Jour 2 sur 4 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Gérer un site au quotidien

Objectifs du jour
  • Planifier et aménager un site selon les normes Sphère.
  • Profiler et enregistrer la population avec des outils comme la DTM.
  • Suivre les services, analyser les lacunes et coordonner avec la matrice 4W.

1Planifier l'espace selon Sphère

Les repères Sphère pour un établissement de type camp :

  • 45 m² par personne au minimum, en incluant les parcelles familiales, les routes, les services, l'espace communautaire et les coupe-feu (hors terres agricoles) ; 30 m² si certains services communautaires sont fournis en dehors du site.
  • 3,5 m² d'espace couvert par personne dans l'abri, davantage en climat froid ou en milieu urbain (4,5 à 5,5 m²).
  • Coupe-feu de 30 m tous les 300 m de zone bâtie, et au moins 2 m entre les abris (idéalement deux fois la hauteur de l'abri).
  • Terrain en légère pente pour le drainage, hors zones inondables, à distance des lignes de front et des frontières.

La planification se fait par modules communautaires : abris regroupés en blocs, autour de services de proximité (points d'eau, latrines séparées par sexe, éclairage), pour préserver les liens sociaux et la sécurité. On garde de la place pour les extensions et les nouveaux arrivants.

2Profiler et enregistrer la population

On ne gère bien que ce que l'on connaît. Trois niveaux de données :

  • Estimation et comptage rapides à l'arrivée (comptage des abris × taille moyenne des ménages, survol, images satellites).
  • Profilage : nombre de ménages, répartition par sexe et par âge, personnes ayant des besoins spécifiques (personnes âgées seules, personnes handicapées, enfants non accompagnés, femmes cheffes de ménage), lieux d'origine et intentions de retour.
  • Enregistrement nominatif par ménage, mené par les autorités ou le HCR dans les contextes de réfugiés, qui conditionne l'accès aux distributions et aux documents.

La DTM (Displacement Tracking Matrix) de l'OIM produit, site par site, des données sur la population, les besoins et les mouvements, partagées avec tous les clusters. Les données personnelles restent protégées : collecte minimale, consentement, stockage sécurisé, partage agrégé uniquement.

3Suivre les services et identifier les lacunes

Le suivi des sites (site monitoring) compare régulièrement, souvent chaque mois, la situation réelle aux normes : litres d'eau par personne et par jour (au moins 15 l selon Sphère), nombre de personnes par latrine (20 au maximum), distance au point d'eau (500 m au maximum), éclairage, accès à la santé et à l'éducation, état des abris.

Les résultats sont présentés en tableau de bord avec des codes couleur par secteur et par bloc. Chaque lacune est transmise au prestataire concerné et au cluster, avec une date de suivi. Le principe : constater, signaler, relancer, escalader si rien ne bouge.

4Coordonner les acteurs : réunions et matrice 4W

La réunion de coordination du site, animée par le gestionnaire, rassemble chaque semaine ou chaque mois les prestataires, les représentants des résidents et les autorités locales. Elle suit les lacunes, répartit les tâches et vérifie les engagements pris.

La matrice 4W (Who does What, Where, When : qui fait quoi, où et quand) recense les interventions par bloc et par secteur. Elle évite les doublons (deux distributions au même bloc) et révèle les zones oubliées. Elle doit être tenue à jour et partagée avec le cluster CCCM, qui la consolide pour l'ensemble des sites.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Planifier en détail et améliorer un site existant

La norme de 45 m² par personne n'est qu'un point de départ. Un plan de site professionnel répartit cette surface entre les usages, organise les services par niveaux et garde la flexibilité nécessaire pour absorber de nouveaux arrivants. Dans la pratique, la majorité des gestionnaires n'ouvrent pas un site planifié : ils héritent d'un site spontané surpeuplé qu'il faut améliorer sans le détruire.

