Jour 4 sur 4 · 6 heures · Niveau 3 Avancé · Module avancé

Programmes VBG spécialisés, cas complexes et gestion éthique des données

Objectifs du jour
  • Concevoir un programme VBG spécialisé conforme aux Normes minimales inter-agences.
  • Accompagner des cas complexes en conciliant sécurité, consentement et intérêt supérieur.
  • Piloter la qualité par des données collectées et partagées de façon éthique.

1Les Normes minimales inter-agences (2019)

Les Normes minimales pour la programmation de la lutte contre la VBG dans les situations d'urgence, publiées par l'UNFPA et le GBV AoR, fixent seize normes regroupées en trois ensembles : les normes fondamentales (principes directeurs, participation et autonomisation des femmes et des filles, soins et soutien au personnel), les normes de programmation (soins de santé, santé mentale et soutien psychosocial, gestion de cas, systèmes de référencement, sécurité et atténuation des risques, justice et aide juridique, kits de dignité et assistance en espèces, autonomisation économique et moyens de subsistance, transformation des systèmes et des normes sociales, espaces sûrs pour les femmes et les filles) et les normes de coordination et de gestion (préparation, évaluation, suivi et évaluation, collecte et utilisation des données VBG).

Chaque norme comporte des actions clés et des indicateurs. Exemples : du personnel féminin pour les services aux femmes, une supervision régulière des gestionnaires de cas, des kits de dignité conçus avec les femmes et distribués comme point d'entrée vers les services, une analyse des risques de VBG dans toute programmation en espèces.

2Accompagner des cas complexes

Certains cas demandent une analyse fine et une supervision rapprochée :

  • Enfants survivants : application des Directives sur la prise en charge des enfants survivants (CCS), consentement de l'enfant selon son âge et sa maturité, accord du parent ou tuteur sauf si celui-ci est l'auteur ou met l'enfant en danger, coordination avec la protection de l'enfance.
  • Auteur proche ou puissant (mari, chef, agent humanitaire) : plan de sécurité renforcé, discrétion absolue dans les déplacements, solutions d'hébergement temporaire.
  • Exploitation et abus sexuels par du personnel humanitaire : signalement par le canal PEAS dédié, assistance immédiate sans attendre l'enquête, la victime n'est jamais confrontée à l'auteur.
  • Obligation légale de signalement : la connaître, l'expliquer avant l'entretien, en évaluer les risques avec la superviseure et l'appliquer en réduisant au maximum les risques pour la survivante.

La règle reste la même : la survivante, ou l'enfant selon sa maturité, participe à chaque décision, et chaque action est précédée d'une évaluation de la sécurité.

3GBVIMS, Primero et protocole de partage

Le GBVIMS comprend une classification standard des incidents, un formulaire d'admission et un formulaire de consentement, un outil d'enregistrement (ou sa version électronique GBVIMS+ sur Primero) et un protocole de partage d'informations qui précise qui reçoit quelles statistiques, à quelle fréquence et pour quel usage.

Bonnes pratiques : consentement spécifique au partage de données non identifiantes, codes à la place des noms, regroupement des petites zones pour éviter l'identification, analyse des tendances (types d'incidents, délais d'accès aux soins, lieux) pour adapter les programmes. Un indicateur clé est la proportion de survivantes de viol ayant reçu la PPE dans les 72 heures : un taux faible signale des obstacles d'accès à lever.

4Qualité, redevabilité et soins au personnel

La qualité se pilote par la supervision des gestionnaires de cas (revues de dossiers, observation, études de cas), des enquêtes de satisfaction menées de manière confidentielle, des groupes de discussion avec les femmes sur l'accessibilité des services et un mécanisme de plaintes adapté. Les retours servent à ajuster les horaires, les emplacements et les profils du personnel.

