- Réaliser une réanimation cardio-pulmonaire et utiliser un défibrillateur.
- Placer une victime en position latérale de sécurité et désobstruer les voies aériennes.
- Arrêter une hémorragie grave et reconnaître l'état de choc.
1Arrêt cardiaque : la réanimation cardio-pulmonaire
Une victime qui ne répond pas et ne respire pas normalement est en arrêt cardiaque. Chaque minute sans massage réduit fortement ses chances de survie.
- Victime sur le dos, sur une surface dure. Mains l'une sur l'autre au centre de la poitrine.
- Compressions de 5 à 6 cm de profondeur chez l'adulte, à un rythme de 100 à 120 par minute, en laissant la poitrine remonter complètement.
- Si vous êtes formé et disposé à le faire : 30 compressions puis 2 insufflations. Sinon, des compressions seules et continues sont déjà très utiles.
- Continuez jusqu'à l'arrivée des secours, la reprise d'une respiration normale ou l'épuisement ; relayez-vous toutes les deux minutes si vous êtes plusieurs.
Enfant : une ou deux mains, environ un tiers de l'épaisseur de la poitrine. Nourrisson : deux doigts, environ 4 cm. Chez l'enfant, l'arrêt est souvent d'origine respiratoire : les insufflations ont une place importante si vous êtes formé.
2Le défibrillateur et la position latérale de sécurité
Le défibrillateur automatisé externe (DAE) analyse le rythme du cœur et délivre un choc si nécessaire. Allumez-le et suivez les instructions vocales ; collez les électrodes sur la poitrine nue et sèche ; personne ne touche la victime pendant l'analyse et le choc ; reprenez le massage dès que l'appareil le demande. Repérez à l'avance si votre bureau, l'aéroport ou l'hôpital voisin en possède un.
Une victime qui ne répond pas mais respire normalement est placée en position latérale de sécurité : sur le côté, tête basculée en arrière, bouche vers le sol pour que les vomissements s'écoulent. Vérifiez sa respiration régulièrement : si elle s'arrête, remettez-la sur le dos et commencez la réanimation.
3Étouffement : désobstruer les voies aériennes
Un corps étranger (aliment, petit objet) peut bloquer les voies aériennes.
- Obstruction partielle : la personne tousse, parle, respire. Encouragez-la à tousser et ne faites rien d'autre.
- Obstruction grave : elle ne peut ni parler, ni tousser efficacement, ni respirer, et porte souvent les mains à la gorge. Donnez 5 claques dans le dos, entre les omoplates, penchée en avant ; si sans effet, 5 compressions abdominales (poing au creux de l'estomac, tirez vers vous et vers le haut). Alternez 5 et 5.
- Nourrisson : 5 claques dans le dos, à plat ventre sur votre avant-bras, tête plus basse, puis 5 compressions thoraciques avec deux doigts. Pas de compressions abdominales.
- Si la victime perd connaissance : alertez et commencez la réanimation.
4Hémorragies graves et état de choc
Une hémorragie massive peut tuer en quelques minutes. Gants si possible, puis compression directe ferme sur la plaie, avec la main ou un pansement épais ; ne relâchez pas pour regarder. Ajoutez des compresses par-dessus si le sang traverse.
Si la compression directe ne suffit pas ou n'est pas possible sur un membre (amputation, plusieurs victimes, plaie inaccessible), posez un garrot : 5 à 7 cm au-dessus de la plaie, jamais sur une articulation, serré jusqu'à l'arrêt du saignement. Notez l'heure de pose et ne le desserrez jamais vous-même. Un garrot improvisé (bande large de tissu et bâton) est moins efficace qu'un garrot commercial : les véhicules de terrain devraient en avoir un.
L'état de choc (peau pâle, froide et moite, pouls rapide, agitation puis somnolence) suit souvent une hémorragie : allongez la victime, couvrez-la, rassurez-la, ne lui donnez ni à boire ni à manger et surveillez-la jusqu'à l'évacuation.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5La chaîne de survie et la réanimation de qualité : ce qui fait réellement la différence
Les gestes de réanimation, de désobstruction et de contrôle des hémorragies ne s'apprennent pas en lisant. Ce cours en ligne prépare et complète une formation pratique certifiée, avec entraînement sur mannequin et évaluation par un formateur ; il ne la remplace pas. Les recommandations évoluent : vérifiez que votre formation suit la version en vigueur des lignes directrices de la FICR et du Conseil européen de réanimation, ou le protocole national équivalent.