Répartir la surface : un ordre de grandeur

UsagePart indicative de la surfaceRemarques
Parcelles familiales (abri, cuisine, espace privé)Environ la moitié à deux tiersParcelle permettant l'abri de 3,5 m² par personne, un espace de cuisine extérieur et 2 m au moins entre les abris
Routes, chemins et coupe-feuEnviron 20 à 25 %Coupe-feu de 30 m tous les 300 m, qui servent aussi de routes principales et d'espaces de réunion
Services et espaces communautairesEnviron 10 à 15 %Points d'eau, latrines et douches, espaces sûrs pour les femmes et les enfants, écoles, centre de santé, distribution, marché
Drainage, zones tampons, extensionLe resteZones non constructibles, réserve pour nouveaux arrivants ou décongestion

Organiser les services par niveaux

La logique modulaire du HCR (famille, communauté d'environ 80 personnes, bloc d'environ 1 250 personnes, secteur d'environ 5 000 personnes, module de camp d'environ 20 000 personnes) permet d'attribuer chaque service au bon niveau. Le HCR recommande de ne pas dépasser environ 20 000 personnes par camp : au-delà, on crée un second site ou on subdivise en modules autonomes.

NiveauServices typiques
Communauté (environ 80 personnes)Latrines et douches de proximité (à moins de 50 m des abris), point de collecte des déchets, éclairage
Bloc (environ 1 250 personnes)Rampe de robinets, espace de réunion du bloc, représentant et comité de bloc, point d'information mobile
Secteur (environ 5 000 personnes)École primaire, espace ami des enfants, espace sûr pour les femmes et les filles, poste de santé ou point de soins, point de distribution
Site (environ 20 000 personnes)Centre de santé, bureau de gestion du site, centre d'information et de plaintes, marché, zone d'accueil des nouveaux arrivants, stockage

Repères Sphère à intégrer dans le plan

  • Eau : 15 l/pers/jour au minimum ; point d'eau à moins de 500 m ; temps d'attente inférieur à 30 minutes ; 250 personnes par robinet, 500 par pompe à main, 400 par puits ouvert à usage individuel.
  • Assainissement : latrines à moins de 50 m des abris ; 1 pour 50 personnes en phase aiguë, 1 pour 20 à moyen terme ; ratio femmes/hommes de 3 pour 1 pour les latrines publiques ; verrous intérieurs, éclairage, accès pour personnes handicapées.
  • Déchets solides : accès à un conteneur ou point de collecte à moins de 100 m ; repère d'un conteneur de 100 litres pour 10 ménages.
  • Abri : 3,5 m² couverts par personne en climat chaud, 4,5 à 5,5 m² en climat froid ou en milieu urbain où l'on cuisine et vit à l'intérieur.

Améliorer un site spontané sans le détruire

  1. Cartographier l'existant : image satellite ou drone, levé des abris, des chemins, des latrines et des points bas ; chaque abri reçoit un code.
  2. Identifier les urgences de sécurité : abris en zone inondable, densités qui rendent un incendie incontrôlable, absence d'accès pour les secours.
  3. Concevoir un plan cible avec le cluster Abris : tracé de coupe-feu et de voies d'accès, emplacements des services, zone de décongestion.
  4. Négocier chaque déplacement : les ménages concernés sont informés individuellement, choisissent si possible leur nouvelle parcelle, reçoivent un appui (matériaux, transport, main-d'œuvre) et ne sont déplacés que lorsque la parcelle d'accueil est prête.
  5. Procéder par phases, bloc par bloc, en évitant la saison des pluies, et en commençant par les déplacements volontaires.
  6. Verrouiller les acquis : marquage des coupe-feu, règles du site validées par les comités, surveillance des réoccupations.

Un coupe-feu qui n'est pas entretenu se remplit d'abris en quelques mois. Le plan de site n'est pas un document : c'est une règle collective que les comités et l'équipe d'entretien font respecter chaque semaine.

6Données de population : compter, profiler, enregistrer, suivre les mouvements

Toutes les décisions d'un site reposent sur un chiffre de population : quantités d'eau, nombre de latrines, rations, places à l'école. Un chiffre surestimé gaspille des ressources et alimente la fraude ; un chiffre sous-estimé crée des lacunes invisibles. Le gestionnaire doit savoir quelle méthode produit quel chiffre, avec quelle marge d'erreur, et à quoi il sert.

