- Expliquer les fonctions d'un abri et la notion d'établissement humain.
- Appliquer les principaux indicateurs Sphère (surface, emplacement, confort thermique).
- Conduire et analyser une évaluation abris et BNA.
1Un abri, bien plus qu'un toit
Un abri remplit plusieurs fonctions à la fois : il protège des intempéries, de la chaleur et du froid, il assure la sécurité et l'intimité, il préserve la dignité et la vie familiale, et il permet de reprendre des activités, y compris économiques. Un abri inadapté se paie en santé : infections respiratoires, hypothermie, paludisme, violences, notamment contre les femmes et les filles.
La réponse ne se limite pas à la structure. Sphère parle d'abris et établissements humains : l'abri s'inscrit dans un quartier, un village ou un site, avec ses voies d'accès, son drainage, ses services (eau, santé, école, marché) et ses moyens d'existence. Dans la plupart des crises, les familles s'abritent d'abord par leurs propres moyens : chez des proches, en location, dans des bâtiments publics ou dans leur maison endommagée. Le rôle humanitaire est d'appuyer ces stratégies, pas de les remplacer systématiquement par des camps.
2Les normes Sphère d'abris et d'établissements humains
Le manuel Sphère 2018 compte sept normes : planification, emplacement et planification des établissements, espace de vie, articles ménagers, assistance technique, sécurité d'occupation et durabilité environnementale. Quelques repères essentiels :
- Surface couverte : au minimum 3,5 m² par personne, hors espaces de cuisine, de toilette et d'assainissement ; dans les climats froids ou en milieu urbain où l'on cuisine et se lave à l'intérieur, plutôt 4,5 à 5,5 m² par personne.
- Sites planifiés de type camp : au minimum 45 m² par personne, jardins familiaux compris (30 m² si les services communs sont fournis hors du site).
- Prévention des incendies : un coupe-feu de 30 m tous les 300 m de zone bâtie et une distance d'au moins 2 m entre les abris, idéalement deux fois la hauteur de la structure.
- Emplacement : terrain sûr, hors zones inondables ou exposées aux glissements, avec une pente qui permet le drainage, et un accès sûr aux services.
Ces chiffres sont des indicateurs, pas des objectifs isolés : un abri de 3,5 m² par personne mal ventilé, sans intimité ni porte fermant de l'intérieur ne respecte pas la norme.
3Évaluer les besoins en abris et en BNA
L'évaluation commence dès les premières heures et s'affine ensuite. Elle combine les données secondaires (recensements, cartes, rapports), l'évaluation multisectorielle initiale (MIRA) et des évaluations abris et BNA par observation, entretiens avec des informateurs clés, groupes de discussion et enquêtes ménages. On cherche à savoir :
- Où vivent les personnes touchées : maison endommagée, famille d'accueil, location, site spontané, bâtiment collectif, à la rue.
- Le niveau de dommages des logements (légers, importants, détruits) et les causes de ces dommages.
- Les BNA possédés et manquants, l'accès aux marchés (matériaux, articles ménagers, loyers) et les prix.
- Le statut d'occupation (propriétaire, locataire, occupant informel) et les risques d'expulsion.
- Les capacités locales : artisans, savoir-faire, matériaux récupérables, mécanismes d'entraide.
Les questions doivent être harmonisées avec le cluster Abris pour que les données de plusieurs partenaires puissent être agrégées. Toujours consulter séparément femmes, hommes, personnes âgées et personnes handicapées : leurs besoins et leurs risques diffèrent.
4Vulnérabilités, risques et climat
Le même abri n'a pas la même valeur partout. Il faut tenir compte du climat (saison des pluies, cyclones, grand froid, chaleur extrême), des aléas (inondations, séismes, glissements de terrain), de la culture constructive locale et des usages (cuisine intérieure ou extérieure, séparation des espaces).
Certains ménages ont besoin d'une attention particulière : ménages dirigés par une femme ou par un enfant, personnes âgées seules, personnes handicapées, familles très nombreuses, personnes sans titre d'occupation. L'analyse doit aussi repérer les risques de protection liés à l'abri : surpeuplement, absence de verrou, éclairage insuffisant, latrines éloignées, exploitation par des propriétaires. Ces éléments orientent à la fois le choix de l'option d'assistance et les critères de ciblage.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5Conduire une évaluation abris et BNA pas à pas
Une évaluation abris n'est pas un questionnaire que l'on administre une fois pour toutes. C'est un processus en plusieurs vagues, dont chacune répond à une décision précise : faut-il distribuer des bâches demain matin, quelle combinaison d'options proposer au bailleur dans trois semaines, quelle valeur de transfert retenir pour la réparation. Le praticien expérimenté commence toujours par se demander quelle décision l'évaluation doit éclairer, puis ne collecte que ce qui est nécessaire à cette décision.
