditeur non suivies.
  • Manuel d'achats absent ou non appliqué : seuils inexistants, pas de comité, pas de déclaration de conflit d'intérêts.
  • Politiques de sauvegarde sur le papier seulement : code de conduite non signé par le personnel, aucun point focal, aucun mécanisme de plainte opérationnel.
  • Gouvernance faible : conseil d'administration qui ne se réunit pas, procès-verbaux absents, confusion entre fondateur et organisation.
  • Dépendance à un seul bailleur et absence de réserves financières.

Le dossier permanent de due diligence

Une organisation bien gérée tient un dossier permanent, actualisé chaque année après l'audit des comptes, rangé en sous-dossiers numérotés :

  1. Identité juridique : statuts, certificat d'enregistrement en cours de validité, accord-cadre avec l'État si applicable, numéro fiscal.
  2. Gouvernance : composition du conseil d'administration, procès-verbaux des deux dernières années, organigramme daté.
  3. Finances : états financiers audités des trois derniers exercices avec lettres de recommandation de l'auditeur et suivi de leur mise en œuvre, budget annuel, liste des subventions en cours avec montants et bailleurs.
  4. Procédures : manuels financier, d'achats, de ressources humaines, de gestion des actifs, de sécurité, de protection des données.
  5. Politiques : code de conduite, protection contre l'exploitation et les abus sexuels (PSEA), sauvegarde de l'enfance, lutte contre la fraude et la corruption, conflits d'intérêts, lanceurs d'alerte, filtrage des listes de sanctions.
  6. Redevabilité : mécanisme de plaintes et de retour d'information, auto-évaluation selon la Norme humanitaire fondamentale (CHS).
  7. Références : fiches de projets réalisés (bailleur, montant, durée, résultats), lettres de recommandation, rapports d'évaluation.

Une évaluation de capacité se prépare comme un audit : chaque affirmation (« nous faisons des rapprochements bancaires mensuels ») doit pouvoir être prouvée sur-le-champ par un document daté et signé. L'évaluateur demande souvent trois exemples tirés au hasard.

Filtrage des sanctions et lutte contre le financement du terrorisme

Les bailleurs exigent que les fonds ne bénéficient pas à des personnes ou entités visées par des mesures restrictives. Les listes de référence sont, selon le bailleur, la liste consolidée du Conseil de sécurité des Nations unies, les mesures restrictives de l'Union européenne, la liste des personnes désignées du Trésor américain et la liste des sanctions du Royaume-Uni. Le filtrage porte sur le personnel, les fournisseurs, les partenaires et les bailleurs privés ; il est documenté (date, liste consultée, résultat, personne). Il ne s'applique pas aux personnes affectées sélectionnées sur des critères de besoin : la plupart des bailleurs humanitaires l'excluent explicitement, et les exemptions humanitaires adoptées par le Conseil de sécurité en 2022 (résolution 2664) ont renforcé ce principe. En cas de doute, l'organisation consulte le bailleur et documente sa position.

7Exemple complet : construire le portefeuille de financement d'une ONG nationale

Contexte fictif : l'Association pour l'Appui aux Communautés du Mbari (AACM) est une ONG nationale de 42 salariés, active depuis neuf ans dans la province fictive du Haut-Mbari, où un conflit prolongé a déplacé environ 180 000 personnes. Son budget annuel est de 1,1 million USD, dont 70 % proviennent d'une seule ONG internationale partenaire. Elle travaille en eau, hygiène et assainissement (EHA) et en protection. Le nouveau directeur veut diversifier les financements et accéder directement au fonds commun pays.