Choisir la méthode adaptée

MéthodeQuandDélaiFiabilitéUsage
Estimation par informateurs clés (type évaluation de site DTM)Premières semaines, suivi régulier de nombreux sitesHeures à joursFaible à moyennePlanification d'ensemble, priorisation entre sites
Comptage des abris × taille moyenne des ménagesSite spontané, arrivée massive1 à 3 joursMoyenne (dépend de la taille moyenne retenue et des abris vides)Dimensionner les services d'urgence
Analyse d'images satellites ou de droneGrand site, accès difficileJoursMoyenne, à valider par échantillon au solDensité, extension du site, planification
Recensement par ménage (comptage porte-à-porte avec jetons ou bracelets)Avant une distribution ou un enregistrementJours à semainesBonne si bien organiséBase de distribution, profil démographique
Enregistrement nominatifSituation stabilisée, mandat clair (autorités, HCR pour les réfugiés)SemainesÉlevée, mais à vérifier régulièrementAccès aux services, documents, solutions durables
Suivi des flux (arrivées et départs)En continuQuotidienVariable selon la couverture des points d'entréeMise à jour des chiffres, alerte précoce

Conduire un comptage de site : la méthode

  1. Préparation : accord des autorités, information des résidents la veille par les comités (date, but, absence de lien direct avec une distribution pour limiter la fraude), carte du site découpée en zones, équipes de deux (un homme, une femme), formation d'une demi-journée.
  2. Bouclage : le comptage se fait tôt le matin, toutes zones en même temps, pour éviter les doubles comptages entre zones.
  3. Collecte : pour chaque abri occupé, nombre de membres présents par sexe et tranche d'âge (0-4, 5-17, 18-59, 60 ans et plus), personnes à besoins spécifiques par catégorie, marquage de l'abri ou remise d'un jeton.
  4. Contrôle : vérification par un superviseur de 5 à 10 % des abris ; écarts expliqués.
  5. Analyse et restitution : chiffres agrégés par bloc partagés avec le cluster et les prestataires ; aucune liste nominative diffusée.

Le profil du site : ce qu'il doit contenir

  • Population et ménages par bloc, répartition par sexe et âge.
  • Personnes à besoins spécifiques : personnes handicapées (les questions du Groupe de Washington sont la référence pour l'identification), personnes âgées isolées, ménages dirigés par une femme ou par un enfant, enfants non accompagnés ou séparés (signalés immédiatement et confidentiellement aux acteurs de protection de l'enfance), malades chroniques, femmes enceintes et allaitantes.
  • Zones et communautés d'origine, date d'arrivée, langues parlées.
  • Intentions de mouvement à court et moyen terme.
  • Compétences et moyens d'existence, pour préparer les activités rémunérées et les solutions durables.

Protéger les données

Les orientations opérationnelles de l'IASC sur la responsabilité en matière de données dans l'action humanitaire, les politiques de protection des données du HCR et de l'OIM et le manuel du CICR sur la protection des données dans l'action humanitaire convergent sur quelques règles :

  • Minimisation : on ne collecte que ce qui sert une décision identifiée.
  • Finalité et consentement éclairé : la personne sait pourquoi on collecte et ce qu'il advient de ses données, et peut refuser sans perdre l'accès à l'aide vitale.
  • Sécurité : appareils chiffrés, mots de passe, accès par profil, pas de listes sur papier abandonnées ou envoyées par messagerie personnelle.
  • Partage : données agrégées par défaut ; données individuelles seulement dans le cadre d'un accord de partage de données qui précise la finalité, les mesures de sécurité et la durée.
  • Données sensibles : ethnie, religion, affiliation politique, survivants de violences, enfants : jamais dans un tableau partagé. Le croisement de petites catégories par bloc peut suffire à identifier une personne (« la seule femme cheffe de ménage handicapée du bloc 4 ») : on regroupe ou on masque les cellules de faible effectif.

