Jour 3 sur 4 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Participation, risques et sortie

Objectifs du jour
  • Organiser une gouvernance représentative et des mécanismes de plaintes.
  • Prévenir et gérer les risques d'incendie, d'inondation et d'expulsion.
  • Préparer la fermeture du site et les solutions durables, y compris hors camp.

1Gouvernance et participation des résidents

Les résidents ne sont pas des bénéficiaires passifs : ce sont eux qui connaissent les problèmes du site. La gouvernance s'organise en structures représentatives : comité central, chefs de bloc, comités sectoriels (eau, santé, sécurité, plaintes), groupes de femmes, de jeunes, de personnes handicapées.

  • Représentation équitable des femmes (l'objectif est la parité dans les comités) et des groupes minoritaires.
  • Désignation par élection ou consensus, mandats limités, termes de référence écrits, code de conduite signé.
  • Vigilance face à la capture des comités par des leaders autoproclamés ou des groupes armés.

Le gestionnaire forme les comités, vérifie que l'information circule dans les deux sens et consulte aussi directement les groupes moins visibles, par exemple en groupes de discussion séparés.

2Plaintes, retours et communication

Un mécanisme de plaintes et de retours (MPR) doit être accessible à tous : boîtes à suggestions, permanences au bureau du site, ligne téléphonique gratuite, agents mobiles, comités. Il doit être connu, confidentiel, sûr et adapté aux personnes qui ne lisent pas.

Chaque retour est enregistré, orienté vers le bon prestataire et suivi jusqu'à une réponse donnée à la personne : c'est la boucle de rétroaction. Les plaintes sensibles (exploitation et abus sexuels, fraude, abus de pouvoir) suivent un circuit confidentiel séparé vers les points focaux PSEA et les services spécialisés, jamais un affichage public. Les tendances sont analysées et restituées aux résidents.

3Réduire les risques : incendie, inondation, expulsion

Un site concentre les risques. Le gestionnaire les cartographie avec les résidents et prépare un plan de préparation et de réponse :

  • Incendie : coupe-feu dégagés, distance entre abris, foyers améliorés, points d'eau ou de sable, comités de vigilance formés, plan d'évacuation.
  • Inondation : drainage entretenu avant la saison des pluies, relocalisation des abris en zone basse, surélévation des latrines, stocks de matériaux.
  • Expulsion : accords fonciers écrits, dialogue avec les propriétaires et les autorités, suivi des menaces, plaidoyer. Une expulsion forcée sans consultation, préavis ni alternative est contraire au droit international.

D'autres risques sont suivis en continu : épidémies, tensions avec la communauté hôte, violences basées sur le genre, présence d'armes.

4Hors camp, fermeture et solutions durables

Quand les déplacés sont dispersés, on adopte des approches hors camp : gestion mobile (une équipe couvre plusieurs petits sites avec des visites régulières et des comités locaux) et approches par zone (area-based), qui organisent la coordination sur un quartier ou une localité, pour les déplacés comme pour la population hôte.

La fermeture d'un site se prépare avec les résidents : enquête d'intentions, information sur les zones de retour, appui au transport, transfert ou démantèlement des infrastructures, remise en état du terrain. Le cadre de l'IASC reconnaît trois solutions durables : le retour, l'intégration locale et l'installation ailleurs dans le pays. Une solution est durable quand la personne n'a plus de besoins spécifiques liés à son déplacement et jouit de ses droits sans discrimination. Le choix doit être libre, éclairé et volontaire.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Mettre en place une gouvernance représentative : la méthode

Les structures de gouvernance d'un site sont souvent mises en place dans l'urgence, avec les premiers leaders qui se présentent. Trois mois plus tard, l'équipe découvre que le comité central parle au nom de tous mais ne représente qu'un clan, que les femmes ne siègent que sur le papier et que les listes de distribution sont devenues une source de revenus. Réparer coûte beaucoup plus cher que bien faire au départ. Les Normes minimales pour la gestion des camps demandent des structures représentatives, inclusives, connues des résidents et redevables envers eux.