Étape 1 : diagnostic du portefeuille actuel

SourceMontant annuel (USD)PartFinCoûts indirects récupérés
Sous-subvention d'une ONG internationale (financement ECHO)770 00070 %Dans 7 mois3 %
Accord avec une agence de l'ONU (protection)250 00023 %Dans 11 moisAucun, coûts de bureau imputés en direct
Fondation privée80 0007 %Dans 4 mois10 %
Total1 100 000100 %

Constats : une dépendance critique (70 % du budget s'arrête dans sept mois), une récupération des coûts de structure très faible, et aucun financement direct d'un bailleur institutionnel. Les coûts de structure réels (direction, comptabilité centrale, audit annuel, loyer du siège, assurance, informatique) s'élèvent à 140 000 USD par an. Les montants récupérés sont de 23 100 USD (3 % de 770 000) et 7 273 USD (10 % inclus dans 80 000, soit 80 000 − 80 000 / 1,10), soit environ 30 400 USD : il manque près de 110 000 USD, comblés jusqu'ici par des imputations approximatives sur les projets, ce qui exposerait l'organisation à des rejets de coûts en audit.

Étape 2 : analyse des opportunités et décision

Trois opportunités se présentent dans le trimestre.

Critère (pondération)A. Allocation standard du fonds commun (EHA, Haut-Mbari)B. Appel bilatéral sur la cohésion sociale (pays voisin inclus)C. Consortium ECHO mené par une ONG internationale
Alignement (25 %)525
Capacité technique (20 %)424
Accès et présence (20 %)525
Capacité financière et conformité (15 %)324
Positionnement (10 %)334
Coût de préparation et probabilité (10 %)423
Score pondéré sur 54,202,104,35

Calcul pour A : 5 × 0,25 + 4 × 0,20 + 5 × 0,20 + 3 × 0,15 + 3 × 0,10 + 4 × 0,10 = 1,25 + 0,80 + 1,00 + 0,45 + 0,30 + 0,40 = 4,20. Pour C : 1,25 + 0,80 + 1,00 + 0,60 + 0,40 + 0,30 = 4,35. Pour B : 0,50 + 0,40 + 0,40 + 0,30 + 0,30 + 0,20 = 2,10.

Décision de la direction : répondre à A et à C, renoncer à B (zone et thématique hors du mandat, aucune présence dans le pays voisin). Pour C, l'AACM négocie avant de s'engager : un rôle de co-conception et non de simple exécutant, un budget propre de 600 000 USD sur 18 mois, 7 % de coûts indirects (au lieu de 3 %) en s'appuyant sur les orientations du Comité permanent interorganisations (IASC) de 2022 relatives à la fourniture de frais généraux aux partenaires locaux et nationaux, et un siège au comité de pilotage du consortium.

Étape 3 : l'évaluation de capacité du fonds commun

Pour l'opportunité A, l'AACM doit d'abord passer l'évaluation de capacité d'OCHA. Une auto-évaluation interne, menée trois semaines avant, révèle quatre faiblesses. L'équipe établit un plan de correction.

FaiblessePreuve manquanteMesureResponsableÉchéance
Rapprochements bancaires non signés par un second niveauSix derniers rapprochementsRapprochements refaits, revus et signés par le directeur financier ; procédure écriteComptable principalJ+10
Comité d'achats non documentéProcès-verbaux d'attributionModèle de procès-verbal, déclaration de conflit d'intérêts signée par chaque membreResponsable logistiqueJ+7
Code de conduite signé par 60 % du personnel seulementRegistre des signaturesSéance de formation PSEA et signature par tous, y compris journaliersResponsable RHJ+14
Mécanisme de plaintes limité à une boîte à suggestionsRegistre des plaintes et délais de réponseLigne téléphonique gratuite, registre, procédure de traitement des plaintes sensiblesResponsable MEALJ+21

Résultat : l'AACM est classée en risque « moyen ». Conformément au manuel opérationnel du fonds (les seuils exacts varient d'un fonds à l'autre), cela signifie un plafond par projet inférieur à celui des partenaires à faible risque, trois tranches de versement au lieu de deux, des rapports financiers plus fréquents et au moins une vérification ponctuelle financière pendant le projet. L'AACM retient que chaque projet bien exécuté et bien audité lui permettra de demander une révision de son niveau de risque.