Les recommandations internationales décrivent la prise en charge de l'arrêt cardiaque comme une chaîne de survie : reconnaissance précoce et alerte, réanimation cardio-pulmonaire précoce par les témoins, défibrillation précoce, soins avancés, puis soins après la reprise d'une activité cardiaque. En contexte humanitaire, les deux derniers maillons sont souvent absents ou lointains. Cela ne rend pas la réanimation inutile, mais cela change sa place : le témoin et le défibrillateur portent presque toute la chance de survie, et il faut le dire honnêtement aux équipes.
Reconnaître l'arrêt cardiaque sans hésiter
Les recommandations de l'ERC et de la FICR retiennent deux critères simples pour un secouriste : la victime ne répond pas et elle ne respire pas normalement. La recherche du pouls n'est pas enseignée aux secouristes pour cette décision. Deux pièges sont fréquents :
- Les gasps : respirations agoniques lentes, profondes ou bruyantes, présentes dans les premières minutes chez de nombreuses victimes. Elles doivent être interprétées comme une absence de respiration normale.
- Les mouvements convulsifs au moment de l'arrêt : une brève crise de type convulsif peut accompagner l'arrêt. Une fois la crise terminée, on vérifie la respiration ; si elle n'est pas normale, on commence la réanimation.
Lorsqu'un service d'urgence est joignable, les recommandations insistent sur l'appel précoce, téléphone en haut-parleur, pour que l'opérateur guide le témoin. Dans un contexte sans service d'urgence, l'équivalent est l'alerte immédiate au point focal médical ou à la structure de référence, et l'envoi d'une personne chercher le défibrillateur s'il en existe un.
Les déterminants d'une réanimation efficace
| Paramètre | Recommandation chez l'adulte | Erreur fréquente |
|---|---|---|
| Position des mains | Au centre de la poitrine, sur la moitié inférieure du sternum | Mains trop bas, sur l'estomac, ou décalées sur les côtes |
| Profondeur | 5 à 6 cm | Compressions trop superficielles, surtout avec la fatigue |
| Fréquence | 100 à 120 par minute | Rythme trop rapide sous l'effet du stress |
| Relâchement | Laisser la poitrine remonter complètement entre deux compressions | Rester appuyé sur la poitrine |
| Interruptions | Les réduire au minimum ; les deux insufflations ne doivent pas interrompre les compressions plus de quelques secondes | Pauses longues pour vérifier, discuter ou changer de place |
| Insufflations | Chacune dure environ une seconde, avec un soulèvement visible de la poitrine | Insufflations trop fortes ou trop longues qui gonflent l'estomac |
| Relais | Changer de sauveteur environ toutes les deux minutes | Un seul sauveteur qui s'épuise sans le dire |
| Surface | Victime sur une surface ferme | Massage sur un matelas mou |
Les recommandations admettent que les témoins non formés, ou formés mais qui ne veulent pas ou ne peuvent pas faire d'insufflations, pratiquent des compressions thoraciques seules et continues. Pour les personnes formées, la séquence de 30 compressions et 2 insufflations reste la référence chez l'adulte. Un masque de poche à valve unidirectionnelle protège le sauveteur et devrait figurer dans chaque trousse.
L'enfant et le nourrisson
Chez l'enfant, l'arrêt est le plus souvent la conséquence d'une défaillance respiratoire (noyade, étouffement, infection respiratoire grave, déshydratation sévère). C'est pourquoi les recommandations pédiatriques de l'ERC prévoient, pour les personnes formées à la réanimation pédiatrique, de commencer par 5 insufflations initiales, puis d'alterner compressions et insufflations selon le rapport enseigné dans leur formation pédiatrique. Les recommandations précisent qu'un témoin formé uniquement à la réanimation de l'adulte doit appliquer ce qu'il connaît plutôt que de ne rien faire : une réanimation imparfaite vaut beaucoup mieux que l'absence de réanimation.
- Profondeur : au moins un tiers de l'épaisseur du thorax (environ 4 cm chez le nourrisson, environ 5 cm chez l'enfant).
- Technique : deux doigts ou deux pouces encerclants chez le nourrisson ; une ou deux mains chez l'enfant selon sa taille.
- Fréquence : 100 à 120 par minute, comme chez l'adulte.
Quand ne pas commencer, quand arrêter
Un secouriste ne commence pas de réanimation en présence de signes évidents de mort ancienne ou de lésions manifestement incompatibles avec la vie, ou lorsque la scène est dangereuse. Il arrête lorsqu'un professionnel prend le relais, lorsque la victime montre des signes de vie (mouvements, ouverture des yeux, respiration normale), lorsqu'il est épuisé ou lorsque la scène devient dangereuse. En contexte isolé, la question de la durée raisonnable d'une réanimation sans défibrillateur et sans renfort se pose ; la décision relève d'un avis médical, joint à distance si possible, et du protocole de l'organisation. Le secouriste ne doit pas porter seul cette décision.
