- Distinguer administration, coordination et gestion des camps.
- Décrire les types de sites et le cycle de vie d'un camp.
- Situer le cluster CCCM et le Camp Management Toolkit dans l'architecture humanitaire.
1Trois rôles, trois responsabilités
Le secteur CCCM (Camp Coordination and Camp Management, en français CGC : coordination et gestion des camps) repose sur trois fonctions qu'il ne faut jamais confondre :
- Administration des camps : elle relève des autorités nationales. Elles désignent et attribuent les terrains, délivrent les documents, assurent la sécurité, l'ordre public et le caractère civil du site, et restent responsables de la protection de leurs citoyens et des personnes sur leur territoire.
- Coordination des camps : elle relève de l'agence chef de file du cluster. Au niveau mondial, le cluster CCCM est co-dirigé par le HCR (déplacements liés aux conflits) et l'OIM (catastrophes naturelles). Elle crée l'espace humanitaire entre les sites : stratégie commune, normes, analyse des lacunes, plaidoyer, information.
- Gestion des camps : elle relève de l'agence gestionnaire de site, souvent une ONG nationale ou internationale. Elle coordonne les services dans le site, fait participer les résidents, suit les normes et assure l'entretien des infrastructures.
Le gestionnaire de site ne fournit pas lui-même tous les services : il veille à ce que les bons acteurs les fournissent, au bon niveau, sans doublons ni trous.
2Sites planifiés, spontanés et centres collectifs
Le CCCM couvre tous les « lieux de type camp » où vivent des personnes déplacées :
- Camps planifiés : terrain choisi, aménagé et parcellé avant ou pendant l'arrivée des personnes, avec des services prévus dès le départ.
- Sites spontanés ou auto-installés : les personnes s'installent d'elles-mêmes sur un terrain public ou privé, souvent sans accord du propriétaire, avec un fort risque d'expulsion et des services improvisés.
- Centres collectifs : bâtiments existants (écoles, églises, mosquées, entrepôts, bâtiments publics) qui accueillent des familles ; problèmes typiques d'intimité, de surpeuplement, de sanitaires insuffisants et de conflit d'usage (l'école doit rouvrir).
- Centres de transit et de réception : séjour court, en principe quelques jours, avant une orientation vers un site plus durable.
Rappel essentiel : la plupart des déplacés vivent hors camp, en familles d'accueil ou en location. Le camp est une solution de dernier recours, temporaire.
3Le cycle de vie d'un camp
Le Camp Management Toolkit décrit trois phases, qui se chevauchent souvent :
- Installation (ouverture) : choix du terrain avec les autorités, évaluation (eau, drainage, accès, sécurité, propriété foncière), planification, accueil et enregistrement, premiers services vitaux.
- Prise en charge et entretien : suivi des services, entretien des infrastructures, gouvernance des résidents, gestion des plaintes, préparation aux risques. C'est la phase la plus longue : beaucoup de camps « temporaires » durent dix ans ou plus.
- Fermeture : planifiée dès l'ouverture, elle accompagne les résidents vers une solution durable, remet le terrain en état et transfère les infrastructures.
Penser la sortie dès l'entrée change les choix techniques : matériaux réutilisables, accords fonciers écrits, infrastructures utiles à la communauté hôte.
4Le cluster CCCM et ses outils de référence
Le cluster CCCM est activé lorsque des déplacements massifs dépassent les capacités nationales. Il travaille avec les clusters Abris, WASH, Protection, Santé et Sécurité alimentaire, car la majorité des services d'un site viennent d'eux. Ses outils de référence :
- le Camp Management Toolkit (NRC, édition 2015) : le manuel de terrain du gestionnaire ;
- les Normes minimales pour la gestion des camps (cluster CCCM, 2021) : ce qu'une agence gestionnaire doit garantir (présence, participation, coordination, environnement du site, sortie) ;
- le manuel Sphère : normes chiffrées d'espace, d'abri, d'eau et d'assainissement ;
- la Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l'OIM pour les données de population et de besoins par site.
Les principes de base restent ceux de l'action humanitaire : humanité, neutralité, impartialité, indépendance, ainsi que la centralité de la protection et la redevabilité envers les personnes affectées.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5Architecture et mandats : qui décide quoi, à quel niveau
Sur le terrain, la plupart des blocages d'un site ne viennent pas d'un manque de compétence technique mais d'un flou sur les responsabilités : l'autorité locale pense que l'ONG gestionnaire « s'occupe de tout », le partenaire WASH attend une instruction du gestionnaire, le cluster attend une alerte qui ne vient pas. Un gestionnaire expérimenté commence donc toujours par clarifier, par écrit, qui décide, qui exécute, qui est consulté et qui est informé.
