Jour 3 sur 4 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Traumatismes, environnement et premiers secours psychologiques

Objectifs du jour
  • Prendre en charge brûlures, plaies, fractures et traumatismes de la tête.
  • Reconnaître et traiter le coup de chaleur, l'hypothermie, la déshydratation et les morsures.
  • Apporter les premiers secours psychologiques.

1Brûlures, plaies et fractures

Brûlure : refroidissez immédiatement à l'eau propre et fraîche, pendant au moins 20 minutes ; retirez bagues et vêtements non collés ; couvrez avec un film plastique ou un pansement propre non adhérent. Jamais de beurre, d'huile, de dentifrice ni de glace ; ne percez pas les cloques. Brûlure étendue, du visage, des mains, des organes génitaux, ou chez un enfant : avis médical.

Plaie simple : lavez à l'eau propre et au savon, couvrez d'un pansement propre ; vérifiez la vaccination antitétanique. Corps étranger planté : ne le retirez pas, maintenez-le avec des pansements autour.

Fracture ou entorse : ne cherchez pas à remettre l'os en place ; immobilisez dans la position trouvée (attelle improvisée, écharpe), surveillez la couleur et la sensibilité des doigts ou des orteils. Fracture ouverte : couvrez la plaie d'un pansement propre.

Tête et colonne : après une chute ou un accident de la route, limitez les mouvements de la tête et du cou d'une victime consciente. Perte de connaissance, vomissements répétés, confusion ou somnolence après un choc à la tête : évacuation médicale.

2Chaleur, froid et déshydratation

Coup de chaleur (température très élevée, confusion, peau chaude, parfois convulsions) : urgence vitale. Refroidissez immédiatement, de préférence par immersion dans l'eau froide jusqu'au cou si c'est possible ; sinon, mouillez largement et ventilez, à l'ombre. Épuisement par la chaleur (fatigue, crampes, sueurs) : repos à l'ombre et solution de réhydratation.

Hypothermie : mettez la personne à l'abri, retirez les vêtements mouillés, isolez du sol, couvrez (couverture de survie), réchauffez progressivement et manipulez avec douceur.

Diarrhée et déshydratation : donnez des sels de réhydratation orale (SRO) par petites gorgées fréquentes ; chez le nourrisson, poursuivez l'allaitement. Signes de danger qui imposent une consultation : enfant léthargique ou incapable de boire, yeux enfoncés, sang dans les selles, diarrhée aqueuse abondante (penser au choléra).

3Morsures, piqûres, convulsions et malaises

  • Morsure de serpent : calmez et allongez la victime, immobilisez le membre, retirez bagues et bracelets, et transportez vers une structure qui dispose d'antivenin. Pas de garrot, pas d'incision, pas d'aspiration, pas de glace.
  • Morsure d'animal (chien, singe, chauve-souris) : lavez la plaie 15 minutes à l'eau et au savon, puis consultez rapidement pour la prévention de la rage.
  • Convulsions : protégez des objets autour, ne mettez rien dans la bouche, ne retenez pas les mouvements ; notez la durée ; ensuite, position latérale de sécurité. Alertez si la crise dure plus de 5 minutes ou se répète.
  • Hypoglycémie chez une personne diabétique consciente et capable d'avaler : sucre, jus ou boisson sucrée.
  • Réaction allergique grave (gonflement du visage, difficulté à respirer) : aidez la personne à utiliser son auto-injecteur d'adrénaline si elle en a un, et alertez.

4Les premiers secours psychologiques

Après un événement violent, la plupart des personnes ont des réactions normales (peur, pleurs, sidération, colère). Les premiers secours psychologiques (OMS, 2011) offrent un soutien humain et pratique, sans forcer à raconter.

  • Observer : la sécurité, les besoins urgents, les personnes en détresse grave.
  • Écouter : se présenter, proposer de l'aide, écouter sans juger, aider la personne à se calmer.
  • Mettre en lien : avec les besoins essentiels (eau, abri, nouvelles des proches), l'information et les services (santé, santé mentale, protection).

Évitez de promettre ce que vous ne pouvez pas tenir, de forcer quelqu'un à parler ou de donner votre interprétation. Pensez aussi à vous : après une intervention difficile, parlez-en avec un collègue ou le soutien psychologique de l'organisation.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Traumatismes : brûlures, plaies, tête, colonne et membres en détail

Ce cours en ligne ne remplace pas une formation pratique certifiée de premiers secours. Les techniques d'immobilisation, de pansement et de mobilisation d'un blessé exigent un apprentissage pratique, encadré par un formateur qualifié, et un entretien régulier.

