- Conduire une réduction d'effectifs juste et conforme.
- Mener une procédure disciplinaire ou une enquête interne équitable.
- Construire une politique de rémunération transparente et équitable.
1Restructurer sans briser la confiance
La fin d'un financement oblige souvent à réduire les effectifs. Le droit du travail local fixe le cadre (préavis, indemnités, consultation des représentants du personnel) ; la politique de l'ONG fixe l'éthique. Une restructuration juste repose sur :
- des critères objectifs écrits et communiqués (postes liés au financement, compétences requises, ancienneté) ;
- une communication précoce et des entretiens individuels ;
- un accompagnement : lettres de recommandation, partage des CV avec les partenaires, appui à la recherche d'emploi.
L'équipe qui reste observe : la manière dont on traite ceux qui partent détermine la confiance de ceux qui restent.
2Discipline et enquêtes internes
Une procédure disciplinaire respecte des étapes : faits documentés, convocation écrite, droit de la personne à s'expliquer et à être accompagnée, décision proportionnée et motivée, possibilité de recours. Pour les plaintes graves (harcèlement, exploitation et abus sexuels, fraude), l'enquête est confiée à une personne formée et indépendante de la hiérarchie concernée, avec un plan d'enquête, des entretiens séparés et un rapport factuel.
Les principes : confidentialité, approche centrée sur la victime, protection contre les représailles, présomption d'innocence et mesures conservatoires si nécessaire.
3Rémunération et équité
Une politique de rémunération repose sur une grille salariale (classification des postes, échelons), une enquête de salaires du marché local, et des règles claires de progression. Les écarts entre personnel national et international sont un sujet sensible : ils doivent être justifiés par des différences objectives (expatriation, marché de recrutement) et non par le statut. Les avantages essentiels (santé, sécurité, évacuation, soutien psychosocial) relèvent du devoir de protection envers tout le personnel.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
4Conduire une réduction d'effectifs : calendrier, étapes légales et critères
La fin d'un financement, une réduction budgétaire ou un changement de stratégie obligent régulièrement les ONG à réduire leurs effectifs. Ces situations sont prévisibles : la date de fin de chaque contrat de financement est connue dès sa signature. Pourtant, elles sont souvent gérées dans l'urgence, au dernier mois, avec des coûts de fin de contrat non provisionnés et une communication improvisée. Une restructuration bien conduite commence trois à six mois avant la date effective.
Le cadre juridique minimal
La convention n° 158 de l'Organisation internationale du travail sur le licenciement fixe des principes repris par de nombreux codes du travail : un motif valable lié aux nécessités de fonctionnement de l'organisation ; pour les licenciements pour motif économique ou structurel, une information et une consultation des représentants des travailleurs aussi tôt que possible sur les raisons, le nombre de personnes concernées et les mesures pour atténuer les effets ; une notification à l'autorité compétente (souvent l'inspection du travail) dans un délai préalable. Chaque code du travail national précise les délais, les seuils (par exemple une procédure renforcée au-delà d'un certain nombre de licenciements sur une période donnée), les indemnités et l'ordre des licenciements.
La fin naturelle d'un contrat à durée déterminée à son terme n'est généralement pas un licenciement, mais elle obéit tout de même à des règles : délai de prévenance pour le non-renouvellement, indemnité de fin de contrat dans certains pays, et risque de requalification si les renouvellements successifs ont dépassé les limites légales.
