Jour 3 sur 4 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Prévention, atténuation des risques et coordination

Objectifs du jour
  • Intégrer l'atténuation des risques de VBG dans chaque secteur selon les Directives IASC.
  • Concevoir des espaces sûrs et des actions de prévention.
  • Coordonner avec le domaine de responsabilité VBG et partager les données de façon éthique.

1Les Directives IASC 2015 : la VBG est l'affaire de tous

Les Directives IASC pour l'intégration d'interventions ciblant la VBG dans l'action humanitaire (2015) s'adressent aux acteurs non spécialistes. Elles couvrent treize domaines thématiques (abris et installations, eau et assainissement, sécurité alimentaire, nutrition, santé, éducation, CCCM, moyens de subsistance, protection, logement, terres et biens, action contre les mines, protection de l'enfance, logistique) et suivent le cycle de programme :

  • Évaluation, analyse et planification : poser des questions sur les risques, pas sur les cas.
  • Mobilisation des ressources : budgéter l'éclairage, les verrous, le personnel féminin.
  • Mise en œuvre : programmation, politiques et communication.
  • Coordination avec les autres secteurs et le sous-cluster VBG.
  • Suivi et évaluation avec des indicateurs ventilés par sexe, âge et handicap.

Elles reposent sur trois objectifs : réduire les risques dans chaque secteur, favoriser la résilience des personnes et des communautés, et contribuer au relèvement en s'attaquant aux causes.

2Atténuer les risques secteur par secteur

L'atténuation consiste à concevoir l'aide de façon à ne pas créer ni aggraver les risques. Exemples concrets issus des Directives et du manuel Sphère :

  • WASH : latrines et douches séparées par sexe, avec signalisation claire, verrou intérieur, éclairage, à distance sûre des abris ; le manuel Sphère recommande un ratio d'environ trois latrines pour femmes pour une pour hommes dans les lieux publics.
  • Abris et CCCM : portes qui ferment, cloisons pour l'intimité, regroupement des ménages dirigés par des femmes près des services, éclairage des allées, comités mixtes.
  • Distributions et transferts : horaires de jour, files séparées, points proches, personnel féminin, listes tenues par l'organisation et non par des intermédiaires, mécanisme de plaintes accessible.
  • Sécurité alimentaire et moyens de subsistance : combustible ou foyers améliorés pour limiter la collecte de bois, analyse des risques des transferts monétaires dans le ménage.
  • Éducation : trajets sûrs, latrines séparées, enseignantes, code de conduite.

Les audits de sécurité menés par des équipes mixtes, avec des marches exploratoires de jour et de nuit et des groupes de discussion avec les femmes et les adolescentes, permettent d'identifier les lieux à risque. Ils portent sur les lieux et les services, jamais sur des cas individuels.

3Espaces sûrs et prévention

Les espaces sûrs pour les femmes et les filles sont des lieux formels ou informels où elles se sentent en sécurité physique et émotionnelle. Ils offrent des activités de soutien psychosocial, d'information, de compétences de vie, des groupes d'entraide et un point d'entrée discret vers la gestion de cas : venir à l'espace ne signale pas qu'on est survivante. Ils sont conçus avec les femmes elles-mêmes (horaires, emplacement, garde des enfants) et animés par du personnel féminin formé.

La prévention vise les causes : transformation des normes sociales avec les hommes, les chefs religieux et les jeunes (approches communautaires sur la durée, comme SASA!), autonomisation économique des femmes, leadership des femmes dans les comités, prévention du mariage d'enfants. Elle demande du temps : en phase aiguë, on priorise la réponse et l'atténuation, en préparant la prévention.

La protection contre l'exploitation et les abus sexuels (PEAS) commis par le personnel humanitaire en est un pilier : interdiction de toute relation sexuelle avec un enfant et de tout échange de sexe contre de l'aide, obligation de signaler, assistance à la victime selon l'approche centrée sur la survivante.