Brûlures thermiques : la méthode complète

  1. Arrêter le processus : éloigner de la source ; si les vêtements brûlent, faire rouler la personne au sol ou étouffer les flammes avec une couverture.
  2. Refroidir immédiatement avec de l'eau propre, fraîche, de préférence courante, pendant au moins 20 minutes, comme le recommandent les lignes directrices de la FICR et de l'ERC. Le refroidissement reste utile s'il est commencé avec un peu de retard. Pas de glace ni d'eau glacée.
  3. Retirer bagues, montres, bracelets et vêtements non collés pendant le refroidissement, avant l'apparition du gonflement.
  4. Protéger contre l'hypothermie : chez l'enfant et lorsque la brûlure est étendue, refroidir la zone brûlée tout en gardant le reste du corps au chaud. C'est un point de vigilance important dans les sites de déplacés, où l'eau peut être froide et les abris mal isolés.
  5. Couvrir sans serrer avec un film alimentaire posé en bandes, ou un pansement propre non adhérent. Ne pas percer les cloques, ne rien appliquer d'autre (pas de pâte, d'huile, de beurre, de dentifrice, ni de remède traditionnel).
  6. Évaluer la gravité pour décider de l'orientation.

Pour estimer l'étendue, une règle simple consiste à considérer que la paume de la main de la victime, doigts compris, représente environ 1 % de la surface de son corps. Les brûlures doivent être vues par un professionnel lorsqu'elles sont étendues, profondes (peau blanche, cartonnée ou noircie, peu douloureuse), qu'elles touchent le visage, les mains, les pieds, les articulations, le périnée ou les organes génitaux, qu'elles font tout le tour d'un membre, qu'elles concernent un jeune enfant ou une personne âgée, ou lorsqu'il existe un risque d'atteinte des voies aériennes (brûlure dans un espace clos, suie autour de la bouche ou du nez, voix rauque, toux).

Brûlures chimiques et électriques

  • Produit chimique : se protéger (gants, lunettes), retirer les vêtements contaminés, brosser une poudre sèche avant de rincer, puis rincer abondamment et longuement à l'eau. Identifier le produit (étiquette, fiche) et le transmettre.
  • Œil atteint par un produit chimique : rinçage immédiat, abondant et prolongé à l'eau propre, paupières maintenues ouvertes, en dirigeant l'eau de façon à ne pas contaminer l'autre œil ; orientation médicale urgente.
  • Électricité : couper le courant avant tout contact. La brûlure visible peut être petite alors que les lésions internes et le risque de trouble du rythme cardiaque sont importants : toute victime d'une électrisation doit être évaluée médicalement. Préparer la réanimation.

Plaies : nettoyer, couvrir, orienter

Les lignes directrices recommandent de nettoyer les plaies superficielles avec de l'eau propre en quantité, courante si possible. Couvrir ensuite d'un pansement propre. L'orientation vers un soignant s'impose pour une plaie profonde, large, souillée de terre, une plaie par morsure, une plaie de la main ou du visage, ou une plaie chez une personne dont la vaccination contre le tétanos n'est pas à jour ou inconnue. Un objet planté n'est pas retiré : il est stabilisé avec des pansements disposés autour.

Traumatisme de la tête

Après un choc à la tête, le secouriste recherche des signes d'alerte imposant une évaluation médicale urgente : perte de connaissance même brève, confusion, somnolence croissante, vomissements répétés, maux de tête qui s'aggravent, convulsions, faiblesse ou engourdissement d'un membre, trouble de la parole ou de la vision, écoulement de sang ou de liquide clair par le nez ou les oreilles, comportement inhabituel. Les recommandations européennes déconseillent qu'un secouriste utilise seul une échelle simplifiée pour décider qu'une commotion est bénigne : en cas de doute, l'avis d'un professionnel est nécessaire. La victime ne doit pas rester seule ni conduire dans les heures qui suivent.

Suspicion d'atteinte de la colonne vertébrale

Les lignes directrices actuelles ne recommandent pas la pose d'un collier cervical par un secouriste, en raison des effets indésirables possibles et de l'absence de bénéfice démontré. Chez une victime consciente, on lui demande de ne pas bouger et on limite les mouvements de la tête et du cou ; si nécessaire, on maintient manuellement la tête dans la position trouvée. Chez une victime inconsciente qui respire, la protection des voies aériennes prime : si elle doit être placée sur le côté, on le fait en limitant au maximum les mouvements de l'axe tête-cou-tronc, à plusieurs si possible.