Le calendrier type
| Échéance | Action | Responsable |
|---|---|---|
| J-120 à J-90 | Analyse de la situation financière et des perspectives de financement ; scénarios d'organigramme ; estimation des coûts de séparation ; avis juridique | Direction pays, finances, RH |
| J-90 | Décision de principe ; validation des critères de sélection ; information des représentants du personnel ; plan de communication | Direction, RH |
| J-75 | Réunion générale d'information du personnel ; questions et réponses écrites diffusées | Direction pays |
| J-60 | Consultation formelle selon la loi ; notification à l'inspection du travail si requise ; appel aux départs volontaires si la politique le prévoit | RH |
| J-45 | Application des critères par un comité ; vérification de l'absence de discrimination ; validation | Comité de restructuration |
| J-30 (ou délai de préavis légal) | Entretiens individuels et notification écrite ; remise du calcul des sommes dues | Supérieur et RH, ensemble |
| J-30 à J0 | Accompagnement : certificats de travail, lettres de recommandation, partage des CV avec d'autres organisations avec consentement, sessions sur la recherche d'emploi | RH |
| J0 | Paiement final complet, restitution du matériel, entretien de sortie | Finances, logistique, RH |
| J+30 | Réunion avec l'équipe restante ; ajustement de la charge et des descriptions de poste | Direction |
Des critères de sélection objectifs et défendables
Quand plusieurs personnes occupent des postes comparables et que seule une partie est maintenue, il faut des critères écrits, communiqués avant leur application, et appliqués par un comité. Les critères couramment admis :
- Lien du poste avec le financement qui s'arrête : premier critère, qui détermine les postes supprimés, pas les personnes.
- Compétences requises par les postes maintenus, appréciées sur des éléments documentés (diplômes, expérience, évaluations des deux dernières années).
- Ancienneté, souvent imposée par la loi comme critère d'ordre des licenciements.
- Situation sociale (charges de famille, handicap), prise en compte dans certains codes du travail.
Sont exclus : l'appartenance à une communauté, l'âge en tant que tel, le sexe, la grossesse, l'activité syndicale, le fait d'avoir déposé une plainte ou signalé une faute. Le comité vérifie ensuite que le résultat ne produit pas d'effet discriminatoire, par exemple une proportion de femmes licenciées très supérieure à leur proportion dans l'effectif.
Les critères de performance ne sont utilisables que si les évaluations existent, sont récentes et ont été conduites de façon comparable. Un manager qui découvre au moment de la restructuration qu'un employé est « faible » sans aucune évaluation écrite crée un risque juridique et une injustice.
5Exemple chiffré : passer de 40 à 28 employés à la fin d'un financement
Contexte fictif : l'ONG internationale « Ponts Humanitaires » gère dans la province de Tessaro un programme sécurité alimentaire et moyens d'existence financé par deux bailleurs. Le premier financement (60 % des coûts de personnel) se termine le 30 juin ; le second se poursuit, et un nouveau projet plus petit est signé. La direction doit passer de 40 à 28 employés au 1er juillet. Le code du travail fictif du pays prévoit : un préavis d'un mois pour moins de cinq ans d'ancienneté et de deux mois au-delà ; une indemnité de licenciement égale à 30 % du salaire mensuel par année d'ancienneté ; la consultation des délégués du personnel et l'information de l'inspection du travail 30 jours avant les notifications pour tout licenciement d'au moins dix personnes.
1. Analyse des postes
| Fonction | Effectif actuel | Effectif cible | Écart |
|---|---|---|---|
| Agents de terrain sécurité alimentaire | 14 | 8 | -6 |
| Superviseurs | 4 | 2 | -2 |
| Agents de suivi | 4 | 3 | -1 |
| Chauffeurs | 6 | 4 | -2 |
| Support (finances, RH, logistique, administration) | 9 | 8 | -1 |
| Coordination | 3 | 3 | 0 |
| Total | 40 | 28 | -12 |
Avant toute sélection, trois agents de terrain dont le contrat à durée déterminée arrive à son terme le 30 juin et qui avaient déjà indiqué leur souhait de partir sont confirmés en départ volontaire. Un appel aux départs volontaires assorti d'une indemnité additionnelle d'un demi-mois de salaire reçoit deux candidatures (un chauffeur, un agent de terrain). Il reste sept départs à décider par application des critères.