Comment le cluster CCCM est activé et organisé
- Décision d'activation : le Coordonnateur humanitaire, avec l'équipe humanitaire de pays (EHP), propose l'activation d'un cluster lorsque les mécanismes nationaux ne suffisent pas à couvrir les besoins ; la décision est confirmée au niveau de l'IASC. L'activation est censée être temporaire, avec des critères de désactivation et de transition vers les autorités.
- Agence chef de file (CLA) : au niveau mondial, le HCR pour les déplacements internes liés aux conflits et l'OIM pour les catastrophes. Au niveau national, la répartition peut varier selon le contexte et est confirmée par l'EHP. Dans certains pays, les clusters Abris et CCCM sont fusionnés en un seul cluster.
- Fournisseur de dernier recours : l'agence chef de file s'engage, lorsque des lacunes critiques persistent et que personne d'autre ne peut agir, à combler elle-même ces lacunes dans la mesure où l'accès, la sécurité et les financements le permettent. Ce n'est pas une garantie illimitée : c'est l'obligation de tout faire pour qu'un acteur couvre le besoin, et de rendre compte quand ce n'est pas possible.
- Équipe de coordination : un coordonnateur national, souvent un co-coordonnateur issu d'une ONG, un ou plusieurs gestionnaires de l'information, et des points focaux infranationaux (par province ou par zone de déplacement). Le gouvernement co-préside lorsque c'est possible et que cela ne compromet pas les principes humanitaires.
Les fonctions essentielles d'un cluster
Le module de référence de l'IASC sur la coordination des clusters au niveau pays fixe six fonctions essentielles, plus la redevabilité envers les populations affectées : appuyer la fourniture des services (éviter doublons et lacunes), éclairer les décisions stratégiques du Coordonnateur humanitaire et de l'EHP, planifier et élaborer la stratégie sectorielle, suivre et évaluer la performance, renforcer les capacités nationales de préparation et de planification de contingence, et soutenir le plaidoyer. Un point focal CCCM est évalué sur ces fonctions, notamment lors de l'exercice annuel de suivi de la performance de la coordination des clusters (CCPM).
Contextes de réfugiés et situations mixtes
Dans une situation de réfugiés, il n'y a pas de cluster : la coordination relève du modèle de coordination pour les réfugiés du HCR, qui organise des secteurs (dont un secteur gestion et coordination des sites) avec le gouvernement. Lorsque réfugiés et déplacés internes coexistent dans une même zone, la note conjointe HCR-OCHA sur les situations mixtes (2014) précise l'articulation entre les deux systèmes. Pour un gestionnaire de site, la différence est concrète : dans un camp de réfugiés, l'enregistrement est mené par le HCR et le gouvernement, et le gestionnaire ne crée jamais ses propres listes parallèles.
Matrice de responsabilités d'un site
La matrice ci-dessous sert de base pour le protocole d'accord entre l'agence gestionnaire et les autorités. On utilise la logique R (réalise), D (décide, rend compte), C (consulté), I (informé).
| Fonction | Autorités (administration) | Cluster CCCM (coordination) | Agence gestionnaire | Prestataires sectoriels | Comités de résidents |
|---|---|---|---|---|---|
| Attribution du terrain, accord foncier | D, R | C (plaidoyer) | C (évaluation technique) | I | C |
| Sécurité, ordre public, caractère civil | D, R | I (plaidoyer) | C (signalement) | I | C |
| Enregistrement nominatif, documents | D, R (ou HCR pour les réfugiés) | C (normes) | C (appui logistique, orientation) | I | C (information) |
| Plan d'aménagement du site | D (validation) | C (normes) | R | C (Abris, WASH) | C |
| Fourniture d'eau, assainissement | I | I | C (suivi, alerte) | D, R | C (comité eau) |
| Suivi des services et analyse des lacunes | I | D (consolidation) | R | C | C |
| Gouvernance et comités | I | C (orientations) | D, R | I | R |
| Mécanisme de plaintes du site | I | C | D, R | R (réponse aux plaintes de leur secteur) | C |
| Plaidoyer contre une expulsion | D (décision finale) | R | R (documentation, alerte) | I | C |
| Plan de fermeture | D | C, R (stratégie) | R | C | C |
Règle de terrain : si une fonction n'a pas de « D » clairement attribué dans votre site, elle ne sera pas assurée. Écrivez la matrice, faites-la valider en réunion avec les autorités et le cluster, et annexez-la au protocole d'accord.