Membres : fractures, entorses, luxations

  • Ne pas chercher à réaligner un membre déformé ; immobiliser dans la position trouvée ou la moins douloureuse, en prenant les articulations au-dessus et au-dessous.
  • Vérifier avant et après l'immobilisation la couleur, la chaleur et la sensibilité des extrémités.
  • Fracture ouverte : couvrir la plaie d'un pansement propre, contrôler un éventuel saignement, ne pas remettre l'os en place.
  • Entorse et contusion fermée : le froid (glace enveloppée dans un linge ou poche de froid) peut soulager, par périodes limitées et sans contact direct avec la peau.
  • Douleur importante de la cuisse ou du bassin après un traumatisme violent : risque d'hémorragie interne ; surveiller les signes de choc et faire évacuer.

6Environnement et urgences médicales : chaleur, froid, déshydratation, morsures, intoxications

Les maladies liées à la chaleur

FormeSignesConduite à tenir
Crampes de chaleurDouleurs musculaires pendant ou après l'effort, à la chaleurRepos à l'ombre, étirements doux, boisson contenant des électrolytes (solution de réhydratation)
Épuisement par la chaleurFatigue, faiblesse, sueurs abondantes, nausées, maux de tête, vertiges, conscience normaleRepos à l'ombre ou au frais, allonger, refroidir (mouiller, ventiler), faire boire une solution de réhydratation ou une boisson contenant des électrolytes ; si pas d'amélioration rapide, avis médical
Coup de chaleurTroubles du comportement, confusion, convulsions, perte de connaissance ; peau chaude, sèche ou en sueur ; température très élevéeUrgence vitale. Refroidissement immédiat et actif, de préférence par immersion du corps jusqu'au cou dans l'eau froide ; à défaut, toute méthode de refroidissement disponible (arroser d'eau, ventiler, linges mouillés). Alerter. Ne pas donner à boire si la conscience est altérée.

Les recommandations de l'ERC et de la FICR insistent sur la précocité du refroidissement : il doit commencer sur place, avant le transport, et ne pas attendre une mesure de température. La décision de l'arrêter relève du protocole et, si possible, d'un avis médical.

En prévention, les organisations peuvent utiliser l'indice de température au thermomètre-globe mouillé (WBGT) pour adapter le travail physique, prévoir des horaires frais pour les distributions, de l'ombre, de l'eau et des pauses, et prêter une attention particulière aux personnes âgées, aux jeunes enfants, aux femmes enceintes, aux personnes malades et aux travailleurs qui portent des équipements lourds.

Le froid

Hypothermie : frissons, peau froide, gestes maladroits, puis confusion, somnolence et disparition des frissons dans les formes graves. Mettre à l'abri du vent et de l'humidité, retirer les vêtements mouillés, isoler du sol, couvrir y compris la tête, manipuler avec douceur (les mouvements brusques peuvent déclencher un trouble du rythme cardiaque), donner une boisson chaude et sucrée uniquement si la personne est consciente et avale normalement. Gelure : ne pas frotter, ne pas réchauffer si un nouveau gel est possible avant l'arrivée en lieu sûr ; protéger et orienter.

Diarrhée et déshydratation

Les sels de réhydratation orale (SRO) à osmolarité réduite recommandés par l'OMS et l'UNICEF se préparent strictement selon les instructions du sachet, avec de l'eau potable ou traitée, et la solution se conserve une durée limitée. Une solution trop concentrée est dangereuse, en particulier pour le nourrisson. Chez l'enfant, la PCIME recommande de poursuivre l'allaitement et l'alimentation ; le traitement par le zinc relève d'un soignant.

Signes de déshydratation sévère selon la PCIME, qui imposent une prise en charge en structure de santé : léthargie ou inconscience, incapacité à boire ou boit très mal, yeux enfoncés, pli cutané qui s'efface très lentement. Une diarrhée aqueuse abondante, d'apparition brutale, surtout chez l'adulte et en contexte épidémique, doit faire évoquer le choléra et déclencher l'alerte au système de surveillance sanitaire.

