Jour 3 sur 4 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Surveillance, épidémies et coordination

Objectifs du jour
  • Mettre en place un système d'alerte précoce (EWARN) et vérifier les alertes.
  • Organiser la riposte à une épidémie de choléra ou de rougeole.
  • Coordonner avec le cluster Santé, utiliser HeRAMS et protéger les soins contre les attaques.

1Le système d'alerte précoce (EWARN)

L'EWARN (Early Warning, Alert and Response Network) est un système de surveillance simplifié, mis en place quand le système national ne fonctionne plus. Il repose sur :

  • une liste courte de maladies prioritaires (diarrhée aqueuse aiguë, diarrhée sanglante, rougeole, paludisme, méningite, paralysie flasque aiguë, fièvre hémorragique, ictère aigu) ;
  • des définitions de cas standardisées, simples, connues de tous les soignants ;
  • un rapport hebdomadaire de toutes les structures, y compris un « rapport zéro » quand aucun cas n'est vu ;
  • des seuils d'alerte : un seul cas suspect de choléra, de rougeole, de paralysie flasque ou de fièvre hémorragique déclenche une alerte immédiate ;
  • la vérification de chaque alerte dans les 24 heures et une investigation rapide.

Deux indicateurs de qualité : la complétude et la promptitude des rapports, idéalement au moins 80 %. Un système qui ne reçoit qu'un rapport sur deux ne voit pas les épidémies.

2Riposter au choléra

Le choléra peut tuer en quelques heures par déshydratation, mais la létalité doit rester inférieure à 1 % avec une bonne prise en charge. La riposte combine :

  • prise en charge : points de réhydratation orale (SRO) dans la communauté, unités et centres de traitement du choléra (UTC, CTC) pour la réhydratation intraveineuse au Ringer lactate des cas sévères, antibiotiques selon les recommandations ;
  • confirmation par tests de diagnostic rapide puis culture au laboratoire ;
  • WASH : chloration de l'eau, désinfection des domiciles des cas, ciblage des « cercles » autour des cas (CATI), hygiène, inhumations sûres ;
  • vaccin oral contre le choléra (VCO), demandé au groupe international de coordination (ICG) ;
  • communication sur les risques et engagement communautaire pour lutter contre les rumeurs.

Une létalité supérieure à 1 % signale un retard de prise en charge, un accès insuffisant ou une qualité de soins à corriger, souvent par plus de points de SRO au plus près des ménages.

3Riposter à la rougeole et aux autres épidémies

En camp, un seul cas confirmé de rougeole justifie une riposte. On isole et traite les cas (vitamine A, traitement des complications, surveillance nutritionnelle), on lance ou complète la campagne de vaccination et on cherche activement les cas. Pour toute épidémie, la démarche est la même : confirmer l'épidémie, définir les cas, décrire par temps, lieu et personne (courbe épidémique, carte, âge), formuler des hypothèses, mettre en place les mesures de contrôle et suivre l'évolution chaque jour.

Le Règlement sanitaire international (2005) impose aux États de notifier à l'OMS certains événements. Les ONG transmettent leurs alertes au ministère de la Santé et au cluster, jamais aux médias d'abord. Les stocks de préparation (kits choléra, tests rapides, vaccins via l'ICG) se prépositionnent avant la saison à risque.

4Cluster Santé, HeRAMS et protection des soins

Le cluster Santé, dirigé par l'OMS au niveau mondial, coordonne avec le ministère de la Santé : analyse commune des risques, cartographie 4W, harmonisation des protocoles et des listes de médicaments, plan de réponse, suivi des gaps et plaidoyer. Le système HeRAMS (Health Resources and Services Availability Monitoring System) recense, structure par structure, ce qui fonctionne réellement : bâtiment, personnel, équipements, services disponibles, causes d'indisponibilité. Il évite d'ouvrir un poste de santé à côté d'un centre qui fonctionne déjà.

Les attaques contre les soins (frappes sur des hôpitaux, violences contre les soignants, obstruction des ambulances, pillage) sont interdites par le droit international humanitaire, rappelé par la résolution 2286 (2016) du Conseil de sécurité. L'OMS les documente dans son système de surveillance des attaques contre les soins (SSA). Pour une ONG : signaler chaque incident, protéger le personnel et les patients, respecter la neutralité (pas d'armes dans les structures) et ne pas suspendre les soins sans plan de continuité.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Mettre en place un EWARN pas à pas

Un système d'alerte précoce se conçoit en deux à quatre semaines et doit produire son premier bulletin hebdomadaire dans le premier mois. Le guide opérationnel de l'OMS sur l'alerte précoce et la riposte en situation d'urgence décrit la démarche ; elle est toujours conduite sous l'autorité du ministère de la Santé, avec l'appui de l'OMS et du cluster Santé, et vise dès le départ l'intégration dans la surveillance nationale.

