- Organiser les secours lors d'un afflux de victimes.
- Appliquer le triage START et prioriser les gestes.
- Prendre en charge les blessures de guerre et prendre soin de l'équipe après l'événement.
1Afflux massif de victimes : organiser avant de soigner
Quand le nombre de blessés dépasse les moyens présents, l'objectif change : il s'agit de faire le plus grand bien au plus grand nombre. Le chef d'équipe ne soigne pas : il organise. Il vérifie la sécurité (seconde explosion, tirs, effondrement), alerte, désigne une zone de regroupement sûre, répartit les secouristes et tient un registre des victimes.
Les organisations qui travaillent en zone de conflit préparent un plan d'afflux de victimes avec les structures de santé locales : rôles, trousses supplémentaires (garrots, pansements compressifs, couvertures), moyens de transport, contacts du Croissant-Rouge ou de la Croix-Rouge et du CICR.
2Le triage START
Le triage START classe chaque victime en moins d'une minute :
- Vert : la victime marche. On la regroupe dans une zone sûre ; elle sera revue.
- Noir : elle ne respire pas, même après ouverture des voies aériennes.
- Rouge (urgence absolue) : elle respire plus de 30 fois par minute, ou son pouls radial est absent (ou la recoloration de l'ongle dépasse 2 secondes), ou elle n'obéit pas à des ordres simples.
- Jaune : toutes les autres victimes qui ne marchent pas.
Pendant le triage, on ne fait que deux gestes : arrêter une hémorragie massive (garrot) et placer en position latérale de sécurité une victime inconsciente qui respire. Le triage se répète, car l'état des victimes évolue.
3Blessures de guerre en attendant l'évacuation
En traumatologie de guerre, on traite d'abord les hémorragies massives, avant même les voies aériennes : garrot sur les membres, compression ferme et remplissage de la plaie avec des compresses pour les plaies de jonction (aine, aisselle, cou). Ensuite viennent les voies aériennes, la respiration, la circulation et la lutte contre l'hypothermie (couverture de survie, même par temps chaud, car un blessé qui saigne se refroidit vite).
Une plaie du thorax qui fait des bulles est laissée à l'air ou couverte d'un pansement non occlusif. Une plaie de l'abdomen avec des organes sortis est couverte d'un linge propre humide, sans rien remettre en place. On ne retire jamais un objet planté. On ne donne rien à boire à un blessé qui devra être opéré.
4Après l'événement : l'équipe et les témoins
Les intervenants sont exposés à des scènes traumatisantes. Dans les jours qui suivent, proposez un temps d'échange volontaire centré sur les besoins pratiques, sans obliger personne à raconter. Allégez la charge, surveillez les signes qui persistent au-delà de quelques semaines (troubles du sommeil, évitement, irritabilité) et orientez vers un soutien psychologique professionnel.
Faites aussi un retour d'expérience opérationnel : ce qui a fonctionné, le matériel manquant, les contacts à mettre à jour. Réapprovisionnez immédiatement les trousses utilisées.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5Préparer un plan d'afflux de victimes : organisation, zones et rôles
Ce cours en ligne ne remplace pas une formation pratique certifiée de premiers secours, ni les formations spécialisées aux premiers secours en situation de conflit ou d'afflux massif de victimes proposées par le CICR, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ou les autorités sanitaires. Le triage et les gestes de traumatologie s'apprennent par la pratique et les exercices de simulation.
Un afflux de victimes se définit moins par un nombre que par un rapport : il y a afflux lorsque le nombre et la gravité des blessés dépassent la capacité immédiate des personnes et des moyens présents. Pour une équipe de quatre secouristes sur un marché, cinq blessés graves suffisent. Le guide de l'OMS sur les systèmes de gestion des afflux massifs de victimes rappelle que la réponse est d'abord une affaire d'organisation préalable : ce qui n'a pas été préparé et exercé ne fonctionnera pas le jour de l'événement.
Les principes qui changent par rapport à une victime isolée
- Le plus grand bien pour le plus grand nombre : les ressources vont en priorité aux victimes qui peuvent être sauvées par des gestes simples et rapides.