Vague 1 : les 72 premières heures
- Données secondaires : recensement et nombre moyen de personnes par ménage, typologies de logement par zone (matériaux de murs et de toiture), cartes d'aléas, données des évaluations antérieures, rapports des autorités de protection civile, images satellitaires si un service de cartographie d'urgence a été activé. Un responsable information de l'organisation ou du cluster consolide ces éléments dans une matrice simple (source, date, zone, chiffre, fiabilité).
- Estimation de planification : nombre de ménages touchés multiplié par une hypothèse de répartition des dommages tirée d'événements comparables. Elle est imparfaite, mais elle permet de lancer les commandes de stock et de demander une allocation d'urgence.
- Observation directe : une équipe de deux personnes (un technicien, une personne chargée de la protection ou des communautés) parcourt les zones accessibles, note les types de dommages, les lieux de regroupement spontanés et les obstacles d'accès.
Vague 2 : jours 3 à 14, l'évaluation rapide
Elle s'aligne sur l'évaluation multisectorielle initiale (MIRA) lorsque celle-ci est organisée, et sur le questionnaire minimum harmonisé que le cluster Abris diffuse au niveau national. Les méthodes combinées sont les suivantes :
- Informateurs clés au niveau du village ou du quartier : chef de localité, enseignant, agent de santé, représentante d'un groupement de femmes, propriétaire ou commerçant de matériaux. En règle générale, trois à cinq informateurs par localité, en veillant à ce qu'au moins un tiers soient des femmes.
- Discussions de groupe séparées (femmes, hommes, personnes âgées, personnes handicapées, et, en milieu urbain, locataires) de 6 à 10 participants, une heure et demie au maximum.
- Observation structurée d'un échantillon de logements avec une fiche de classification des dommages (voir la quatrième section).
- Relevé de prix sur les marchés : tôles, bois, ciment, clous, bâches, couvertures, ustensiles, loyers d'une pièce et de deux pièces, salaires journaliers d'un maçon et d'un manœuvre.
Vague 3 : semaines 3 à 8, l'évaluation détaillée
Elle sert à concevoir le programme et à fixer les critères de ciblage. Elle prend la forme d'une enquête ménages par échantillonnage, souvent sur collecte numérique (formulaires sur téléphone ou tablette), ou d'un enregistrement exhaustif dans les zones d'intervention. Pour une estimation de proportion avec un niveau de confiance de 95 % et une marge d'erreur de 5 %, la taille d'échantillon est d'environ 385 ménages pour une grande population ; on la multiplie par un effet de grappe, souvent 1,5 à 2, si l'on tire des grappes de villages, et on ajoute 10 % pour les non-réponses. Si l'on veut des résultats par district ou par groupe de statut d'occupation, il faut un échantillon par strate.
Qui fait quoi
| Rôle | Responsabilités | Ordre de grandeur |
|---|---|---|
| Coordinateur ou coordinatrice abris | Définit les décisions à éclairer, valide les outils avec le cluster, analyse et rédige | 1 par réponse |
| Ingénieur ou technicien bâtiment | Forme les enquêteurs à la classification des dommages, contrôle un échantillon de fiches, évalue les capacités locales de construction | 1 pour 6 à 8 enquêteurs |
| Responsable gestion de l'information | Construit le formulaire, gère les données, produit les tableaux et cartes | 1 par réponse, partagé avec le cluster si possible |
| Enquêteurs et enquêtrices | Collecte, en binômes mixtes lorsque c'est culturellement nécessaire | 8 à 12 entretiens ménages par jour et par enquêteur en rural, davantage en zone dense |
| Point focal protection et redevabilité | Vérifie la sécurité de la collecte, les questions sensibles, le consentement, les orientations | 1 par équipe de terrain |
Les modules d'un questionnaire abris et BNA
- Composition du ménage, avec la ventilation par sexe, âge et handicap (questions courtes du Washington Group).