Morsures et piqûres

  • Serpent : selon les lignes directrices de l'OMS sur la prise en charge des morsures de serpent, rassurer, allonger et immobiliser le membre et si possible toute la personne, retirer bagues et vêtements serrés, et transporter sans délai vers une structure disposant de sérum antivenimeux et capable de surveiller. Pas de garrot, pas d'incision, pas d'aspiration, pas de glace, pas de produit appliqué sur la plaie, pas de remède traditionnel. Certains protocoles régionaux prévoient un bandage de compression-immobilisation pour certaines espèces : il ne s'applique que si le protocole local le prévoit et si le secouriste y a été formé. Noter l'heure de la morsure et l'évolution des signes (gonflement, saignement, paupières tombantes, difficulté à avaler ou à respirer).
  • Animal susceptible de transmettre la rage (chien, chat, singe, chauve-souris) : l'OMS recommande un lavage immédiat et abondant de la plaie à l'eau et au savon pendant une quinzaine de minutes, puis une consultation rapide pour la prophylaxie post-exposition antirabique, qui est une urgence médicale. Vérifier la vaccination antitétanique.
  • Scorpion : rassurer, immobiliser, appliquer du froid sur le point de piqûre, orienter rapidement, en particulier les jeunes enfants, plus exposés aux formes graves.
  • Réaction allergique grave (anaphylaxie) : difficulté respiratoire, gonflement du visage ou de la gorge, malaise, éruption. Aider la personne à utiliser son auto-injecteur d'adrénaline (face externe de la cuisse), alerter ; les recommandations européennes prévoient une seconde dose après 5 minutes si les signes persistent et qu'un second injecteur est disponible. Position assise si la gêne respiratoire domine, allongée si la personne se sent mal.

Autres urgences médicales

  • Hypoglycémie chez une personne diabétique consciente et capable d'avaler : les recommandations européennes préconisent 15 à 20 grammes de glucose (comprimés), ou à défaut un autre sucre rapide (boisson sucrée, sucre), puis une réévaluation après une quinzaine de minutes ; si la personne ne s'améliore pas ou perd connaissance, alerter et ne rien donner par la bouche.
  • Convulsions : protéger, ne rien mettre dans la bouche, ne pas contenir les mouvements, chronométrer ; alerter si la crise dure plus de 5 minutes, se répète, survient chez une femme enceinte, une personne blessée ou une personne sans antécédent connu ; ensuite, position latérale de sécurité et surveillance.
  • Intoxication (pesticide, produit ménager, médicament, carburant) : se protéger, éloigner de la source, retirer les vêtements contaminés, ne pas faire vomir, identifier le produit et la quantité, contacter le centre antipoison s'il existe ou la structure de santé. Les intoxications par pesticides organophosphorés sont fréquentes en milieu rural : la contamination des secouristes par la peau ou les vomissements est un risque réel.

7Les premiers secours psychologiques appliqués : méthode, communication et limites

Les premiers secours psychologiques (PSP) décrits dans le guide de l'OMS, de la War Trauma Foundation et de World Vision International (2011), et repris par le Centre de référence pour le soutien psychosocial de la FICR, ne sont ni une thérapie ni un débriefing. Ils constituent une réponse humaine, de soutien et pratique, apportée à une personne qui souffre et qui peut avoir besoin d'aide, dans le respect de sa dignité, de sa culture et de ses capacités. Ils s'inscrivent dans le premier niveau de la pyramide d'intervention des Directives du Comité permanent interorganisations (IASC) concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence (2007).

La méthode pas à pas

  1. Se préparer : s'informer sur l'événement, les services disponibles (santé, protection, recherche de familles, distribution), les questions de sécurité et les normes culturelles (qui peut parler à qui, comment aborder une femme, un aîné, un enfant).
  2. Observer : la sécurité de la zone ; les besoins essentiels urgents ; les personnes en détresse aiguë (agitation extrême, sidération totale, incapacité à prendre soin de soi ou de ses enfants, propos suicidaires) ; les personnes à risque particulier (enfants non accompagnés, personnes âgées isolées, personnes handicapées, survivantes de violences).
  3. Écouter : se présenter (nom, organisation), demander si l'on peut aider, trouver un endroit calme et sûr, demander de quoi la personne a besoin et ce qui l'inquiète, écouter sans forcer à raconter, aider à retrouver le calme (respiration lente, repères concrets sur le lieu et l'heure, présence).
  4. Mettre en lien : avec les besoins essentiels et les services, avec l'information fiable (ce que l'on sait, ce que l'on ne sait pas, quand on en saura plus), avec les proches et le soutien social. Accompagner physiquement vers un service lorsque c'est nécessaire, plutôt que de seulement indiquer une direction.
  5. Clôturer : dire ce qui va se passer ensuite, s'assurer que la personne n'est pas laissée seule si elle est vulnérable, ne pas promettre de revenir si ce n'est pas certain.