6Choisir et ouvrir un site : méthode d'évaluation pas à pas
Le choix du terrain est la décision la plus lourde de conséquences de toute la vie d'un camp. Un mauvais terrain coûte des années d'inondations, d'épidémies, de conflits fonciers et de dépenses de drainage. Il se décide pourtant souvent en quelques jours, sous pression politique. La méthode ci-dessous permet de rester rigoureux dans ce délai.
Étape 0 : se demander si un camp est nécessaire
Le camp est une solution de dernier recours. Avant de chercher un terrain, l'équipe vérifie avec le cluster et les autorités si d'autres options existent : familles d'accueil soutenues (transferts monétaires, matériaux d'extension), aide au loyer, bâtiments publics réhabilités temporairement, petits sites intégrés aux villages existants. Cette analyse est documentée : les bailleurs et les évaluateurs demandent souvent pourquoi l'option camp a été retenue.
Étape 1 : estimer le besoin (jour 1 à 2)
- Population actuelle et projection à trois et six mois (scénarios bas, moyen, haut), à partir des données de suivi des flux (DTM), des autorités et des acteurs de protection.
- Surface nécessaire : population projetée × 45 m², plus une réserve d'extension de 15 à 25 %.
- Caractéristiques connues : part de ménages agricoles ou pastoraux (besoin d'espace pour le bétail), groupes en tension, proportion de personnes à besoins spécifiques.
Étape 2 : identifier les terrains possibles avec les autorités (jour 2 à 4)
Les autorités proposent les terrains ; le cluster et les partenaires techniques les évaluent. Demandez toujours au moins deux ou trois options, avec pour chacune le statut foncier connu (public, communal, coutumier, privé).
Étape 3 : visite technique multisectorielle (jour 3 à 6)
Une équipe composée au minimum d'un spécialiste abris ou planification de site, d'un hydrogéologue ou ingénieur WASH, d'un chargé de protection et du gestionnaire de site se rend sur chaque terrain. Elle remplit la même fiche pour tous les terrains, prend des coordonnées GPS et des photos, rencontre les autorités coutumières et la communauté hôte voisine.
Étape 4 : notation et décision (jour 6 à 8)
| Critère | Repère technique | Type |
|---|---|---|
| Inondabilité | Aucune trace d'inondation saisonnière ; pas de zone basse ni de lit d'oued | Éliminatoire si risque sans drainage possible |
| Sécurité physique | À distance raisonnable des lignes de front et, pour les réfugiés, de la frontière (le HCR recommande au moins 50 km) ; pas de mines ni de restes explosifs | Éliminatoire |
| Statut foncier | Accord écrit possible avec le propriétaire ou l'autorité, pour une durée au moins égale à la durée prévue du site | Éliminatoire sans perspective d'accord |
| Eau | Source permettant au moins 15 l/pers/jour à terme, sans priver la communauté hôte ; nappe idéalement à plus de 3 m de profondeur pour l'assainissement | Éliminatoire si aucune solution, même par camion-citerne temporaire |
| Topographie | Pente douce de l'ordre de 2 à 4 % pour le drainage ; terrains très pentus à écarter ou à aménager | Pondéré |
| Sols | Sols permettant l'infiltration et la construction de latrines ; éviter roche affleurante et argiles gonflantes | Pondéré |
| Surface | 45 m² par personne projetée, plus réserve d'extension | Pondéré (ou éliminatoire si très insuffisant) |
| Accès | Route praticable en toute saison pour camions | Pondéré |
| Environnement | Végétation, bois de chauffe, risque de déforestation, aires protégées | Pondéré |
| Relations avec la communauté hôte | Usage actuel du terrain (pâturage, cultures), acceptation, partage des services | Pondéré |
| Accès aux services et moyens d'existence | Distance aux marchés, au centre de santé de référence, aux écoles | Pondéré |
La notation pondérée (par exemple sur 5 points par critère, avec un poids de 1 à 3) est partagée avec les autorités et le cluster. Elle protège l'équipe contre un choix purement politique : si les autorités imposent un terrain moins bien classé, les risques et les coûts supplémentaires sont consignés par écrit.