Étape 1 : décider de l'activation et du périmètre

On active un EWARN quand le système de surveillance national ne fonctionne plus dans la zone touchée, ou ne peut pas absorber l'afflux de population, et quand le risque épidémique est élevé. On définit la zone géographique, les structures participantes (structures publiques, structures des ONG, cliniques mobiles, puis éventuellement la surveillance communautaire) et la durée prévisible.

Étape 2 : choisir les maladies et les définitions de cas

La liste doit rester courte (8 à 12 événements) et se limiter aux maladies à potentiel épidémique ou à forte mortalité, pour lesquelles une action est possible. Les définitions de cas sont celles du ministère ou de l'OMS, imprimées et affichées dans chaque salle de consultation.

ÉvénementDéfinition de cas suspect (simplifiée)Seuil d'alerte habituel
Diarrhée aqueuse aiguë ou choléra suspectHors épidémie déclarée : toute personne de 2 ans ou plus avec diarrhée aqueuse aiguë et déshydratation sévère, ou décédée de diarrhée aqueuse aiguë ; en épidémie déclarée : toute personne avec ou décédée de diarrhée aqueuse aiguëUn cas suspect de choléra ; pour la diarrhée aqueuse en général, doublement par rapport à la moyenne des semaines précédentes
Diarrhée sanglanteDiarrhée avec du sang visible dans les selles5 cas ou plus dans une semaine en un même lieu, ou doublement
Rougeole suspecteFièvre et éruption maculopapuleuse avec toux, rhinite ou conjonctiviteUn seul cas
Méningite suspecteFièvre brutale avec raideur de nuque, ou bombement de la fontanelle chez le nourrissonUn cas en camp ; dans la ceinture africaine de la méningite, seuils hebdomadaires par population (par exemple 3 cas pour 100 000 pour l'alerte et 10 pour 100 000 pour l'épidémie dans les districts de 30 000 à 100 000 habitants ; 2 cas en une semaine pour l'alerte et 5 cas ou un doublement pour l'épidémie dans les populations de moins de 30 000)
Paralysie flasque aiguëParalysie flasque d'apparition brutale chez un enfant de moins de 15 ansUn seul cas
Fièvre hémorragique aiguëFièvre avec saignements inexpliquésUn seul cas
Syndrome d'ictère aiguIctère d'apparition récente avec fièvre ou malaiseRegroupement de cas ou doublement
Paludisme (confirmé)Fièvre avec test de diagnostic rapide ou goutte épaisse positifDoublement par rapport à la moyenne des trois semaines précédentes, ou dépassement du seuil saisonnier
Infection respiratoire aiguë graveSelon la définition nationaleAugmentation inhabituelle ou regroupement de cas graves

Étape 3 : organiser le flux des données

  1. Chaque structure remplit un registre de consultation où le diagnostic correspond aux définitions de cas.
  2. Un formulaire hebdomadaire agrégé (cas et décès par événement, par tranche d'âge de moins de 5 ans et 5 ans et plus) est transmis chaque lundi avant midi pour la semaine épidémiologique écoulée, y compris un rapport « zéro cas ».
  3. Un formulaire d'alerte immédiate est transmis par téléphone ou message dans les 24 heures pour tout événement à seuil d'un cas.
  4. Le point focal de district ou du site saisit les données dans une base unique (souvent un module DHIS2 ou un tableur standardisé du cluster), contrôle la qualité et relance les structures manquantes.
  5. L'équipe d'analyse produit le bulletin le mercredi ou le jeudi.

Étape 4 : former et superviser

Formation d'une journée pour les cliniciens (définitions de cas, remplissage, alerte), de deux à trois jours pour les points focaux (saisie, analyse simple, vérification, prélèvements). Supervision mensuelle de chaque structure avec contrôle croisé entre registre et formulaire hebdomadaire sur un échantillon de semaines.