- Organiser avant de soigner : la première personne formée qui arrive prend la coordination, évalue et organise, plutôt que de s'arrêter sur la première victime.
- Gestes limités pendant le tri : contrôle des hémorragies massives et ouverture ou protection des voies aériennes, puis on passe à la victime suivante.
- Triage répété : l'état des victimes évolue ; chaque victime est réévaluée régulièrement et à chaque étape (zone de soins, évacuation, arrivée à l'hôpital).
- Non-discrimination : la priorité est fixée par la seule urgence médicale, conformément au droit international humanitaire, qui protège les blessés et les malades sans distinction défavorable.
Les zones
| Zone | Fonction | Points d'attention |
|---|---|---|
| Zone de danger | Lieu de l'événement | Accès seulement après évaluation de la sécurité (seconde explosion, tirs, effondrement, incendie, engins non explosés) ; personnel réduit au minimum |
| Point de regroupement des victimes | Victimes extraites de la zone de danger, triage | À distance de sécurité, à l'abri, accessible aux véhicules |
| Zone de soins | Victimes regroupées par catégorie (rouge, jaune, vert) | Un responsable par catégorie ; la zone verte à l'écart pour éviter qu'elle n'envahisse les autres |
| Point d'évacuation | Embarquement vers les structures de santé | Registre de chaque départ : qui, vers où, par quel véhicule, à quelle heure |
| Zone des défunts | Corps des personnes décédées | À l'écart, dans la dignité, sans les manipuler inutilement ; information des autorités compétentes |
Les rôles
- Coordinateur : ne soigne pas. Il évalue la sécurité avec le point focal sécurité, alerte la base et les structures de santé, désigne les zones et les rôles, suit le nombre de victimes par catégorie, demande des renforts et des moyens de transport, décide de l'arrêt des opérations si la sécurité se dégrade.
- Trieur : parcourt les victimes, applique la méthode de triage, réalise les seuls gestes autorisés pendant le tri, marque chaque victime (bracelet, étiquette ou marquage de couleur).
- Secouristes de zone : prennent en charge les victimes de leur catégorie, surveillent, réévaluent, signalent toute dégradation.
- Responsable des transports : organise les évacuations selon les priorités et la capacité des structures, tient le registre.
- Communication et logistique : liaison radio, réapprovisionnement des trousses, eau, éclairage, gestion des témoins et des familles.
Ce que le plan écrit doit contenir
- Seuils de déclenchement et chaîne d'alerte interne.
- Règle de sécurité : qui décide qu'une intervention est possible, et sur quels critères.
- Liste des structures de santé avec leur capacité chirurgicale réelle et leur capacité à recevoir plusieurs blessés à la fois, et contacts de garde vérifiés.
- Coordination avec le cluster santé, le CICR, la Société nationale et les autorités sanitaires ; connaissance des équipes médicales d'urgence déployées, le cas échéant, selon la classification de l'initiative de l'OMS pour les équipes médicales d'urgence.
- Stocks prépositionnés : garrots, pansements compressifs et hémostatiques, couvertures isolantes, gants, étiquettes ou rubans de couleur, brancards souples, lampes frontales, registres.
- Moyens de transport mobilisables et accords avec d'autres organisations.
- Procédure de soutien du personnel après l'événement.
- Calendrier d'exercices.
6Le triage en pratique : START, retriage et autres méthodes
Le triage START (Simple Triage and Rapid Treatment), présenté dans les sections précédentes, est l'une des méthodes de tri de terrain les plus enseignées. D'autres existent, comme SALT ou des outils de tri simplifiés utilisés par certains services. Aucune méthode n'est parfaite : les études montrent des taux de sur-triage et de sous-triage non négligeables. L'essentiel est que toute l'équipe utilise la même méthode, celle de sa formation et du système de santé local, et qu'elle l'ait exercée.