Le travail VBG expose le personnel au traumatisme vicariant : charge de dossiers maîtrisée, supervision, temps de récupération et soutien psychologique font partie du programme et du budget. Une équipe épuisée commet des erreurs de confidentialité et de sécurité.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Concevoir un programme VBG spécialisé : de l'analyse au cadre logique

Un programme VBG spécialisé combine des services de réponse (santé, gestion de cas, soutien psychosocial, sécurité, accès à la justice), l'appui à l'atténuation des risques dans les autres secteurs et, dès que le contexte le permet, la prévention. Les Normes minimales inter-agences (2019) servent de grille de conception : chaque composante doit pouvoir être reliée à une norme, à ses actions clés et à ses indicateurs.

Le phasage

PhasePrioritésCe qu'on évite
0 à 3 mois (phase aiguë)Accès à la prise en charge clinique dans les 72 heures, premiers secours psychologiques, circuit de référencement, gestion de cas avec équipe réduite, kits de dignité comme point d'entrée, atténuation dans les sites, coordinationEnquêtes de prévalence, programmes de normes sociales, campagnes de masse
3 à 12 mois (stabilisation)Espaces sûrs fixes et mobiles, gestion de cas complète, soutien psychosocial ciblé, aide juridique, autonomisation économique, renforcement des partenaires locaux, GBVIMS et protocole de partageMultiplication de petits projets sans continuité de services
Au-delà de 12 mois (crise prolongée, relèvement)Prévention par la transformation des normes, intégration dans les services publics, localisation, plaidoyer législatifRuptures de services liées aux cycles de financement

Le cadre logique type

NiveauÉnoncéIndicateurSource de vérification
Objectif spécifiqueLes femmes et les filles affectées par la crise accèdent à des services VBG de qualité et sont moins exposées aux risques de VBG% de femmes et d'adolescentes déclarant connaître au moins un service VBG et savoir comment y accéder ; % de survivantes satisfaites des services reçusEnquête communautaire de connaissance ; enquête de satisfaction confidentielle
Résultat 1Les survivantes reçoivent une gestion de cas et un soutien psychosocial selon les directives de 2017Nombre de survivantes bénéficiant de la gestion de cas (ventilé par sexe, âge, handicap) ; % de dossiers conformes lors des revues de supervisionGBVIMS, rapports de supervision
Résultat 2Les survivantes de viol accèdent à la prise en charge clinique dans les délais% de survivantes de viol se présentant dans les 72 heures qui reçoivent la PPE ; nombre de structures disposant de personnel formé et de kitsRegistres des structures de santé, GBVIMS
Résultat 3Les femmes et les filles disposent d'espaces sûrs et d'activités de soutienNombre de femmes et filles participant régulièrement aux activités ; % déclarant un renforcement de leur réseau de soutienRegistres de présence anonymisés, enquêtes
Résultat 4Les autres secteurs intègrent l'atténuation des risquesNombre de recommandations d'audits de sécurité mises en œuvre ; % du personnel des partenaires formé au GBV Pocket GuidePlans d'action d'audit, registres de formation

Indicateurs à éviter

  • « Réduction de X % des cas de VBG » : non mesurable de façon éthique et contre-productif, car un bon programme augmente généralement les signalements.
  • « Nombre de personnes sensibilisées » sans mesure de connaissance ni lien avec des services.
  • Cibles de nombre de survivantes prises en charge présentées comme des objectifs de performance : elles poussent à rechercher des cas. On parle plutôt de capacité de service et de qualité.

Les ressources humaines

Un programme couvrant 60 000 à 80 000 personnes sur trois sites et une zone hôte comprend typiquement : une responsable de programme VBG, une superviseure de gestion de cas pour quatre à six gestionnaires, une coordinatrice par espace sûr avec deux à trois animatrices, une chargée de formation et d'atténuation, une chargée de gestion de l'information formée au GBVIMS et une psychologue clinicienne ou un appui technique en santé mentale à temps partiel. Les postes de terrain sont majoritairement nationaux ; l'encadrement international, quand il existe, inclut un plan de transfert de compétences.