Suivre les arrivées et les départs

Un site vit : naissances, décès, arrivées, départs, mouvements pendulaires (personnes qui vont cultiver leurs champs la journée et reviennent). Le gestionnaire tient un registre des mouvements au bureau d'accueil, croise ces données avec celles des comités de bloc et met à jour les chiffres chaque mois. Une vérification complète (recomptage ou vérification de l'enregistrement) est utile tous les six à douze mois, ou dès que les écarts entre sources dépassent environ 10 %.

Lorsque deux sources donnent des chiffres différents (autorités, DTM, distribution alimentaire, comptage du gestionnaire), ne choisissez pas le chiffre qui vous arrange : documentez les méthodes, expliquez les écarts au cluster, et proposez un exercice conjoint de vérification.

7Le suivi des services : indicateurs, seuils et protocole d'escalade

Le suivi des services est le cœur technique du métier de gestionnaire de site. Il transforme des observations dispersées en preuves comparables, permet de hiérarchiser les lacunes et donne au cluster la matière de son plaidoyer. Il obéit à trois exigences : des indicateurs communs à tous les sites (définis par le cluster), une fréquence régulière, et un circuit de réponse qui aboutit à une action.

Le panier d'indicateurs d'un suivi mensuel

SecteurIndicateurRéférenceSeuil vert / orange / rouge (exemple de cluster)Méthode
EauLitres par personne et par jour15 l (Sphère)≥ 15 / 10 à 14 / < 10Volumes livrés du partenaire, contrôlés par mesure au robinet et enquête ménage
EauPersonnes par robinet fonctionnel250≤ 250 / 251 à 350 / > 350Observation directe
EauChlore résiduel libre au point de distribution0,2 à 0,5 mg/lConforme / partiellement / non conformeTest du partenaire WASH, vérifié par échantillon
AssainissementPersonnes par latrine fonctionnelle20 (50 en phase aiguë)≤ 20 / 21 à 30 / > 30Observation directe : une latrine pleine, sans porte ou sans verrou n'est pas fonctionnelle
AssainissementPart des latrines séparées par sexe avec verrou intérieur et éclairage100 %≥ 90 % / 70 à 89 % / < 70 %Observation, de jour et de nuit
AbrisPart des abris endommagés ou inadaptés3,5 m²/pers< 10 % / 10 à 25 % / > 25 %Observation par échantillon
SantéTaux brut de mortalitéSeuil d'urgence de 1 décès pour 10 000 personnes par jourSelon partenaire santéDonnées du partenaire santé et surveillance communautaire
ProtectionIncidents de sécurité signalés, zones jugées dangereuses—Analyse qualitativeComités, groupes de discussion, audits de sécurité
ÉducationPart des enfants d'âge scolaire ayant accès à un espace d'apprentissage—Selon cluster ÉducationDonnées du partenaire
RedevabilitéPart des plaintes ayant reçu une réponse dans le délai fixéDélai défini dans les procédures≥ 80 % / 60 à 79 % / < 60 %Registre des retours

Les seuils orange et rouge ci-dessus sont des exemples : dans chaque pays, le cluster les définit en lien avec les clusters sectoriels. L'important est que tous les gestionnaires utilisent les mêmes.

Comment collecter

  • Observation directe par l'équipe, avec une fiche par bloc : on compte soi-même les robinets et les latrines fonctionnels, on ne se contente pas des chiffres déclarés.
  • Données des prestataires, demandées avant une date fixe chaque mois.
  • Enquête rapide auprès d'un échantillon de ménages, trimestrielle, sur la perception des services et de la sécurité.
  • Groupes de discussion séparés par sexe et âge pour comprendre pourquoi un service n'est pas utilisé (latrines évitées la nuit, horaires de distribution inadaptés).