- Lieu de vie actuel et lieu de vie avant la crise ; intention de retour, de rester ou de partir à trois mois.
- Type et niveau de dommages du logement d'origine ; matériaux ; capacité perçue à réparer.
- Conditions de l'abri actuel : surface, nombre de pièces, nombre de personnes par pièce, étanchéité, possibilité de fermer à clé, éclairage, ventilation.
- Statut d'occupation et documents disponibles ; menaces d'expulsion ; loyer payé et arriérés.
- Articles ménagers possédés et manquants, avec une liste fermée alignée sur le kit standard du cluster.
- Revenus, dettes, stratégies d'adaptation liées au logement (réduction des repas pour payer un loyer, partage d'une pièce avec une autre famille).
- Préférences d'assistance (en nature, en espèces, appui technique) et canaux d'information et de plainte préférés.
Règle de terrain : ne posez jamais une question dont vous ne savez pas comment la réponse sera analysée. Un questionnaire abris de plus de 40 minutes produit des données de moindre qualité et fatigue des ménages déjà sollicités par plusieurs organisations.
6Appliquer les normes Sphère en chiffres et en jugement
Les sept normes Sphère d'abris et d'établissements humains se lisent avec trois niveaux : la norme (l'énoncé qualitatif universel), les actions clés et les indicateurs clés, accompagnés de notes d'orientation. Les chiffres sont des repères qu'il faut contextualiser ; ce qui ne se négocie pas, c'est l'énoncé de la norme. Un rédacteur de proposition qui cite 3,5 m² par personne sans expliquer pourquoi ce repère est adapté au climat et aux usages locaux montre qu'il connaît le manuel mais pas son esprit.
Les repères chiffrés à maîtriser
| Domaine | Repère | Comment l'utiliser |
|---|---|---|
| Espace de vie couvert | Au minimum 3,5 m² par personne, hors cuisine, toilette et assainissement | Calculer par ménage et non par moyenne : une famille de 9 dans un abri de 18 m² est en dessous, même si la moyenne du site est conforme |
| Climat froid ou milieu urbain | 4,5 à 5,5 m² par personne, cuisine et toilette intérieures comprises | Justifier la valeur retenue dans la stratégie par les usages observés |
| Hauteur intérieure | Au moins 2 m au point le plus haut ; davantage en climat chaud pour la circulation de l'air | Vérifier les modèles d'abri d'urgence importés, souvent trop bas |
| Site planifié | Au moins 45 m² par personne, espaces communs et jardins compris ; 30 m² si les services communs sont hors du site | Base de la négociation foncière avec les autorités |
| Coupe-feu | 30 m tous les 300 m de zone bâtie ; au moins 2 m entre abris, idéalement deux fois la hauteur des structures | À intégrer dès le traçage, impossible à rattraper sans déplacer des familles |
| Drainage et pente | Terrain qui permet l'écoulement naturel des eaux ; éviter les fonds de vallée et les pentes fortes exposées aux glissements | Faire valider le site par un ingénieur et le WASH avant toute installation |
| Vêtements | Au moins deux tenues complètes par personne, adaptées à la taille, au climat et à la culture | Souvent mieux couvert par le cash, sauf contexte de marché défaillant |
| Couchage | Couvertures, nattes ou matelas en quantité suffisante pour le confort thermique et la séparation selon l'âge et le sexe | Calculer par personne en climat froid, pas par ménage |
Les interfaces avec les autres chapitres
L'abri ne se planifie pas seul. Les repères du chapitre eau, assainissement et hygiène conditionnent l'emplacement : en phase aiguë, au plus 50 personnes par latrine puis 20, une latrine à moins de 50 m des abris, un point d'eau à moins de 500 m du logement. Les repères de santé et de protection pèsent sur l'éclairage, la séparation des espaces et l'accessibilité. Les standards humanitaires d'inclusion des personnes âgées et des personnes handicapées rappellent qu'une rampe, une poignée de porte à bonne hauteur et un sol stable sont des éléments de l'abri, pas des options.
La Norme humanitaire fondamentale (CHS) appliquée à l'abri
- Engagement 1 (réponse adaptée) : les options d'assistance découlent d'une évaluation, pas du stock disponible.
- Engagement 3 (renforcement des capacités locales, pas d'effets négatifs) : éviter de déstabiliser les marchés de matériaux ou de location, éviter la déforestation par prélèvement de bois.