Étape 1 : cartographier le pouvoir existant (semaines 1 à 3)

  • Qui sont les leaders traditionnels, religieux, administratifs (chefs de village d'origine), les leaders de jeunes, de femmes, les commerçants influents ?
  • Quelles communautés d'origine, quelles langues, quelles tensions ?
  • Qui contrôle quoi aujourd'hui : listes, accès au terrain, eau, distribution ?
  • Qui n'est jamais visible : femmes seules, personnes handicapées, minorités, nouveaux arrivants, personnes âgées ?

Méthode : entretiens individuels, groupes de discussion séparés par sexe et âge, observation des distributions et des réunions. Les résultats restent internes : une cartographie du pouvoir mal partagée peut mettre des personnes en danger.

Étape 2 : définir les règles avec les résidents (semaines 3 à 6)

On ne parachute pas un modèle. Le gestionnaire propose des principes non négociables (représentation équitable des femmes, inclusion des groupes minoritaires et des personnes handicapées, mandats limités, absence de lien avec des groupes armés, code de conduite, interdiction de toute contrepartie pour l'accès à l'aide) et discute le reste avec les résidents : nombre de représentants par bloc, mode de désignation, durée du mandat, rôle des leaders traditionnels.

Étape 3 : organiser la désignation

  1. Information de tous les résidents, dans toutes les langues, au moins deux semaines avant.
  2. Candidatures ouvertes, avec un appui spécifique aux candidates (sessions d'information séparées, garde d'enfants pendant les réunions).
  3. Désignation par bloc : élection à bulletin secret ou par file, ou consensus vérifié lors d'assemblées séparées hommes et femmes. Le principe de base pour garantir la parité : un siège réservé à une femme et un à un homme par bloc.
  4. Observation par l'équipe et, si possible, par les autorités locales ; résultats affichés et annoncés.
  5. Délai de recours de quelques jours, traité par une commission mixte.

Étape 4 : formaliser et former

Contenu des termes de référence d'un comitéExemple
Mandat et rôleReprésenter les résidents du bloc, relayer l'information dans les deux sens, signaler les lacunes, participer à la réunion de site
CompositionDeux représentants par bloc (une femme, un homme), un représentant des personnes handicapées et un des jeunes au comité central
Durée du mandatUn an, renouvelable une fois
Ce que le comité ne fait pasÉtablir seul les listes de distribution, sanctionner des résidents, traiter des plaintes sensibles, percevoir de l'argent
FonctionnementRéunion mensuelle avec compte rendu, quorum, décisions par consensus ou majorité
RedevabilitéAssemblée de bloc trimestrielle, possibilité de révocation selon une procédure écrite
Code de conduiteImpartialité, confidentialité, interdiction de l'exploitation et des abus sexuels, signalement des conflits d'intérêts
AppuiFormation initiale, matériel, espace de réunion ; indemnités éventuelles alignées sur les règles du cluster

La formation initiale (deux à trois jours) couvre : rôle du gestionnaire et des prestataires, normes de services, principes humanitaires, code de conduite et PSEA, orientation des cas sensibles, animation de réunion, gestion des conflits.

Étape 5 : vérifier et corriger en continu

  • Les femmes élues prennent-elles la parole et leurs propositions sont-elles retenues ? On observe, et on organise des consultations séparées.
  • Les résidents connaissent-ils leurs représentants ? Une question simple dans l'enquête trimestrielle suffit.
  • Les plaintes contre des membres de comités sont-elles traitées ? Leur nombre et leur suivi sont un indicateur de santé de la gouvernance.

Indemniser les comités est une question sensible : sans appui, seuls les plus aisés peuvent consacrer du temps au comité ; avec des indemnités élevées, le poste devient un enjeu de pouvoir. La règle est de suivre les orientations du cluster, de rester modeste, et de rémunérer des tâches précises plutôt que des titres.