Étape 5 : sécuriser l'accord foncier (en parallèle)
L'accord écrit précise au minimum : les parties, la parcelle (coordonnées, surface, plan), la durée et les conditions de renouvellement, les contreparties éventuelles (loyer, infrastructures laissées à la communauté), les usages autorisés (abris, latrines, forages, arbres), la procédure de préavis en cas de reprise du terrain, les obligations de remise en état et le mécanisme de règlement des différends. Le groupe de travail logement, terres et biens et les juristes du cluster Protection relisent l'accord.
Étape 6 : aménager avant d'installer
Même en urgence, quelques jours de préparation changent tout : piquetage des routes et des coupe-feu, marquage des parcelles, premières latrines d'urgence et points d'eau, zone d'accueil avec éclairage et enregistrement. Installer d'abord et planifier ensuite oblige à déplacer des familles plus tard, ce qui crée conflits et méfiance.
7Exemple complet : ouverture du site de Kilembe
Contexte fictif : dans la province du Nord-Talima, des affrontements dans le district de Bassa ont déplacé environ 9 000 personnes vers la ville de Mbéla en trois semaines. Le suivi des flux enregistre 350 à 500 arrivées par jour. Les écoles de Mbéla accueillent déjà 2 100 personnes et doivent rouvrir dans six semaines. Le gouverneur demande au cluster CCCM d'ouvrir un site. L'ONG fictive « Solidarité Grands Lacs » (SGL) est pressentie comme agence gestionnaire.
1. Projection de population
| Scénario | Hypothèse | Population à 3 mois |
|---|---|---|
| Bas | Les combats cessent sous deux semaines ; 30 % des déplacés trouvent un hébergement en familles d'accueil | 8 000 |
| Moyen (retenu pour la planification) | Arrivées de 300 par jour pendant un mois, puis baisse ; 25 % en familles d'accueil | 12 500 |
| Haut | Extension du conflit au district voisin | 20 000 |
Surface nécessaire pour le scénario moyen : 12 500 × 45 m² = 562 500 m², soit environ 56 hectares. Avec une réserve d'extension de 20 %, on recherche environ 68 hectares. Le scénario haut exigerait 90 hectares : on prévoit dès maintenant une zone d'extension ou un second site.
2. Comparaison des terrains
| Critère (poids) | Terrain A : plaine de la rivière Luvi (80 ha) | Terrain B : colline de Kilembe (72 ha) | Terrain C : ancien ranch d'État (45 ha) |
|---|---|---|---|
| Inondabilité (éliminatoire) | Inondé deux mois par an selon les riverains : éliminé | Aucune trace ; pente de 3 % | Zone basse au nord (8 ha) |
| Foncier (éliminatoire) | Communal | Coutumier ; le chef de terre accepte un accord de 3 ans renouvelable | Public ; accord immédiat possible |
| Eau (3) | — | Deux forages possibles selon l'étude géophysique ; 3/5 | Un forage existant ; 4/5 |
| Surface (3) | — | 72 ha pour 68 nécessaires ; 4/5 | 37 ha utilisables pour 68 nécessaires : très insuffisant ; 1/5 |
| Accès (2) | — | Piste de 4 km, à réhabiliter avant les pluies ; 3/5 | Route goudronnée ; 5/5 |
| Communauté hôte (2) | — | Pâturage partiel ; négociation nécessaire ; 3/5 | Pas d'usage actuel ; 4/5 |
| Sécurité (3) | — | 25 km de la zone de combats ; 4/5 | 12 km ; patrouilles armées signalées ; 2/5 |
| Score pondéré (sur 65) | Éliminé | 46 | 38 |
Calcul pour le terrain B : eau 3×3 = 9, surface 4×3 = 12, accès 3×2 = 6, communauté 3×2 = 6, sécurité 4×3 = 12 ; total 45, plus 1 point de bonus pour la pente favorable, soit 46. Pour le terrain C : 4×3 + 1×3 + 5×2 + 4×2 + 2×3 = 12 + 3 + 10 + 8 + 6 = 39, moins 1 pour la zone basse, soit 38. Le terrain C ne permet d'accueillir qu'environ 8 200 personnes (37 ha ÷ 45 m²) et se trouve trop près des combats. Le cluster recommande le terrain B, avec deux conditions : réhabilitation de la piste avant les pluies et accord écrit avec la communauté d'éleveurs sur un couloir de passage du bétail.