Étape 5 : analyser et diffuser chaque semaine

  • Courbes par événement sur au moins huit semaines, comparaison aux seuils.
  • Morbidité proportionnelle et incidence pour 1 000 personnes par semaine, quand le dénominateur est fiable.
  • Liste des alertes reçues, vérifiées dans les 24 heures, investiguées, et leur conclusion.
  • Complétude et promptitude par structure, avec relance nominative des structures défaillantes.
  • Bulletin de deux pages diffusé au ministère, au cluster, aux structures participantes, avec les actions demandées.
Indicateur de performanceCalculCible
ComplétudeRapports reçus ÷ rapports attendusAu moins 80 %
PromptitudeRapports reçus dans les délais ÷ rapports attendusAu moins 80 %
Vérification des alertesAlertes vérifiées dans les 24 heures ÷ alertes reçuesAu moins 90 %
Délai de riposteDélai entre la vérification et le début des mesures de contrôleMoins de 48 heures
Rétro-informationBulletins diffusés ÷ semaines100 %

Un EWARN ne vaut que par sa capacité à déclencher une action. Chaque bulletin doit se terminer par une liste d'actions avec un responsable et une échéance ; une alerte vérifiée qui n'a donné lieu à aucune décision documentée est un échec du système, même si les données sont parfaites.

6Vérifier une alerte et investiguer une épidémie

La plupart des alertes ne sont pas des épidémies : erreur de définition de cas, double comptage, regroupement fortuit. La vérification évite de mobiliser des ressources pour rien ; l'investigation, quand l'alerte est confirmée, permet de cibler la riposte.

La vérification (dans les 24 heures)

  1. Appeler le clinicien ou le point focal qui a signalé l'alerte : le cas répond-il bien à la définition ? Quelle date de début des symptômes ? Quelle provenance ?
  2. Rechercher d'autres cas dans les registres de la structure et des structures voisines sur les deux dernières semaines.
  3. Vérifier qu'un prélèvement a été fait ou peut l'être, et que le patient est pris en charge et isolé si nécessaire.
  4. Classer l'alerte : écartée, en cours, confirmée comme signal nécessitant une investigation. Consigner la décision dans le registre des alertes.

L'investigation : les étapes classiques

ÉtapeContenuProduit
1. PréparerÉquipe (épidémiologiste, clinicien, technicien de laboratoire, spécialiste WASH ou de la communication selon la maladie), matériel de prélèvement, équipements de protection, autorisationsOrdre de mission, liste du matériel
2. Confirmer le diagnosticExamen des cas, tests de diagnostic rapide, prélèvements pour le laboratoire de référenceRésultats de laboratoire
3. Confirmer l'épidémieComparer au nombre de cas attendu pour la période et le lieuDécision de déclaration, par le ministère
4. Définir les cas et rechercher activementDéfinitions suspect, probable, confirmé ; recherche dans la communauté et les structuresListe linéaire (une ligne par cas)
5. Décrire en temps, lieu, personneCourbe épidémique, carte des cas, répartition par âge et sexe, taux d'attaqueRapport descriptif
6. Formuler des hypothèsesSource, mode de transmission, groupes à risqueHypothèses à tester
7. Mettre en œuvre les mesures de contrôleSans attendre la fin de l'investigation : prise en charge, isolement, eau, vaccination, communicationPlan de riposte initial
8. CommuniquerRapport au ministère, au cluster, à l'OMS ; information de la communautéRapport d'investigation, messages communautaires

La liste linéaire : le minimum

Identifiant (jamais le nom dans les versions partagées), âge, sexe, lieu de résidence (secteur, bloc), date de début des symptômes, date de consultation, signes cliniques clés, statut vaccinal si pertinent, prélèvement (date, type, résultat), devenir (guéri, décédé, en cours), lieu du décès (structure ou communauté). Les variables de date permettent de calculer le délai entre début des symptômes et prise en charge, un indicateur clé de l'accès.

Les prélèvements

  • Choléra : selles prélevées avant antibiotique, test de diagnostic rapide sur place pour orienter, confirmation par culture ou PCR ; milieu de transport Cary-Blair pour l'acheminement.
  • Rougeole : sérum pour la recherche d'IgM, ou prélèvement de gorge selon le protocole national.
  • Méningite : liquide céphalorachidien, test rapide si disponible, milieu de transport pour la culture.
  • Transport en triple emballage conforme aux règles de transport des matières infectieuses, avec fiche de renseignements et chaîne du froid si nécessaire.