Ce qu'il faut dire et ne pas dire

À faireÀ éviter
Être honnête et digne de confiancePromettre ce que l'on ne peut pas tenir
Respecter le droit de la personne à prendre ses propres décisionsDécider à sa place, faire pression
Parler calmement, avec des phrases simples, dans sa langue si possibleUtiliser un jargon technique, parler trop vite
Reconnaître ses pertes et sa détresse (« ce que vous vivez est très difficile »)Minimiser (« ce n'est rien », « il y a pire »), donner des explications religieuses ou personnelles
Laisser des silences, écouterForcer à raconter, poser des questions détaillées sur l'événement
Préserver la confidentialitéRaconter l'histoire de la personne à d'autres, la photographier
Orienter vers un professionnel lorsque c'est nécessaireJouer au thérapeute, poser un diagnostic

Ce que les PSP ne sont pas : le débriefing psychologique

Les recommandations de l'OMS sur la prise en charge des affections spécifiquement liées au stress (programme mhGAP) déconseillent le débriefing psychologique en séance unique, qui consiste à faire raconter en détail l'événement et les émotions associées peu après celui-ci, car il n'a pas montré de bénéfice et pourrait être nuisible pour certaines personnes. C'est l'une des raisons pour lesquelles les PSP ne demandent jamais de raconter l'événement.

Les enfants

Les réactions des enfants dépendent de leur âge : régression (énurésie, collage aux parents), troubles du sommeil, jeu répétitif sur l'événement, irritabilité. Les priorités sont de les garder avec leurs parents ou les personnes qui s'en occupent habituellement, de signaler immédiatement un enfant non accompagné ou séparé aux acteurs de protection de l'enfance, de lui parler à sa hauteur avec des mots simples, et de soutenir les parents, qui sont le premier facteur de protection de l'enfant. Ne jamais photographier ni consigner l'identité d'un enfant en dehors des procédures de protection prévues.

Quand orienter immédiatement

Une orientation vers un service spécialisé, en urgence si nécessaire, s'impose lorsque la personne est blessée ou malade, présente une détresse telle qu'elle ne peut pas prendre soin d'elle-même ou de ses enfants, exprime des idées de se faire du mal ou de faire du mal à autrui, ou est survivante de violences sexuelles (orientation vers les services de prise en charge médicale et psychosociale dans les délais médicaux, selon le choix de la personne et le circuit de référencement établi).

8Exemple complet : une journée de distribution sous forte chaleur

Contexte fictif : site de déplacés de Bassa-Nord, 9 400 personnes, saison chaude. L'ONG « Terres Communes » organise une distribution de kits d'abri et d'articles ménagers pour 1 150 ménages sur deux jours. La température prévue dépasse 40 °C l'après-midi. Le poste de santé du site, géré par un partenaire, est ouvert de 8 h à 16 h, avec un infirmier et deux aides-soignants ; l'hôpital de district est à 50 minutes. L'équipe de distribution compte 14 personnes, dont 3 secouristes certifiés ; un poste de premiers secours est installé sous une tente, avec une secouriste dédiée qui ne participe pas à la distribution.

Préparation : décisions prises la veille

  • Distribution de 6 h 30 à 11 h 30, puis reprise à 15 h 30, sur la base de l'indice de chaleur et de l'avis du partenaire de santé.
  • Files d'attente sous des bâches tendues ; points d'eau tous les 50 mètres ; file prioritaire pour les personnes âgées, les femmes enceintes, les personnes handicapées et les personnes malades.
  • Poste de premiers secours équipé : eau en quantité, SRO, bassines et seaux pour refroidir, couvertures, trousse complète, fiches de bilan, radio.
  • Circuit d'orientation convenu avec l'infirmier du poste de santé, et véhicule désigné pour un transfert vers l'hôpital.