6Réanimation en équipe et défibrillation : rôles, minutage et situations particulières
Lorsque plusieurs personnes sont présentes, la qualité de la réanimation dépend davantage de l'organisation que de la technique individuelle. Les équipes humanitaires, souvent réunies sur un bureau, un site de distribution ou un camp de base, peuvent s'entraîner à une répartition simple des rôles.
La répartition des rôles
| Rôle | Tâches | Qui |
|---|---|---|
| Coordinateur | Vérifie la scène, désigne les rôles, surveille la qualité (profondeur, rythme, relâchement), annonce les relais toutes les deux minutes, note les heures | Secouriste le plus expérimenté, qui ne masse pas lui-même tant que d'autres peuvent le faire |
| Sauveteur 1 | Compressions thoraciques | Secouriste formé |
| Sauveteur 2 | Insufflations au masque si formé ; prend le relais des compressions | Secouriste formé |
| Alerte | Appelle le service d'urgence ou le point focal médical, revient confirmer, guide les secours à l'entrée | Toute personne fiable |
| Défibrillateur | Va chercher le DAE et la trousse, revient en courant, allume l'appareil | Personne qui connaît l'emplacement |
| Gestion des témoins | Écarte la foule, préserve la dignité de la victime, informe les proches | Personne calme, idéalement parlant la langue locale |
Utiliser le défibrillateur automatisé externe : séquence détaillée
- Dès l'arrivée de l'appareil, l'allumer et suivre les instructions vocales. Les compressions continuent pendant ce temps.
- Dénuder la poitrine. Sécher rapidement si elle est mouillée ; raser ou retirer rapidement les poils si l'appareil contient un rasoir et que les électrodes n'adhèrent pas ; retirer un patch médicamenteux visible à l'endroit où l'électrode doit être posée.
- Coller les électrodes selon le schéma : en général l'une sous la clavicule droite, l'autre sur le côté gauche du thorax, sous l'aisselle. Éviter de les placer directement sur un boîtier implanté visible sous la peau (stimulateur cardiaque).
- Pendant l'analyse, personne ne touche la victime. Le coordinateur annonce clairement l'écartement.
- Si un choc est indiqué, vérifier que personne ne touche la victime, puis appuyer sur le bouton (ou laisser l'appareil le délivrer s'il est entièrement automatique). Reprendre immédiatement les compressions, sans attendre ni vérifier la respiration.
- Si aucun choc n'est indiqué, reprendre immédiatement les compressions. L'absence de choc ne signifie pas que la victime va mieux.
- Continuer en suivant les instructions de l'appareil, qui réanalyse à intervalles réguliers. Ne pas retirer les électrodes, même si la victime reprend une respiration normale.
Pour l'enfant, utiliser des électrodes pédiatriques ou le mode pédiatrique si l'appareil en dispose ; à défaut, les recommandations admettent l'utilisation d'électrodes adultes, placées de manière à ne pas se toucher (par exemple l'une devant, l'autre dans le dos).
Situations particulières
- Noyade : l'arrêt est d'origine respiratoire. Les recommandations prévoient, pour un sauveteur formé, de commencer par 5 insufflations avant les compressions. Ne pas entrer dans l'eau sans formation au sauvetage aquatique : tendre, lancer, ne pas plonger.
- Grossesse avancée : la réanimation se pratique de la même façon. Les recommandations spécialisées prévoient, lorsqu'un second sauveteur est disponible et que l'utérus est visiblement augmenté de volume, de le déplacer manuellement vers la gauche pour améliorer le retour du sang vers le cœur.
- Traumatisme : l'arrêt cardiaque traumatique a des causes spécifiques (hémorragie, obstruction des voies aériennes). Le secouriste contrôle d'abord une hémorragie massive, puis réanime.
- Intoxication par les opioïdes : dans les programmes qui les autorisent, des secouristes formés peuvent administrer de la naloxone. Ce geste ne remplace ni l'alerte ni la réanimation.
- Électrisation : couper le courant avant tout contact.
- Épidémie de maladie à transmission respiratoire : les recommandations publiées pendant la pandémie de COVID-19 ont conseillé aux témoins de privilégier les compressions seules et de couvrir la bouche et le nez de la victime d'un tissu. Suivre les consignes en vigueur au moment de l'épidémie.
Les signes d'alerte qui précèdent l'arrêt
Une partie des arrêts cardiaques est précédée de signes qui permettent d'agir plus tôt.