START : la séquence détaillée
| Étape | Question | Résultat |
|---|---|---|
| 1 | La victime peut-elle marcher ? | Oui : vert. On lui demande de se rendre au point de regroupement désigné. |
| 2 | Respire-t-elle ? | Non : ouvrir les voies aériennes. Si la respiration ne reprend pas : noir. Si elle reprend : rouge, et position qui protège les voies aériennes. |
| 3 | Fréquence respiratoire supérieure à 30 par minute ? | Oui : rouge. |
| 4 | Pouls radial absent, ou recoloration capillaire supérieure à 2 secondes ? | Oui : rouge. Contrôler une hémorragie massive. |
| 5 | Obéit-elle à des ordres simples (« serrez ma main ») ? | Non : rouge. Oui : jaune. |
La recoloration capillaire est peu fiable dans le froid ou la pénombre : la recherche du pouls radial est alors préférable. Le trieur ne passe que peu de temps par victime ; il ne fait pas de bilan complet.
Le triage des enfants
Les seuils de START sont conçus pour l'adulte : chez l'enfant, la fréquence respiratoire normale est plus élevée et l'arrêt respiratoire est plus souvent réversible par quelques insufflations. Des adaptations pédiatriques existent (par exemple JumpSTART, qui prévoit des insufflations chez l'enfant qui ne respire pas mais a un pouls). Elles relèvent d'une formation spécifique. À défaut, le principe est de ne pas classer trop vite un enfant en noir.
Le retriage
Le premier tri est rapide et approximatif. Il est suivi d'un second tri, plus complet, dans la zone de soins, puis d'un tri pour l'évacuation, qui tient compte du nombre de places dans les véhicules, de la capacité des structures et du délai de transport. Une victime jaune qui devient confuse, dont la respiration s'accélère ou qui pâlit passe en rouge ; une victime rouge stabilisée peut attendre pour laisser partir une victime plus grave. Les catégories inscrites sur les étiquettes sont mises à jour, avec l'heure.
Le tri à l'hôpital
Le tri de terrain n'est pas le tri chirurgical. Dans les hôpitaux qui reçoivent des blessés de guerre, le CICR enseigne un tri fondé sur le besoin et l'urgence de la chirurgie, qui distingue notamment les blessés nécessitant une intervention immédiate, ceux dont la chirurgie peut attendre, les blessés légers et ceux dont les blessures sont si graves qu'ils ne peuvent pas être sauvés avec les ressources disponibles. Le secouriste n'a pas à appliquer ce tri, mais sa transmission (gestes réalisés, heures des garrots, évolution) facilite ce travail.
Documenter
Chaque victime triée reçoit un marquage visible (étiquette de triage, ruban de couleur ou inscription au marqueur sur le front ou le bras) indiquant la catégorie, l'heure et les gestes réalisés, en particulier l'heure de pose d'un garrot. Le coordinateur tient un registre avec un numéro par victime, la catégorie, la destination et l'heure de départ. Ce registre permet de répondre aux familles, d'éviter les doublons et de rendre compte aux autorités et au cluster santé.
Le triage est éprouvant moralement : classer une victime en noir, c'est accepter de ne pas s'arrêter auprès d'elle. Ce choix, fondé sur une méthode partagée, permet de sauver d'autres vies. Il doit être préparé en formation et reconnu dans le soutien apporté au personnel après l'événement.
7Blessures de guerre et d'explosion : prise en charge détaillée jusqu'à l'évacuation
Les blessures par balle, éclats et explosion ont des caractéristiques propres : énergie élevée, lésions internes plus étendues que la plaie visible, contamination, et souvent plusieurs plaies chez une même victime. Le manuel du CICR Premiers secours en cas de conflit armé et d'autres situations de violence et l'approche des soins d'urgence de base de l'OMS et du CICR structurent la prise en charge selon une séquence qui commence par l'hémorragie massive.
Se protéger d'abord
Sous le feu ou dans une zone exposée, le seul geste raisonnable est souvent de se mettre à couvert et, si cela peut être fait sans s'exposer davantage, d'amener la victime à couvert. Un garrot peut être posé rapidement sur un membre qui saigne abondamment avant le déplacement. Tout autre soin attend une zone sûre. Les organisations humanitaires ne demandent jamais à leur personnel de s'exposer aux tirs pour porter secours ; leur politique de sécurité doit le dire explicitement.