2. Matrice de sélection pour les agents de terrain (extrait)
Il reste 10 agents pour 8 postes, soit 2 départs. Critères validés avec les délégués du personnel : compétences pour le nouveau projet (moyens d'existence urbains, transferts monétaires), sur 40 points à partir des évaluations et des formations attestées ; évaluations de performance des deux dernières années, sur 30 points ; ancienneté, 2 points par année jusqu'à 20 points ; charges de famille, 2 points par personne à charge jusqu'à 10 points.
| Agent | Compétences /40 | Évaluations /30 | Ancienneté /20 | Charges /10 | Total /100 |
|---|---|---|---|---|---|
| A-01 | 34 | 26 | 12 | 6 | 78 |
| A-02 | 30 | 24 | 8 | 10 | 72 |
| A-05 | 22 | 22 | 16 | 4 | 64 |
| A-08 | 26 | 18 | 4 | 8 | 56 |
| A-09 | 18 | 20 | 6 | 6 | 50 |
| A-11 | 16 | 16 | 2 | 4 | 38 |
Le comité (directeur adjoint, RH, un coordinateur d'un autre programme ; les délégués du personnel en observateurs) vérifie la composition : les deux agents en bas de classement sont un homme et une femme, pour une équipe de 10 comptant 4 femmes. Aucun effet discriminatoire n'est constaté. L'agent A-09, classé avant-dernier, a déposé une réclamation contre son superviseur six mois plus tôt : le comité vérifie que ses évaluations n'ont pas été rédigées par ce superviseur après la réclamation et consigne la vérification.
3. Coût de la restructuration
| Employé | Salaire mensuel (UML) | Ancienneté | Préavis (mois) | Indemnité (30 % par année) | Congés non pris | Total dû |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Superviseur S-03 | 780 000 | 7 ans | 2 | 1 638 000 | 260 000 | 3 458 000 |
| Superviseur S-04 | 760 000 | 3 ans | 1 | 684 000 | 125 000 | 1 569 000 |
| Agent A-11 | 450 000 | 1 an | 1 | 135 000 | 60 000 | 645 000 |
| Chauffeur C-06 | 380 000 | 6 ans | 2 | 684 000 | 0 | 1 444 000 |
Pour l'ensemble des neuf licenciements et départs volontaires indemnisés, le coût total atteint 14,2 millions d'UML. La provision constituée depuis le début du financement couvre 11,5 millions ; l'écart de 2,7 millions résulte de congés non pris accumulés au-delà de la politique et doit être financé sur fonds propres. L'organisation vérifie dans les conditions de chaque contrat de financement la part éligible : les indemnités légales sont généralement acceptées par les bailleurs au prorata de la période du projet lorsqu'elles résultent d'obligations légales et de la politique habituelle de l'organisation, mais pas les indemnités additionnelles discrétionnaires.
4. Communication
- Réunion générale à J-75 animée par le directeur pays : raisons, calendrier, critères, accompagnement, contacts. Un document de questions et réponses est diffusé en deux langues le lendemain.
- Entretiens individuels en présence du supérieur et de la RH, dans une salle fermée, en début de semaine et en début de journée, jamais par téléphone ni par courriel, sauf impossibilité sécuritaire documentée.
- Remise d'une lettre comprenant le calcul détaillé des sommes dues, les dates, et les voies de recours.
- Réunion avec l'équipe restante le jour même, pour reconnaître la difficulté et présenter la nouvelle organisation.
Dans cet exemple, le principal défaut n'était pas la restructuration elle-même, mais l'absence de suivi des congés : une politique de congés appliquée chaque trimestre aurait évité un coût non éligible et permis aux employés de se reposer.
6Conduire une enquête interne : méthode, rôles et normes de preuve
Une enquête interne administrative vise à établir les faits pour permettre à l'organisation de prendre une décision : mesure disciplinaire, mesures de protection, amélioration des contrôles, signalement aux bailleurs ou aux autorités. Ce n'est pas une enquête pénale ; elle ne la remplace pas et ne doit pas la compromettre. Le document de référence pour les organisations humanitaires est le guide d'enquête de la CHS Alliance, complété par les protocoles propres à chaque organisation et les exigences contractuelles des bailleurs.
Les principes
- Approche centrée sur la personne survivante pour les allégations d'exploitation, d'abus ou de harcèlement sexuels : sécurité, consentement éclairé, confidentialité, non-discrimination, accès à l'assistance indépendamment de l'enquête.
- Confidentialité : accès à l'information limité aux personnes qui en ont strictement besoin.
- Indépendance et absence de conflit d'intérêts : l'enquêteur n'appartient pas à la ligne hiérarchique des personnes concernées et n'a pas de lien avec elles.