- Douleur thoracique évocatrice d'une crise cardiaque : douleur ou oppression au centre de la poitrine, pouvant irradier vers le bras, la mâchoire ou le dos, avec sueurs, nausées, essoufflement. Installer la personne au repos dans la position où elle se sent le mieux, alerter immédiatement, et, si le protocole de l'organisation et la formation le prévoient, en l'absence d'allergie ou de contre-indication connue, lui faire mâcher de l'aspirine chez l'adulte conscient, comme le permettent les recommandations européennes de premiers secours. Préparer le défibrillateur.
- Accident vasculaire cérébral : visage asymétrique, faiblesse d'un bras, trouble de la parole, d'apparition brutale. L'outil FAST (Face, Arm, Speech, Time) ou une échelle équivalente aide à le reconnaître. Noter l'heure de début des signes, alerter, ne rien donner par la bouche.
7Étouffement et hémorragies : techniques détaillées et points de vigilance
Obstruction des voies aériennes par un corps étranger
Le principe des recommandations est de reconnaître la gravité, puis d'appliquer une séquence simple et répétée.
| Situation | Adulte et enfant de plus d'un an | Nourrisson (moins d'un an) |
|---|---|---|
| Toux efficace, parole possible | Encourager à tousser, rester à côté, surveiller | Surveiller, laisser tousser |
| Toux inefficace, victime consciente | Jusqu'à 5 claques dans le dos, penché en avant ; puis jusqu'à 5 compressions abdominales ; alterner | Jusqu'à 5 claques dans le dos, tête plus basse que le corps ; puis jusqu'à 5 compressions thoraciques à deux doigts ; alterner |
| Perte de connaissance | Allonger au sol, alerter, commencer la réanimation | Alerter, commencer la réanimation pédiatrique |
- Après chaque claque ou compression, vérifier si l'obstruction est levée : il n'est pas nécessaire d'aller au bout des cinq.
- Ne pas faire de balayage à l'aveugle avec le doigt dans la bouche ; retirer seulement un objet clairement visible et accessible.
- Chez une femme enceinte à un stade avancé ou une personne dont on ne peut pas encercler l'abdomen, de nombreux programmes enseignent des compressions thoraciques à la place des compressions abdominales : suivre le protocole de sa formation.
- Toute personne ayant reçu des compressions abdominales doit être examinée par un professionnel de santé, en raison du risque de lésion interne.
Hémorragies : la hiérarchie des gestes
Les lignes directrices de la FICR de 2020 et les recommandations de l'ERC de 2021 convergent sur une hiérarchie claire :
- Compression directe manuelle ferme et continue sur la plaie, avec des gants si possible, à travers un pansement ou un tissu propre. C'est le premier geste pour la grande majorité des saignements.
- Pansement hémostatique (pansement imprégné d'un agent favorisant la coagulation), lorsque le secouriste est formé et que le matériel est disponible, notamment pour les plaies sur lesquelles un garrot n'est pas possible.
- Garrot pour une hémorragie menaçant la vie sur un membre, lorsque la compression ne suffit pas ou n'est pas réalisable. Un garrot commercial est préférable ; un garrot improvisé n'est recommandé qu'à défaut, par un secouriste formé à sa fabrication, car il échoue souvent.
Les recommandations récentes ne retiennent plus la surélévation du membre ni la compression à distance sur un « point de compression » comme gestes de contrôle des hémorragies, faute de preuve d'efficacité.
Le garrot : technique et pièges
- Le placer sur le membre, au-dessus de la plaie (entre la plaie et le cœur), à quelques centimètres de celle-ci, jamais sur une articulation. Si la plaie est difficile à localiser, de nombreux protocoles de traumatologie de guerre enseignent de le placer haut sur le membre.
- Serrer jusqu'à l'arrêt du saignement. Un garrot insuffisamment serré peut augmenter le saignement en bloquant le retour veineux sans bloquer l'arrivée artérielle.
- Si le saignement persiste malgré un garrot correctement serré, un second garrot peut être placé juste au-dessus du premier, selon la formation reçue.
- La pose est douloureuse : prévenir la victime, ne pas desserrer pour la soulager.
- Noter l'heure de pose de façon visible (sur le garrot, sur la peau, sur la fiche). Ne pas recouvrir le garrot de vêtements ou de couvertures qui le cacheraient à l'équipe médicale.
- Seule une équipe médicale décide du desserrage ou de la conversion vers une autre méthode.
Plaies de jonction et remplissage
Aux zones de jonction (aine, aisselle, base du cou), un garrot de membre est impossible. Le secouriste formé remplit la plaie avec des compresses ou un pansement hémostatique en les tassant au fond, puis comprime fermement et longtemps. Ce geste est enseigné dans les formations de traumatologie ; il est repris au jour 4.