6Le mécanisme de plaintes et retours du site : conception et fonctionnement

La Norme humanitaire fondamentale (CHS) demande que les personnes affectées participent aux décisions qui les concernent (engagement 4) et aient accès à des mécanismes sûrs et réactifs pour traiter leurs plaintes (engagement 5). Les engagements de l'IASC sur la redevabilité envers les populations affectées et la protection contre l'exploitation et les abus sexuels vont dans le même sens. Au niveau d'un site, l'agence gestionnaire est souvent le point d'entrée commun des retours concernant tous les prestataires.

Concevoir le mécanisme avec les résidents

  1. Consulter par groupes (femmes, hommes, jeunes, personnes âgées, personnes handicapées, minorités) : comment préfèrent-ils signaler un problème ? À qui font-ils confiance ? Qu'est-ce qui les empêche de se plaindre (peur de perdre l'aide, analphabétisme, distance) ?
  2. Choisir plusieurs canaux complémentaires : guichet d'information au bureau du site, agents mobiles dans les blocs, ligne téléphonique gratuite (souvent commune à plusieurs organisations), boîtes fermées à clé ouvertes par deux personnes, comités, sessions d'écoute séparées.
  3. Fixer les catégories et les délais : accusé de réception, délai de réponse, voie d'escalade.
  4. Définir les circuits : qui reçoit, qui traite, qui répond, qui vérifie la clôture.
  5. Faire connaître le mécanisme : messages répétés, affichage illustré, radio, sessions dans les blocs.

Catégories et délais de traitement (exemple)

CatégorieExemplesCircuitDélai de réponse indicatif
1. Demande d'informationDate de distribution, ouverture de l'écoleRéponse immédiate par l'agent ou le guichetImmédiat à 3 jours
2. Retour ou suggestionHoraires de distribution, emplacement des points d'eauTransmis au prestataire concerné, analysé en réunion2 semaines
3. Plainte sur un serviceRobinet en panne, ration incomplète, abri non réparéTransmis au prestataire avec demande de réponse ; suivi par le gestionnaire1 à 2 semaines
4. Plainte sur l'exclusion ou le ciblageMénage absent des listesVérification par le prestataire et le gestionnaire, sans passer par le comité concerné s'il est mis en cause2 semaines
5. Plainte sensibleExploitation ou abus sexuels, fraude, corruption, comportement du personnelCircuit confidentiel : transmission immédiate au point focal PSEA ou à l'unité d'enquête de l'organisation concernée ; appui à la victime par les services spécialisésTransmission sous 24 heures
6. Urgence de protection ou de sécuritéMenace de mort, enfant en danger, violence en coursOrientation immédiate selon le circuit d'orientationImmédiat

Le registre des retours

Champs minimaux : numéro unique, date, canal, bloc, sexe et tranche d'âge de la personne (si elle accepte de les donner), catégorie, description résumée, organisation concernée, date de transmission, réponse apportée, date de réponse à la personne, satisfaction de la personne, date de clôture. Les plaintes de catégorie 5 ne figurent pas dans ce registre partagé : seul un numéro et la mention « transmis selon la procédure confidentielle » y apparaissent ; le détail est conservé par le point focal habilité.

Boucler la boucle

  • Chaque personne qui a déposé une plainte nominative reçoit une réponse individuelle, même négative (« la ration ne peut pas être augmentée parce que… »).
  • Les plaintes anonymes reçoivent une réponse collective : affichage, réunion de bloc, radio.
  • Chaque mois, l'analyse des tendances est présentée en réunion de site et aux comités ; chaque trimestre, une restitution publique explique ce qui a changé grâce aux retours.