La confirmation de laboratoire sert à confirmer l'épidémie et à identifier le germe ; elle n'est pas nécessaire pour chaque cas. Une fois l'épidémie confirmée, la riposte se fait sur la définition de cas clinique, et on ne prélève plus qu'un échantillon de cas pour suivre l'évolution et la sensibilité aux antibiotiques.

7Choléra : organiser la prise en charge et la riposte en pratique

Le Groupe spécial mondial de lutte contre le choléra (GTFCC) recommande une riposte multisectorielle coordonnée. Le volet prise en charge vise une létalité inférieure à 1 % ; les volets WASH, vaccination et engagement communautaire visent à interrompre la transmission.

Les trois niveaux de prise en charge

StructureRôlePatientsImplantation
Point de réhydratation orale (PRO)Dépistage, SRO, référence des cas avec déshydratation sévèrePas de déshydratation ou déshydratation modéréeAu plus près des ménages, dans les secteurs touchés
Unité de traitement du choléra (UTC)Réhydratation intraveineuse, hospitalisation courteTous les degrés, capacité limitéeSouvent adossée à un centre de santé
Centre de traitement du choléra (CTC)Prise en charge complète, y compris des cas compliquésCas sévères, femmes enceintes, enfants malnutris, comorbiditésPrès d'un hôpital ou site dédié, accessible jour et nuit

La réhydratation selon le degré de déshydratation

  • Plan A (pas de déshydratation) : SRO à domicile après chaque selle liquide, poursuite de l'alimentation, zinc chez l'enfant.
  • Plan B (déshydratation modérée) : SRO sous observation, environ 75 ml par kilogramme en 4 heures, puis réévaluation.
  • Plan C (déshydratation sévère) : Ringer lactate par voie intraveineuse, 100 ml par kilogramme : chez la personne de plus d'un an, 30 ml/kg en 30 minutes puis 70 ml/kg en 2 heures et demie ; chez le nourrisson de moins d'un an, 30 ml/kg en une heure puis 70 ml/kg en 5 heures. Réévaluation fréquente, passage aux SRO dès que le patient peut boire.
  • Antibiotiques : recommandés par le GTFCC pour les patients hospitalisés avec déshydratation sévère, selon le protocole national et la sensibilité locale (souvent doxycycline en dose unique chez l'adulte).

Organisation d'un CTC

Le CTC est clôturé avec une seule entrée et une seule sortie contrôlées, et se divise en zones : tri, observation, hospitalisation (lits choléra percés avec seau), convalescence, zone neutre (personnel, pharmacie, cuisine), morgue, gestion des déchets. Le lavage des mains et la désinfection des chaussures se font à chaque passage d'une zone à l'autre. Concentrations de chlore habituellement utilisées : 0,05 % pour les mains et la peau, 0,2 % pour les sols, les lits et les surfaces, 2 % pour les excréta, les vomissures et la préparation des corps. Les besoins en eau sont élevés, de l'ordre de 60 litres par patient et par jour et davantage, selon les recommandations Sphère pour les centres de traitement.

Estimer les besoins

On part d'une hypothèse de taux d'attaque (souvent 1 à 5 % dans un camp densément peuplé à faible couverture WASH, nettement moins en population ouverte) et d'une proportion de cas sévères, souvent de l'ordre de 20 %. Nombre de lits nécessaires au pic : cas sévères hospitalisés par jour au pic × durée moyenne de séjour (souvent 2 à 3 jours), plus une marge. Un adulte en déshydratation sévère consomme souvent de l'ordre de 6 à 10 litres de Ringer lactate sur son séjour, ce qui détermine la logistique. Les kits choléra de l'OMS (modules central, périphérique, communautaire et matériel) sont dimensionnés pour un nombre défini de patients ; on se réfère à la fiche en vigueur pour la composition exacte.