4Coordination et éthique des données

Le domaine de responsabilité VBG (GBV AoR), dirigé par l'UNFPA au sein du cluster Protection mondial, coordonne la réponse. Au niveau national, un sous-cluster VBG élabore avec les autorités les procédures opérationnelles standard (POS) et le circuit de référencement : qui fait quoi, où, comment orienter, avec quel formulaire et quel consentement. Les Normes minimales inter-agences (2019) fixent seize normes pour une programmation VBG de qualité.

Le GBVIMS permet aux prestataires de collecter les données de cas de manière standardisée et sûre, avec consentement, et de ne partager que des statistiques agrégées et anonymes dans le cadre d'un protocole de partage d'informations signé. Les données de VBG décrivent les personnes qui ont accédé aux services : elles ne mesurent jamais la prévalence et ne doivent pas être présentées comme telles.

Règles d'or : jamais de données individuelles dans les rapports de cluster, les présentations ou les courriels ; pas de liste de survivantes demandée par un bailleur, une autorité ou un partenaire ; pas de petits nombres publiés par village quand ils permettent d'identifier quelqu'un.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Conduire un audit de sécurité et des marches exploratoires

L'audit de sécurité est l'outil principal d'identification des risques de VBG liés à l'environnement physique et à l'organisation de l'aide. Il ne demande pas de spécialiste VBG pour être conduit, mais il doit être préparé avec rigueur, mené par des équipes formées et suivi d'actions visibles ; un audit sans suite détruit la confiance des femmes qui y ont participé.

Préparation (une semaine)

  • Équipe : binômes mixtes issus de plusieurs secteurs (WASH, abris, CCCM, protection), avec au moins une femme par binôme ; les femmes et adolescentes de la communauté participent comme co-observatrices et guident les trajets.
  • Formation d'une demi-journée : objectifs, grille, conduite face à une révélation (GBV Pocket Guide), circuit de référencement, règles : pas de photos de personnes, pas de questions sur des cas.
  • Plan du site imprimé, sur lequel les observations sont reportées par code.
  • Information des autorités du site et du comité, en expliquant que l'objectif est d'améliorer les infrastructures et les services.

Conduite

Deux passages au minimum : un de jour et un après la tombée de la nuit (entre 19 h et 22 h selon le contexte et la sécurité de l'équipe), avec des groupes de discussion courts avec les femmes et les adolescentes sur les lieux qu'elles évitent et les moments où elles se sentent en danger. Un site de 20 000 personnes demande en général trois à quatre jours de travail pour quatre binômes.

Grille d'observation

LieuPoints à observerRepère normatif
Latrines et douchesSéparation par sexe et signalisation compréhensible, verrou intérieur, éclairage intérieur et extérieur, distance des abris, intimité (pas de vue de l'extérieur), accès pour personnes handicapées, gestion de l'hygiène menstruelleSphère (2018) : au maximum 50 personnes par toilette en phase aiguë puis 20, à moins de 50 mètres des habitations ; ratio d'environ 3 pour 1 en faveur des femmes dans les lieux publics
Points d'eauDistance, temps d'attente, horaires, présence d'hommes qui contrôlent l'accès, éclairageSphère : au moins 15 litres par personne et par jour, point d'eau à moins de 500 mètres, attente de moins de 30 minutes
AbrisPortes et fenêtres qui ferment, cloisons entre familles, surpeuplement, abris collectifs non séparésSphère : au moins 3,5 m² de surface couverte par personne en climat chaud
DistributionsHoraires, distance, files séparées, personnel féminin, rôle des intermédiaires, transport des biens après distributionDirectives IASC VBG, Engagement 4 de la Norme humanitaire fondamentale (participation et information)
TrajetsZones de collecte de bois, chemins vers l'école, l'eau, le marché ; présence d'hommes armés, de postes de contrôleAnalyse qualitative avec les femmes
Éclairage généralAllées, zones de passage, alentours des servicesLampes solaires individuelles et éclairage public priorisés selon les lieux identifiés par les femmes
ServicesPrésence d'un mécanisme de plaintes accessible aux femmes, affichage du circuit de référencement, personnel fémininNormes minimales VBG, norme sur la sécurité et l'atténuation des risques

Analyse et suites (deux semaines)

Les observations sont classées par lieu, par niveau de risque perçu (élevé, moyen, faible) et par secteur responsable, puis présentées au groupe de travail atténuation des risques ou au comité de coordination du site. Chaque recommandation reçoit un responsable, un délai et un budget. Un retour est donné aux femmes de la communauté : ce qui sera fait, quand, et ce qui ne pourra pas l'être et pourquoi. L'audit est répété tous les trois à six mois ou après tout changement majeur du site.