La séquence en zone sûre
| Priorité | Problème | Gestes du secouriste |
|---|---|---|
| 1 | Hémorragie massive | Garrot sur un membre ; compression directe ; remplissage et compression des plaies de jonction (aine, aisselle, base du cou) avec compresses ou pansement hémostatique si formé |
| 2 | Voies aériennes | Libérer ; placer sur le côté une victime inconsciente qui respire ; laisser une victime consciente avec un traumatisme du visage adopter la position qui lui permet de respirer (souvent assise, penchée en avant) |
| 3 | Respiration | Rechercher des plaies du thorax, y compris dans le dos et sous les aisselles ; laisser une plaie soufflante à l'air ou la couvrir d'un pansement non occlusif ; surveiller l'aggravation de la gêne respiratoire |
| 4 | Circulation | Rechercher les autres saignements, comprimer ; reconnaître les signes de choc ; allonger |
| 5 | Hypothermie et autres lésions | Isoler du sol, couvrir, même par temps chaud ; couvrir les plaies ; immobiliser les fractures ; rechercher les plaies de sortie |
Points techniques essentiels
- Plaie thoracique ouverte : les lignes directrices de la FICR et de l'ERC recommandent de ne pas appliquer de pansement occlusif par un secouriste, car il peut favoriser une accumulation d'air sous pression dans le thorax. On laisse la plaie à l'air ou on la couvre d'un pansement non occlusif, et l'on contrôle un saignement par une compression locale si nécessaire. Toute aggravation de la respiration est signalée immédiatement.
- Plaie abdominale avec issue d'organes : ne rien remettre en place ; couvrir d'un linge propre humidifié ; allonger la victime, genoux légèrement fléchis si cela la soulage ; rien par la bouche.
- Amputation traumatique : garrot au-dessus de la lésion. Le fragment amputé, s'il est retrouvé sans retarder les soins, est enveloppé dans un linge propre, placé dans un sac, et tenu au frais sans contact direct avec la glace. En contexte de guerre, la réimplantation est exceptionnelle : le temps et l'énergie vont à la victime.
- Objet planté : ne pas le retirer ; le stabiliser.
- Brûlures associées : refroidir selon la règle habituelle, sans provoquer d'hypothermie chez un blessé qui saigne.
- Victime coincée sous des décombres : la libération d'un membre comprimé longtemps peut entraîner une dégradation brutale. Lorsque c'est possible, un avis médical est recherché avant ou pendant la libération, et la victime est surveillée de près ensuite. La sécurité de la structure prime : pas de dégagement sans évaluation.
- Boisson : rien à boire pour un blessé grave qui devra probablement être opéré, sauf instruction médicale en cas d'évacuation très prolongée.
Les blessures par explosion
On distingue classiquement quatre mécanismes : l'onde de choc (lésions des organes contenant de l'air : poumons, oreilles, intestins), les projectiles et éclats, la projection de la victime contre des obstacles, et les autres effets (brûlures, inhalation de fumées, écrasement, aggravation de maladies existantes). Deux conséquences pratiques pour le secouriste : une victime qui semble peu atteinte peut développer secondairement une détresse respiratoire, et une surdité temporaire rend la communication difficile. Toute personne proche d'une explosion doit être revue, même si elle marche.
Transmettre et évacuer
Le secouriste transmet pour chaque victime : catégorie et heure du tri, mécanisme, lésions repérées, gestes réalisés et heures (en particulier les garrots), évolution. Les garrots restent visibles. Pendant le transport, la surveillance continue et la lutte contre l'hypothermie se poursuivent. En contexte de conflit, le respect de l'emblème, des règles de passage aux points de contrôle et la neutralité de l'équipe conditionnent souvent la possibilité même d'évacuer.