Étape 4 : le plan de financement à 18 mois

SourceStatutMontant sur 12 mois (USD)ProbabilitéMontant pondéré
Consortium ECHO (C)Négociation400 00070 %280 000
Fonds commun (A)Proposition soumise350 00050 %175 000
Agence de l'ONU, renouvellementDiscussion250 00080 %200 000
Fondation, renouvellementRapport en préparation80 00060 %48 000
Total1 080 000703 000

Le montant pondéré (703 000 USD) est très inférieur au budget actuel : la direction décide de ne pas renouveler six contrats à durée déterminée arrivant à échéance tant que deux financements ne sont pas signés, de constituer une réserve en négociant les coûts indirects, et de préparer une seconde candidature à la prochaine allocation de réserve du fonds commun. La plus grande source ne dépasse plus 40 % du portefeuille pondéré : la dépendance est réduite.

Leçon de l'exemple : la diversification ne se décrète pas, elle se construit par des décisions documentées (score d'opportunité, plan de correction, plan pondéré) et par la négociation des coûts de structure. Une ONG nationale qui ne récupère pas ses frais généraux finance sa survie par des imputations fragiles sur les projets.

8Variations selon le contexte, erreurs fréquentes et regard du bailleur

Adapter sa stratégie de financement au contexte

ContexteParticularités du financementPoints d'attention
Urgence soudaine (séisme, inondation, afflux massif de réfugiés)Allocations de réserve des fonds communs, guichet de réponse rapide du CERF via les agences, outils d'urgence des bailleurs, propositions courtes en quelques jours, date de démarrage rétroactive parfois acceptée.Demander par écrit l'éligibilité des dépenses engagées avant la signature ; prévoir une révision du budget après la première évaluation détaillée ; avoir des modèles de propositions et de budgets prêts à l'avance.
Crise prolongéeFinancements annuels répétés, cadres pluriannuels, montée des approches nexus et résilience.Éviter le recyclage d'une année sur l'autre ; démontrer l'évolution de l'analyse, les leçons tirées, la stratégie de sortie et les liens avec les acteurs de développement.
Gestion à distanceBailleurs plus exigeants sur les mécanismes de contrôle : vérification par des tiers, preuves géolocalisées, appels de vérification aux personnes assistées.Budgéter ces coûts de contrôle (souvent plusieurs pour cent du budget) ; documenter le dispositif dans la proposition dès le départ.
Insécurité élevée et zones contrôlées par des groupes armésExigences de filtrage, clauses antiterroristes, sensibilités sur la visibilité et les relations avec les autorités de fait.Négocier par écrit les dérogations de visibilité ; documenter les principes de négociation de l'accès ; vérifier les exemptions humanitaires applicables.
Partenaires locaux à faible capacitéFinancement intermédié, tranches courtes, plans de renforcement des capacités.Budgéter le renforcement de capacités et les frais généraux du partenaire ; fixer des étapes d'autonomisation mesurables ; éviter la sous-traitance déguisée.
Contexte urbain ou à revenus intermédiairesMoins de bailleurs humanitaires, plus de bailleurs de développement et de financements des collectivités.Traduire le langage humanitaire en langage de politiques publiques ; travailler avec les systèmes nationaux de protection sociale quand c'est possible.