Un audit de sécurité ne produit jamais de liste de victimes ni de carte des agressions. Il produit une liste de lieux et de pratiques à corriger, avec des responsables et des délais.

6Intégrer l'atténuation des risques dans le cycle de programme : indicateurs, budget, exigences des bailleurs

Les Directives IASC (2015) structurent chaque secteur selon le cycle de programme. Dans la pratique, l'atténuation des risques échoue à trois moments : elle n'est pas budgétée, elle n'est pas suivie par des indicateurs, et elle reste sous la seule responsabilité de l'équipe protection. La présente section donne les outils pour l'ancrer dans les projets de tous les secteurs.

Les questions à poser à chaque étape

ÉtapeQuestions clésProduit attendu
ÉvaluationQuels risques de VBG notre intervention peut-elle créer ou réduire ? Les femmes et adolescentes ont-elles été consultées séparément ?Section risques VBG dans l'évaluation sectorielle
ConceptionLieux, horaires, modalités et ciblage réduisent-ils les risques ? Qui contrôle l'accès à l'aide ?Mesures d'atténuation inscrites dans le cadre logique
BudgetLes mesures sont-elles chiffrées (éclairage, verrous, personnel féminin, formation, mécanisme de plaintes) ?Lignes budgétaires identifiées
Mise en œuvreLe personnel connaît-il le circuit de référencement et le code de conduite ?Preuves de formation, circuit affiché
SuiviLes femmes se sentent-elles en sécurité en utilisant le service ?Indicateurs ventilés par sexe, âge et handicap

Indicateurs d'atténuation par secteur

SecteurIndicateurSource
WASHPourcentage de blocs de latrines séparés par sexe, avec verrou intérieur et éclairage fonctionnelsObservation mensuelle
WASHPourcentage de femmes et d'adolescentes déclarant se sentir en sécurité en utilisant les latrines la nuitEnquête post-distribution ou de satisfaction, groupes de discussion
Abris et CCCMPourcentage d'abris disposant d'une porte qui se verrouille de l'intérieurObservation
CCCMProportion de femmes dans les comités de gestion du site (cible souvent fixée à 50 %)Registres des comités
Sécurité alimentaire et transferts monétairesPourcentage de bénéficiaires, ventilé par sexe, déclarant ne pas avoir rencontré de problème de sécurité pour se rendre à la distribution, y recevoir l'aide et en revenirSuivi post-distribution
ÉducationPourcentage d'écoles disposant de latrines séparées et d'un code de conduite signé par les enseignantsObservation, registres
Tous secteursPourcentage du personnel de terrain formé au GBV Pocket Guide et en possession du circuit de référencement à jourRegistres de formation

Budgéter l'atténuation

Les montants dépendent des contextes, mais l'ordre de grandeur doit apparaître. Exemples de lignes à prévoir pour un projet WASH de 20 000 personnes : verrous intérieurs et loquets pour tous les blocs, éclairage solaire des blocs et des allées principales, cloisons de douches, signalétique illustrée ; une ligne de personnel féminin (animatrices d'hygiène, membres des comités) ; une ligne de formation du personnel ; une ligne pour le mécanisme de plaintes et de retours. Ces coûts représentent souvent une faible part du budget total et sont plus faciles à justifier au moment de la proposition qu'à ajouter en cours de projet.