- Équité envers la personne mise en cause : information sur les allégations, possibilité de répondre et de produire des éléments, présomption d'innocence.
- Norme de preuve : les enquêtes administratives retiennent en général la prépondérance des preuves (les faits sont plus probablement avérés que non), et non le standard pénal du doute raisonnable ; la politique de l'organisation doit l'indiquer.
- Protection contre les représailles pour les personnes qui signalent et les témoins.
Les étapes
- Réception et enregistrement de l'allégation par le circuit dédié ; accusé de réception ; évaluation immédiate des risques pour la personne survivante et pour d'autres.
- Évaluation préliminaire (quelques jours) : l'allégation, si elle est avérée, constituerait-elle une violation des politiques ? Existe-t-il suffisamment d'éléments pour enquêter ? Qui est compétent (interne, externe, bailleur, Nations unies, autorités) ?
- Notifications obligatoires : les bailleurs et les agences des Nations unies imposent dans leurs accords des délais courts de signalement des allégations d'exploitation et d'abus sexuels, de fraude ou de détournement, souvent de l'ordre de 24 à 72 heures ou « sans délai » ; vérifier chaque accord.
- Termes de référence et plan d'enquête : allégations précises, questions à établir, sources de preuve, liste et ordre des entretiens, calendrier, risques, mesures de sécurité.
- Collecte des preuves documentaires avant les entretiens : courriels, registres, listes de distribution, pièces comptables, images de vidéosurveillance, en préservant leur intégrité.
- Entretiens, en général dans cet ordre : la personne plaignante ou survivante (une seule fois si possible, par un enquêteur formé, de préférence du sexe choisi par elle), les témoins, puis la personne mise en cause. Deux enquêteurs, ou un enquêteur et un preneur de notes ; compte rendu relu et signé.
- Analyse : pour chaque allégation, les éléments à charge et à décharge, leur crédibilité, et une conclusion : établie, non établie, ou infondée.
- Rapport factuel au décideur désigné, sans recommandation de sanction précise dans de nombreuses politiques, afin de séparer l'établissement des faits et la décision.
- Décision et suites : procédure disciplinaire, mesures de protection, signalement aux autorités avec le consentement de la personne survivante sauf obligation légale, amélioration des contrôles, information des parties sur l'issue dans la limite de la confidentialité.
Modèle de plan d'enquête
| Rubrique | Contenu |
|---|---|
| Allégations | Formulées précisément : qui, quoi, quand, où, quelle règle est en cause |
| Faits à établir | Liste des éléments constitutifs de chaque manquement |
| Sources | Documents, données électroniques, témoins, observations |
| Entretiens | Liste, ordre, lieu, langue, interprète, soutien prévu |
| Risques | Pour la personne survivante, les témoins, les enquêteurs, la preuve ; mesures d'atténuation |
| Calendrier | Objectif réaliste, souvent 30 à 90 jours ; information des parties en cas de retard |
| Confidentialité | Liste des personnes informées ; stockage sécurisé des pièces |
Une enquête mal conduite par une personne non formée peut causer plus de tort que l'absence d'enquête : nouveau traumatisme pour la personne survivante, preuves détruites, mise en cause innocentée par vice de procédure. Si l'organisation n'a pas d'enquêteurs formés, elle fait appel à des enquêteurs externes qualifiés ou à des mécanismes communs.
7Construire et piloter une politique de rémunération : méthode et exemple
Une politique de rémunération répond à trois exigences parfois contradictoires : être compétitive pour attirer et garder les compétences, être soutenable au regard des financements, et être équitable, à la fois en interne (même travail, même salaire) et vis-à-vis du marché local (ne pas aspirer le personnel des services publics et des organisations nationales). Elle repose sur quatre outils : la classification des postes, l'enquête de salaires, la grille et les règles de progression.