Registre des prises en charge de la journée

HeurePersonneProblèmeGestesOrientation
8 h 10Femme, environ 70 ansVertiges, sueurs, nausées, conscience normaleRepos allongée à l'ombre, linges mouillés, SRO par petites gorgéesAmélioration en 30 minutes ; sa part remise par la file prioritaire, raccompagnée par un voisin
9 h 25Homme, porteur de kits, environ 30 ansCrampes des molletsRepos, étirements doux, boisson avec électrolytesReprise d'une tâche légère après une heure, rotation des porteurs instaurée
10 h 40Femme, environ 25 ans, enceinteMalaise sans perte de connaissance dans la fileInstallée sur le côté gauche, à l'ombre, eau, surveillanceOrientée vers le poste de santé pour examen, accompagnée
11 h 05Homme, environ 45 ans, volontaire de la distributionPropos incohérents, titube, peau brûlante, puis brève convulsionAlerte radio ; installation immédiate dans une bassine improvisée (bâche relevée par les bords et remplie d'eau), tête soutenue hors de l'eau par un secouriste, arrosage continu, ventilation ; position latérale de sécurité après la convulsionInfirmier sur place en 6 minutes ; refroidissement poursuivi ; transfert vers l'hôpital après amélioration de la conscience, avec refroidissement pendant le trajet
11 h 20Garçon d'environ 8 ans, accompagné de sa mèreBrûlure de l'avant-bras par une marmite renversée près de l'aire de cuisineRefroidissement à l'eau propre pendant 20 minutes, en gardant l'enfant couvert, bracelet retiré, film alimentaire posé en bandesBrûlure d'environ deux paumes, avec cloques : orientation vers le poste de santé, mère présente et informée
11 h 30Homme, environ 35 ansMorsure de chien au molletLavage à l'eau et au savon pendant environ 15 minutes, pansement propreOrienté vers le poste de santé pour l'évaluation de la prophylaxie antirabique et du tétanos ; information transmise au point focal santé du site

L'analyse du cas le plus grave

Le volontaire victime d'un coup de chaleur avait refusé une pause à 10 h, pour terminer une rangée. Ce qui l'a protégé : la reconnaissance rapide des troubles du comportement comme un signe de gravité (et non de fatigue ou de consommation d'alcool), le refroidissement immédiat sur place sans attendre le transport, et la préparation du matériel (eau, bâche, bassines). Ce qui a manqué : une règle de pauses obligatoires pour le personnel et les volontaires, et un suivi de leur consommation d'eau.

Décisions pour le second jour

  • Pauses obligatoires de 15 minutes à l'ombre toutes les heures pour les porteurs et les volontaires ; binômes chargés de se surveiller mutuellement.
  • Arrêt de la distribution dès 10 h 30 et reprise à 16 h.
  • Déplacement de l'aire de cuisine du personnel à l'écart des files d'attente.
  • Brève séance d'information des volontaires sur les signes du coup de chaleur.
  • Rapport d'incident pour le volontaire, transmis selon la procédure ; suivi de son état par le responsable des volontaires.

Le volet psychologique

La mère de l'enfant brûlé était très agitée et se reprochait l'accident. La secouriste s'est présentée, l'a fait asseoir près de son fils pendant le refroidissement, lui a expliqué chaque geste, a reconnu sa peur sans la juger, et l'a accompagnée jusqu'au poste de santé en lui indiquant où elle pourrait recevoir son kit plus tard. C'est une application directe des PSP : observer, écouter, mettre en lien, sans débriefing ni interrogatoire.

9Outils, erreurs fréquentes et variations selon le contexte

Outil 1 : arbre de décision brûlure

QuestionSi oui
Brûlure par flamme, liquide, objet chaud ?Refroidir au moins 20 minutes, retirer bijoux, couvrir de film alimentaire
Produit chimique ?Se protéger, brosser la poudre, rincer abondamment et longtemps, identifier le produit
Électricité ?Couper le courant, évaluation médicale systématique, se préparer à réanimer
Visage, mains, pieds, périnée, articulations, brûlure circulaire ?Orientation médicale
Étendue de plus d'une ou deux paumes, brûlure profonde, enfant ou personne âgée ?Orientation médicale
Signes respiratoires (suie, voix rauque, toux, espace clos) ?Urgence : alerter, surveiller la respiration

Outil 2 : liste de prévention des maladies liées à la chaleur pour une activité

  • Prévision météorologique consultée et horaires adaptés.
  • Ombre pour les files d'attente et les équipes.
  • Eau potable accessible pour tous, SRO au poste de premiers secours.
  • File prioritaire pour les personnes vulnérables.
  • Pauses obligatoires et rotation pour les travaux physiques.
  • Matériel de refroidissement prêt (eau en quantité, récipient, bâche).
  • Secouriste dédié et circuit d'orientation connu.