- Engagement 4 (communication, participation) : les ménages comprennent pourquoi ils reçoivent un kit plutôt qu'une aide en espèces et peuvent donner leur avis sur le modèle d'abri.
- Engagement 5 (plaintes) : un mécanisme accessible, y compris pour signaler une exploitation par un propriétaire ou un agent de distribution.
Exercer le jugement professionnel
Sphère prévoit explicitement que l'on puisse ne pas atteindre un indicateur. Dans ce cas, il faut documenter l'écart, expliquer pourquoi (manque de terrain, restriction des autorités, financement), décrire les mesures d'atténuation (abris à étage, réduction des surfaces communes compensée par des espaces partagés gérés) et planifier comment rattraper l'écart. Un bailleur ou un évaluateur pardonne un écart documenté ; il ne pardonne pas un écart ignoré.
Un indicateur Sphère non atteint n'est pas une faute en soi. La faute consiste à ne pas l'avoir mesuré, à ne pas l'avoir signalé et à ne rien avoir prévu pour réduire ses effets sur les personnes.
7Classer les dommages, les modes d'occupation et les vulnérabilités : les outils
Trois outils structurent l'analyse : une échelle de dommages commune, une grille des modes d'occupation et une grille de vulnérabilité. Ils doivent être harmonisés avec le cluster, sinon les chiffres de plusieurs organisations ne peuvent pas être additionnés et les gaps sont mal estimés.
Outil 1 : échelle de classification des dommages
| Catégorie | Description observable | Habitabilité | Option généralement associée |
|---|---|---|---|
| 0 - Aucun dommage | Pas de dommage visible à la structure ni à la toiture | Habitable | BNA si pertes de biens ; appui aux familles d'accueil éventuel |
| 1 - Dommages légers | Toiture partiellement arrachée, fissures fines non structurelles, portes et fenêtres endommagées | Habitable après petites réparations | Bâche, kit de réparation ou cash de faible montant |
| 2 - Dommages moyens | Toiture largement détruite, murs non porteurs effondrés, fissures en diagonale localisées | Habitable après réparation encadrée | Réparation avec assistance technique, cash conditionnel |
| 3 - Dommages graves | Murs porteurs fissurés ou déformés, fondations atteintes, risque d'effondrement partiel | Inhabitable en l'état ; évaluation par un ingénieur | Abri temporaire ou évolutif, puis reconstruction ou renforcement |
| 4 - Détruit | Effondrement total ou partiel majeur, logement emporté | Inhabitable | Abri d'urgence, familles d'accueil, aide locative, puis reconstruction |
Les enquêteurs non ingénieurs ne doivent jamais déclarer un bâtiment de catégorie 3 « sûr ». Dans les contextes sismiques, les autorités utilisent souvent un code de couleur (vert, jaune, rouge) posé après inspection par des ingénieurs agréés : l'évaluation humanitaire s'aligne sur ce code au lieu d'en créer un concurrent.
Outil 2 : grille des modes d'occupation
| Mode d'occupation | Preuves possibles | Risques principaux | Options compatibles |
|---|---|---|---|
| Propriétaire avec titre | Titre, certificat, acte notarié | Documents perdus, héritage non réglé | Réparation, reconstruction, cash conditionnel |
| Propriétaire coutumier | Attestation du chef, témoignage des voisins, cartographie communautaire | Contestation par un lignage, exclusion des veuves | Idem, avec accord validé par l'autorité coutumière |
| Locataire avec contrat | Contrat écrit, reçus de loyer | Hausse des loyers, expulsion après travaux | Aide locative, réparation avec accord propriétaire-locataire |
| Locataire sans contrat | Témoignage, reçus informels | Expulsion sans préavis | Aide locative avec contrat écrit, médiation |
| Hébergé par une famille | Déclaration de l'hôte | Épuisement de l'hôte, tensions, surpeuplement | Appui aux familles d'accueil |
| Occupant informel ou site spontané | Aucune | Expulsion forcée, absence de services | Abri amovible, plaidoyer, recherche de terrain sécurisé |
Outil 3 : grille de vulnérabilité pour le ciblage
La grille combine le besoin en abri (dommages, conditions actuelles) et la capacité à se relever (revenus, main-d'œuvre disponible, réseau). Une pondération simple, discutée avec les communautés, donne de meilleurs résultats qu'un score complexe que personne ne comprend.