Interrompre la transmission

  • Interventions ciblées autour des cas (CATI) : une équipe intervient dans les 24 à 48 heures dans un rayon d'environ 100 à 250 mètres autour du ménage d'un cas : traitement de l'eau à domicile, distribution de produits de chloration et de savon, promotion de l'hygiène, SRO, recherche active des cas et, si décidé, chimioprophylaxie des contacts du ménage ou vaccination en anneau.
  • Eau : chloration aux points de distribution avec un objectif de chlore résiduel libre d'au moins 0,5 mg/l au point de distribution en contexte épidémique, contrôlé et enregistré chaque jour.
  • Inhumations : inhumations sûres et dignes, désinfection des corps, accompagnement des familles pour adapter les rites.
  • Vaccin oral contre le choléra : demande au Groupe international de coordination (ICG) par le ministère de la Santé, avec un plan de vaccination ; en raison de la pénurie mondiale, l'ICG applique depuis 2022 une stratégie à dose unique pour la riposte.
  • Communication sur les risques et engagement communautaire : messages sur la réhydratation précoce et les lieux de soins, suivi et réponse aux rumeurs, implication des leaders religieux et des tradipraticiens.
Indicateur de riposteCibleInterprétation
Létalité globaleInférieure à 1 %Au-delà, chercher un problème d'accès ou de qualité
Létalité en structureInférieure à 1 %Élevée : qualité des soins (tri, volume de Ringer, surveillance de nuit)
Proportion des décès survenus dans la communautéLa plus faible possibleÉlevée : accès insuffisant, PRO trop éloignés, peur des CTC
Délai médian entre début des symptômes et prise en chargeMoins de 24 heuresLong : accès, information
Proportion des cas ayant bénéficié d'une CATI dans les 48 heuresAu moins 80 %Faible : capacité des équipes WASH
Proportion des points d'eau avec chlore résiduel libre conformeAu moins 95 %Faible : rupture de chlore ou défaut de supervision

8Exemple complet : l'épidémie de choléra du site de Kalombo

Contexte fictif : le site de Kalombo (40 000 déplacés, voir le jour 1) reçoit les premières pluies. Le WASH atteint désormais 11 litres par personne et par jour, avec 1 latrine pour 60 personnes. Le secteur A, en bordure de rivière, s'approvisionne en partie directement à la rivière. Le lundi de la semaine 1, l'EWARN signale deux adultes avec diarrhée aqueuse et déshydratation sévère, dont un décédé à domicile.

1. Vérification et confirmation (J0 à J3)

Le point focal vérifie dans les 6 heures : les deux cas répondent à la définition de choléra suspect, ils vivent dans le secteur A. Recherche dans les registres : 4 autres cas de diarrhée aqueuse chez des adultes depuis 5 jours. Deux tests de diagnostic rapide sont positifs ; cinq prélèvements partent en milieu Cary-Blair vers le laboratoire national, qui confirme Vibrio cholerae O1 à J3. Le ministère déclare l'épidémie et active la gestion d'incident ; le cluster convoque une réunion choléra quotidienne.

2. Données hebdomadaires

SemaineCasDécèsdont décès dans la communautéLétalitéComplétude EWARN
S1122116,7 %88 %
S2485310,4 %90 %
S3135634,4 %94 %
S4210522,4 %96 %
S5160211,3 %95 %
S695101,1 %92 %
Total66021103,2 %

3. Lecture à la fin de la semaine 2 et décisions

Létalité de 10,4 % et 60 % des décès dans la communauté : le problème principal est l'accès, pas seulement la qualité. Le délai médian entre début des symptômes et prise en charge, calculé sur la liste linéaire, est de 19 heures, trop long pour une maladie qui tue en quelques heures. Décisions prises à la réunion :

  1. Ouverture de 8 points de réhydratation orale, dont 4 dans le secteur A, ouverts de 6 heures à 22 heures, avec des agents formés au dépistage de la déshydratation sévère et à la référence immédiate.
  2. Transformation de la zone d'observation du poste de santé Nord en UTC de 10 lits, en attendant le CTC.
  3. Installation d'un CTC sur le terrain identifié lors de la préparation, avec équipe de nuit renforcée (deux infirmiers et un médecin d'astreinte) ; formation express au plan C et à la surveillance horaire.
  4. CATI autour de chaque nouveau cas dans les 48 heures ; fermeture de l'accès direct à la rivière et installation de deux points d'eau chlorés provisoires dans le secteur A.
  5. Messages communautaires sur les SRO et les points de réhydratation, diffusés par les relais, les leaders religieux et une radio locale ; suivi des rumeurs selon lesquelles « on meurt au CTC ».
  6. Demande de vaccin oral contre le choléra à l'ICG par le ministère, avec un plan de campagne pour l'ensemble du site.