L'état de choc : surveiller et prévenir l'aggravation
Le choc est une défaillance de la circulation. Le secouriste ne peut pas le traiter, mais peut éviter l'aggravation : arrêter le saignement, allonger la victime, la protéger du froid (couverture isolante dessous et dessus), la rassurer, ne rien lui donner à boire ni à manger, surveiller et faire évacuer. Les recommandations européennes admettent de surélever les jambes d'une victime en choc sans traumatisme, pour une durée limitée ; en cas de traumatisme, on la laisse à plat. Les signes à transmettre : pâleur, sueurs froides, pouls rapide et filant, respiration rapide, soif, agitation puis somnolence.
L'ordre ne se discute pas : une hémorragie massive se traite avant tout le reste. Une victime qui saigne abondamment d'une cuisse peut mourir en quelques minutes ; ni l'alerte ni le bilan complet ne doivent retarder la compression ou le garrot, qui peuvent être confiés à un témoin guidé si le secouriste doit alerter.
8Exemple complet : arrêt cardiaque dans l'enceinte d'un bureau de terrain
Contexte fictif : bureau de l'organisation « Solidarité Vallée Verte » à Kalo, 22 employés, situé à 15 minutes de l'hôpital régional, qui dispose d'un service d'urgence et d'une ambulance. Le bureau possède un défibrillateur, acheté l'année précédente à la suite d'un audit de sécurité, placé à l'accueil. Quatre employés sont certifiés en premiers secours. Le plan médical a été exercé trois mois plus tôt.
La chronologie minute par minute
| Temps écoulé | Événement | Action et responsable |
|---|---|---|
| 0 min 00 | Pendant une réunion, M. T., comptable de 56 ans, s'effondre sur sa chaise puis glisse au sol. | Mme A., logisticienne certifiée, vérifie la scène (aucun danger), le stimule à la voix et aux épaules : aucune réponse. |
| 0 min 15 | Elle bascule la tête, élève le menton et regarde la respiration : deux mouvements lents et bruyants en dix secondes. | Elle reconnaît des gasps. Elle désigne nommément un collègue : « Karim, appelle l'hôpital, dis arrêt cardiaque au bureau, mets le haut-parleur et reviens » ; et une autre : « Lina, le défibrillateur à l'accueil, cours. » |
| 0 min 30 | Début des compressions par Mme A. | La victime est allongée au sol, sur le carrelage. Rythme compté à voix haute. |
| 1 min 10 | M. B., second secouriste certifié, arrive avec le masque de poche de la trousse. | Il se place à la tête. La séquence 30 compressions et 2 insufflations commence. Mme A. lui confie aussi le rôle de chronométreur. |
| 1 min 40 | Le défibrillateur arrive. | Lina l'allume. Les compressions continuent pendant que M. B. dénude et sèche la poitrine et colle les électrodes. |
| 2 min 05 | Analyse : choc recommandé. | Mme A. annonce l'écartement, vérifie visuellement, délivre le choc. Les compressions reprennent immédiatement. |
| 2 min 10 | Karim confirme que l'ambulance est partie, délai annoncé de 12 minutes. | Le coordinateur demande à Karim d'aller accueillir l'ambulance au portail et à une collègue de dégager le couloir. |
| 4 min 05 | Deuxième analyse : choc recommandé. | Relais aux compressions (M. B. masse, Mme A. passe à la tête). Choc délivré, reprise immédiate. |
| 6 min 05 | Troisième analyse : pas de choc recommandé. | Reprise des compressions. |
| 6 min 40 | La victime bouge un bras et respire de façon plus régulière. | Arrêt des compressions, vérification de la respiration : normale. Victime placée en position latérale de sécurité, électrodes laissées en place, défibrillateur allumé. |
| 13 min 30 | Arrivée de l'ambulance. | Transmission par Mme A. avec la feuille horodatée : heure de l'effondrement, début de la réanimation, nombre de chocs et heures, reprise de la respiration, traitement habituel signalé par un collègue. |
Pourquoi ce résultat a été possible
- Délai entre l'effondrement et les compressions : 30 secondes, grâce à une reconnaissance immédiate des gasps.
- Délai jusqu'au premier choc : environ 2 minutes, parce que l'appareil était à moins d'une minute de course et que son emplacement était connu de tous.
- Ordres nominatifs : « Karim, appelle » est plus efficace que « que quelqu'un appelle ».
- Interruptions limitées : pose des électrodes pendant les compressions, reprise immédiate après le choc.
- Traçabilité : le chronométreur a noté les heures, ce qui a permis une transmission complète.