Étape 1 : classer les postes
On évalue chaque poste, et non la personne qui l'occupe, selon des facteurs pondérés. Une méthode par points simple suffit dans la plupart des bureaux pays :
| Facteur | Poids | Niveaux (exemples) |
|---|---|---|
| Connaissances et qualifications requises | 30 % | Lecture et écriture ; diplôme technique ; licence ; master et expertise |
| Complexité et résolution de problèmes | 20 % | Tâches répétitives ; procédures avec choix ; analyse ; situations nouvelles |
| Responsabilité d'encadrement | 20 % | Aucune ; coordination de pairs ; encadrement de moins de 10 personnes ; encadrement de superviseurs |
| Responsabilité financière et matérielle | 15 % | Aucune ; petite caisse ; gestion de budget ; ordonnancement |
| Relations et représentation | 15 % | Internes ; communautés ; autorités locales ; bailleurs et autorités nationales |
Le total des points place le poste dans un grade. Un comité (RH, deux responsables de programme, un responsable support) classe les postes à partir des descriptions, et documente chaque classement.
Étape 2 : conduire une enquête de salaires
- Groupe de comparaison : 8 à 15 employeurs du même marché (ONG internationales et nationales, agences des Nations unies pour certains postes, entreprises pour les fonctions support comme les chauffeurs ou les comptables). Les forums d'ONG organisent souvent des enquêtes communes, qui réduisent les coûts et la surenchère.
- Postes repères : 10 à 15 postes bien définis et présents chez la plupart des employeurs (chauffeur, gardien, comptable, agent de terrain, chargé de projet).
- Données : salaire de base et rémunération totale en espèces (primes et indemnités régulières), avantages (assurance, treizième mois).
- Analyse : médiane (P50), premier et troisième quartiles (P25, P75) par poste repère.
- Positionnement : décision écrite, par exemple viser la médiane du marché des ONG pour la plupart des postes et le troisième quartile pour quelques fonctions en pénurie.
Étape 3 : construire la grille
Chaque grade a un point médian fixé selon le positionnement retenu, et une amplitude (par exemple de 85 % à 120 % du point médian) découpée en échelons. L'écart entre les points médians de deux grades successifs se situe souvent entre 12 % et 20 %.
Exemple fictif : les grades 3 à 6 du bureau de Tessaro
| Grade | Postes repères | Médiane du marché ONG (UML) | Point médian retenu | Échelon 1 (85 %) | Échelon 10 (120 %) |
|---|---|---|---|---|---|
| 3 | Agent de terrain, assistant administratif | 455 000 | 460 000 | 391 000 | 552 000 |
| 4 | Agent de suivi, assistant logistique | 540 000 | 540 000 | 459 000 | 648 000 |
| 5 | Superviseur, comptable | 640 000 | 635 000 | 539 750 | 762 000 |
| 6 | Chargé de projet, responsable RH de base | 760 000 | 750 000 | 637 500 | 900 000 |
L'analyse de la paie existante révèle trois anomalies : deux chauffeurs recrutés en urgence sont payés au-dessus du maximum de leur grade ; une comptable est au premier échelon malgré six ans d'ancienneté ; les femmes du grade 5 ont un salaire moyen inférieur de 9 % à celui des hommes du même grade, à ancienneté comparable, parce que les salaires de départ étaient négociés individuellement. Décisions : salaire des deux chauffeurs gelé (pas de baisse) jusqu'à ce que la grille les rattrape ; repositionnement de la comptable à l'échelon correspondant à son ancienneté ; fin des négociations individuelles à l'embauche, positionnement selon une règle écrite (expérience pertinente), et correction de l'écart femmes-hommes en deux étapes budgétées.
Étape 4 : les règles de progression et d'ajustement
- Avancement d'échelon annuel, conditionné à une évaluation au moins satisfaisante.
- Ajustement au coût de la vie : revue annuelle, et plus fréquente en cas d'inflation forte ; indexation partielle sur un indice publié ; décision coordonnée avec le forum des ONG quand c'est possible.
- Devise de paiement : en cas de dépréciation rapide, une grille en devise forte convertie mensuellement ou une indexation protège le pouvoir d'achat, dans les limites autorisées par la loi et la banque centrale.
- Mode de paiement : virement bancaire ou monnaie mobile de préférence ; le paiement en espèces, parfois inévitable, exige une double signature, un état de paie signé par chaque employé et une analyse des risques de sécurité.