La qualité d'un programme VBG dépend davantage de la supervision et de la stabilité des équipes que du nombre d'activités. Un budget qui finance six gestionnaires de cas sans superviseure produit un service dangereux.

6Exemple complet : un programme de douze mois dans la province de Haute-Séno

Contexte fictif. La province de Haute-Séno accueille 72 000 personnes déplacées réparties en trois sites (Toumbel, 28 000 ; Garo, 21 000 ; Nawa, 9 000) et dans des familles d'accueil du chef-lieu (14 000). Une ONG nationale de défense des droits des femmes, l'association Femmes Debout de Séno (nom fictif), est partenaire d'une ONG internationale. Le financement disponible pour douze mois est de 1 150 000 USD, réparti entre un bailleur humanitaire et le fonds commun pays.

Composantes et budget

LigneDétailMontant (USD)Part (arrondie)
Personnel de gestion de cas et psychosocial1 superviseure par site (3), 12 gestionnaires de cas, 9 animatrices, 1 psychologue à mi-temps384 00033,4 %
Espaces sûrs3 espaces fixes, 1 équipe mobile pour la zone hôte, équipement, fonctionnement, garde d'enfants142 00012,3 %
Appui à la prise en charge cliniqueFormation de 24 soignants, transport d'urgence 24 h sur 24, appui aux structures (salles privées), complément de kits en lien avec l'UNFPA96 0008,3 %
Kits de dignité et assistance monétaire9 000 kits de dignité ; assistance monétaire d'urgence pour 450 survivantes selon le plan d'action (trois versements)178 00015,5 %
Aide juridiqueConvention avec une clinique juridique : information, accompagnement des survivantes qui le choisissent38 0003,3 %
Atténuation et formation intersectorielleAudits de sécurité trimestriels, formation de 400 agents, petits travaux d'urgence (éclairage, verrous)64 0005,6 %
Renforcement du partenaire nationalPostes de direction et de finances, formation, systèmes de protection des données, coûts de structure92 0008,0 %
Soins au personnelSupervision clinique externe, séances de groupe mensuelles, jours de récupération, assurance28 0002,4 %
Gestion de l'information et suiviChargée GBVIMS, matériel sécurisé, enquêtes de satisfaction, évaluation finale46 0004,0 %
Coûts de soutien et de structureLogistique, sécurité, finances, frais indirects82 0007,1 %
Total1 150 000100 %

Capacité de service et cibles

Douze gestionnaires de cas, à 15 à 20 dossiers actifs chacune et une durée moyenne d'accompagnement de trois mois, peuvent suivre environ 720 à 960 survivantes sur l'année (12 gestionnaires × 15 à 20 dossiers × 4 rotations). La cible retenue est de 800, présentée au bailleur comme une capacité de service et non comme un nombre de cas à atteindre. Les espaces sûrs prévoient 3 600 participantes régulières (au moins quatre visites par mois).

Résultats à six mois et lecture critique

IndicateurValeurAnalyse
Survivantes en gestion de cas412Conforme à la capacité ; 68 % à Toumbel, 6 % dans la zone hôte : sous-couverture de la zone hôte
Incidents de viol enregistrés96Dont 38 survivantes présentées dans les 72 heures
PPE reçue parmi les présentations à moins de 72 heures35 sur 38, soit 92 %Bonne qualité clinique une fois la survivante arrivée
Proportion de survivantes de viol présentées dans les 72 heures38 sur 96, soit 40 %Obstacle majeur d'accès précoce : information insuffisante ou peur ; action prioritaire
Dossiers conformes lors des revues de supervision71 %Plans de sécurité incomplets ; formation de rappel
Satisfaction des survivantes87 % satisfaites ou très satisfaites (enquête sur 120 survivantes ayant consenti)Insatisfaction liée aux délais d'attente à Garo

Décisions prises

  • Campagne d'information ciblée sur le message « après un viol, venez dans les 72 heures », diffusée via les agentes de santé communautaires, les espaces sûrs et les comités de femmes, sans incitation à révéler.
  • Redéploiement de deux gestionnaires de cas de l'équipe mobile vers la zone hôte, avec une permanence hebdomadaire dans le centre de santé du chef-lieu.
  • Formation de rappel de deux jours sur la planification de la sécurité, avec revue de dossiers ciblée par les superviseures.
  • Revue des horaires à Garo avec les participantes : ouverture le samedi matin.