La même situation dans une base isolée
Si la même victime s'effondre dans une base située à quatre heures de l'hôpital le plus proche, sans défibrillateur, les chances de survie sont beaucoup plus faibles. La réanimation de qualité doit pourtant être débutée immédiatement, l'alerte donnée et un avis médical recherché. Cet écart illustre deux décisions de gestion : l'achat de défibrillateurs pour les bases où le personnel est nombreux ou exposé à un risque cardiovasculaire, et la prise en compte des antécédents médicaux lors des visites médicales avant affectation, dans le respect de la confidentialité.
Un second cas court : hémorragie à un point de distribution
Lors d'une distribution, une bousculade fait tomber un homme sur une tôle. Plaie profonde de la face interne de la cuisse, saignement abondant et continu. Le secouriste comprime immédiatement des deux mains avec un pansement épais, en pesant de tout son poids, puis demande le garrot de la trousse. La compression ne suffit pas : le sang traverse rapidement. Il pose le garrot commercial sur la cuisse au-dessus de la plaie, serre jusqu'à l'arrêt du saignement, note l'heure au marqueur sur le garrot et sur la fiche, allonge la victime, la couvre, et fait alerter le partenaire de santé du site, qui organise le transfert vers l'hôpital doté d'un bloc opératoire. La distribution est suspendue le temps de reprendre le contrôle de la foule.
9Outils : composition des trousses, fiche de réanimation et contrôle du matériel
Les compositions ci-dessous sont indicatives. Elles doivent être validées par le référent médical de l'organisation, adaptées aux risques du contexte et au niveau de formation du personnel, et conformes à la réglementation du pays. Aucun médicament ne doit être ajouté à une trousse sans protocole et sans formation correspondante.
Trousse de véhicule et trousse de bureau
| Catégorie | Contenu | Remarque |
|---|---|---|
| Protection | Gants non stériles de plusieurs tailles, masque de poche à valve, lunettes de protection, solution hydroalcoolique, sacs à déchets | Les gants sont le consommable le plus vite épuisé |
| Hémorragie | Garrot commercial (au moins un par véhicule, davantage en zone à risque), pansements compressifs d'urgence, compresses, pansement hémostatique si formation | Former à la pose sur soi-même et sur un collègue |
| Plaies et brûlures | Compresses stériles, bandes, sparadrap, film alimentaire ou pansement pour brûlure, eau propre en quantité | Le film alimentaire couvre une brûlure après refroidissement |
| Immobilisation | Écharpes triangulaires, attelles malléables, ciseaux à bout rond | Souvent oubliées dans les trousses de véhicule |
| Environnement | Couvertures isolantes, sels de réhydratation orale | Couverture utile même par temps chaud pour un blessé qui saigne |
| Documentation | Fiches de bilan et de surveillance, marqueur, crayon, fiche d'alerte et numéros d'urgence | Vérifier les numéros chaque mois |
| Équipement de bureau | Défibrillateur avec électrodes adultes et pédiatriques de rechange, brancard ou portoir souple | Vérifier l'indicateur de l'appareil et la date des électrodes et de la batterie |
Fiche de contrôle mensuel
| Point de contrôle | Conforme | Action |
|---|---|---|
| Scellé de la trousse intact ou inventaire complet | ||
| Dates de péremption (pansements stériles, sels de réhydratation, électrodes) | ||
| Garrot présent, emballé, accessible sans tout déballer | ||
| Indicateur de bon fonctionnement du défibrillateur | ||
| Numéros d'urgence testés | ||
| Signature du contrôleur et date |
Fiche mémo de réanimation (à plastifier)
- Scène sûre ?
- Ne répond pas ? Appeler à l'aide.
- Libérer les voies aériennes, regarder la respiration (10 secondes au plus).
- Pas de respiration normale : faire alerter (haut-parleur) et faire chercher le défibrillateur, par des personnes désignées par leur nom.
- Compressions : centre de la poitrine, 5 à 6 cm, 100 à 120 par minute, relâchement complet.
- Si formé : 30 compressions, 2 insufflations. Sinon : compressions seules et continues.
- Défibrillateur : allumer, suivre les instructions, personne ne touche pendant l'analyse et le choc, reprendre aussitôt.
- Relais toutes les deux minutes ; noter les heures.
Fiche de traçabilité d'une réanimation
| Information | Heure ou valeur |
|---|---|
| Heure de l'effondrement ou de la découverte | |
| Témoin de l'effondrement (oui ou non) | |
| Heure de début des compressions | |
| Heure d'arrivée et de mise en marche du défibrillateur | |
| Heures et nombre des chocs délivrés | |
| Insufflations réalisées (oui ou non) | |
| Heure de reprise d'une respiration normale, le cas échéant | |
| Heure d'arrivée des secours et nom de la personne qui a pris le relais |
10Erreurs fréquentes, variations selon le contexte et attentes des évaluateurs
Erreurs fréquentes et parades
- Hésiter à commencer par peur de mal faire ou de faire mal. Les côtes peuvent se fracturer pendant une réanimation efficace ; ce n'est pas une raison d'arrêter. Une victime en arrêt cardiaque ne peut pas être aggravée par une réanimation : sans elle, elle meurt.