8Exemple complet : explosion sur le marché de Doran
Contexte fictif : ville de Doran, zone de conflit de basse intensité. L'ONG « Main Tendue » y gère un programme de protection et de santé communautaire. À 9 h 50, un engin explose sur le marché. L'équipe de l'ONG, six personnes dont trois secouristes certifiés (Mme N., chef d'équipe, M. R., M. S.) et un chauffeur, se trouve à 300 mètres, avec deux véhicules et deux trousses traumatologiques contenant chacune quatre garrots commerciaux. L'hôpital de Doran dispose de deux blocs opératoires ; le délai annoncé des secours de la Société nationale est de 25 minutes.
Les dix premières minutes
- 9 h 50 à 9 h 55 : Mme N. met l'équipe à l'abri derrière un bâtiment et contacte le point focal sécurité. Décision conjointe : attendre quelques minutes, observer, ne pas s'approcher du cratère, utiliser un accès opposé à celui de l'explosion. Alerte de la base, qui prévient l'hôpital et la Société nationale.
- 9 h 56 : le point focal sécurité autorise une intervention limitée en périphérie, avec retrait immédiat à toute alerte. Mme N. prend la coordination et ne soigne pas. Point de regroupement fixé dans la cour d'une école à 80 mètres, à l'abri, accessible aux véhicules.
- 9 h 58 : M. R. annonce en langue locale, à voix forte : « Si vous pouvez marcher, venez à l'école. » Onze personnes s'y rendent : catégorie verte, prises en charge par deux membres non secouristes de l'équipe, qui comptent, installent et observent.
- 10 h 00 à 10 h 08 : M. R. et M. S. trient les victimes restées au sol.
Le registre de triage
| N° | Victime | Constat | Geste pendant le tri | Catégorie |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Homme, environ 40 ans | Jambe droite arrachée sous le genou, saignement massif, répond | Garrot à 10 h 01, heure notée | Rouge |
| 2 | Femme, environ 30 ans | Ne respire pas, ne respire pas après ouverture des voies aériennes | Aucun | Noir |
| 3 | Homme, environ 60 ans | Respire 34 par minute, plaie thoracique, obéit | Plaie laissée non occluse | Rouge |
| 4 | Adolescent | Ne marche pas (fracture de jambe probable), respire 22, pouls radial perçu, obéit | Aucun | Jaune |
| 5 | Femme, environ 50 ans | Inconsciente, respire | Placée sur le côté | Rouge |
| 6 | Homme, environ 25 ans | Plaie de l'avant-bras qui saigne abondamment, ne marche pas (choc, sidération), pouls radial absent | Garrot à 10 h 04 | Rouge |
| 7 | Femme, environ 35 ans | Plaies multiples des jambes par éclats, respire 24, pouls perçu, obéit | Aucun | Jaune |
| 8 | Homme, environ 70 ans | Respire 20, pouls perçu, ne répond pas aux ordres simples (désorienté, surdité ?) | Aucun | Rouge (à réévaluer : la surdité peut fausser le critère) |
Bilan à 10 h 08 : 19 victimes, dont 5 rouges, 2 jaunes, 11 vertes et 1 noire. Cinq garrots disponibles restent après la pose de deux.
Les décisions de la coordinatrice
- 10 h 09 : message radio à la base : « 19 victimes : 5 rouges, 2 jaunes, 11 vertes, 1 décédée. Deux garrots posés à 10 h 01 et 10 h 04. Besoin de 3 véhicules pour transport allongé. Hôpital à prévenir : 5 blessés graves, dont deux amputations ou plaies de membre avec garrot et une plaie thoracique. »
- 10 h 12 : retriage. La victime 8, revue avec des gestes, serre la main sur demande : elle passe en jaune. La victime 3 respire plus vite et devient agitée : priorité d'évacuation.
- 10 h 15 : premier véhicule de l'ONG vers l'hôpital avec les victimes 3 et 1, accompagnées par M. S. ; registre d'évacuation rempli. Le second véhicule reste disponible pour l'équipe en cas de repli.