Le protocole d'escalade

ÉtapeDélai indicatif après le constatQuiComment
1. Constater et vérifierJour 0Équipe de suiviObservation, triangulation avec les comités, photo si approprié
2. Signaler au prestataire48 heures (immédiatement pour une lacune vitale)Gestionnaire de siteMessage écrit avec données, localisation et demande de réponse datée
3. Inscrire et suivre en réunion de siteRéunion suivanteGestionnaire, prestataireInscription dans le tableau de suivi des engagements, avec responsable et échéance
4. Escalader au cluster sectoriel et au cluster CCCMAprès une échéance manquée, ou 2 semainesGestionnaire, point focal CCCMNote de lacune avec historique des démarches ; demande de remobilisation d'un autre partenaire
5. Escalader au niveau intersectorielLacune critique persistanteCoordonnateur CCCMInscription à l'ordre du jour du groupe de coordination intersectorielle ; plaidoyer auprès des bailleurs

Une alerte n'a de valeur que si elle est précise : « le bloc D compte 28,6 personnes par latrine fonctionnelle, 3 000 résidents, 45 latrines manquent, signalé le 3, sans réponse au 17 » est utilisable. « Les latrines posent problème » ne l'est pas.

8Exemple complet : le tableau de bord du site de Bourou-Est

Contexte fictif : le site de Bourou-Est, ouvert il y a 14 mois dans la région du Haut-Sirané, accueille des déplacés internes d'un conflit intercommunautaire. Gestionnaire : l'ONG nationale fictive « Entraide Sirané », appuyée par une ONG internationale. Surface : 48 hectares. Six blocs, de A à F. Partenaire WASH unique, financé jusqu'à la fin du trimestre.

1. Les données brutes du mois

BlocPopulationLatrines fonctionnellesRobinets fonctionnels
A2 4001108
B2 600706
C2 200957
D3 0001056
E2 100856
F2 300555
Total14 60052038

Autres données : volume d'eau livré, 165 000 l/jour selon le partenaire ; 60 % des lampes solaires autour des latrines fonctionnent ; 9 % des abris endommagés ; 186 retours reçus dans le mois, dont 41 sur l'eau et 23 sur la sécurité nocturne.

2. Les calculs

  • Surface par personne : 480 000 m² ÷ 14 600 = 32,9 m², contre 45 m² attendus : le site est dense ; risque d'incendie et d'épidémie accru, extension ou décongestion à étudier.
  • Eau : 165 000 ÷ 14 600 = 11,3 l/pers/jour. Pour atteindre 15 l : 14 600 × 15 = 219 000 l/jour, soit un déficit d'environ 54 000 l/jour.
  • Latrines : 14 600 ÷ 520 = 28,1 personnes par latrine en moyenne ; besoin à 20 : 730 latrines, soit 210 manquantes.
  • Robinets : 14 600 ÷ 38 = 384 personnes par robinet ; à 250 par robinet, il faut environ 59 robinets, soit au moins 21 de plus (23 si l'on calcule bloc par bloc, ce qui est la bonne méthode puisque les résidents n'utilisent pas les robinets d'un bloc éloigné).

3. Le tableau de bord par bloc

BlocPers./latrineStatutLatrines manquantesPers./robinetStatutRobinets manquants
A21,8Orange10300Orange2
B37,1Rouge60433Rouge5
C23,2Orange15314Orange2
D28,6Orange45500Rouge6
E24,7Orange20350Orange3
F41,8Rouge60460Rouge5
Site28,1Orange210384Rouge23

Lecture : la moyenne du site masque deux blocs critiques, B et F, qui cumulent 120 des 210 latrines manquantes. Le bloc D, le plus peuplé, est en rouge pour l'eau. Les 23 plaintes sur la sécurité nocturne proviennent à 70 % des blocs B et F : le manque de latrines, l'éclairage défaillant et l'éloignement obligent les femmes à se déplacer plus loin la nuit. L'analyse croisée transforme un problème WASH en problème de protection.

4. Les trois alertes présentées en réunion de coordination

PrioritéAlerteDemandeDestinataireÉchéance
1Blocs B et F : 37 et 42 personnes par latrine fonctionnelle ; 120 latrines manquantes ; 70 % des incidents nocturnes signalés dans ces blocsVidange ou remplacement des latrines pleines, construction prioritaire, réparation de l'éclairage, audit de sécurité conjoint avec le partenaire protectionPartenaire WASH, partenaire protection ; copie cluster WASHPlan d'action sous 7 jours ; 40 latrines réhabilitées sous 30 jours
2Eau : 11,3 l/pers/jour en moyenne, déficit de 54 000 l/jour ; bloc D à 500 personnes par robinetAugmentation du pompage ou camionnage temporaire, 6 robinets au bloc DPartenaire WASH ; cluster WASHRéponse sous 7 jours
3Fin du financement WASH dans 10 semainesNote d'alerte conjointe CCCM-WASH aux bailleurs et au groupe de coordination intersectorielle ; scénario de continuitéCluster CCCM, cluster WASHNote sous 15 jours