3. Plan d'aménagement et premiers services
Le site est organisé selon une logique modulaire inspirée du manuel des situations d'urgence du HCR : environ 16 familles par communauté (environ 80 personnes), 16 communautés par bloc (environ 1 250 personnes), 4 blocs par secteur (environ 5 000 personnes). Pour 12 500 personnes : 10 blocs répartis en 3 secteurs (le troisième incomplet, réservé à l'extension).
| Service | Norme utilisée | Calcul pour 12 500 personnes | Besoin |
|---|---|---|---|
| Eau | 15 l/pers/jour (Sphère) | 12 500 × 15 | 187 500 l/jour |
| Robinets | 250 personnes par robinet (débit de 7,5 l/min) | 12 500 ÷ 250 | 50 robinets |
| Latrines, phase aiguë | 50 personnes par latrine communautaire | 12 500 ÷ 50 | 250 latrines |
| Latrines, à moyen terme | 20 personnes par latrine ; ratio femmes/hommes de 3 pour 1 | 12 500 ÷ 20 | 625 latrines (environ 470 pour les femmes, 155 pour les hommes) |
| Espace couvert | 3,5 m² par personne | Ménage moyen de 5 personnes × 3,5 | Abri de 17,5 m² au minimum |
| Coupe-feu | 30 m tous les 300 m de zone bâtie | Site d'environ 850 × 850 m | 2 coupe-feu dans chaque direction |
| Distance maximale au point d'eau | 500 m | Points d'eau au centre de chaque bloc | 10 rampes de 5 robinets |
4. Les 30 premiers jours de l'agence gestionnaire
| Période | Actions de SGL | Avec qui |
|---|---|---|
| Jours 1 à 3 | Signature du protocole d'accord avec le gouverneur ; matrice de responsabilités validée ; recrutement d'urgence (redéploiement de 6 personnes) | Autorités, cluster |
| Jours 3 à 10 | Piquetage du bloc 1 à 4 ; zone d'accueil avec éclairage solaire et bureau d'information ; procédure d'arrivée écrite (comptage, identification des personnes à besoins spécifiques, attribution de parcelle) | Cluster Abris, WASH, Protection |
| Jours 10 à 20 | Transfert progressif de 400 à 600 personnes par jour depuis les écoles, en commençant par les familles qui le souhaitent ; information préalable dans chaque école ; aucune famille transférée sans abri et latrines prêtes | Autorités, transport, Protection de l'enfance |
| Jours 15 à 30 | Désignation de représentants provisoires par bloc ; première réunion de coordination ; première matrice 4W ; premier suivi des services ; ouverture du point d'information et des plaintes | Résidents, tous prestataires |
Ce que retient l'évaluateur d'une telle ouverture : la projection documentée, la comparaison écrite des terrains, l'accord foncier signé avant installation, le transfert volontaire et préparé depuis les écoles, et la présence de l'agence gestionnaire dès le premier jour.
8Installer une agence gestionnaire de site : les 90 premiers jours
Être désigné agence gestionnaire de site engage l'organisation au-delà d'un projet : elle devient l'interlocuteur quotidien des résidents, des autorités et de tous les prestataires, et elle sera tenue pour responsable de ce qui ne fonctionne pas, même lorsque la cause relève d'un autre acteur. Les Normes minimales pour la gestion des camps (2021) organisent cette responsabilité autour de cinq domaines : l'agence gestionnaire elle-même (présence, compétences, conduite du personnel), la participation et l'engagement communautaire, la coordination au niveau du site, l'environnement du site (sûr, entretenu, conforme aux normes) et la sortie ou la transition.