- 10 h 22 : arrivée de deux ambulances de la Société nationale. Transmission par Mme N. : nombre par catégorie, garrots et heures, victimes prioritaires (5 et 6), localisation de la victime décédée. Les secouristes de la Société nationale prennent la direction des soins ; l'équipe de l'ONG reste en appui pour la zone verte.
- 10 h 40 : une rumeur de second engin circule. Le point focal sécurité ordonne le retrait de l'équipe. Mme N. vérifie que chaque membre est présent et informe les secouristes de la Société nationale avant de partir.
Le registre d'évacuation
| N° | Catégorie au départ | Véhicule | Heure de départ | Destination | Accompagnant |
|---|---|---|---|---|---|
| 3 | Rouge | Véhicule ONG 1 | 10 h 15 | Hôpital de Doran | M. S. |
| 1 | Rouge (garrot 10 h 01) | Véhicule ONG 1 | 10 h 15 | Hôpital de Doran | M. S. |
| 5 | Rouge | Ambulance SN 1 | 10 h 26 | Hôpital de Doran | Société nationale |
| 6 | Rouge (garrot 10 h 04) | Ambulance SN 1 | 10 h 26 | Hôpital de Doran | Société nationale |
| 4, 7, 8 | Jaune | Ambulance SN 2 | 10 h 35 | Hôpital de Doran | Société nationale |
Ce que montre cet exemple
- La décision de sécurité a précédé toute intervention et l'a encadrée jusqu'au retrait.
- La coordinatrice n'a soigné personne : c'est ce qui a permis le tri complet en moins de dix minutes, l'alerte chiffrée et le retriage.
- Le critère « obéit aux ordres » peut être faussé par une surdité liée à l'explosion ; le retriage a corrigé un sur-triage.
- Les heures de garrot ont été transmises à deux reprises (radio et transmission orale), et figuraient sur les garrots.
- Le passage de relais à la Société nationale a été explicite et l'équipe a su se retirer.
9Après l'événement : soutien du personnel, retour d'expérience et outils
Le soutien du personnel : une méthode en trois temps
Les intervenants d'un afflux de victimes sont exposés à des scènes graves, à des décisions de triage difficiles et parfois à un danger personnel. Les Directives du IASC sur la santé mentale et le soutien psychosocial, les recommandations de l'OMS et les lignes directrices de la Fondation Antares sur la gestion du stress des travailleurs humanitaires convergent vers une approche graduée, sans débriefing psychologique imposé.
| Moment | Actions | Responsable |
|---|---|---|
| Le jour même | Vérifier que chacun est en sécurité et indemne ; besoins pratiques (repos, repas, contact avec la famille) ; premiers secours psychologiques ; information claire sur ce qui va se passer ; prise en charge immédiate de toute exposition au sang | Chef d'équipe, chef de base |
| Les jours suivants | Temps d'échange volontaire centré sur les besoins et le soutien mutuel, sans obligation de raconter ; allègement de la charge ; information sur les réactions habituelles et sur l'accès au soutien psychologique confidentiel | Chef de base, référent ressources humaines ou bien-être |
| Les semaines suivantes | Suivi individuel discret ; orientation vers un professionnel si des difficultés persistent ou s'aggravent (troubles du sommeil, reviviscences, évitement, irritabilité, consommation d'alcool, difficultés au travail) | Ressources humaines, prestataire de soutien psychologique |
Ce soutien concerne tout le personnel, y compris le personnel national, les chauffeurs, les gardiens et les volontaires, souvent plus exposés et moins souvent suivis. La CHS (engagement 8) et le devoir de diligence l'exigent.
Le retour d'expérience opérationnel
Distinct du soutien psychologique, le retour d'expérience porte sur l'organisation et le matériel. Il se tient dans les jours qui suivent, avec un animateur qui n'a pas dirigé l'intervention si possible.
- Que devait-il se passer selon le plan ?
- Que s'est-il réellement passé (chronologie factuelle, à partir des registres) ?
- Pourquoi y a-t-il eu des écarts ?
- Que garder, que changer, qui s'en charge, pour quand ?