Ce que demandent les bailleurs

  • ECHO : le marqueur genre et âge évalue chaque projet sur l'analyse de genre et d'âge, l'adaptation de l'assistance, la prévention des effets négatifs et la participation ; la politique thématique sur le genre (2013) et la note d'orientation sur la VBG (Gender-Based Violence in Humanitarian Settings, DG ECHO) détaillent les attentes.
  • BHA (États-Unis) : les lignes directrices de candidature exigent une intégration de la protection dans tous les secteurs, avec une analyse des risques, et disposent d'un secteur dédié à la prévention et à la réponse à la VBG.
  • FCDO (Royaume-Uni) : exigences de sauvegarde (safeguarding) et de PEAS dans la diligence raisonnable des partenaires, et attention aux effets des programmes sur la VBG.
  • Fonds communs gérés par OCHA : application du marqueur genre avec l'âge de l'IASC (2018) et des priorités fixées par les clusters, dont la VBG.

Une proposition convaincante ne se contente pas de mentionner « la VBG est prise en compte » : elle cite le risque identifié, la mesure, l'indicateur et la ligne budgétaire correspondante.

7Exemple complet : le plan d'atténuation multisectoriel du site de Dongolo

Contexte fictif. Le site de Dongolo accueille 20 400 personnes (4 100 ménages) depuis deux mois, à la suite d'inondations suivies d'affrontements. Composition : 53 % de femmes et de filles, 1 350 ménages dirigés par une femme (33 %), environ 2 700 adolescentes et adolescents de 10 à 17 ans. Le site compte 120 cabines de latrines mixtes, 14 points d'eau, aucun éclairage collectif. Les distributions alimentaires mensuelles sont organisées sur un seul point à 3 km pour les blocs les plus éloignés. Le comité central de 15 membres compte une seule femme.

Résultats de l'audit de sécurité (4 binômes, 4 jours, 12 groupes de discussion)

  • Les femmes évitent les latrines après 19 h ; plusieurs adolescentes déclarent avoir été suivies.
  • Deux points d'eau sont contrôlés par de jeunes hommes qui demandent de l'argent ou des « faveurs » pour passer devant la file.
  • Les distributions se terminent souvent après la nuit tombée ; des femmes sont dépossédées de leurs rations sur le chemin du retour.
  • Les familles collectent le bois à 5 km, en zone de présence d'hommes armés.
  • Les adolescentes ne vont plus à l'école temporaire faute de latrines séparées et en raison du harcèlement sur le trajet.

Le plan

SecteurMesureResponsableDélaiCoût estiméIndicateur
WASHSéparer les 120 cabines par sexe (80 femmes, 40 hommes) avec signalétique illustrée, verrous intérieurs, éclairage solaire de 30 blocsONG WASH6 semainesEnviron 18 000 USD% de blocs conformes ; % de femmes se sentant en sécurité la nuit (base : 22 %)
WASH et CCCMReprendre la gestion des deux points d'eau contrôlés, comités d'eau avec 50 % de femmes, plage horaire réservée aux femmes le matinONG WASH, gestionnaire de site2 semainesFaible (temps de personnel)Temps d'attente moyen ; plaintes reçues
Sécurité alimentaireDeux points de distribution supplémentaires, fin des distributions avant 16 h, appui au transport pour personnes âgées et handicapées, files séparées, personnel fémininAgence alimentaire et partenaireProchain cycleEnviron 9 000 USD par cycle% de bénéficiaires sans problème de sécurité (suivi post-distribution, ventilé par sexe)
Abris et énergieFoyers améliorés pour 4 100 ménages, distribution de combustible pour trois mois, lampes solaires pour les ménages dirigés par une femme en prioritéCluster abris8 semainesEnviron 62 000 USD% de ménages déclarant collecter du bois hors du site
ÉducationLatrines séparées à l'école, trajets accompagnés par des parents volontaires, recrutement d'enseignantes, code de conduite signéCluster éducation4 semainesEnviron 6 500 USDTaux de fréquentation des filles (base et suivi)
CCCMÉlection d'un comité paritaire ; comité des femmes consulté sur chaque décision d'aménagementGestionnaire de site1 moisFaible% de femmes dans les comités
Protection et PEASSignalement de l'exigence de « faveurs » au réseau PEAS si des humanitaires ou volontaires sont impliqués ; mécanisme de plaintes avec ligne gratuite et boîtes gérées par des femmesRéseau PEAS, cluster protectionImmédiatEnviron 4 000 USDNombre de plaintes reçues et traitées dans les délais
VBGFormation de 180 agents de terrain de tous secteurs au GBV Pocket Guide, diffusion du circuit à jour, ouverture d'un espace sûrONG VBG6 semainesFormation : environ 5 000 USD% du personnel formé