5. Le suivi du mois suivant

Un mois plus tard, le partenaire WASH a vidangé et remis en service 60 latrines pleines et construit 18 nouvelles cabines dans les blocs B et F (30 latrines de plus dans le bloc B, 48 dans le bloc F) ; 70 % des lampes fonctionnent. Le bloc F passe à 2 300 ÷ 103 = 22,3 personnes par latrine (orange). Le bloc B atteint 2 600 ÷ 100 = 26 (orange). L'eau reste à 11,8 l : l'alerte 2 est escaladée au cluster WASH avec l'historique. Le tableau de bord montre ainsi non seulement l'état du site, mais aussi la vitesse de résolution des lacunes, indicateur que les bailleurs regardent de plus en plus.

9Coordonner et entretenir le site : réunions, 4W, orientations et maintenance

Une réunion de coordination de site qui produit des décisions

Une réunion de site utile dure 90 minutes au plus, suit un ordre du jour envoyé à l'avance et se termine par une liste d'engagements datés. Ordre du jour type :

  1. Suivi des engagements de la réunion précédente (tableau de suivi, ligne par ligne).
  2. Évolution de la population (arrivées, départs, alertes de mouvement).
  3. Tableau de bord des services : lacunes rouges et orange, par bloc.
  4. Retours des résidents : tendances du mois, présentées par les comités et le chargé de redevabilité.
  5. Risques et préparation (saison, épidémies, tensions).
  6. Points des prestataires (nouvelles activités, fins de projets).
  7. Décisions et engagements, relus à voix haute avant de clore.

Les représentants des résidents (y compris des femmes) participent, au moins pour une partie de la réunion. Les cas individuels de protection ne sont jamais discutés en réunion plénière.

Le tableau de suivi des engagements

N°EngagementBlocResponsableDate d'engagementÉchéanceStatutCommentaire
14Réparer 12 lampes solaires autour des latrinesB, FPartenaire WASH3 mars17 marsRéaliséVérifié de nuit le 18 mars
15Audit de sécurité des zones de latrinesB, FPartenaire protection3 mars24 marsEn coursGroupes de femmes prévus le 20
16Plan d'augmentation de l'approvisionnement en eauSitePartenaire WASH3 mars10 marsEn retardEscaladé au cluster WASH le 12 mars

La matrice 4W du site

Elle est tenue par le chargé de gestion de l'information, mise à jour chaque mois, et transmise au cluster dans son format. Colonnes minimales : organisation (et partenaire de mise en œuvre), secteur, activité, bloc ou zone, nombre de personnes ciblées et atteintes, date de début et de fin, statut, bailleur, contact. La colonne date de fin est la plus utile pour l'anticipation : elle révèle les ruptures de services à venir.

Les circuits d'orientation

Le personnel de gestion de site rencontre chaque jour des situations qui relèvent d'autres spécialistes : violence basée sur le genre, enfant séparé, personne malade, menace contre une famille. Il ne gère pas ces cas : il les oriente, de manière sûre et confidentielle, avec le consentement de la personne (sauf exceptions prévues pour les enfants en danger). Pour cela, le gestionnaire tient à jour avec les clusters et domaines de responsabilité un circuit d'orientation écrit : services disponibles, horaires, contacts, critères, et forme le personnel à la première approche (écouter, informer, orienter, ne pas enquêter).