Personnel national et international
Les écarts de rémunération entre personnel recruté localement et personnel international sont l'un des sujets les plus sensibles du secteur. Ils se justifient en partie par des marchés de recrutement différents et par les coûts d'expatriation, mais ils deviennent difficiles à défendre lorsque des postes de responsabilité identiques sont occupés par un national et par un international avec des écarts considérables, ou lorsque les avantages essentiels (assurance, évacuation, soutien psychologique) diffèrent selon le statut. Les engagements de localisation incitent à créer des postes de haut niveau ouverts au recrutement national et à des grilles nationales capables de rémunérer ces postes.
Le test d'équité simple : pourriez-vous expliquer, devant toute l'équipe réunie, pourquoi chaque personne est payée ce qu'elle est payée ? Si la réponse est non pour une seule personne, la politique a un problème.
8Erreurs fréquentes, contrôles des auditeurs et variations de contexte
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Annoncer les licenciements le dernier mois du financement | Préavis non respectés, indemnités non couvertes, contentieux | Tableau de bord des fins de financement ; décision à J-90 ; provisions mensuelles |
| Critères de sélection définis après avoir choisi les personnes | Discrimination, perte de confiance, recours | Critères validés et communiqués avant application, comité, vérification des effets |
| Notifier un licenciement par message ou par affichage | Atteinte à la dignité, risque sécuritaire, contestation | Entretien individuel, lettre, calcul détaillé, voies de recours |
| Enquête confiée au supérieur de la personne mise en cause | Conflit d'intérêts, pression, enquête invalidée | Enquêteur formé et indépendant, plan d'enquête |
| Salaires négociés au cas par cas | Inégalités, notamment entre femmes et hommes, tensions | Positionnement à l'embauche selon une règle écrite |
| Rémunérations nettement supérieures au marché local | Départ du personnel des services publics et des ONG nationales, inflation salariale | Enquête de salaires commune au forum des ONG, positionnement raisonné |
Ce que contrôlent les auditeurs et les bailleurs
- Paie : correspondance entre contrat, grille, état de paie et paiement ; séparation des tâches entre préparation, validation et paiement de la paie ; réconciliation mensuelle ; recherche d'employés fantômes et de doublons de comptes bancaires.
- Coûts de fin de contrat : base légale, calcul, part imputée à chaque projet, absence de double financement.
- Enquêtes et signalements : respect des délais contractuels de notification, suivi des cas, mesures correctives, protection contre les représailles. Les bailleurs comme le FCDO, à travers leurs vérifications préalables renforcées de sauvegarde, et les agences des Nations unies, à travers leurs évaluations PSEA des partenaires, examinent ces dispositifs.
- Politique salariale : existence d'une grille approuvée, d'une enquête de salaires récente, de règles d'ajustement, et cohérence entre budget proposé et grille appliquée.
Variations selon le contexte
- Urgence soudaine : montée en puissance rapide, puis réduction tout aussi rapide après la phase aiguë ; prévoir dès l'embauche des contrats courts clairement liés à la phase d'urgence et informer les employés de la durée probable.
- Crise prolongée : effectifs stables et ancienneté élevée, donc indemnités de fin de contrat importantes ; provisionnement rigoureux et plans de transition vers les partenaires nationaux.
- Économie en forte inflation ou dépréciation : révisions salariales fréquentes, choix de la devise, coordination entre organisations pour éviter la surenchère.
- Insécurité : licenciements potentiellement dangereux pour le personnel RH et la direction (menaces, pressions communautaires) ; analyse de sécurité préalable, notifications dans un lieu sûr, présence de deux personnes, attention aux employés exposés après leur départ.
- Gestion à distance : enquêtes plus difficiles ; recours à des enquêteurs externes basés dans la région, à des entretiens à distance sécurisés et à la préservation des preuves numériques.
- Transition vers un partenaire national : transfert éventuel de personnel dans les conditions du droit local, harmonisation des grilles, financement des coûts de transition.