À douze mois, la proportion de survivantes de viol présentées dans les 72 heures atteint 57 %, ce qui reste perfectible mais traduit l'effet de l'information communautaire. Le partenaire national assure désormais la supervision de deux sites sur trois.

7Cas complexes : grilles d'analyse et de décision

Les cas complexes sont ceux où plusieurs principes entrent en tension : choix de la survivante et obligation légale, consentement et intérêt supérieur de l'enfant, sécurité et accès à la justice. Aucune gestionnaire de cas ne doit les traiter seule. La règle est la supervision immédiate, une décision documentée et, si nécessaire, une conférence de cas réunissant, avec le consentement de la survivante, les seuls acteurs impliqués, sous code et sans détail superflu.

Grille d'analyse en cinq questions

  1. Quel est le risque immédiat pour la vie ou l'intégrité de la survivante, de ses enfants ou du personnel ?
  2. Que veut la survivante, et a-t-elle reçu toutes les informations nécessaires pour décider ?
  3. Quelles obligations légales ou institutionnelles s'appliquent (signalement de mineurs, politique PEAS) ?
  4. Quelles options existent réellement (hébergement, relocalisation, soins, protection) et quels risques chacune comporte-t-elle ?
  5. Quelle option respecte le mieux les principes directeurs, et comment réduire les risques de celle qui est retenue ?

Situations types

SituationPoints de vigilanceConduite recommandée
Fillette de 9 ans, auteur présumé : un membre de la famille vivant sous le même toitLe parent peut protéger l'auteur ; signalement obligatoire probable ; risque de pression sur l'enfantSoins cliniques adaptés à l'enfant par un personnel formé ; assentiment de l'enfant ; consentement d'un parent protecteur ou décision fondée sur l'intérêt supérieur ; coordination immédiate avec la protection de l'enfance ; solution de prise en charge sûre ; signalement selon la loi, préparé avec soin
Violence conjugale avec menaces de mort et arme au domicileRisque létal ; la séparation est un moment de danger accruÉvaluation structurée du danger (outils inspirés de l'évaluation du danger de Campbell, adaptés au contexte) ; plan de sécurité renforcé ; hébergement d'urgence ou relocalisation si elle le souhaite ; contact quotidien ; supervision le jour même
Allégation d'exploitation sexuelle par un agent humanitaireConflit d'intérêts, pression institutionnelle, risque de représaillesAssistance immédiate selon l'approche centrée sur la survivante ; signalement au point focal PEAS de l'organisation de l'auteur présumé, avec consentement pour les détails identifiants ; aucune enquête menée par la gestionnaire de cas ; la survivante n'est jamais confrontée à l'auteur ; information sur la suite de la procédure
Adolescente de 16 ans enceinte à la suite d'un viol, qui envisage d'interrompre sa grossesseCadre légal, risques d'avortement non sécurisé, pression familialeInformation complète et non jugeante sur les options légales ; orientation vers des services de santé qui assurent les soins autorisés ; soins après avortement disponibles dans tous les cas ; respect de sa décision ; consentement selon la maturité
Survivante qui veut porter plainte contre un membre d'un groupe arméRisque de représailles, faible capacité du système judiciaireInformation réaliste sur la procédure et ses risques ; évaluation de la sécurité ; orientation vers une aide juridique spécialisée ; plan de sécurité ; respect de sa décision, sans l'encourager ni la décourager
Homme survivant de violences sexuelles en détentionHonte, absence de services adaptés, pénalisation possible de l'homosexualité invoquée à tortAccueil par un personnel formé ; soins cliniques identiques ; soutien psychologique ; confidentialité stricte ; orientation vers des organisations spécialisées si elles existent
Femme handicapée dont l'auteur présumé est l'aidant principalDépendance pour les actes de la vie quotidienne, crédibilité mise en douteEntretien sans l'aidant, communication adaptée ; recherche d'un aidant alternatif ; implication d'une organisation de personnes handicapées avec son accord
Survivante qui révèle des idées suicidairesRisque vitalÉvaluation immédiate du risque selon le guide mhGAP ; ne pas la laisser seule si le risque est élevé ; orientation vers les soins de santé mentale ; limite de la confidentialité expliquée et appliquée