Les conclusions alimentent la mise à jour du plan, le réapprovisionnement (garrots, pansements, étiquettes), les besoins de formation, et le rapport d'incident transmis au siège et, selon les accords, au bailleur.
Outil 1 : registre de triage et d'évacuation
| N° | Sexe, âge estimé | Catégorie et heure | Gestes et heures | Retriage | Évacuation (véhicule, heure, destination) |
|---|---|---|---|---|---|
Outil 2 : liste de contrôle de la trousse d'afflux de victimes
- Garrots commerciaux en nombre adapté au risque, et garrots d'entraînement séparés.
- Pansements compressifs d'urgence, compresses, pansements hémostatiques si le personnel est formé.
- Gants en grande quantité, protection oculaire.
- Couvertures isolantes.
- Étiquettes de triage ou rubans de quatre couleurs, marqueurs indélébiles.
- Brancards souples, lampes frontales, chasubles d'identification pour le coordinateur et le trieur.
- Registres de triage et d'évacuation, fiche mémo START.
Erreurs fréquentes
- Intervenir avant l'évaluation de la sécurité, et exposer l'équipe à une seconde explosion.
- Le coordinateur qui se met à soigner la première victime et perd la vue d'ensemble.
- Rester longtemps auprès d'une victime pendant le tri, ou tenter une réanimation prolongée au détriment des autres.
- Ne pas retrier, ou évacuer selon l'ordre d'arrivée et non selon la priorité.
- Envoyer tous les blessés vers la même structure sans prévenir, alors qu'une autre a de la capacité.
- Garrots sans heure, cachés sous les couvertures.
- Laisser la zone verte envahir la zone rouge.
- Imposer un débriefing collectif où chacun doit raconter l'événement.
Variations selon le contexte
Crise soudaine (séisme, effondrement) : victimes coincées, poussière, répliques ; coordination avec les équipes de recherche et de sauvetage. Conflit prolongé : événements répétés, usure des équipes et des stocks ; exercices réguliers et rotation du personnel. Camp : incendies, bousculades lors des distributions ; plan conjoint avec le gestionnaire du site et les partenaires de santé. Milieu urbain : nombreux acteurs, risque de désorganisation ; s'intégrer au dispositif des autorités plutôt que de créer un circuit parallèle. Gestion à distance : le personnel national et les partenaires portent la réponse ; ils doivent disposer de la même formation, du même matériel, de la même assurance et du même soutien. Partenaires à faible capacité : budgétiser la formation, les trousses et les exercices, et organiser la formation avec la Société nationale.
Ce que regardent les évaluateurs et les bailleurs
- Existence d'un plan d'afflux de victimes exercé, articulé avec les structures de santé et les autres acteurs.
- Formation du personnel aux premiers secours en contexte de conflit et au triage.
- Stocks prépositionnés contrôlés.
- Rapports d'incident, retours d'expérience et suivi des actions.
- Soutien psychosocial accessible à toutes les catégories de personnel.
10Questions d'entretien et références clés
1. « Vous entendez une explosion à proximité de votre équipe. Que faites-vous dans les cinq premières minutes ? »
Une réponse solide commence par la mise à l'abri et le décompte de l'équipe, le contact du point focal sécurité, l'alerte de la base, l'évaluation du risque de seconde explosion, puis la décision d'intervenir ou non selon la politique de l'organisation. Le candidat ne se précipite pas vers les victimes.
2. « Expliquez le triage START et ses limites. »
Il décrit la séquence (marche, respiration, fréquence respiratoire, pouls radial ou recoloration, obéissance aux ordres), les deux gestes autorisés, la nécessité du retriage, et les limites : seuils adultes, critères faussés par la surdité, le froid ou la pénombre, sur-triage et sous-triage. Il insiste sur l'usage d'une méthode commune et exercée.
3. « Comment prenez-vous en charge un blessé par balle au thorax en attendant l'évacuation ? »
Il contrôle d'abord une hémorragie massive ailleurs, recherche toutes les plaies y compris dans le dos, laisse la plaie thoracique à l'air ou la couvre d'un pansement non occlusif conformément aux recommandations actuelles, installe la victime dans la position qui facilite sa respiration, la protège du froid, surveille et transmet.