| Critère | Points |
|---|---|
| Logement de catégorie 4 / catégorie 3 / catégorie 2 | 4 / 3 / 2 |
| Vit actuellement à la rue, en site spontané ou dans un bâtiment collectif | 3 |
| Ménage dirigé par une femme seule, une personne âgée seule ou un adolescent | 2 |
| Au moins un membre avec un handicap ou une maladie chronique limitant le travail | 2 |
| Aucun adulte apte à effectuer des travaux de construction | 2 |
| Plus de 3 personnes par pièce | 1 |
| Menace d'expulsion signalée | 2 |
Les seuils (par exemple prioritaires à partir de 7 points) se fixent après avoir testé la grille sur un échantillon réel et vérifié qu'elle ne produit pas d'exclusions absurdes. Un comité de vérification communautaire, comprenant des femmes, examine les cas limites. Les critères ne doivent jamais reposer sur une donnée sensible que l'on ne peut pas protéger.
8Exemple complet : l'évaluation abris après les crues de la commune de Basse-Ternes
Contexte fictif. La rivière Ternes sort de son lit en fin de saison des pluies et inonde la commune rurale de Basse-Ternes : un chef-lieu semi-urbain et sept villages. Les données de recensement donnent 9 800 ménages et une taille moyenne de 5,6 personnes. La saison des pluies doit encore durer six semaines, puis vient une saison fraîche où les nuits descendent à 12 °C. Votre ONG est présente dans la zone pour un programme d'eau et d'assainissement ; le cluster Abris national vous demande de couvrir la commune.
Étape 1 : estimation de planification (jour 2)
La protection civile estime que 4 200 ménages ont été touchés. Les données d'une crue comparable en 2019 donnaient 25 % de logements détruits, 35 % de dommages moyens à graves et 40 % de dommages légers. Estimation : 1 050 ménages sans logement, 1 470 avec un logement à réparer avec appui technique, 1 680 avec des réparations légères. Sur cette base, vous demandez au cluster 1 500 kits abris et 2 500 kits BNA du stock prépositionné, et vous informez le bailleur qu'une demande de financement suivra sous dix jours.
Étape 2 : évaluation rapide (jours 4 à 10)
Quatre binômes visitent les huit localités : 31 informateurs clés (dont 12 femmes), 22 discussions de groupe, observation structurée de 410 logements tirés au hasard le long de transects, relevé de prix dans trois marchés. Résultats consolidés :
| Indicateur | Chef-lieu | Villages | Total |
|---|---|---|---|
| Ménages touchés (recoupement autorités et informateurs) | 1 600 | 2 750 | 4 350 |
| Catégorie 4 (détruit) | 12 % | 34 % | 26 % |
| Catégories 2 et 3 | 38 % | 36 % | 37 % |
| Catégorie 1 | 50 % | 30 % | 37 % |
| Locataires | 41 % | 6 % | 19 % |
| Ménages sans logement hébergés par des proches | 63 % | 48 % | 53 % |
| Ménages sans logement dans les écoles | 29 % | 12 % | 18 % |
| Ménages sans logement en abri de fortune sur la digue | 8 % | 40 % | 29 % |
| Ménages ayant perdu couchage et ustensiles | 35 % | 58 % | 50 % |
Marchés : le chef-lieu dispose de deux grossistes en tôles et bois ; le prix de la tôle ondulée a augmenté de 35 %, celui des briques de terre crue est stable car la production a repris. Les villages s'approvisionnent au chef-lieu à 1 h 30 de route. Les loyers d'une pièce au chef-lieu ont augmenté de 20 % en deux semaines.
Étape 3 : analyse
Ménages sans logement (catégorie 4) : 26 % de 4 350, soit 1 131 ménages. 29 % d'entre eux, soit 328 ménages, vivent sur la digue, exposés à une nouvelle crue : priorité vitale. 204 ménages (18 %) occupent les écoles, qui doivent rouvrir dans huit semaines.
Besoin en surface : pour les 328 ménages sur la digue, 5,6 personnes en moyenne et un repère de 3,5 m² par personne donnent environ 19,6 m² par ménage. Le kit abris standard du cluster (deux bâches de 4 × 6 m) couvre une structure d'environ 18 à 20 m² une fois les recouvrements faits : acceptable à court terme, insuffisant pour la saison fraîche. Les familles de plus de 7 personnes (14 % de l'échantillon) recevront une troisième bâche.