4. Dimensionnement du CTC (calcul fait en semaine 3)

ParamètreHypothèseRésultat
Cas au pic (par semaine)Projection prudente à partir de la croissance observée250
Cas sévères hospitalisés20 % des cas50 par semaine, soit environ 7 par jour
Durée moyenne de séjour3 joursEnviron 21 lits occupés
Lits à installerMarge de 50 % pour les fluctuations et les cas modérés observés30 lits
Ringer lactate8 litres par cas sévère, marge pour les cas modérés perfusésEnviron 400 litres par semaine pour les seuls cas sévères, commande de 500 litres par semaine
Eau pour le CTC60 litres par patient et par jour au minimumEnviron 1 800 litres par jour pour 30 lits, plus l'eau des accompagnants

5. Analyse par secteur (fin de semaine 6)

SecteurPopulationCas cumulésTaux d'attaque
A (bord de rivière)8 0002603,25 %
B12 0002201,83 %
C10 0001201,20 %
D10 000600,60 %
Total40 0006601,65 %

Le taux d'attaque cinq fois plus élevé dans le secteur A que dans le secteur D confirme l'hypothèse de l'eau de rivière. La baisse des cas à partir de la semaine 5 est réelle : la complétude des rapports reste supérieure à 90 %, ce qui exclut un artefact de surveillance. La létalité hebdomadaire est passée de 16,7 % à 1,1 %, mais la létalité cumulée (3,2 %) reste élevée à cause des premières semaines : le rapport de fin d'épidémie doit présenter les deux et expliquer le retard initial.

Leçon principale tirée du retour d'expérience : le site de CTC et un stock choléra avaient été prévus, mais aucun point de réhydratation orale n'avait été prépositionné dans les secteurs. Les décès des deux premières semaines sont survenus surtout la nuit, à domicile, chez des patients qui auraient pu être sauvés par des SRO et une référence rapide.

9Travailler dans le cluster Santé et protéger les soins : le mode opératoire

Ce que le cluster attend d'un partenaire

ObligationRythmeContenu
Rapport 4W (qui fait quoi, où, quand)Mensuel, souvent avant le 5 du moisActivités par structure et par zone, populations couvertes, indicateurs du plan de réponse
Données EWARNHebdomadaireFormulaires de toutes les structures appuyées, rapports zéro inclus
Mise à jour HeRAMSSelon le cycle défini par le cluster, et après tout changement majeurStatut des structures appuyées, services disponibles, causes d'indisponibilité
Participation aux réunionsHebdomadaire en phase aiguë, puis bimensuelle ou mensuelleMise à jour, gaps, demandes d'appui
Signalement des attaques contre les soinsImmédiatAu point focal SSA de l'OMS et au cluster
Application des normes communesContinuProtocoles, liste de médicaments, grille de primes, outils de collecte harmonisés

Préparer une réunion de coordination utile

  • Envoyer ses données avant la réunion, pas pendant.
  • Arriver avec une demande précise (par exemple : « nous n'avons plus de capacité de référence obstétricale la nuit dans le secteur Sud ; qui peut prendre le relais ? ») plutôt qu'une liste d'activités.
  • Signaler les gaps qu'on ne peut pas couvrir, même si cela met en évidence ses propres limites.
  • Repartir avec les décisions et les responsables, et les répercuter à l'équipe de terrain le jour même.

Les groupes techniques du cluster

Selon le contexte, le cluster s'appuie sur des groupes de travail techniques : santé sexuelle et reproductive (coordination du DMU), SMSPS (souvent commun avec la protection), vaccination, choléra ou maladies diarrhéiques, information sanitaire, et un groupe de coordination de la riposte aux épidémies. Les groupes conjoints santé-nutrition-WASH sont essentiels pour le choléra et la malnutrition.

Protéger les soins : procédure pour une organisation de santé

  1. Avant : signaler les coordonnées des structures aux parties au conflit par le mécanisme de notification humanitaire quand il existe ; afficher l'interdiction des armes à l'entrée ; former le personnel au comportement face aux porteurs d'armes et au tri impartial ; plan de continuité (stocks dans les structures, personnel de remplacement, lieux de repli).
  2. Pendant un incident : sécurité du personnel et des patients d'abord ; poursuite des soins vitaux si possible ; documentation factuelle (date, heure, lieu, type d'attaque, conséquences, sans spéculation sur l'auteur dans les rapports partagés).
  3. Après : signalement au point focal du SSA de l'OMS et au cluster dans les 24 heures ; information de la cellule sécurité et du siège ; soutien psychosocial du personnel ; évaluation de la reprise des activités ; contribution au plaidoyer collectif plutôt qu'aux déclarations isolées, en tenant compte du risque pour le personnel.