Dans un cas complexe, l'erreur la plus fréquente n'est pas une mauvaise décision mais une décision prise trop vite, seule et sans documentation. Une décision prudente, supervisée et expliquée à la survivante protège celle-ci et l'organisation.

8GBVIMS en pratique : du formulaire d'admission au rapport trimestriel

Le système de gestion de l'information sur la VBG (GBVIMS), développé par l'UNFPA, l'UNICEF, le HCR, l'IRC et l'IMC, comprend quatre éléments : la classification des incidents, le formulaire d'admission et d'évaluation initiale, l'outil d'enregistrement des incidents (base Excel) ou sa version électronique GBVIMS+ sur la plateforme Primero, et le protocole de partage d'informations.

Le flux des données

  1. Admission : la gestionnaire de cas remplit le formulaire papier ou électronique avec un code ; le consentement au partage de données non identifiantes est demandé séparément.
  2. Classification : l'incident est classé selon les six types GBVIMS en suivant l'arbre de décision (par exemple, un viol accompagné de coups est classé comme viol, le type le plus grave selon l'ordre de la classification).
  3. Saisie : dans les 72 heures, par une personne autorisée, sur un poste protégé par mot de passe et chiffrement ; contrôle de qualité mensuel par la chargée GBVIMS.
  4. Extraction : seules les données des survivantes ayant consenti entrent dans les statistiques partagées.
  5. Consolidation : l'agence désignée dans le protocole consolide les données des organisations signataires et produit un rapport trimestriel.
  6. Usage : analyse en réunion du sous-cluster, décisions de programmation et de plaidoyer.

Exemple de calcul : rapport trimestriel du district fictif de Liboka

DonnéeValeurIndicateur calculé
Incidents enregistrés avec consentement au partage264Base des statistiques partagées
Viols5822 % des incidents
Agressions physiques9134 %
Déni de ressources4718 %
Violence psychologique3814 %
Mariages forcés228 %
Agressions sexuelles83 %
Auteur : partenaire intime14956 % des incidents
Viols présentés dans les 72 heures21 sur 5836 % ; indicateur d'accès précoce
Survivantes orientées vers la santé ayant accepté71 sur 96 orientations proposées74 % ; 26 % de refus à analyser (coût, peur, distance)
Survivantes de moins de 18 ans5119 % ; coordination avec la protection de l'enfance

Les pourcentages des types d'incidents sont arrondis ; leur somme peut différer légèrement de 100 %. La lecture correcte de ce tableau n'est pas « la violence conjugale est la principale forme de violence dans le district », mais « parmi les incidents rapportés aux services participants, la majorité implique un partenaire intime ; les services doivent être adaptés à cette réalité (plans de sécurité, hébergement, autonomisation économique) ».

Règles de protection dans les rapports

  • Supprimer ou regrouper les cellules inférieures au seuil fixé par le protocole (souvent 5) lorsqu'elles peuvent permettre d'identifier une personne, notamment pour les petits sites, les hommes survivants, les personnes handicapées ou certaines nationalités.
  • Ne jamais croiser plusieurs variables fines (âge précis, site, type d'incident, mois) dans un même tableau diffusé.
  • Agréger au niveau géographique minimal fixé par le protocole (par exemple le district, pas le site).
  • Accompagner chaque rapport de la mention selon laquelle les données ne reflètent pas la prévalence.