Erreurs fréquentes et comment les éviter

  • Répondre à tout : sans grille de décision, l'équipe produit des propositions médiocres et sous-exécute ensuite. Appliquer systématiquement le score « go / no go ».
  • Découvrir l'éligibilité à la fin : lire d'abord les conditions d'éligibilité et les annexes administratives, pas le formulaire narratif.
  • Confondre la relation avec le bailleur et la soumission : un bailleur qui découvre une organisation par sa proposition la finance rarement. Rencontrer les bailleurs hors période d'appel pour présenter le travail réalisé, partager des analyses de terrain et inviter à des visites.
  • Accepter des frais généraux nuls : chaque projet sans récupération des coûts de structure fragilise l'organisation. Utiliser une méthode d'imputation documentée et négocier.
  • Dossier de due diligence obsolète : un certificat d'enregistrement expiré ou des états financiers non audités bloquent une signature pendant des semaines.
  • Dépendance à une seule personne : quand seul le directeur connaît les bailleurs, le départ d'une personne fait perdre les financements. Partager le registre des opportunités et les fiches bailleurs.

Ce que regardent les bailleurs et les évaluateurs à ce stade

  • La cohérence entre la stratégie de l'organisation et ses demandes : une ONG de santé qui soumet soudain un projet de réhabilitation de routes inquiète.
  • La capacité d'absorption : un budget demandé qui représente plus du double du budget annuel de l'organisation est un signal d'alerte ; de nombreux bailleurs comparent le montant demandé au volume de dépenses des dernières années.
  • Les antécédents : taux d'exécution des subventions précédentes, rapports remis à temps, résultats d'audit, coûts rejetés.
  • La place dans la coordination : participation active aux clusters, cohérence avec le plan de réponse, absence de duplication.
  • La redevabilité envers les populations : mécanisme de plaintes fonctionnel, retours documentés et pris en compte, alignement sur la Norme humanitaire fondamentale.

Pour un bailleur, le risque n'est pas d'abord la fraude : c'est de financer une organisation qui ne livre pas les résultats annoncés. Tout ce qui démontre la capacité d'exécution (résultats passés, équipe en place, accès, systèmes) pèse plus que la qualité littéraire.

9Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Comment décidez-vous de répondre ou non à un appel à propositions ? »

Une réponse solide décrit une grille explicite (alignement, capacité technique, accès, capacité financière et de conformité, positionnement, coût de préparation), une décision collégiale entre programmes, finances et direction, et la vérification préalable de l'éligibilité. Elle donne un exemple concret de « non » assumé et explique comment ce refus a été communiqué au bailleur.

2. « Quelles différences faites-vous entre ECHO, un fonds commun pays et une agence de l'ONU comme bailleurs ? »

Le candidat distingue l'accès (certificat de partenariat réservé aux organisations établies dans l'Union européenne, allocations ouvertes aux ONG nationales, accords de partenariat avec l'approche HACT), les règles de coûts indirects ou de soutien, la place du partenaire dans la conception, le calendrier et les modalités de versement. Il montre qu'il sait lire un HIP ou une stratégie d'allocation.

3. « Notre ONG nationale a été classée à risque élevé par le fonds commun. Que proposez-vous ? »

Elle demande le rapport détaillé, identifie les constats, établit un plan de correction daté avec des responsables et des preuves, priorise les contrôles financiers et la séparation des tâches, exécute impeccablement un premier projet de taille modeste et demande une réévaluation sur la base de la performance. Elle évite de contester sans preuves.

4. « Comment financez-vous les coûts de structure d'une organisation dont les bailleurs refusent les frais généraux ? »

Elle cite la distinction entre coûts indirects et coûts partagés imputés en direct selon une clé de répartition documentée (temps passé, surface, nombre de projets), les orientations de l'IASC de 2022 sur les frais généraux des partenaires locaux et nationaux, la négociation fondée sur des données de coûts réels, et la diversification avec des fonds non affectés.

5. « Un bailleur vous demande de filtrer les bénéficiaires contre des listes de sanctions. Comment réagissez-vous ? »

Elle rappelle que le filtrage s'applique au personnel, aux fournisseurs et aux partenaires, mais que la sélection des personnes assistées repose sur les besoins selon les principes humanitaires ; elle mentionne les exemptions humanitaires (dont la résolution 2664 du Conseil de sécurité), consulte la direction et le siège, documente la discussion et cherche une solution écrite avec le bailleur.