Le SSA classe les incidents selon le type (violence avec arme, obstruction, enlèvement, pillage, militarisation d'une structure, etc.) et les ressources touchées (structures, personnel, patients, transports, fournitures). Ces données alimentent les rapports du Secrétaire général sur la protection des civils et l'initiative du CICR « Les soins de santé en danger ».

La neutralité d'une structure de santé se construit chaque jour : soigner tous les blessés selon le seul critère médical, refuser les armes et les escortes armées dans l'enceinte, ne pas laisser une partie s'approprier les lieux. Un seul manquement peut faire de la structure une cible.

10Erreurs fréquentes, variations de contexte, questions d'entretien et références

Erreurs fréquentes

ErreurConséquenceBonne pratique
Liste de maladies EWARN trop longueFormulaires mal remplis, complétude en chute8 à 12 événements, seulement ceux qui déclenchent une action
Pas de rapport zéroImpossible de distinguer absence de cas et absence de rapportRapport zéro obligatoire et suivi de la complétude
Alertes non vérifiées faute de personnelÉpidémies détectées avec des semaines de retardÉquipe de vérification désignée, joignable 7 jours sur 7
Attendre la confirmation du laboratoire pour agirRetard de riposte de plusieurs joursMesures de contrôle sur la définition clinique dès la vérification
CTC seul, sans points de réhydratation oraleLétalité élevée par décès communautairesRéseau de points de réhydratation au plus près des ménages
Létalité calculée sur les seuls cas en structureFausse impression de bonne performanceInclure les décès communautaires, présenter les deux létalités
Communication d'une épidémie aux médias avant le ministèreCrise de confiance, risque pour l'enregistrement de l'organisationCircuit officiel : ministère, OMS, cluster, puis communication concertée
Données identifiantes partagées dans les listes linéairesStigmatisation des patients, atteinte à la confidentialitéIdentifiants codés, partage limité, mots de passe

Variations selon le contexte

ContexteAdaptations
Crise soudaineEWARN activé dans les deux premières semaines, préparation immédiate aux maladies diarrhéiques et à la rougeole
Crise prolongéeIntégration de l'EWARN dans la surveillance nationale (souvent DHIS2), renforcement du laboratoire, préparation saisonnière
CampSeuils bas, surveillance exhaustive, riposte très rapide, CATI faciles à organiser
Milieu urbainNombreuses structures privées à inclure, mobilité élevée, cartographie des cas par quartier
Gestion à distanceSurveillance communautaire à base d'événements par téléphone, vérification par des partenaires locaux, envoi de tests rapides
InsécuritéInvestigation par des équipes locales, prélèvements acheminés par des circuits sûrs, priorité aux mesures applicables sans accès extérieur (SRO, chlore, messages)
Partenaires locaux à faible capacitéFormulaires très simples, rappel téléphonique hebdomadaire, analyse centralisée avec retour rapide

Ce que regardent bailleurs et évaluateurs

  • La complétude et la promptitude de la surveillance, et la traçabilité des alertes jusqu'à la décision.
  • La létalité des épidémies prises en charge, ventilée par lieu de décès, et l'explication des écarts.
  • La préparation : plans de contingence, stocks prépositionnés, équipes formées avant la saison à risque.
  • La coordination effective : rapports 4W, participation aux groupes techniques, alignement sur le plan de riposte national.

Questions d'entretien et éléments d'une réponse solide

  1. « Votre EWARN a une complétude de 55 %. Que faites-vous ? » Identifier les structures défaillantes et les causes (formulaire, réseau, charge de travail, absence de retour), simplifier, relancer, superviser, montrer l'utilité par le bulletin ; ne pas interpréter les tendances tant que la complétude est basse.
  2. « Un cas suspect de rougeole est signalé dans un camp. Quelles sont vos 72 premières heures ? » Vérification, prélèvement, isolement, prise en charge avec vitamine A, recherche active, vérification de la couverture, préparation ou lancement de la vaccination de riposte, information du ministère et du cluster.
  3. « La létalité du choléra est de 5 %. Quelles hypothèses ? » Distinguer décès communautaires et décès en structure ; accès (distance, nuit, peur, coût) contre qualité (tri, volumes de Ringer, surveillance, cas compliqués) ; mesures correspondantes.
  4. « Comment dimensionnez-vous un CTC ? » Hypothèse de taux d'attaque, proportion de cas sévères, durée de séjour, lits au pic, consommation de Ringer et d'eau, personnel, marge, révision hebdomadaire.
  5. « Une de vos structures a été pillée par un groupe armé. Que faites-vous ? » Sécurité du personnel, documentation factuelle, signalement au SSA et au cluster, soutien au personnel, analyse de la reprise, plaidoyer collectif plutôt que dénonciation isolée.