Sécurité des données au quotidien

MesureExigence
Dossiers papierArmoire métallique fermée à clé, clés détenues par deux personnes nommées, registre d'accès
Fichiers électroniquesOrdinateur dédié, chiffrement, mot de passe changé tous les trois mois, pas de copie sur clé USB personnelle, pas d'envoi par messagerie
Liste de correspondance codes-nomsConservée séparément des dossiers, accès restreint à la superviseure
Plan d'urgenceProcédure écrite de mise en sécurité ou de destruction des dossiers en cas d'évacuation ou d'attaque, connue de l'équipe
Durée de conservationFixée dans la politique de l'organisation et les POS ; destruction sécurisée à l'échéance

9Qualité, redevabilité envers les survivantes et soins au personnel

La qualité d'un service VBG ne se mesure pas au nombre de dossiers ouverts mais à la sécurité, au respect et à l'efficacité de l'accompagnement. La Norme humanitaire fondamentale (CHS) et les Normes minimales inter-agences convergent sur trois exigences : une supervision structurée, des retours réguliers des personnes servies et un personnel soutenu.

Grille de revue de dossier (supervision mensuelle)

CritèreConforme si
ConsentementFormulaire complet, consentement distinct pour chaque orientation et pour le partage de données
Évaluation de la sécuritéRéalisée à l'admission et actualisée à chaque contact
Plan d'actionObjectifs formulés avec la survivante, responsables et délais
Plan de sécuritéPrésent pour tout risque moyen ou élevé, révisé après tout nouvel incident
Délais cliniquesOrientation santé immédiate pour tout incident de moins de 120 heures
SuiviFréquence conforme au niveau de risque
ConfidentialitéCode utilisé partout, aucune information identifiante dans les notes partagées
ClôtureMotif documenté, évaluation finale de la sécurité, information sur la possibilité de revenir

La superviseure revoit chaque mois un échantillon d'au moins 10 % des dossiers actifs de chaque gestionnaire, et tous les dossiers à risque élevé. Les résultats sont discutés individuellement et alimentent le plan de formation.

Redevabilité envers les survivantes

  • Enquête de satisfaction à la clôture, proposée par une personne autre que la gestionnaire de cas, anonyme, avec quelques questions fermées (accueil, respect des choix, confidentialité, utilité) et une question ouverte.
  • Groupes de discussion trimestriels avec les participantes des espaces sûrs sur l'accessibilité des services, sans aborder les cas individuels.
  • Mécanisme de plaintes qui permet de signaler un comportement inapproprié du personnel VBG lui-même, avec un canal indépendant de l'équipe.
  • Restitution aux communautés des changements apportés à la suite des retours.

Soins au personnel

L'exposition répétée aux récits de violence produit un traumatisme vicariant, une usure de compassion et un épuisement. La norme des Normes minimales consacrée aux soins et au soutien au personnel demande que les organisations les prennent en charge comme une responsabilité institutionnelle et non individuelle :

  • charge de dossiers maîtrisée et horaires respectés ;
  • supervision clinique régulière, distincte de la supervision hiérarchique quand c'est possible ;
  • débriefings collectifs mensuels animés par une personne qualifiée ;
  • accès confidentiel à un soutien psychologique externe ;
  • jours de récupération après des cas particulièrement lourds ;
  • mesures de sécurité pour le personnel exposé à des menaces d'auteurs ;
  • attention au personnel national, souvent lui-même affecté par la crise et soumis à des pressions communautaires.

Les soins au personnel apparaissent dans le budget. Un programme qui n'a pas de ligne « supervision clinique et soutien psychologique du personnel » n'est pas conforme aux Normes minimales.