Réparations : 37 % de catégories 2 et 3, soit 1 610 ménages, dont environ un quart de catégorie 3 qu'un ingénieur doit inspecter avant toute réparation. Les briques de terre crue étant disponibles et stables en prix, la réparation des murs est faisable localement ; la toiture est le point critique.
BNA : 50 % des ménages touchés, soit 2 175 ménages, ont perdu couchage et ustensiles. Les marchés du chef-lieu vendent ces articles ; ceux des villages non.
Étape 4 : recommandations transmises au cluster et au bailleur
| Groupe | Ménages | Option recommandée | Délai |
|---|---|---|---|
| Sans logement sur la digue | 328 | Relocalisation volontaire sur un terrain sûr identifié avec la mairie, kit abris et aide à l'installation pour les ménages sans main-d'œuvre | Semaines 2 à 4 |
| Sans logement dans les écoles | 204 | Aide locative de quatre mois au chef-lieu ; appui aux familles d'accueil dans les villages | Avant la rentrée scolaire |
| Sans logement chez des proches | 599 | Appui aux familles d'accueil (cash et BNA pour hôte et hébergé), puis abri évolutif sur la parcelle d'origine si hors zone inondable | Semaines 3 à 16 |
| Dommages moyens et graves | 1 610 | Inspection technique des catégories 3 ; cash conditionnel pour la toiture en deux tranches, formation de 40 artisans aux bonnes pratiques | Semaines 4 à 20 |
| Dommages légers | 1 610 | Kit de réparation légère ou petit montant en espèces, messages de construction plus sûre | Semaines 3 à 8 |
| Pertes de BNA | 2 175 | Espèces au chef-lieu ; kits en nature dans les villages | Semaines 2 à 5 |
Ce qui fait la qualité de cet exemple
- Les chiffres de planification ont été remplacés par des chiffres mesurés, et l'écart (4 350 au lieu de 4 200) a été communiqué au cluster.
- L'analyse distingue chef-lieu et villages : une moyenne communale aurait masqué la forte proportion de locataires au chef-lieu et l'exposition des villageois sur la digue.
- Chaque recommandation est rattachée à un groupe chiffré, à une justification (marché, risque, statut d'occupation) et à un délai.
- Les limites sont écrites : échantillon d'observation non représentatif des quartiers inaccessibles, prix relevés sur trois marchés seulement, intentions de retour non mesurées.
Une évaluation abris convaincante se termine toujours par un tableau qui relie chaque groupe de ménages à un chiffre, à une option d'assistance et à un délai. Sans ce tableau, l'analyse ne guide aucune décision.
9Erreurs fréquentes, attentes des bailleurs et variations de contexte
Les erreurs les plus courantes
- Compter les maisons, pas les ménages : une maison détruite peut abriter trois ménages. L'unité d'analyse doit être le ménage, avec la taille de chaque ménage.
- Ignorer les personnes hébergées par des proches : invisibles dans les sites, elles représentent souvent la majorité des sans-logement. Les évaluations centrées sur les sites surestiment le besoin en tentes et sous-estiment le besoin d'appui aux familles d'accueil.
- Confondre besoins et souhaits de distribution : demander « avez-vous besoin d'une bâche ? » produit presque toujours oui. Il faut observer l'état de l'abri et poser des questions factuelles.
- Classer les dommages sans formation : deux enquêteurs non formés classent différemment la même maison. Une demi-journée de formation avec photographies et une journée de calibration sur le terrain réduisent fortement cet écart.
- Oublier le marché : sans relevé de prix et de disponibilités, il est impossible de défendre une modalité en espèces devant le bailleur.
- Collecter des données sensibles inutiles : appartenance ethnique, statut juridique précis, identité d'auteurs de violences. Si elles ne servent pas une décision, elles ne doivent pas être collectées.
- Ne pas restituer : les communautés qui ne reçoivent jamais de retour sur une évaluation refusent la suivante.
Ce que regardent les bailleurs, évaluateurs et auditeurs
- DG ECHO : dans ses orientations sur les abris et établissements humains, la Commission européenne insiste sur l'analyse des modes d'occupation, l'approche par établissements, la priorité donnée aux solutions qui soutiennent les stratégies des ménages (réparation, accueil, location) et la justification des modalités. La fiche projet doit montrer le lien entre besoins mesurés, options et indicateurs.