Entretien du site et activités rémunérées

Un site se dégrade vite : drainage obstrué, coupe-feu réoccupés, routes ravinées. Le plan d'entretien liste les infrastructures communes, leur fréquence d'entretien, le responsable et le budget. Une partie des travaux est réalisée par des résidents dans le cadre d'activités rémunérées (travail contre rémunération). Règles à respecter :

  • Taux de rémunération harmonisés au sein du cluster et avec les autres secteurs, pour éviter la concurrence entre organisations et la distorsion du marché local du travail.
  • Critères de sélection publiés, rotation des participants, accès des femmes et des personnes handicapées à des tâches adaptées.
  • Pas de travail d'enfants, équipements de protection, assurance ou prise en charge des accidents.
  • Pièces justificatives : listes de présence signées, fiches de paie, réception des travaux.

La 4W révèle qui est présent ; le tableau de suivi des engagements révèle qui tient parole. Les deux ensemble permettent au gestionnaire de passer du constat à la redevabilité des prestataires.

10Variations, erreurs fréquentes et regard des bailleurs

Adapter la gestion quotidienne au contexte

ContexteDéfi spécifiqueAdaptation
Phase aiguë, afflux en coursPopulation qui change chaque jour, services en constructionSuivi hebdomadaire simplifié (eau, latrines, abris, nouveaux arrivants), normes de phase aiguë (50 personnes par latrine), comptage rapide
Crise prolongéeUsure des infrastructures, baisse des financements, lassitude des résidentsSuivi mensuel complet, accent sur l'entretien et la qualité, analyse de tendance sur 12 mois pour le plaidoyer
Centre collectifBâtiment non conçu pour l'habitat : intimité, ventilation, sécurité incendie, sanitairesIndicateurs adaptés (personnes par pièce, cloisonnement, issues de secours, extincteurs), dialogue avec le propriétaire du bâtiment
Milieu urbain disperséPas de limites claires, déplacés mélangés aux hôtesSuivi par zone et par centre d'information, enquêtes par téléphone, cartographie des services publics existants
Accès limitéVisites rares ou impossiblesSuivi par des comités formés et des agents locaux, appels téléphoniques à un échantillon de ménages, vérification par images ou par un tiers, signalement des limites dans chaque rapport

Erreurs fréquentes

  • Moyennes de site qui cachent les blocs critiques : on présente toujours les données par bloc.
  • Chiffres déclarés non vérifiés : le nombre de latrines « construites » n'est pas le nombre de latrines fonctionnelles.
  • Suivi sans circuit de réponse : un tableau de bord qui n'alimente ni la réunion de site ni le cluster ne sert à rien.
  • Réunions de site trop longues et sans décisions, où chaque organisation lit son rapport d'activités.
  • Données personnelles partagées par messagerie ou sur des tableurs non protégés.
  • Population figée : utiliser pendant un an le chiffre du premier comptage.

Ce que regardent les bailleurs et les évaluateurs

  • La régularité et la couverture du suivi (nombre de cycles réalisés, sites couverts) et sa cohérence avec les outils du cluster.
  • Le taux de résolution des lacunes signalées et le délai moyen de résolution.
  • La qualité des données : méthodes documentées, ventilation par sexe, âge et handicap, mesures de protection des données.
  • Les preuves d'usage : décisions prises à partir des tableaux de bord, plaidoyers fondés sur les données.
  • Pour les activités rémunérées et les petits travaux : pièces justificatives complètes et taux harmonisés.

11Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Un site de 12 000 personnes dispose de 300 latrines fonctionnelles. Analysez. »

Une bonne réponse calcule immédiatement 40 personnes par latrine, compare aux repères de phase aiguë (50) et de moyen terme (20), demande la répartition par bloc et par sexe, vérifie verrous et éclairage, et relie la question à la protection et à la santé (diarrhées). Elle propose une alerte chiffrée au partenaire WASH avec une échéance.

2. « La DTM, les autorités et votre comptage donnent trois chiffres différents. Que faites-vous ? »

Elle compare les méthodes et les dates, explique les écarts (abris vides, mouvements pendulaires, inscriptions multiples), refuse de choisir arbitrairement, et propose un exercice conjoint de vérification sous l'égide du cluster, en protégeant les données personnelles.

3. « Comment construiriez-vous le tableau de bord d'un site ? »

Elle cite des indicateurs alignés sur le cluster et Sphère, une présentation par bloc avec des seuils de couleur, des sources vérifiées par observation, une fréquence mensuelle, la présentation en réunion de site et le lien avec un tableau de suivi des engagements.