Raisonnement

La priorisation suit trois critères : gravité du risque exprimé par les femmes, rapidité de mise en œuvre, coût. Les mesures rapides et peu coûteuses (gestion des points d'eau, horaires de distribution, signalement PEAS) sont lancées en premier. Les investissements plus lourds (foyers, éclairage) sont présentés au fonds commun pays avec les indicateurs de base. L'équipe VBG ne réalise pas elle-même les mesures sectorielles : elle analyse, conseille, forme et assure le suivi. Trois mois plus tard, le nouvel audit montre 74 % de blocs conformes et 58 % de femmes se sentant en sécurité la nuit ; la fréquentation scolaire des filles est passée de 31 % à 49 %.

8Espaces sûrs et programmes de prévention : concevoir et faire fonctionner

Une norme spécifique des Normes minimales porte sur les espaces sûrs pour les femmes et les filles, et la boîte à outils de l'IRC et de l'IMC sur les espaces sûrs (2019) en détaille la mise en œuvre. Un espace sûr n'est pas un bâtiment : c'est un ensemble d'activités, une équipe et une relation de confiance avec les femmes de la communauté.

Mise en place pas à pas

  1. Consultation (semaines 1-2) : groupes de discussion avec femmes et adolescentes sur l'emplacement, les horaires, les activités souhaitées, la garde des enfants, l'accessibilité ; consultation des organisations de personnes handicapées.
  2. Choix du lieu : accessible à pied, discret mais non isolé, à distance des lieux fréquentés par les hommes armés, avec latrines séparées, point d'eau, ombre, espace pour les enfants et une pièce fermée pour les entretiens individuels. Une structure temporaire (tente de 48 à 72 m²) peut suffire en phase aiguë.
  3. Équipe type pour un espace accueillant 80 à 150 femmes et filles par jour : une coordinatrice, deux à trois animatrices psychosociales, une à deux gestionnaires de cas (dans l'espace ou à proximité), une gardienne d'enfants, des volontaires communautaires ; personnel exclusivement féminin à l'intérieur.
  4. Programme : activités récréatives et artisanales, sessions d'information (santé, droits, services), groupes de soutien, compétences de vie pour adolescentes, alphabétisation, activités génératrices de revenus ; distribution de kits de dignité avec information sur les services.
  5. Règlement élaboré avec les participantes : accès réservé aux femmes et aux filles, hommes reçus uniquement à l'extérieur, confidentialité.
  6. Suivi : fréquentation ventilée par âge et handicap, enquêtes de satisfaction trimestrielles, réunions de retour avec les participantes.

Points d'attention

  • L'espace ne doit pas être identifié comme un « centre pour femmes violées » : son nom, sa signalétique et ses activités sont généraux.
  • La sensibilisation des hommes et des leaders sur l'utilité de l'espace réduit les résistances et les risques pour les participantes.
  • En contexte de forte mobilité ou d'accès difficile, des espaces mobiles (équipe qui se déplace selon un calendrier fixe) complètent les espaces fixes.