9Questions d'entretien et références clés
Questions d'entretien
| Question | Éléments d'une réponse solide |
|---|---|
| Comment conduiriez-vous une réduction de 30 % des effectifs en trois mois ? | Analyse des postes avant les personnes ; avis juridique ; consultation des représentants et notification à l'autorité ; critères objectifs validés ; comité ; vérification des effets discriminatoires ; calcul et financement des coûts ; communication individuelle et respectueuse ; accompagnement ; attention à l'équipe restante. |
| Quelles sont les étapes d'une enquête interne sur une allégation d'abus sexuel ? | Réception, évaluation des risques et assistance à la personne survivante ; évaluation préliminaire ; notifications aux bailleurs dans les délais ; termes de référence et plan ; preuves documentaires ; entretiens dans l'ordre ; analyse selon la norme de preuve ; rapport au décideur ; décision et suites ; confidentialité et protection contre les représailles. |
| Pourquoi le supérieur hiérarchique ne doit-il pas enquêter ? | Conflit d'intérêts, rapport de pouvoir, risque de pression et de représailles, absence de formation, risque pour la preuve. |
| Comment construiriez-vous une grille salariale pour un nouveau bureau pays ? | Classification des postes par points ; enquête de salaires avec groupe de comparaison et postes repères ; positionnement écrit ; grades et échelons ; règles d'embauche et de progression ; ajustement au coût de la vie ; coordination avec le forum des ONG ; contrôle de l'égalité femmes-hommes. |
| Comment répondez-vous à un employé national qui conteste l'écart de salaire avec un collègue international sur un poste similaire ? | Écoute ; explication des marchés de recrutement et des coûts d'expatriation ; reconnaissance des limites de la justification ; avantages essentiels identiques ; perspectives de carrière et localisation ; remontée de la question à la direction. |
Références clés
- Organisation internationale du travail, convention n° 158 sur le licenciement (1982) et recommandation n° 166 ; convention n° 100 sur l'égalité de rémunération (1951) ; convention n° 190 sur la violence et le harcèlement (2019).
- CHS Alliance, Guidelines for Investigations: A Guide for Humanitarian Organisations on Receiving and Investigating Allegations of Abuse, Exploitation, Fraud or Corruption by their own Staff (2015).
- CHS Alliance, PSEA Implementation Quick Reference Handbook (2017).
- Comité permanent interorganisations (IASC), Six principes fondamentaux relatifs à l'exploitation et aux abus sexuels et ressources sur l'approche centrée sur la victime.
- Nations unies, Protocole des Nations unies sur les allégations d'exploitation et d'abus sexuels impliquant des partenaires d'exécution (2018).
- OCDE, Comité d'aide au développement, Recommandation sur l'élimination de l'exploitation, des abus et du harcèlement sexuels dans la coopération pour le développement et l'aide humanitaire (2019).
- Comité directeur pour la réponse humanitaire (SCHR), Misconduct Disclosure Scheme.
- CHS Alliance, Groupe URD et Projet Sphere, Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité, édition 2024.
- Charter for Change (2015) et engagements du Grand Bargain sur la localisation.
- Code du travail du pays d'intervention, conventions collectives et manuel RH pays de l'organisation ; conditions générales des contrats de financement des bailleurs concernés.
Exercice d'application : un plan de réduction d'effectifs
Une ONG doit passer de 40 à 28 employés en 2 mois. Rédigez le plan : critères de sélection, calendrier de communication, étapes légales, mesures d'accompagnement et message à l'équipe qui reste.
À retenir
- Restructuration : critères objectifs, communication précoce, accompagnement.
- Discipline : faits, droit de s'expliquer, décision proportionnée, recours.
- Enquête : indépendance, confidentialité, protection contre les représailles.
- Rémunération : grille transparente, écarts justifiés, devoir de protection pour tous.
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Pour aller plus loin : références de la formation
- CHS Alliance (2024). Norme humanitaire fondamentale – engagement 8 : personnel compétent et bien géré. www.chsalliance.org
- SCHR (2019). Dispositif de partage d'informations sur les mauvaises conduites (Misconduct Disclosure Scheme). misconduct-disclosure-scheme.org
- Antares Foundation (2012). Gérer le stress dans le travail humanitaire. www.antaresfoundation.org
- CHS Alliance, Groupe URD, Projet Sphère (2024). Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS). www.corehumanitarianstandard.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.