Outil 3 : fiche PSP de poche

  • Observer : sécurité, besoins urgents, détresse grave, personnes à risque.
  • Écouter : me présenter, proposer mon aide, demander les besoins, écouter sans forcer, aider à retrouver le calme.
  • Mettre en lien : besoins essentiels, information fiable, proches, services ; accompagner si nécessaire.
  • Orienter en urgence : blessure, incapacité à prendre soin de soi, idées de se faire du mal, violences sexuelles, enfant non accompagné.
  • Prendre soin de moi : pause, échange avec un collègue, soutien de l'organisation.

Erreurs fréquentes

  • Refroidir une brûlure quelques secondes seulement, ou avec de la glace ; appliquer des remèdes traditionnels ou du dentifrice.
  • Refroidir la brûlure d'un enfant sans le garder au chaud, au risque de provoquer une hypothermie.
  • Prendre un coup de chaleur pour de la fatigue ou de l'ivresse et retarder le refroidissement jusqu'à l'hôpital.
  • Préparer des SRO avec une quantité d'eau différente de celle indiquée sur le sachet.
  • Poser un garrot ou inciser après une morsure de serpent ; perdre du temps à chercher à capturer ou tuer le serpent.
  • Négliger une morsure de chien parce que la plaie est petite.
  • Poser un collier cervical improvisé ou laisser une victime de traumatisme crânien seule.
  • Demander à une personne choquée de raconter « pour se libérer ».

Variations selon le contexte

Crise soudaine : afflux de blessés légers et moyens (plaies, fractures, brûlures), eau propre rare, structures débordées. Les secouristes communautaires prennent en charge les blessures simples et orientent les cas graves. Les PSP sont une priorité dans les premiers jours.

Crise prolongée : les maladies liées à l'environnement (diarrhées, chaleur, froid dans les abris) et les brûlures domestiques dans des abris surpeuplés dominent. La prévention (aménagement des espaces de cuisine, isolation des abris, accès à l'eau) relève des secteurs abris, EHA et santé, et les secouristes peuvent signaler les risques observés.

Camp : forte densité, foyers ouverts, risque d'incendie ; plan d'évacuation incendie et premiers secours aux brûlés à préparer avec le gestionnaire du site.

Milieu urbain : intoxications par monoxyde de carbone (chauffage ou générateur dans un espace clos), électrisations, chutes. Aérer et sortir les victimes d'un espace clos seulement sans s'exposer soi-même.

Gestion à distance et partenaires : les PSP sont accessibles à des non-spécialistes formés et constituent une compétence prioritaire pour les équipes de partenaires locaux et les volontaires, à condition que des circuits d'orientation existent vers des services spécialisés.

Insécurité : les personnes peuvent être exposées à des violences répétées ; ne pas créer d'attentes de retour si l'accès n'est pas garanti ; protéger strictement les informations recueillies.

Ce que regardent les évaluateurs

  • Intégration des risques de santé liés à l'environnement dans la planification des activités (chaleur, froid, eau).
  • Formation aux PSP du personnel en contact avec les populations et existence d'un circuit d'orientation fonctionnel.
  • Registre des prises en charge sur les sites d'activité et suivi des orientations.
  • Prise en compte du bien-être du personnel et des volontaires (pauses, eau, soutien après incident).

10Questions d'entretien et références clés

1. « Comment organisez-vous une distribution par forte chaleur pour réduire les risques sanitaires ? »

Une réponse solide parle d'horaires, d'ombre, d'eau, de files prioritaires, de pauses obligatoires pour le personnel et les volontaires, d'un poste de premiers secours avec un secouriste dédié et du matériel de refroidissement, d'un circuit d'orientation convenu avec le partenaire de santé, et de la capacité à suspendre l'activité.

2. « Quelle est la différence entre l'épuisement par la chaleur et le coup de chaleur, et pourquoi est-elle importante ? »

Le candidat cite l'altération de la conscience ou du comportement comme signe du coup de chaleur, explique qu'il s'agit d'une urgence vitale imposant un refroidissement actif immédiat sur place, de préférence par immersion dans l'eau froide, et que l'épuisement se traite par le repos, le refroidissement et la réhydratation.

3. « Un collègue est mordu par un serpent sur le terrain, à trois heures de l'hôpital. Que faites-vous ? »

Il décrit la mise au repos, l'immobilisation, le retrait des bijoux, l'interdiction du garrot, de l'incision, de l'aspiration et de la glace, l'alerte, le choix d'une structure disposant d'antivenin, la surveillance des signes de gravité, et mentionne la préparation en amont (cartographie des structures disposant d'antivenin dans le plan médical).