Programmes de prévention

ApprochePrincipeConditions
SASA! et SASA! Together (Raising Voices)Mobilisation communautaire en quatre phases sur le pouvoir et la violence entre partenaires ; un essai contrôlé randomisé en Ouganda a montré une réduction de la violence entre partenaires intimesCycle de plusieurs années, stabilité de la population, adaptation au contexte humanitaire
EMAP (IRC) : engager les hommes par une prise de conscience responsableGroupes d'hommes accompagnant une transformation individuelle, guidés par les retours des femmesProgramme de plusieurs mois, lié à un programme pour femmes ; ne commence pas en phase aiguë
Girl Shine (IRC)Curriculum de compétences de vie et de soutien pour adolescentes, avec volets pour les parentsAnimatrices formées, espaces sûrs pour adolescentes
Transferts monétaires combinés à des services VBGRéduire les pressions économiques qui poussent au sexe de survie et au mariage d'enfantsAnalyse des risques intra-ménage, lien avec la gestion de cas, suivi des effets
Engagement des leaders religieux et coutumiersMessages sur le mariage d'enfants, l'accès aux soins après un viol, le rejet de la stigmatisationChoix des leaders avec les femmes ; éviter de légitimer des pratiques de médiation dangereuses

La prévention transforme des normes, ce qui prend des années. Les campagnes ponctuelles de « sensibilisation » sans services ni suivi ont peu d'effet et peuvent augmenter les risques si elles incitent à révéler des violences sans offre de prise en charge.

9Coordonner la réponse VBG : POS, 4W, protocole de partage et liens avec les autres mécanismes

Le Manuel de coordination des interventions VBG (GBV AoR, 2019) décrit les fonctions d'un mécanisme de coordination : appui à la prestation des services, analyse des besoins, planification stratégique, suivi, renforcement des capacités, plaidoyer et préparation. Dans de nombreux pays, le sous-cluster VBG est co-dirigé par l'UNFPA et une ONG, idéalement nationale, avec la participation du ministère compétent.

Les procédures opérationnelles standard (POS)

Elles sont élaborées en atelier avec les acteurs de la santé, du psychosocial, de la sécurité, de la justice et les autorités, puis signées par les organisations. Contenu minimal :

  • principes directeurs et définitions (classification GBVIMS) ;
  • rôles et responsabilités de chaque acteur, y compris non spécialiste ;
  • circuit de référencement, formulaires communs, délais ;
  • consentement éclairé, prise en charge des enfants, obligations de signalement ;
  • règles de partage d'informations et protocole de partage GBVIMS ;
  • prévention, atténuation et coordination avec les autres secteurs ;
  • suivi de la mise en œuvre des POS et date de révision (en général annuelle).

La cartographie 4W et l'analyse des lacunes

Le 4W (qui, quoi, où, quand) VBG recense par localité les services disponibles selon des catégories standard : prise en charge clinique, gestion de cas, soutien psychosocial, espaces sûrs, aide juridique, hébergement sûr, autonomisation économique, atténuation des risques, prévention. Il est mis à jour mensuellement et croisé avec la population et les risques pour identifier les zones prioritaires. Il ne contient aucune donnée sur les cas.

Le protocole de partage d'informations (PPI)

ÉlémentContenu
PartiesOrganisations signataires utilisant le GBVIMS et l'agence qui consolide
Données partagéesStatistiques agrégées et non identifiantes : types d'incidents, délais de présentation, services fournis, orientations, caractéristiques générales (tranches d'âge, sexe)
FréquenceMensuelle ou trimestrielle
Utilisateurs et usagesQui reçoit le rapport consolidé et pour quel usage (planification, plaidoyer), avec interdiction de diffusion au-delà
Règles de protectionSeuil de suppression des petits nombres, niveau géographique minimal, consentement au partage
Procédure en cas de demande externeUne demande d'un bailleur, d'une autorité ou d'un média passe par la coordination et le PPI

Liens avec les autres mécanismes

  • Cluster protection : le DdR VBG en fait partie ; analyse commune des risques de protection.
  • Cluster santé et groupe de travail santé reproductive : prise en charge clinique, approvisionnement en kits, formation.
  • DdR protection de l'enfance : cas d'enfants survivants, mariage d'enfants ; accord sur la gestion des cas.
  • Réseau PEAS : traitement des allégations d'exploitation et d'abus sexuels, assistance aux victimes via les services VBG.
  • Mécanisme de suivi des violences sexuelles liées au conflit (MARA) : coordination prudente, partage limité au consentement et aux règles éthiques ; les données de service ne sont pas transmises sans cadre.
  • Groupe intersectoriel : intégration de l'atténuation dans les plans des autres clusters, présence d'un point focal VBG dans chaque cluster.