4. « Comment préparez-vous une base à un afflux de victimes ? »
Il cite le plan écrit (déclenchement, sécurité, zones, rôles, structures et capacités, transports, stocks, coordination avec le cluster santé, le CICR et la Société nationale, soutien du personnel), la formation, les exercices et les retours d'expérience.
5. « Comment soutenez-vous votre équipe après un événement traumatisant ? »
Il décrit l'approche graduée : besoins pratiques et premiers secours psychologiques le jour même, échange volontaire sans obligation de raconter, allègement de la charge, suivi, orientation professionnelle si les difficultés persistent, attention au personnel national, aux chauffeurs et aux volontaires. Il mentionne que le débriefing psychologique imposé n'est pas recommandé.
6. « Un groupe armé exige que vous soigniez d'abord ses combattants. Comment répondez-vous ? »
Il rappelle le principe d'impartialité et la protection des blessés et malades par le droit international humanitaire, sans distinction défavorable, la priorité fixée par la seule urgence médicale, la sécurité de l'équipe, et le recours à la négociation et à l'appui de la coordination et, le cas échéant, du CICR.
Références clés
- Lignes directrices internationales de premiers secours, de réanimation et d'éducation (2020) : FICR.
- European Resuscitation Council Guidelines (2021), chapitre « First Aid » : Conseil européen de réanimation.
- Premiers secours en cas de conflit armé et d'autres situations de violence : CICR.
- La chirurgie de guerre (volumes 1 et 2) : CICR.
- Mass Casualty Management Systems: strategies and guidelines for building health sector capacity (2007) : OMS.
- Basic Emergency Care: approach to the acutely ill and injured : OMS et CICR.
- Classification and Minimum Standards for Emergency Medical Teams : OMS.
- Initiative Les soins de santé en danger : Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
- Conventions de Genève de 1949 et leurs Protocoles additionnels, dispositions relatives aux blessés et aux malades.
- Directives du IASC concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence (2007) ; Les premiers secours psychologiques : guide pour les acteurs de terrain (OMS, 2011).
- Managing Stress in Humanitarian Workers: guidelines for good practice : Fondation Antares.
- Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS), engagement 8.
Rappel : ce cours en ligne ne remplace pas une formation pratique certifiée de premiers secours, ni les formations spécialisées au triage et aux premiers secours en zone de conflit. Seuls l'entraînement pratique et les exercices de simulation préparent réellement à un afflux de victimes.
Exercice d'application : votre plan d'afflux de victimes
Pour votre base, écrivez un plan d'une page : qui organise, zone de regroupement, matériel supplémentaire à stocker, structures de santé et capacité chirurgicale, moyens de transport, contacts d'urgence, procédure de soutien de l'équipe après l'événement.
À retenir
- Afflux de victimes : le chef organise, il ne soigne pas ; sécurité d'abord.
- START : vert marche, noir ne respire pas, rouge si respiration > 30, pas de pouls radial ou n'obéit pas, sinon jaune.
- Pendant le triage : seulement garrot et position latérale de sécurité.
- Guerre : hémorragies massives d'abord, puis voies aériennes, respiration, circulation, hypothermie.
- Après : échange volontaire, soutien psychologique, retour d'expérience, réapprovisionnement.
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Pour aller plus loin : références de la formation
- Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) (2020). Lignes directrices internationales de premiers secours, de réanimation et d'éducation. www.ifrc.org/document/international-first-aid-resuscitation-and-education-guidelines
- OMS, War Trauma Foundation, World Vision International (2011). Premiers secours psychologiques : guide pour les acteurs de terrain. www.who.int/publications/i/item/9789241548205
- OMS et CICR (2018). Soins d'urgence de base : prise en charge des patients gravement malades ou blessés. www.who.int/publications/i/item/basic-emergency-care-approach-to-the-acutely-ill-and-injured
- Comité international de la Croix-Rouge (CICR) (2006). Premiers secours dans les conflits armés et autres situations de violence. shop.icrc.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.