Un mécanisme qui reçoit très peu de plaintes n'est pas un signe de satisfaction : c'est souvent le signe que les gens ne le connaissent pas, n'y croient pas ou en ont peur. Le volume, la diversité des personnes qui l'utilisent et le taux de réponse sont les vrais indicateurs.

7Analyser et gérer les risques du site : de la cartographie au plan de contingence

Un site concentre des milliers de personnes sur un espace réduit, avec des matériaux inflammables, des installations sanitaires partagées et une population déjà fragilisée. Les Normes minimales demandent que l'agence gestionnaire contribue à un environnement sûr, ce qui passe par une analyse des risques conduite avec les résidents, mise à jour au moins avant chaque saison à risque.

Étape 1 : identifier les dangers

Par une marche transversale du site avec les comités, des groupes de discussion séparés et une carte participative, on repère : zones inondables et points d'accumulation d'eau, densités excessives, foyers de cuisson, stockages de combustible, installations électriques improvisées, zones sombres ou isolées, latrines mal situées, points de tension avec la communauté hôte, lieux de rassemblement d'hommes armés.

Étape 2 : évaluer et hiérarchiser

RisqueProbabilité (1 à 5)Impact (1 à 5)ScoreMesures de réduction
Inondation des blocs bas en saison des pluies5420Curage des drains, relocalisation des abris situés dans les points bas, surélévation des latrines
Incendie d'abris4416Coupe-feu dégagés, foyers améliorés, cuisines communes ou abritées, points d'eau et de sable, comités de vigilance
Épidémie de choléra3515Chloration, promotion de l'hygiène, plan d'isolement avec le partenaire santé, préposition d'intrants
Agressions la nuit près des latrines4416Éclairage, déplacement des latrines, patrouilles communautaires, audit de sécurité
Tensions avec les éleveurs voisins339Comité mixte, accord sur couloir de passage, services partagés

Prévention incendie : le dispositif type

  • Respect des distances : 2 m au moins entre abris (idéalement deux fois leur hauteur), coupe-feu de 30 m tous les 300 m, contrôlés chaque mois.
  • Points d'eau ou fûts d'eau et de sable, battes à feu, répartis par communauté ; vérification mensuelle.
  • Comités de vigilance incendie formés par bloc, avec un signal d'alerte connu de tous (sifflet, cloche).
  • Sensibilisation : cuisson à l'extérieur ou dans des cuisines abritées, surveillance des foyers, interdiction des bougies dans les abris en plastique, prudence avec les branchements électriques.
  • Coordination avec les pompiers locaux s'ils existent : accès des véhicules par les routes principales.

Répondre à un incident grave : l'exemple d'un incendie

DélaiActions du gestionnaire
Heure 0 à 6Sécurité des personnes et de l'équipe ; appui à l'évacuation et à l'extinction par les comités ; information des autorités et du cluster ; premier hébergement temporaire (espace communautaire, familles voisines volontaires) ; repérage des blessés et des personnes séparées
Heure 6 à 24Recensement des ménages touchés (abris détruits, endommagés, biens perdus), en priorité les personnes à besoins spécifiques ; alerte chiffrée aux clusters Abris et articles non alimentaires, Protection, Santé, WASH
Jour 2 à 3Coordination de la réponse : articles d'urgence, eau, repas ; écoute des ménages ; prévention des tensions (accusations, recherche de coupables) ; information régulière des résidents
Semaine 1 à 4Analyse des causes avec les comités ; reconstruction selon le plan de site (et non à l'identique si les distances n'étaient pas respectées) ; révision du plan de prévention ; retour d'expérience partagé avec le cluster

Le plan de contingence du site

Il tient en quelques pages : scénarios (afflux de nouveaux arrivants, inondation, incendie, épidémie, attaque ou menace armée, expulsion), seuils de déclenchement, rôles de chacun, stocks prépositionnés, contacts, procédure de communication avec les résidents et de suspension ou de reprise des activités. Il est testé par un exercice de simulation au moins une fois par an.