10Erreurs fréquentes, variations de contexte, questions d'entretien et références

Erreurs fréquentes

ErreurConséquencePratique correcte
Audit de sécurité sans retour aux femmes ni suitePerte de confiance, fatigue de consultationPlan d'action avec responsables et délais, restitution
Atténuation confiée à la seule équipe protectionMesures non budgétées, non mises en œuvreResponsabilité de chaque secteur ; l'équipe VBG conseille et suit
Gardiens masculins installés devant les latrines sans consultationNouveau risque d'abus ou de contrôleSolutions choisies avec les femmes (éclairage, rapprochement, verrous)
Espace sûr signalé comme lieu pour survivantesStigmatisation, fréquentation faible, risque de représaillesEspace ouvert à toutes les femmes et filles, activités générales
Campagne de sensibilisation massive avant l'ouverture des servicesRévélations sans prise en chargeServices et circuit d'abord, information ensuite
POS rédigées par une seule agence et jamais diffuséesAucune appropriation, pratiques divergentesÉlaboration participative, signature, formation, révision annuelle

Ce que vérifient bailleurs et évaluateurs

  • L'existence d'audits de sécurité récents et la preuve des corrections apportées.
  • Des indicateurs d'atténuation dans les cadres logiques des projets non spécialisés, ventilés par sexe, âge et handicap.
  • La participation effective des femmes dans les comités et la conception.
  • La participation de l'organisation au sous-cluster et la signature des POS et du protocole de partage.
  • Les politiques PEAS, la formation du personnel et un mécanisme de plaintes accessible.

Variations selon le contexte

  • Urgence soudaine : atténuation intégrée dès la conception des abris collectifs et des sites (plans d'aménagement, éclairage, latrines séparées) ; espaces sûrs temporaires ou mobiles dans les deux à quatre semaines.
  • Crise prolongée : programmes de prévention sur plusieurs années, transfert des espaces sûrs vers des organisations de femmes locales, intégration dans les services sociaux.
  • Milieu urbain : peu de contrôle sur l'environnement physique ; travail avec les municipalités, les transports, les propriétaires ; espaces sûrs dans des centres communautaires existants.
  • Insécurité et accès restreint : partenaires locaux en première ligne, activités discrètes, coordination à distance, priorité aux mesures que les communautés peuvent porter seules.
  • Partenaires locaux à faible capacité : les organisations de femmes connaissent les risques mieux que quiconque ; on renforce leurs capacités de gestion et de protection des données, et on finance leur participation à la coordination (transport, temps de personnel, traduction).

Questions d'entretien

QuestionÉléments d'une réponse solide
Comment convaincre un responsable WASH d'intégrer l'atténuation des risques de VBG ?Lien avec la qualité et l'usage des services ; normes Sphère ; mesures concrètes et peu coûteuses ; indicateurs ; exigences des bailleurs ; appui de l'équipe VBG plutôt que critique.
Décrivez la conduite d'un audit de sécurité.Équipe mixte, participation des femmes, passages de jour et de nuit, grille, pas de cas, analyse par lieu et secteur, plan d'action, restitution, répétition.
Que contient un protocole de partage d'informations ?Parties, données agrégées, fréquence, usages autorisés, seuils de suppression, procédure pour les demandes externes.
Quand lancer un programme de transformation des normes sociales ?Après la stabilisation des services de réponse ; population relativement stable ; approche validée et adaptée ; lien avec les services et suivi des effets.
Un cluster vous demande pourquoi un espace sûr est nécessaire alors que la gestion de cas existe.Point d'entrée discret, soutien psychosocial, réseau social, information, autonomisation, accès des adolescentes ; Normes minimales, norme sur les espaces sûrs.