- Bureau de l'assistance humanitaire de l'USAID (BHA), lorsqu'il finance : ses lignes directrices pour les demandes demandent pour le secteur abris et établissements humains une description des dommages, du statut d'occupation et des marchés, des indicateurs normalisés par sous-secteur et, pour la construction, l'implication de personnel technique qualifié et le respect des réglementations environnementales.
- Fonds communs gérés par OCHA : alignement sur les priorités du plan de réponse et du cluster, couverture des gaps de la 4W, absence de doublons.
- Évaluateurs (critères du CAD de l'OCDE, guide d'ALNAP sur l'évaluation de l'action humanitaire) : pertinence des options au regard des besoins mesurés, couverture des groupes invisibles, cohérence avec les autres secteurs.
- Auditeurs : traçabilité des listes de bénéficiaires jusqu'aux fiches d'évaluation, cohérence des critères appliqués, preuves de vérification indépendante.
Variations selon le contexte
| Contexte | Ce qui change dans l'évaluation |
|---|---|
| Catastrophe soudaine | Priorité aux 72 heures et à l'estimation de planification ; vagues successives ; risque de répliques ou de nouvelles crues à intégrer |
| Crise prolongée | Accent sur la détérioration des abris existants, l'endettement locatif, les intentions de solutions durables ; recours aux profils de déplacement et aux données de suivi des mouvements |
| Camp ou site planifié | Évaluation par blocs avec le CCCM ; mesure de la densité, des coupe-feu, du drainage ; état des abris par cycle de remplacement |
| Milieu urbain | Majorité de locataires ; immeubles à plusieurs niveaux ; besoin d'ingénieurs structurels ; analyse du marché locatif ; approche par quartier plutôt que par ménage |
| Gestion à distance | Enquêteurs recrutés localement et formés à distance ; photos géolocalisées pour la classification des dommages ; contrôle de cohérence quotidien des données ; rappels téléphoniques sur un échantillon |
| Insécurité | Questionnaire raccourci, informateurs clés par téléphone, rotation des lieux de discussion, absence de données nominatives dans les appareils |
| Partenaires locaux à faible capacité | Outils simplifiés, formation pratique à la classification des dommages, accompagnement sur les premières journées de collecte, contrôle de 10 % des fiches |
10Questions d'entretien et références clés
Questions d'entretien et éléments d'une réponse solide
- « Comment organiseriez-vous l'évaluation abris dans les dix jours suivant un séisme ? » Une bonne réponse distingue les vagues (données secondaires et estimation de planification, évaluation rapide alignée sur le cluster et la MIRA, évaluation détaillée), cite les méthodes (informateurs clés, groupes séparés, observation structurée, relevé de marché), mentionne l'harmonisation des outils avec le cluster, l'inspection des bâtiments par des ingénieurs et la restitution aux communautés.
- « Un site affiche 3,2 m² par personne. Que faites-vous ? » Vérifier la donnée par ménage et non en moyenne ; identifier les ménages les plus en dessous ; analyser les causes (terrain, restrictions, croissance démographique) ; proposer des mesures (extension, abris à deux niveaux, nouveaux terrains, appui aux familles d'accueil) ; documenter l'écart et le signaler au cluster et au CCCM.
- « Pourquoi analyser le statut d'occupation dès l'évaluation ? » Parce qu'il détermine les options possibles et les risques d'expulsion ; parce que les locataires et occupants informels sont souvent exclus faute d'avoir été comptés ; parce que les bailleurs et la norme Sphère l'exigent.
- « Comment éviter que l'évaluation ne crée des attentes ? » Présenter clairement l'objectif et l'absence d'engagement d'assistance ; obtenir le consentement ; coordonner pour éviter les évaluations multiples ; restituer les résultats et les décisions prises.
- « Quelle taille d'échantillon pour une enquête ménages dans trois districts ? » Environ 385 ménages par district si l'on veut une précision de 5 % à 95 % de confiance pour chacun, ajustés pour l'effet de grappe et les non-réponses ; expliquer que la précision demandée dépend de la décision à prendre.
- « Comment intégrez-vous les personnes handicapées dans l'évaluation abris ? » Questions courtes du Washington Group, groupes de discussion spécifiques, observation de l'accessibilité de l'abri et des services, critères de ciblage incluant le besoin d'aide à l'installation.
Références clés
- Le manuel Sphère, édition 2018 : Charte humanitaire et standards minimums de l'intervention humanitaire, chapitre Abris et établissements humains.