Les audits de sécurité menés avec des groupes de femmes et de filles (marche du site de jour et de nuit, cartes des zones perçues comme dangereuses) sont l'outil le plus efficace pour réduire les risques de violences basées sur le genre liés à l'aménagement du site, conformément aux Directives de l'IASC sur l'intégration des interventions contre la violence basée sur le genre dans l'action humanitaire.

8Exemple complet : le site de Ngara avant la saison des pluies

Contexte fictif : le site de Ngara, sur une plaine alluviale de la province du Lac-Sombé, accueille 9 800 personnes (environ 1 960 ménages) réparties en 8 blocs. L'an dernier, 300 abris ont été inondés en août, et deux incendies en saison sèche ont détruit 45 abris. Le comité central compte 15 membres, dont 2 femmes, tous issus des deux communautés d'origine majoritaires. La saison des pluies commence dans 10 semaines. L'agence gestionnaire, l'ONG fictive « Horizons Partagés », dispose d'un budget d'atténuation des risques de 38 000 USD.

1. Analyse des risques conduite avec les résidents

Une marche du site avec les comités de bloc et quatre groupes de discussion (femmes, hommes, jeunes, personnes âgées et handicapées) produisent la carte des risques. Constats : les blocs 6, 7 et 8 sont dans la partie basse ; le drain principal est obstrué sur 600 m ; 210 abris des blocs 7 et 8 sont dans des zones inondées l'an dernier ; les deux incendies ont commencé dans des cuisines intérieures du bloc 3, où les abris sont à moins de 1 m les uns des autres ; les femmes du bloc 8 évitent les latrines la nuit faute d'éclairage.

2. Le plan d'action de 10 semaines

SemaineActionResponsableCoût estimé (USD)
1 à 2Information des résidents sur le plan ; identification individuelle des 210 ménages en zone inondable ; consultation sur les options (parcelles de la zone d'extension au nord, surélévation des abris)Agence gestionnaire, comités de bloc500
2 à 5Curage de 600 m de drain principal et de 2,4 km de drains secondaires par des activités rémunérées (120 participants, 15 jours, rotation)Agence gestionnaire, comité d'entretien14 400 (120 × 15 × 8 USD, taux du cluster)
3 à 7Relocalisation volontaire de 140 ménages vers la zone d'extension (matériaux, transport, appui à la reconstruction) ; surélévation des abris pour 70 ménages qui préfèrent resterAgence gestionnaire, partenaire AbrisMatériaux pris en charge par le partenaire Abris ; transport et main-d'œuvre 9 800
3 à 6Surélévation ou relocalisation de 24 latrines en zone bassePartenaire WASHBudget WASH
4 à 6Dégagement des coupe-feu du bloc 3 ; installation de 40 fûts d'eau et de sable ; formation de 8 comités de vigilance incendie (un par bloc)Agence gestionnaire6 200
5 à 8Réparation et ajout de 30 lampes solaires (priorité blocs 7 et 8) ; audit de sécurité de nuit avec les groupes de femmesAgence gestionnaire, partenaire protection5 400
8 à 9Préposition : 300 bâches, outils, sacs de sable ; identification d'un espace d'hébergement temporaire (école de secteur sur la partie haute) ; exercice de simulation d'inondationAgence gestionnaire, cluster Abris1 700 (hors stocks du cluster)
ContinuMessages clés diffusés par les comités, la radio et les agents mobiles : alerte, évacuation, chloration de l'eauAgence gestionnaire, partenaire WASHInclus
Total sur le budget de l'agence gestionnaire38 000

3. Renforcer la représentation des femmes et des minorités

Le comité actuel (13 hommes, 2 femmes) a été désigné par les chefs coutumiers à l'ouverture. Plutôt que de le dissoudre, ce qui provoquerait un conflit au pire moment, l'agence propose un calendrier de transition validé en assemblée :