Références clés

  • IASC, Directives pour l'intégration d'interventions ciblant la VBG dans l'action humanitaire (2015) et leurs fiches thématiques sectorielles.
  • Projet Sphère, Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire (2018).
  • CHS Alliance, Groupe URD et Projet Sphère, Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (2014, révisée en 2024).
  • GBV AoR, Manuel de coordination des interventions de lutte contre la VBG dans les situations d'urgence (2019).
  • IRC et IMC, Women and Girls Safe Spaces : A Toolkit for Advancing Women's and Girls' Empowerment in Humanitarian Settings (2019).
  • Raising Voices, SASA! Together ; IRC, EMAP et Girl Shine.
  • CARE, Women's Refugee Commission et partenaires, Cash and Voucher Assistance and Gender-Based Violence Compendium (2019).
  • IASC, Gender with Age Marker (2018) ; DG ECHO, Gender-Age Marker Toolkit.
  • Comité de coordination GBVIMS, Modèle de protocole de partage d'informations.
Mise en situation

La réunion qui veut des chiffres

Réunion de coordination inter-cluster, capitale provinciale

Votre rôle

Vous représentez le sous-cluster VBG.

Un représentant d'une agence demande que chaque ONG présente « le nombre de viols par camp, avec l'âge et l'ethnie des victimes ». Le cluster Abris présente un plan de site sans éclairage. Un bailleur souhaite financer une « grande enquête sur la prévalence des violences sexuelles » dans les trois prochains mois.

  1. Décision 1 sur 3Comment répondez-vous à la demande de chiffres par camp, âge et ethnie ?

  2. Décision 2 sur 3Le plan de site du cluster Abris ne prévoit pas d'éclairage. Vous :

  3. Décision 3 sur 3Que conseillez-vous au bailleur intéressé par une enquête de prévalence ?

Exercice d'application : un plan d'atténuation multisectoriel

Pour un site de 20 000 personnes en phase aiguë, rédigez une page qui fixe pour quatre secteurs (WASH, abris et CCCM, distributions, éducation) deux mesures d'atténuation chacun, un indicateur de suivi ventilé par sexe et âge, et le mode de coordination avec le sous-cluster VBG. Précisez comment vous diffuserez le circuit de référencement à tout le personnel, y compris les chauffeurs et les gardiens.

À retenir

  • Directives IASC 2015 : tous les secteurs atténuent les risques, à chaque étape du cycle de programme.
  • Audits de sécurité et marches exploratoires : sur les lieux et les services, jamais sur des cas.
  • Espaces sûrs pour femmes et filles : soutien, information et point d'entrée discret vers la gestion de cas.
  • GBV AoR dirigé par l'UNFPA ; sous-cluster national : POS et circuit de référencement.
  • GBVIMS : consentement, protocole de partage, données agrégées ; elles ne mesurent pas la prévalence.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Comité permanent inter-organisations (IASC) (2015). Directives pour l'intégration d'interventions ciblant la violence basée sur le genre dans l'action humanitaire. gbvguidelines.org
  2. UNFPA, GBV AoR (2019). Normes minimales inter-agences pour la programmation de la lutte contre la violence basée sur le genre dans les situations d'urgence. www.unfpa.org/minimum-standards
  3. IASC, GBV Guidelines Reference Group (2018). How to support survivors of gender-based violence when a GBV actor is not available in your area (GBV Pocket Guide). gbvguidelines.org
  4. OMS, UNFPA, HCR (2020). Clinical management of rape and intimate partner violence survivors: developing protocols for use in humanitarian settings. www.who.int/publications/i/item/9789240001411
  5. Gender-Based Violence Information Management System Steering Committee (2017). Interagency Gender-Based Violence Case Management Guidelines. www.gbvims.com
  6. Organisation mondiale de la Santé (2007). WHO ethical and safety recommendations for researching, documenting and monitoring sexual violence in emergencies. www.who.int/publications/i/item/9789241595681
  7. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  8. GBV AoR, Global Protection Cluster (2024). Gender-Based Violence Area of Responsibility. gbvaor.net

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Quelle mesure WASH réduit le plus directement les risques de VBG ?
2Au niveau mondial, le domaine de responsabilité VBG est dirigé par :
3Une autorité locale demande la liste nominative des survivantes suivies par votre ONG. Vous :

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