Structurer l'équipe
Les normes ne fixent pas de ratio universel personnel/résidents : la taille de l'équipe dépend de la population, de la complexité du site, du nombre de prestataires et de l'insécurité. Le repère pratique est de pouvoir assurer une présence quotidienne visible dans chaque bloc, un suivi mensuel complet des services et une permanence d'information accessible. Exemple de structure pour un site de 10 000 à 15 000 personnes :
| Poste | Nombre indicatif | Responsabilités principales |
|---|---|---|
| Gestionnaire de site | 1 | Représentation auprès des autorités et du cluster, présidence de la réunion de coordination, escalade des lacunes, sécurité de l'équipe |
| Assistants de gestion de site | 2 à 3 | Suivi des services par secteur ou par zone, appui aux comités, suivi des arrivées et des départs |
| Mobilisateurs communautaires | 1 pour 1 000 à 1 500 résidents environ | Présence dans les blocs, diffusion de l'information, collecte des retours, repérage des personnes à besoins spécifiques, avec parité femmes-hommes dans l'équipe |
| Chargé de gestion de l'information | 1 (partagé entre sites si nécessaire) | Base de données du site, tableau de bord, 4W, liaison avec la DTM et le gestionnaire de l'information du cluster |
| Chargé de redevabilité et plaintes | 1 | Point d'information, registre des retours, boucle de réponse, analyse des tendances |
| Point focal protection et PSEA | 1 (ou fonction assurée par un partenaire) | Orientation confidentielle, audits de sécurité, lien avec les services spécialisés |
| Agent d'entretien et équipes de travail | Selon le plan d'entretien | Drainage, coupe-feu, petites réparations, souvent par des activités rémunérées pour les résidents |
Le plan des 90 premiers jours
| Domaine des normes | Jours 1 à 30 | Jours 31 à 60 | Jours 61 à 90 |
|---|---|---|---|
| Agence gestionnaire | Protocole d'accord signé, bureau sur site, code de conduite et engagement PSEA signés par tout le personnel | Formation de l'équipe aux normes, aux outils et à l'orientation des cas | Revue interne : présence effective par bloc, retours des résidents sur l'équipe |
| Participation | Cartographie des leaders et des groupes ; représentants provisoires | Processus de désignation des comités, avec quotas et termes de référence | Comités en place, premières formations, consultation séparée des femmes, des jeunes et des personnes handicapées |
| Information et plaintes | Point d'information, messages clés sur les services et les règles du site | Registre des retours, circuits d'orientation, procédure confidentielle PSEA | Première analyse des tendances restituée aux résidents |
| Coordination | Liste des acteurs, première réunion, 4W initiale | Réunions régulières avec suivi des engagements | Tableau de bord mensuel partagé avec le cluster |
| Environnement du site | Cartographie des risques, coupe-feu et drainage tracés | Plan d'entretien, comités de vigilance incendie | Plan de préparation saisonnière (pluies, chaleur, épidémies) |
| Sortie et transition | Accord foncier, état initial du terrain documenté (photos, points GPS) | Premières questions sur les intentions dans le profilage | Esquisse de la stratégie de sortie, liste des infrastructures transférables |
Les documents à produire
- Protocole d'accord avec les autorités, avec la matrice de responsabilités en annexe.
- Termes de référence de la réunion de coordination du site et de chaque comité.
- Règles de vie du site rédigées avec les représentants des résidents, compatibles avec le droit national et les droits fondamentaux.
- Procédures opérationnelles : accueil des nouveaux arrivants, gestion des départs, incident grave (incendie, décès, violence), orientation des cas de protection.
- Plan de gestion des données : ce qui est collecté, pourquoi, où c'est stocké, qui y a accès et pendant combien de temps.
Le budget d'une agence gestionnaire
Les postes types sont le personnel (souvent 50 à 70 % du budget), les petits travaux d'entretien et d'atténuation des risques (drainage, coupe-feu, éclairage), les activités rémunérées pour les résidents, l'appui aux comités (formation, matériel, espaces de réunion), la communication (affichage, radio, ligne téléphonique), la gestion de l'information (tablettes, logiciel de collecte), les équipements de sécurité incendie et la visibilité minimale. Les bailleurs attendent une justification du coût par résident et la preuve que le budget d'entretien n'est pas absorbé par les salaires.
9Variations par contexte, erreurs fréquentes et regard des bailleurs
Adapter le dispositif au contexte
| Contexte | Ce qui change | Adaptation recommandée |
|---|---|---|
| Catastrophe soudaine (inondation, séisme, cyclone) | Afflux massif en quelques heures, centres collectifs improvisés, autorités de protection civile très présentes, retour souvent rapide | Suivi rapide des centres d'évacuation (outils simplifiés), priorité à l'enregistrement de base et à la sortie des écoles, coordination étroite avec la protection civile ; gestion mobile plutôt que gestion fixe pour les petits centres |
| Conflit, crise prolongée | Sites qui durent dix ans ou plus, questions foncières, présence d'acteurs armés, lassitude des bailleurs | Investir dans l'entretien et la gouvernance, plaider pour des solutions durables dès le départ, analyser régulièrement le caractère civil du site |
| Milieu urbain | Déplacés dispersés en location, centres collectifs, sites informels sur des terrains publics ou privés, autorités municipales clés | Approche par zone, centres d'information communautaire, partenariat avec la municipalité, analyse du marché locatif |
| Gestion à distance (accès restreint) | Personnel international ou national absent du site, recours aux partenaires locaux et aux comités | Transfert de responsabilités clair, vérification par des tiers, appels téléphoniques aux résidents, triangulation des données, protection du personnel local qui porte le risque |
| Insécurité élevée | Incidents dans ou autour du site, menaces contre le personnel, recrutement par des groupes armés | Plan de sécurité du site, présence aux heures sûres, protocole de suspension et de reprise, plaidoyer pour le caractère civil, discrétion sur les données |
| Partenaire local à faibles capacités | Bonne acceptation et connaissance du contexte, mais procédures, gestion de l'information et finances fragiles | Plan de renforcement des capacités négocié, accompagnement sur site, outils simplifiés, financement des coûts de structure, transfert progressif plutôt que sous-traitance |
Erreurs fréquentes et comment les éviter
- Confondre gestion et prestation : l'agence gestionnaire qui construit elle-même des latrines parce que le partenaire WASH est lent finit par porter des responsabilités qu'elle ne peut pas financer, et le cluster WASH n'est plus alerté. On comble exceptionnellement une lacune vitale, avec l'accord du cluster, et on documente la sortie.