- Compressions trop superficielles, surtout après la première minute. Les relais réguliers et le contrôle du coordinateur sont la parade.
- Arrêter les compressions pour vérifier régulièrement la respiration ou le pouls : seuls le défibrillateur ou des signes de vie évidents justifient l'arrêt.
- Retarder le choc pour terminer un cycle ou pour vérifier : suivre l'appareil.
- Défibrillateur inutilisable : batterie vide, électrodes périmées, appareil enfermé à clé dans un bureau. Contrôle mensuel et emplacement accessible en permanence.
- Garrot trop lâche, mal placé, ou desserré par le secouriste « pour soulager » ; garrot caché sous une couverture sans heure notée.
- Compression directe relâchée pour regarder si le saignement s'est arrêté : on maintient sans relâcher.
- Donner à boire à une victime en choc ou qui devra être opérée.
- Balayage à l'aveugle de la bouche lors d'un étouffement.
Variations selon le contexte
Crise soudaine : nombre de victimes élevé, défibrillateurs rares, priorité au contrôle des hémorragies et aux voies aériennes. Un arrêt cardiaque traumatique dans un contexte d'afflux de victimes relève du triage (jour 4) : les ressources sont orientées vers les victimes qui peuvent être sauvées.
Crise prolongée : les compétences s'érodent. Les recommandations sur l'éducation insistent sur des recyclages fréquents et courts ; une séance pratique de quelques dizaines de minutes sur mannequin plusieurs fois par an maintient mieux les gestes qu'une longue formation rarement renouvelée.
Camp et site de distribution : prévoir un poste de premiers secours visible, un secouriste dédié qui ne participe pas à la distribution, et un circuit d'évacuation vers la clinique du site. Former des volontaires communautaires.
Milieu urbain : des défibrillateurs publics peuvent exister ; les identifier et les inscrire dans le plan.
Insécurité : la réanimation d'une victime dans une zone exposée aux tirs n'est pas réalisable ; la priorité est de se mettre à couvert, puis de contrôler les hémorragies. Les formations de premiers secours en zone de conflit, comme celles du CICR, distinguent clairement ce qui peut être fait sous la menace et ce qui ne peut l'être qu'en zone sûre.
Partenaires à faible capacité : prévoir dans le budget les mannequins de formation, les garrots d'entraînement, les trousses et les recyclages. Un garrot commercial coûte peu au regard d'une vie ; son absence dans un véhicule exposé est difficile à justifier lors d'une enquête après incident.
Ce que regardent les évaluateurs
- Taux de personnel de terrain certifié et à jour, par base et par partenaire.
- Présence de garrots commerciaux dans les véhicules exposés et de défibrillateurs dans les bureaux et bases où cela se justifie.
- Exercices de réanimation réalisés et chronométrés.
- Rapports d'incident décrivant les gestes, les délais et les leçons tirées.
- Conformité des formations avec les recommandations en vigueur (FICR 2020, ERC 2021 ou protocole national).
11Questions d'entretien et références clés
1. « Comment reconnaissez-vous un arrêt cardiaque, et que faites-vous dans la première minute ? »
Une bonne réponse cite les deux critères (ne répond pas, ne respire pas normalement), le piège des gasps, l'alerte précoce et l'envoi d'une personne nommée chercher le défibrillateur, puis le début immédiat de compressions de qualité. Elle mentionne la possibilité des compressions seules et la séquence 30/2 pour les personnes formées.
2. « Pourquoi installer un défibrillateur dans une base, et comment s'assurer qu'il servira ? »
Le candidat explique que la défibrillation précoce est le facteur le plus déterminant de la survie dans certains arrêts cardiaques, puis parle d'emplacement accessible et connu, de formation du personnel, de contrôle régulier de l'appareil, des électrodes et de la batterie, et d'exercices.
3. « Un collègue saigne abondamment de la jambe après un accident. Décrivez vos gestes. »
Il commence par la sécurité et les gants si possible, puis compression directe ferme, garrot si la compression ne suffit pas ou n'est pas possible, heure notée, garrot laissé visible et non desserré, lutte contre le froid, alerte et évacuation vers une structure chirurgicale. Il mentionne l'abandon de la surélévation et des points de compression.