10Erreurs fréquentes, variations de contexte, questions d'entretien et références

Erreurs fréquentes

ErreurConséquencePratique correcte
Fixer des cibles de nombre de survivantes à « atteindre »Recherche active de cas, pressions sur les équipes et les communautésCibles de capacité de service et de qualité
Recruter des gestionnaires de cas sans superviseureErreurs non corrigées, épuisement, risques pour les survivantesSuperviseure budgétée pour quatre à six gestionnaires
Accepter de partager des données individuelles avec un bailleur pour vérificationViolation de la confidentialité et du protocoleVérification par registres codés, rapports de supervision, visites encadrées
Traiter seule un cas complexeDécisions risquées, non documentéesSupervision immédiate, conférence de cas, documentation
Classer un incident selon la perception de la gestionnaire plutôt que la classification GBVIMSDonnées incohérentes entre organisationsFormation, arbre de décision, contrôle qualité
Fin brutale de financement sans plan de transitionDossiers abandonnés, survivantes sans suiviPlan de sortie : transfert des dossiers avec consentement, information des survivantes, préparation des partenaires

Ce que vérifient bailleurs, évaluateurs et auditeurs

  • La conformité aux Normes minimales, avec des indicateurs de qualité et pas seulement de volume.
  • Le ratio dossiers par gestionnaire et la fréquence réelle de supervision.
  • La signature des POS et du protocole de partage, et l'absence de toute donnée identifiante dans les rapports.
  • La part du budget consacrée au partenaire national et à son renforcement institutionnel.
  • Les soins au personnel et les mesures de sécurité des données.
  • Les politiques PEAS et de sauvegarde de l'organisation et de ses partenaires.

Variations selon le contexte

  • Urgence soudaine : déploiement d'experts VBG par les mécanismes de réserve (par exemple les déploiements du GBV AoR), procédures simplifiées, priorité clinique.
  • Crise prolongée : intégration dans les systèmes nationaux de protection sociale, appui aux services publics, plaidoyer législatif (âge du mariage, viol conjugal, gratuité des soins).
  • Camp : services concentrés, risque de visibilité des survivantes qui se rendent au service ; multiplier les points d'entrée discrets.
  • Milieu urbain : gestion de cas en lien avec les services sociaux municipaux, lignes d'écoute, aide au logement.
  • Gestion à distance : gestion de cas téléphonique selon des critères stricts, supervision à distance, consentement adapté, renforcement des partenaires présents.
  • Partenaires locaux à faible capacité : accompagnement progressif (information et orientation, puis soutien psychosocial, puis gestion de cas), co-supervision, financement des coûts de structure.

Questions d'entretien

QuestionÉléments d'une réponse solide
Concevez un programme VBG de 12 mois pour 70 000 déplacés.Analyse et cartographie ; phasage ; composantes reliées aux Normes minimales ; ressources humaines avec supervision ; budget incluant soins au personnel et partenaire local ; indicateurs de capacité et de qualité ; plan de transition.
Seules 40 % des survivantes de viol arrivent dans les 72 heures. Que faites-vous ?Analyse des obstacles (information, distance, coût, peur, horaires) ; information communautaire ciblée ; transport ; disponibilité 24 h sur 24 ; suivi de l'indicateur.
Un bailleur veut vérifier les dossiers des survivantes lors d'un audit.Refus motivé ; protocole de partage ; alternatives de vérification ; explication des normes ; implication de la coordination si nécessaire.
Comment gérez-vous une allégation d'exploitation sexuelle par un collègue ?Assistance à la survivante d'abord ; signalement par le canal PEAS ; pas d'enquête personnelle ; confidentialité ; protection contre les représailles ; information de la survivante.
Comment prévenez-vous l'épuisement de votre équipe ?Charge maîtrisée, supervision clinique, débriefings, soutien externe confidentiel, récupération, budget dédié, attention au personnel national.