- Arriver après les familles : un site spontané sans planification initiale coûte ensuite des mois de réaménagement. Même trois jours de piquetage avant l'installation font une différence durable.
- Accord foncier oral : la parole du chef ou du maire ne survit pas à leur remplacement. Tout accord doit être écrit, signé, daté, avec un plan.
- Présence intermittente : une équipe qui ne vient que pour les réunions laisse le terrain aux leaders autoproclamés. La présence quotidienne est une norme, pas un confort.
- Données sans usage : collecter des dizaines d'indicateurs que personne n'analyse épuise les résidents et l'équipe. On collecte ce qui sert une décision.
- Oublier la communauté hôte : services réservés aux déplacés, coupe de bois non régulée, pâturages occupés sans accord : les tensions qui en résultent menacent ensuite tout le site.
Ce que regardent les bailleurs et les évaluateurs
- Pertinence et ciblage : pourquoi ce site, pourquoi cette agence, comment le projet s'insère dans la stratégie du cluster et dans le plan de réponse humanitaire.
- Indicateurs : nombre de sites et de personnes couverts par une gestion de site, pourcentage de sites disposant d'une structure de gouvernance représentative incluant des femmes, pourcentage de plaintes ayant reçu une réponse dans les délais, nombre de lacunes identifiées et résolues, couverture du suivi mensuel. Les bailleurs comme ECHO et le BHA attendent des indicateurs alignés sur ceux du cluster.
- Redevabilité : preuves de consultation, mécanisme de plaintes fonctionnel, engagements PSEA, alignement sur la Norme humanitaire fondamentale (CHS).
- Coordination : participation régulière au cluster, partage du tableau de bord et de la 4W, absence de doublons.
- Durabilité et sortie : stratégie de sortie crédible, transfert des responsabilités aux comités et aux autorités, impact environnemental géré.
- Audit : pour les activités rémunérées des résidents, listes de présence, critères de sélection publiés, taux alignés sur ceux du cluster ; pour les petits travaux, devis, réception des travaux et photos géolocalisées.
Un rapport de gestion de site convaincant ne dit pas « nous avons tenu 24 réunions » : il montre combien de lacunes ont été détectées, combien ont été résolues, en combien de temps, et ce que les résidents en disent.
10Questions d'entretien et références clés
Questions d'entretien
1. « Quelle est la différence entre administration, coordination et gestion d'un camp ? Donnez un exemple où ces rôles entrent en tension. »
Une bonne réponse définit précisément les trois rôles (autorités, agence chef de file, agence gestionnaire) puis illustre une tension réelle : par exemple des autorités qui veulent fermer un site pour des raisons politiques alors que le cluster et l'agence gestionnaire constatent que les conditions de retour ne sont pas réunies. Le candidat explique comment il documente, escalade au cluster et contribue au plaidoyer sans sortir de son rôle.
2. « Les autorités vous proposent un terrain que votre évaluation classe comme inondable. Que faites-vous ? »
Elle présente les données (traces d'inondation, témoignages, topographie), propose des alternatives classées, chiffre les coûts de drainage et les risques sanitaires, implique le cluster et le chef de file pour le plaidoyer, et si le terrain est malgré tout imposé, consigne par écrit les risques et prépare des mesures d'atténuation et un plan de relocalisation saisonnière.