4. « Un enfant s'étouffe pendant une activité dans un espace ami des enfants. Que doit savoir faire l'équipe ? »
Il distingue la toux efficace de l'obstruction grave, décrit l'alternance claques dans le dos et compressions abdominales chez l'enfant de plus d'un an, et claques et compressions thoraciques chez le nourrisson, la conduite en cas de perte de connaissance, et la consultation médicale après des compressions abdominales. Il ajoute la formation de l'équipe et la présence d'une personne formée à chaque activité.
5. « Comment maintenez-vous les compétences de réanimation dans une équipe qui tourne beaucoup ? »
Il cite les recyclages courts et fréquents, l'entraînement sur mannequin, les exercices chronométrés, le suivi des certifications, la formation intégrée à l'accueil des nouveaux arrivants et la diffusion de fiches mémo.
Références clés
- Lignes directrices internationales de premiers secours, de réanimation et d'éducation (2020) : FICR.
- European Resuscitation Council Guidelines (2021) : chapitres sur la réanimation de base de l'adulte, la réanimation pédiatrique, les circonstances particulières et les premiers secours.
- Consensus scientifiques annuels de l'ILCOR sur la réanimation et les premiers secours.
- Premiers secours en cas de conflit armé et d'autres situations de violence : CICR.
- Basic Emergency Care: approach to the acutely ill and injured : OMS et CICR.
- Le Manuel Sphère (2018), standards de santé relatifs aux soins des traumatismes et aux urgences.
Rappel : ce cours en ligne ne remplace pas une formation pratique certifiée. La réanimation, la désobstruction et la pose d'un garrot exigent un entraînement pratique encadré et des recyclages réguliers.
L'arrêt cardiaque à la réunion
Salle de réunion du bureau de pays
Vous participez à une réunion de coordination ; un défibrillateur est accroché dans le hall.
Un partenaire de 58 ans s'effondre sur sa chaise, puis glisse au sol. Il ne répond pas. Ses respirations sont rares et bruyantes.
Décision 1 sur 3Comment interprétez-vous ces respirations ?
Décision 2 sur 3Vous êtes trois. Comment vous organisez-vous ?
Décision 3 sur 3Le défibrillateur annonce : « Choc recommandé. Écartez-vous. » Vous :
Ce qu'il faut retenir
Reconnaître l'arrêt cardiaque (gasps), masser sans attendre, alerter et utiliser le défibrillateur en toute sécurité.
Exercice d'application : la trousse du véhicule
Vérifiez la trousse de secours d'un véhicule ou d'un bureau de votre organisation. Contient-elle des gants, des pansements compressifs, un garrot, une couverture de survie, des sachets de sels de réhydratation orale, des ciseaux, un masque de poche pour les insufflations et la liste des numéros d'urgence ? Dressez la liste de ce qui manque et des dates de péremption, et transmettez-la au logisticien.
À retenir
- Ne répond pas et ne respire pas normalement : alerter, DAE, massage cardiaque.
- Compressions de 5 à 6 cm, 100 à 120 par minute ; 30/2 si formé, sinon compressions seules.
- Respire mais ne répond pas : position latérale de sécurité et surveillance.
- Étouffement grave : 5 claques dans le dos, 5 compressions abdominales, en alternance.
- Hémorragie : compression directe ; garrot si elle ne suffit pas, heure notée.
💼 Offres d'emploi en Santé et nutrition
Mettez cette formation en pratique : les dernières offres de ce domaine.
- Consultant - Public Health Advisor - Infection Prevention and ControlHealth Security Partners · Inde
- Health Promotion Officer / Intercultural Mediator Arabic & TigrinyaMédecins Sans Frontières Belgique (MSF OCB) · Belgique
- Community Health PromoterProject HOPE · Colombie
- Pharmaceutical Product Specialist - MSF SupplyMédecins Sans Frontières Belgique (MSF OCB) · Belgique
- Infection Prevention Control Manager - Cherkasy Project UkraineMédecins Sans Frontières Belgique (MSF OCB) · Ukraine
Pour aller plus loin : références de la formation
- Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) (2020). Lignes directrices internationales de premiers secours, de réanimation et d'éducation. www.ifrc.org/document/international-first-aid-resuscitation-and-education-guidelines
- OMS, War Trauma Foundation, World Vision International (2011). Premiers secours psychologiques : guide pour les acteurs de terrain. www.who.int/publications/i/item/9789241548205
- OMS et CICR (2018). Soins d'urgence de base : prise en charge des patients gravement malades ou blessés. www.who.int/publications/i/item/basic-emergency-care-approach-to-the-acutely-ill-and-injured
- Comité international de la Croix-Rouge (CICR) (2006). Premiers secours dans les conflits armés et autres situations de violence. shop.icrc.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.