Références clés

  • UNFPA et GBV AoR, Normes minimales inter-agences pour la programmation de la lutte contre la VBG dans les situations d'urgence (2019).
  • Groupe de travail inter-agences, Directives inter-agences de gestion de cas de la violence basée sur le genre (2017).
  • Comité de pilotage du GBVIMS, Guide de l'utilisateur du GBVIMS, outil d'enregistrement des incidents et modèle de protocole de partage ; documentation GBVIMS+ et Primero.
  • IRC et UNICEF, Caring for Child Survivors of Sexual Abuse (2012).
  • IASC, Six principes fondamentaux relatifs à l'exploitation et aux abus sexuels (révisés en 2019) ; Bulletin du Secrétaire général ST/SGB/2003/13.
  • OMS et HCR, Guide d'intervention humanitaire mhGAP (2015).
  • IRC, Guidelines for Mobile and Remote Gender-Based Violence Service Delivery (2018).
  • CHS Alliance, Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité.
  • GBV AoR, Manuel de coordination des interventions de lutte contre la VBG dans les situations d'urgence (2019).

Exercice d'application : revue d'un programme VBG

Un programme VBG présente sur six mois : 312 incidents enregistrés, dont 74 viols ; 29 survivantes de viol ont reçu la PPE dans les 72 heures ; 3 gestionnaires de cas pour 140 dossiers actifs ; aucune activité en dehors du chef-lieu ; aucun espace sûr accessible aux femmes handicapées. Calculez la proportion de PPE dans les délais, identifiez cinq écarts par rapport aux Normes minimales et proposez un plan d'amélioration chiffré pour les six prochains mois.

À retenir

  • Normes minimales 2019 : seize normes, des principes fondamentaux à la gestion des données.
  • Enfants survivants : consentement selon la maturité, intérêt supérieur, tuteur écarté s'il est l'auteur.
  • PEAS : canal de signalement dédié, assistance immédiate, jamais de confrontation avec l'auteur.
  • GBVIMS : consentement, codes, protocole de partage, analyse des tendances ; PPE dans les 72 heures comme indicateur clé.
  • Qualité : supervision, retours des femmes, charge maîtrisée et soins au personnel.

💼 Offres d'emploi en Protection

Mettez cette formation en pratique : les dernières offres de ce domaine.

Voir les 134 offres en Protection →

Préparez le test écrit et l'entretienExemple de test écrit corrigé dans ce domaine, questions d'entretien avec modèles de réponses et méthode STAR.Voir le test corrigé →
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Comité permanent inter-organisations (IASC) (2015). Directives pour l'intégration d'interventions ciblant la violence basée sur le genre dans l'action humanitaire. gbvguidelines.org
  2. UNFPA, GBV AoR (2019). Normes minimales inter-agences pour la programmation de la lutte contre la violence basée sur le genre dans les situations d'urgence. www.unfpa.org/minimum-standards
  3. IASC, GBV Guidelines Reference Group (2018). How to support survivors of gender-based violence when a GBV actor is not available in your area (GBV Pocket Guide). gbvguidelines.org
  4. OMS, UNFPA, HCR (2020). Clinical management of rape and intimate partner violence survivors: developing protocols for use in humanitarian settings. www.who.int/publications/i/item/9789240001411
  5. Gender-Based Violence Information Management System Steering Committee (2017). Interagency Gender-Based Violence Case Management Guidelines. www.gbvims.com
  6. Organisation mondiale de la Santé (2007). WHO ethical and safety recommendations for researching, documenting and monitoring sexual violence in emergencies. www.who.int/publications/i/item/9789241595681
  7. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  8. GBV AoR, Global Protection Cluster (2024). Gender-Based Violence Area of Responsibility. gbvaor.net

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Une fillette de 12 ans a été agressée par son oncle, qui est aussi son tuteur. Pour le consentement aux services :
2Sur 74 survivantes de viol, 29 ont reçu la PPE dans les 72 heures. Cette proportion (environ 39 %) indique :
3Combien de normes comptent les Normes minimales inter-agences VBG de 2019 ?

← Jour 3Évaluation finale →