4. « Un prestataire ignore vos alertes depuis un mois. »

Elle décrit le protocole : signalement écrit et chiffré, inscription en réunion, échéance, puis escalade au cluster sectoriel et au cluster CCCM avec l'historique, sans attaquer publiquement le prestataire, et en cherchant avec le cluster une solution de continuité.

5. « Quelles données d'un profil de site ne doivent jamais être partagées sous forme individuelle ? »

Elle cite les enfants non accompagnés, les survivants de violences, l'appartenance ethnique ou religieuse, les informations médicales, et explique les risques de réidentification par croisement de petites catégories.

Références clés

  • Camp Management Toolkit (NRC, 2015) : chapitres sur la gestion de l'information, la coordination et l'entretien des sites.
  • Normes minimales pour la gestion des camps (cluster CCCM, 2021).
  • Manuel Sphère (2018), chapitres WASH et Abris et établissements humains.
  • Manuel des situations d'urgence du HCR : planification des sites et normes associées.
  • Méthodologies de la Matrice de suivi des déplacements (DTM) : OIM.
  • Orientations opérationnelles sur la responsabilité en matière de données dans l'action humanitaire : IASC.
  • Manuel sur la protection des données dans l'action humanitaire : CICR.
  • Questions du Groupe de Washington sur le handicap ; Directives de l'IASC sur l'inclusion des personnes handicapées dans l'action humanitaire (2019).
  • Outils de suivi des sites et de 4W publiés par le cluster mondial CCCM et les clusters nationaux.
Mise en situation

Le comité contesté

Camp de déplacés, bureau du site

Votre rôle

Vous êtes gestionnaire de site.

Plusieurs résidents vous signalent que le président du comité central réclame de l'argent pour inscrire les familles aux distributions. Le comité ne compte aucune femme et ses membres n'ont pas été renouvelés depuis deux ans.

  1. Décision 1 sur 3Comment traitez-vous les allégations de paiement exigé ?

  2. Décision 2 sur 3Comment renouveler la gouvernance du site ?

  3. Décision 3 sur 3Comment éviter que la fraude se reproduise ?

Exercice d'application : le tableau de bord du site

Le site de Bourou compte 12 000 personnes sur 38 hectares. Il dispose de 420 latrines fonctionnelles, de 30 robinets, et la distribution d'eau atteint 11 litres par personne et par jour. Calculez la surface par personne, le nombre de personnes par latrine et par robinet, comparez aux normes Sphère, puis rédigez les trois alertes prioritaires à présenter à la réunion de coordination.

À retenir

  • 45 m² par personne, services inclus (30 m² si certains services sont hors site) ; 3,5 m² couverts par personne.
  • Coupe-feu de 30 m tous les 300 m ; 2 m minimum entre abris.
  • Profilage par sexe, âge et besoins spécifiques ; DTM pour les données par site ; données protégées.
  • Eau ≥ 15 l/pers/jour, 20 personnes max par latrine, point d'eau à 500 m max.
  • Constater, signaler, relancer, escalader ; 4W à jour pour éviter doublons et zones oubliées.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Norwegian Refugee Council, au nom du cluster CCCM (2015). Camp Management Toolkit. www.cccmcluster.org
  2. Global CCCM Cluster (2021). Normes minimales pour la gestion des camps (Minimum Standards for Camp Management). www.cccmcluster.org
  3. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitres Abris et établissements humains, WASH). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  4. Organisation internationale pour les migrations (2024). Displacement Tracking Matrix (DTM). dtm.iom.int
  5. Comité permanent interorganisations (IASC) (2010). IASC Framework on Durable Solutions for Internally Displaced Persons. interagencystandingcommittee.org
  6. Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (2024). UNHCR Emergency Handbook. emergency.unhcr.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Un site de 20 000 personnes doit disposer, selon la norme Sphère de 45 m² par personne, d'environ :
2La matrice 4W sert principalement à :
3Le suivi mensuel montre 38 personnes par latrine. Vous :

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