- La Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS) et ses indicateurs.
- Global Shelter Cluster : orientations sur les évaluations abris, notes techniques des groupes de travail et outils de coordination publiés sur son site.
- Guide de l'évaluation multisectorielle initiale rapide (MIRA) du Comité permanent interorganisations (IASC).
- Shelter Projects : recueil de cas et d'aperçus publié par le Global Shelter Cluster, utile pour les comparaisons de contexte.
- FICR et OCHA : publication Shelter after disaster (édition de 2010).
- Standards humanitaires d'inclusion des personnes âgées et des personnes handicapées (Age and Disability Consortium).
- Questions courtes du Washington Group sur le handicap.
- Commission européenne, DG ECHO : document d'orientation sur les abris et établissements humains humanitaires.
- ALNAP : guide d'évaluation de l'action humanitaire.
En entretien, citer un chiffre Sphère ne suffit pas. Ce qui distingue un profil senior, c'est la capacité à dire ce qu'il fait quand le chiffre n'est pas atteint, et comment il le documente.
La bâche du soir
Village côtier, deux jours après un cyclone
Vous êtes agent de distribution et accompagnez l'équipe abris.
Une femme âgée vit seule dans une maison dont le toit a été arraché. Elle a reçu une bâche et un kit abris, mais ne peut pas monter sur le toit. La pluie est annoncée pour la nuit.
Décision 1 sur 3Que faites-vous en premier ?
Décision 2 sur 3Comment fixer la bâche sur la charpente endommagée ?
Décision 3 sur 3Elle veut ensuite réparer sa toiture définitivement. Vous :
Ce qu'il faut retenir
Aider à l'installation les personnes qui ne peuvent pas le faire seules, poser les bâches correctement et relier l'urgence au relèvement avec des techniques plus sûres.
Exercice d'application : lire une évaluation abris
Après des inondations, une évaluation rapide dans trois villages donne : 1 450 ménages touchés, 38 % de maisons détruites, 41 % endommagées, 21 % intactes ; 60 % des ménages sans abri sont hébergés par des proches ; 35 % ne possèdent plus de couvertures ni d'ustensiles de cuisine ; le marché local vend des tôles, mais leur prix a augmenté de 40 %. Identifiez les groupes prioritaires, les besoins en abris et en BNA, et proposez une première combinaison d'options d'assistance en justifiant chacune.
À retenir
- Un abri protège, sécurise, préserve la dignité et soutient la reprise : l'approche porte sur l'établissement humain, pas seulement la structure.
- Sphère : au moins 3,5 m² couverts par personne ; 4,5 à 5,5 m² en climat froid ou urbain.
- Site planifié : 45 m² par personne (30 m² hors services) ; coupe-feu de 30 m tous les 300 m.
- L'évaluation couvre lieu de vie, dommages, BNA, marchés, statut d'occupation et capacités locales.
- Consulter séparément les différents groupes et repérer les risques de protection liés à l'abri.
💼 Offres d'emploi en Gestion de programmes
Mettez cette formation en pratique : les dernières offres de ce domaine.
- Manager – YMCA Honey ProjectThe National Council of YMCAs of India · Inde
- Ticket Booking AgentTawhid Habibzai Tourist and Travel Agency · Afghanistan
- COMMUNITY CONTACT CENTRE OPERATORComité international de la Croix-Rouge (CICR) · Somalie, Kenya
- Head of Mission Mali (f/m/d) - MaliArche-Nova · Mali
- Programme LeadLady Bamford Foundation · Inde
Pour aller plus loin : références de la formation
- Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitre Abris et établissements humains). spherestandards.org/fr/manuel-2018
- Global Shelter Cluster (HCR, FICR) (2024). Global Shelter Cluster : stratégie, guides et ressources. sheltercluster.org
- Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (2011). PASSA : Participatory Approach for Safe Shelter Awareness. www.ifrc.org
- Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, CICR (2024). Emergency Items Catalogue (spécifications des articles de secours). itemscatalogue.redcross.int
- Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (2024). Emergency Handbook (chapitres abris, établissements et articles ménagers). emergency.unhcr.org
- Global Shelter Cluster (2024). Shelter Projects : études de cas de réponses en abris. shelterprojects.org
- Comité permanent interorganisations (IASC) (2010). IASC Framework on Durable Solutions for Internally Displaced Persons. interagencystandingcommittee.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.