Références clés

  • OMS, Early warning alert and response in emergencies: an operational guide (guide opérationnel EWARN).
  • Groupe spécial mondial de lutte contre le choléra (GTFCC), guides sur la prise en charge des patients, la surveillance, les interventions ciblées autour des cas et la demande de vaccin oral auprès de l'ICG.
  • OMS, fiches et listes des kits choléra.
  • Médecins Sans Frontières, Prise en charge d'une épidémie de choléra (guide pratique).
  • OMS, Règlement sanitaire international (2005), notamment l'annexe 2.
  • OMS, directives sur la riposte aux épidémies de méningite et seuils épidémiques en Afrique.
  • Global Health Cluster, Health Cluster Guide (2020) et outils 4W.
  • OMS, Surveillance System for Attacks on Health Care (SSA), méthodologie.
  • Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 2286 (2016) ; CICR, initiative Les soins de santé en danger.
  • Association Sphère, Le manuel Sphère (2018), normes sur les maladies transmissibles et sur l'eau dans les centres de traitement.
Mise en situation

La réunion du cluster en pleine épidémie

Capitale provinciale, réunion hebdomadaire du cluster Santé

Votre rôle

Vous représentez votre ONG, qui gère des centres de santé dans deux districts touchés.

Une épidémie de choléra s'étend. La veille, un centre de santé soutenu par votre ONG a été pillé et un infirmier blessé. Le coordinateur du cluster présente une carte HeRAMS : un district n'a plus aucune structure fonctionnelle. Un bailleur propose de financer un hôpital de campagne dans la capitale.

  1. Décision 1 sur 3Que faites-vous de l'attaque contre votre centre ?

  2. Décision 2 sur 3Comment réagissez-vous à la proposition d'hôpital de campagne ?

  3. Décision 3 sur 3Quel engagement prenez-vous pour la semaine suivante ?

Exercice d'application : une alerte choléra

Lundi, un centre de santé signale trois adultes avec diarrhée aqueuse aiguë et déshydratation sévère, dont un décédé, tous du même quartier proche d'une rivière. Décrivez heure par heure les 72 premières heures : vérification de l'alerte, prélèvements, prise en charge, mesures WASH, communication, notification au ministère et au cluster, besoins en intrants et indicateurs à suivre chaque jour.

À retenir

  • EWARN : maladies prioritaires, définitions de cas, rapport hebdomadaire et rapport zéro.
  • Alerte vérifiée dans les 24 heures ; complétude et promptitude d'au moins 80 %.
  • Choléra : létalité < 1 %, SRO au plus près, CTC/UTC, WASH, vaccin oral via l'ICG.
  • Rougeole : un seul cas confirmé en camp = riposte.
  • Cluster Santé dirigé par l'OMS ; HeRAMS ; signaler toute attaque contre les soins (SSA).

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitre Santé). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. Comité permanent interorganisations (IASC) (2007). Directives du CPI concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence. interagencystandingcommittee.org
  3. Groupe de travail interorganisations sur la santé reproductive en situations de crise (IAWG) (2018). Manuel de terrain interorganisations sur la santé reproductive en situations de crise humanitaire. iawg.net
  4. Organisation mondiale de la Santé (2012). Outbreak surveillance and response in humanitarian emergencies: WHO guidelines for EWARN implementation. www.who.int
  5. Organisation mondiale de la Santé (2017). Kit sanitaire d'urgence interinstitutions (IEHK) 2017. www.who.int
  6. Global Task Force on Cholera Control (GTFCC) (2017). Ending Cholera: A Global Roadmap to 2030. www.gtfcc.org
  7. Global Health Cluster, Organisation mondiale de la Santé (2020). Health Cluster Guide: a practical handbook. healthcluster.who.int
  8. Organisation mondiale de la Santé (2018). Surveillance System for Attacks on Health Care (SSA). extranet.who.int/ssa

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Dans un EWARN, un « rapport zéro » signifie :
2Dans une épidémie de choléra bien prise en charge, la létalité doit rester :
3Au niveau mondial, le cluster Santé est dirigé par :

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