6. « Quelle est la première chose que vous faites quand vous recevez un HIP ou une stratégie d'allocation ? »

Elle extrait les priorités géographiques et sectorielles, les groupes ciblés, les modalités privilégiées, les montants indicatifs et les exigences techniques de l'annexe, compare avec la présence de l'organisation, puis organise un échange avec le bailleur et le cluster avant toute rédaction.

Références clés

  • Certificat de partenariat humanitaire 2021-2027, convention de subvention type et orientations du Single Form : Commission européenne, direction générale de la protection civile et des opérations d'aide humanitaire européennes (ECHO).
  • Plans de mise en œuvre humanitaire (HIP) et annexes techniques annuelles par pays et région : ECHO.
  • Code des règlements fédéraux des États-Unis, titre 2, partie 200 (Uniform Guidance), révision de 2024.
  • Lignes directrices mondiales des fonds communs pays (CBPF Global Guidelines) et manuels opérationnels de chaque fonds : OCHA.
  • Cadre de l'approche harmonisée des transferts de fonds aux partenaires d'exécution (HACT) : Groupe des Nations unies pour le développement durable.
  • Engagements du Grand Bargain (2016) et cadre du Grand Bargain 2.0 (2021) sur la localisation et la qualité du financement.
  • Orientations du Comité permanent interorganisations (IASC) sur la fourniture de frais généraux aux partenaires locaux et nationaux (2022).
  • Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS), version 2024.
  • Résolution 2664 (2022) du Conseil de sécurité des Nations unies sur les exemptions humanitaires aux régimes de sanctions.
  • Travaux de l'ALNAP sur l'état du système humanitaire et du réseau Development Initiatives sur l'aide humanitaire mondiale (Global Humanitarian Assistance Report).
Mise en situation

Un appel à propositions en 10 jours

Bureau pays d'une ONG nationale

Votre rôle

Vous êtes chargé de subventions dans une ONG nationale qui n'a jamais reçu de fonds d'un fonds commun humanitaire (CBPF).

Le fonds humanitaire pays géré par OCHA lance un appel pour des projets d'abris. Délai : 10 jours. Votre directeur veut postuler pour un projet d'éducation.

  1. Décision 1 sur 3Que conseillez-vous au directeur ?

  2. Décision 2 sur 3Pour être éligible au fonds, que faut-il en général d'abord ?

  3. Décision 3 sur 3Où trouver les priorités de l'appel et les besoins chiffrés ?

Exercice d'application : votre carte des bailleurs

Pour votre pays, listez cinq bailleurs ou fonds actifs dans votre secteur. Pour chacun, notez : ses priorités, le type d'organisations qu'il finance, le calendrier habituel des appels et un contact. Puis cochez les documents de due diligence que votre organisation possède déjà.

À retenir

  • Lisez la stratégie du bailleur avant d'écrire.
  • Le contrat se relit ligne par ligne au démarrage.
  • Un dossier de due diligence prêt fait gagner des semaines.
  • Grand Bargain : au moins 25 % des fonds vers les acteurs locaux et nationaux.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. DG ECHO (2024). Règles et lignes directrices des bailleurs (exemple : Commission européenne, ECHO). civil-protection-humanitarian-aid.ec.europa.eu
  2. IASC (2016). Le Grand Bargain : engagements. interagencystandingcommittee.org/grand-bargain
  3. CHS Alliance, Groupe URD, Projet Sphère (2024). Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS). www.corehumanitarianstandard.org
  4. FAO / ONG partenaires (2017). Guide de rédaction de propositions de projets. www.fao.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Les fonds humanitaires pays gérés par OCHA (CBPF) :
2Quand relire le contrat de subvention avec toute l'équipe ?
3L'objectif du Grand Bargain pour les acteurs locaux est d'au moins :

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