  • Immédiatement : création d'un comité de femmes consulté sur le plan de saison des pluies ; deux représentantes de ce comité invitées au comité central.
  • Dans trois mois, après la période critique : nouvelles désignations par bloc selon la règle d'un siège pour une femme et un pour un homme par bloc (16 sièges), plus trois sièges pour les personnes handicapées, les jeunes et les personnes âgées, soit un comité de 19 membres comptant au moins 8 femmes.
  • Les communautés minoritaires, présentes surtout dans les blocs 5 et 8, sont garanties d'une représentation par la désignation par bloc ; un dialogue spécifique est mené avec leurs leaders pour encourager les candidatures.
  • Les chefs coutumiers gardent un rôle consultatif reconnu, ce qui réduit les résistances.

4. L'analyse trimestrielle des retours

CatégorieNombrePartRéponse dans les délaisLecture
Demandes d'information14635 %96 %Les distributions sont mal annoncées : messages à revoir
Eau et assainissement9824 %71 %Concentration dans les blocs 6 à 8 : cohérent avec la carte des risques
Abris6115 %64 %Attente de matériaux de réparation ; escaladé au cluster Abris
Exclusion des listes5213 %58 %Plusieurs plaintes mettent en cause un même chef de bloc : vérification indépendante en cours
Sécurité389 %OrientéesZones sombres du bloc 8
Plaintes sensibles (circuit confidentiel)41 %Transmises sous 24 hVolume probablement sous-estimé : renforcer l'information sur ce circuit auprès des femmes
Autres133 %85 %—
Total412100 %78 % (hors sensibles et sécurité)

Le taux global de réponse dans les délais (78 %) est juste sous le seuil de 80 % fixé par l'agence. La faiblesse se situe sur les plaintes d'exclusion : elles exigent des vérifications au porte-à-porte et touchent à la gouvernance. Ce constat renforce la décision de recomposer le comité central.

Ce que montre l'exemple : l'analyse des risques, la gouvernance et les plaintes ne sont pas trois activités séparées. Les mêmes blocs, les mêmes groupes et les mêmes défaillances apparaissent dans les trois. Le gestionnaire efficace croise ses sources avant de décider.

9Hors camp : gestion mobile, approches par zone et centres collectifs

Dans la plupart des crises, la majorité des personnes déplacées vivent hors des camps : en familles d'accueil, en location, dans de petits sites informels ou dans des centres collectifs. Le cluster CCCM a développé des approches pour leur apporter les fonctions de gestion de site (information, participation, coordination, suivi des services) sans créer de camp.

La gestion mobile : mettre en place le dispositif

  1. Cartographier les petits sites et les zones de concentration avec la DTM et les autorités : population, statut foncier, services présents, accessibilité.
  2. Regrouper les sites en circuits réalistes selon la distance et la sécurité.
  3. Dimensionner les équipes : par exemple, une équipe mobile de quatre personnes (un chef d'équipe, deux mobilisateurs dont une femme, un agent de suivi) peut couvrir une dizaine de petits sites avec une visite tous les 10 à 15 jours, selon les distances.
  4. Désigner des points focaux dans chaque site (une femme et un homme), formés à transmettre l'information, signaler les lacunes et les urgences entre deux visites.
  5. Utiliser des outils allégés : fiche de suivi d'une page, groupe de messagerie ou ligne téléphonique pour les points focaux, tableau de bord multi-sites.
  6. Coordonner par zone : réunion mensuelle par zone plutôt que par site, avec les prestataires et les autorités locales.

Les approches par zone

Une approche par zone (ou par territoire) définit une unité géographique (quartier, commune, groupe de villages) et organise la coordination pour toute sa population, déplacée ou non, en lien étroit avec les autorités locales. Le gestionnaire y anime souvent un centre communautaire ou centre d'information : orientation vers les services, enregistrement des retours, activités communautaires, permanences juridiques. Les avantages sont la réduction des tensions avec les hôtes, l'appui aux services publics existants et la préparation naturelle des solutions durables.