3. « Comment organisez-vous votre première semaine comme gestionnaire d'un site déjà ouvert depuis un an ? »
Elle mentionne la lecture des données existantes (profil, tableau de bord, 4W, plaintes), la rencontre de chaque prestataire et des autorités, une visite de chaque bloc avec les comités mais aussi sans eux, des groupes de discussion séparés, l'identification des cinq lacunes majeures et des risques saisonniers, et la vérification de l'accord foncier.
4. « Qu'est-ce que le fournisseur de dernier recours ? »
Elle explique l'engagement de l'agence chef de file à combler les lacunes critiques lorsque personne d'autre ne peut le faire, et ses limites (accès, sécurité, financement), en précisant qu'il s'agit d'abord d'une obligation de mobiliser et de rendre compte.
5. « Quand un camp n'est-il pas la bonne réponse ? »
Elle cite les risques du camp (dépendance, protection, atteinte aux moyens d'existence, environnement) et les alternatives : familles d'accueil, aide au loyer, petits sites intégrés, approches par zone, et souligne que le choix dépend des préférences des personnes et des conditions de sécurité.
Références clés
- Camp Management Toolkit, édition 2015 : Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), pour le cluster CCCM.
- Normes minimales pour la gestion des camps, édition 2021 : cluster mondial CCCM.
- Manuel Sphère, édition 2018 : chapitres Abris et établissements humains, et Approvisionnement en eau, assainissement et promotion de l'hygiène.
- Manuel des situations d'urgence du HCR : entrées sur le choix et la planification des sites.
- Module de référence pour la coordination des clusters au niveau pays : IASC.
- Note conjointe HCR-OCHA sur la coordination dans les situations mixtes (2014).
- Principes directeurs relatifs au déplacement interne (Nations unies, 1998) et Convention de Kampala (Union africaine, 2009).
- Directives pour les centres collectifs : HCR et OIM (2010).
- Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS), édition révisée de 2024.
- Documentation méthodologique de la Matrice de suivi des déplacements (DTM) : OIM.
L'arrivée de nuit
Site planifié, bloc d'accueil
Vous êtes assistant de gestion de site de permanence.
À 21 heures, deux camions déposent 180 personnes venues d'une zone de combats. Les parcelles prévues pour les nouveaux arrivants ne sont pas encore aménagées. Plusieurs enfants semblent seuls et une femme âgée ne peut pas marcher.
Décision 1 sur 3Quelle est votre première action ?
Décision 2 sur 3Les enfants seuls disent avoir perdu leurs parents dans la fuite. Vous :
Décision 3 sur 3Le lendemain, comment installez-vous les nouveaux arrivants ?
Ce qu'il faut retenir
Accueillir dans la sécurité, repérer et orienter les personnes vulnérables, puis installer de façon ordonnée en préservant les liens communautaires.
Exercice d'application : qui fait quoi ?
Dans le site de Kalimba (8 500 personnes), les problèmes suivants sont signalés : un propriétaire terrien menace d'expulser les familles, une latrine sur trois est pleine, des hommes armés circulent la nuit, et deux ONG distribuent des kits d'hygiène aux mêmes blocs. Pour chaque problème, indiquez qui est responsable (administration, coordination, gestion, autre cluster) et quelle est la première action du gestionnaire de site.
À retenir
- Administration = autorités ; coordination = agence chef de file (HCR conflits, OIM catastrophes) ; gestion = agence gestionnaire de site.
- Le gestionnaire coordonne les services du site, il ne les fournit pas tous lui-même.
- Camps planifiés, sites spontanés, centres collectifs, centres de transit : des risques différents.
- Cycle de vie : installation, prise en charge et entretien, fermeture planifiée dès l'ouverture.
- Outils clés : Camp Management Toolkit, Normes minimales 2021, Sphère, DTM.
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Pour aller plus loin : références de la formation
- Norwegian Refugee Council, au nom du cluster CCCM (2015). Camp Management Toolkit. www.cccmcluster.org
- Global CCCM Cluster (2021). Normes minimales pour la gestion des camps (Minimum Standards for Camp Management). www.cccmcluster.org
- Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitres Abris et établissements humains, WASH). spherestandards.org/fr/manuel-2018
- Organisation internationale pour les migrations (2024). Displacement Tracking Matrix (DTM). dtm.iom.int
- Comité permanent interorganisations (IASC) (2010). IASC Framework on Durable Solutions for Internally Displaced Persons. interagencystandingcommittee.org
- Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (2024). UNHCR Emergency Handbook. emergency.unhcr.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.