4. « Qu'est-ce que les premiers secours psychologiques, et en quoi diffèrent-ils d'un débriefing ? »

Il présente les principes observer, écouter, mettre en lien, l'absence de pression pour raconter, le caractère pratique et humain de l'aide, et explique que l'OMS déconseille le débriefing psychologique en séance unique. Il cite les situations qui imposent une orientation spécialisée.

5. « Comment formeriez-vous des volontaires communautaires aux premiers secours dans un camp ? »

Il mentionne un partenariat avec la Société nationale de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge, un contenu adapté aux risques fréquents du camp (brûlures, diarrhées, chaleur, plaies), une formation pratique certifiée, du matériel, un circuit d'orientation vers les structures de santé, des recyclages et une supervision.

Références clés

  • Lignes directrices internationales de premiers secours, de réanimation et d'éducation (2020) : FICR.
  • European Resuscitation Council Guidelines (2021), chapitre « First Aid » : Conseil européen de réanimation.
  • Les premiers secours psychologiques : guide pour les acteurs de terrain (2011) : OMS, War Trauma Foundation et World Vision International.
  • A Guide to Psychological First Aid : Centre de référence pour le soutien psychosocial de la FICR.
  • Directives du IASC concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence (2007) : Comité permanent interorganisations.
  • Lignes directrices de l'OMS sur la prise en charge des affections spécifiquement liées au stress (programme mhGAP, 2013).
  • Lignes directrices de l'OMS pour la prise en charge des morsures de serpent, et position de l'OMS sur les vaccins antirabiques.
  • Stratégie de prise en charge intégrée des maladies de l'enfant (PCIME) : OMS et UNICEF.
  • Le Manuel Sphère (2018), chapitres Santé et Approvisionnement en eau, assainissement et promotion de l'hygiène.

Rappel : ce cours en ligne ne remplace pas une formation pratique certifiée de premiers secours ni une formation spécifique aux premiers secours psychologiques. Les deux s'apprennent en situation, avec un formateur.

Mise en situation

La journée à 43 °C

Site de déplacés en zone sahélienne

Votre rôle

Vous coordonnez une distribution de kits d'hygiène.

Un jeune distributeur titube, tient des propos incohérents et a la peau brûlante. Plus loin, une mère vous amène un enfant de 2 ans qui a la diarrhée depuis la veille et ne veut plus boire.

  1. Décision 1 sur 3Que faites-vous pour le distributeur ?

  2. Décision 2 sur 3Pour l'enfant qui ne veut plus boire, quelle est la bonne décision ?

  3. Décision 3 sur 3Comment éviter d'autres cas lors de la distribution ?

Exercice d'application : trois situations à décider

Pour chacune de ces situations, écrivez les trois premiers gestes et la personne à prévenir : (1) un enfant s'est renversé de l'eau bouillante sur le bras dans un site de déplacés ; (2) un chauffeur est confus et brûlant après une crevaison réparée en plein soleil ; (3) une femme est mordue par un serpent au bord d'un champ, à deux heures de l'hôpital.

À retenir

  • Brûlure : eau fraîche au moins 20 minutes, puis pansement propre ; rien d'autre.
  • Fracture : immobiliser sans réaligner ; choc à la tête avec signes d'alerte : évacuer.
  • Coup de chaleur : refroidir immédiatement ; diarrhée : SRO et signes de danger.
  • Serpent : immobiliser et évacuer ; pas de garrot, pas d'incision.
  • Premiers secours psychologiques : observer, écouter, mettre en lien, sans forcer à parler.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) (2020). Lignes directrices internationales de premiers secours, de réanimation et d'éducation. www.ifrc.org/document/international-first-aid-resuscitation-and-education-guidelines
  2. OMS, War Trauma Foundation, World Vision International (2011). Premiers secours psychologiques : guide pour les acteurs de terrain. www.who.int/publications/i/item/9789241548205
  3. OMS et CICR (2018). Soins d'urgence de base : prise en charge des patients gravement malades ou blessés. www.who.int/publications/i/item/basic-emergency-care-approach-to-the-acutely-ill-and-injured
  4. Comité international de la Croix-Rouge (CICR) (2006). Premiers secours dans les conflits armés et autres situations de violence. shop.icrc.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Une brûlure se refroidit avec de l'eau fraîche pendant :
2Face à une morsure de serpent, il faut :
3Les trois actions des premiers secours psychologiques sont :

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