Les centres collectifs

Les Directives pour les centres collectifs du HCR et de l'OIM (2010) rappellent qu'un centre collectif doit être un dernier recours temporaire et que sa fermeture se prépare dès l'ouverture. Points de vigilance :

  • Intimité et protection : cloisonnement par famille, espaces séparés pour les personnes seules, sanitaires séparés par sexe et verrouillables.
  • Sécurité incendie et structurelle : issues de secours dégagées, extincteurs, interdiction des réchauds dans les salles, évaluation de la structure par un ingénieur.
  • Densité : nombre de personnes par pièce et surface par personne suivis comme dans un site.
  • Conflit d'usage : une école occupée prive les enfants de scolarité ; un calendrier de libération est négocié avec l'éducation, les autorités et les familles.
  • Accord avec le propriétaire : durée, compensation, état des lieux, remise en état.

Préparer la fermeture dès maintenant

La fermeture sera traitée en profondeur au jour 4. Dès la phase de prise en charge, le gestionnaire pose les bases : questions sur les intentions dans chaque profilage, état initial du terrain documenté, infrastructures pensées pour être transférées à la communauté hôte, liens précoces avec les acteurs du logement, des moyens d'existence et de la documentation civile.

10Variations, erreurs fréquentes et regard des bailleurs

Adapter participation et gestion des risques au contexte

ContextePoint d'attentionAdaptation
Phase aiguëPas le temps d'électionsReprésentants provisoires désignés publiquement, avec une femme et un homme par bloc, et une date annoncée pour des désignations formelles
Site contrôlé par une autorité de fait ou un groupe arméCapture des comités, risques pour les membresAnalyse de risque avant toute élection, discrétion sur l'identité des membres, multiplication des canaux directs avec les résidents, consultation du cluster Protection
Sociétés très hiérarchiséesRésistance à la participation des femmes et des jeunesComités séparés de femmes avec un mandat réel, dialogue avec les leaders religieux et coutumiers, progression par étapes
Gestion à distancePlaintes non traitées, comités sans appuiLigne téléphonique gratuite commune, rappel systématique des appelants, appui à distance des comités, visites de vérification ponctuelles
Catastrophe récurrente (cyclones, inondations)Le même site est touché chaque annéePlan saisonnier intégré au calendrier, systèmes d'alerte précoce communautaires, liens avec la protection civile

Erreurs fréquentes

  • Femmes nommées mais sans pouvoir réel : sièges symboliques, réunions tenues le soir. On vérifie la participation effective, pas seulement la présence.
  • Mécanisme de plaintes géré par les comités : les plaintes contre les comités n'arrivent jamais. Il faut toujours au moins un canal direct et indépendant.
  • Plaintes sensibles traitées comme des plaintes ordinaires : enregistrées dans le tableur partagé, discutées en réunion. C'est une faute grave qui met la victime en danger.
  • Plan de risques écrit au bureau sans marche du site ni consultation, qui ignore les zones dangereuses connues des résidents.
  • Reconstruire à l'identique après un incendie, en recréant les densités qui l'ont permis.
  • Oublier les petits sites au profit du grand camp visible, alors que les besoins y sont souvent plus graves.

Ce que regardent les bailleurs et les évaluateurs

  • La composition des structures de gouvernance (part de femmes, inclusion des personnes handicapées et des minorités) et leur fonctionnement réel.
  • Le fonctionnement du mécanisme de plaintes : volume, diversité des utilisateurs, délais, taux de réponse, exemples de changements obtenus.
  • L'existence d'une procédure PSEA connue des résidents et du personnel, et d'un circuit confidentiel.
  • La preuve d'une préparation saisonnière : plan, budget, réalisation avant la saison, retour d'expérience après.
  • La couverture des déplacés hors camp lorsque le projet le prévoit, avec des indicateurs propres.

11Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Vous découvrez que le comité central vend des places sur les listes de distribution. Que faites-vous ? »

Une bonne réponse protège d'abord les personnes qui ont signalé les faits (confidentialité), vérifie les informations de manière indépendante, informe le prestataire de la distribution et le point focal du cluster, organise une vérification des listes sans passer par le comité, et engage la révision de la gouvernance selon les termes de référence (procédure de révocation). Elle évite l'humiliation publique qui créerait un conflit violent.

2. « Comment assurez-vous que les femmes participent réellement à la gouvernance d'un site ? »

Elle cite les sièges réservés par bloc, les horaires et lieux adaptés, la garde d'enfants, la formation, les comités de femmes avec un mandat réel, les consultations séparées, et le suivi de l'influence effective sur les décisions.

3. « Une plainte pour exploitation sexuelle visant un employé d'un partenaire arrive par la ligne téléphonique. »

Elle décrit l'approche centrée sur la victime : écoute, sécurité, information sur les services, orientation vers l'assistance avec consentement, transmission confidentielle sous 24 heures au point focal PSEA ou au mécanisme interagences, aucune enquête personnelle, aucun partage en réunion.

4. « Quelle est votre priorité dix semaines avant la saison des pluies ? »

Elle propose une analyse participative des risques, le curage du drainage, la relocalisation volontaire des abris en zone basse, la préposition, les messages d'alerte et un exercice de simulation, avec un calendrier et un budget.

5. « Comment gérer 25 petits sites dispersés avec une seule équipe ? »

Elle explique la gestion mobile : cartographie, circuits, fréquence de visite, points focaux formés, outils allégés, coordination par zone, priorisation par la vulnérabilité et les lacunes.

Références clés

  • Camp Management Toolkit (NRC, 2015) : chapitres sur la participation communautaire, la gestion des plaintes, l'environnement et la sécurité.
  • Normes minimales pour la gestion des camps (cluster CCCM, 2021).
  • Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS), engagements 4 et 5.
  • Engagements de l'IASC sur la redevabilité envers les populations affectées et la protection contre l'exploitation et les abus sexuels.
  • Directives de l'IASC sur l'intégration des interventions contre la violence basée sur le genre dans l'action humanitaire (2015), volet CCCM.
  • Outils du cluster mondial CCCM sur la participation des femmes, la gestion mobile et les approches par zone.
  • Directives pour les centres collectifs : HCR et OIM (2010).
  • Manuel Sphère (2018), chapitre Abris et établissements humains (sécurité incendie, implantation).
Mise en situation

Dix jours pour partir

Site spontané sur terrain privé, périphérie urbaine

Votre rôle

Vous êtes point focal CCCM de votre ONG pour la commune.

Le propriétaire d'un terrain où vivent 1 900 personnes affiche un avis : le site doit être évacué sous dix jours, faute de quoi la police interviendra. Les résidents sont inquiets et certains jeunes parlent de résister.

  1. Décision 1 sur 3Quelle est votre première action ?

  2. Décision 2 sur 3Que dites-vous aux résidents ?

  3. Décision 3 sur 3La médiation obtient un délai de trois mois. Vous :

Exercice d'application : le plan de saison des pluies

Le site de Ngara est installé sur une plaine. L'an dernier, 300 abris ont été inondés et deux incendies ont détruit 45 abris. Avec le comité central (dont 2 femmes sur 15 membres), préparez un plan d'une page : cartographie des risques, actions avant la saison, rôle des comités, messages à diffuser, et mesures pour renforcer la représentation des femmes.

À retenir

  • Comités représentatifs, parité visée, mandats limités, termes de référence et vigilance contre la capture.
  • MPR accessible et sûr ; boucle de rétroaction ; circuit confidentiel pour l'exploitation et les abus sexuels.
  • Risques : coupe-feu, drainage avant les pluies, accords fonciers contre les expulsions.
  • Hors camp : gestion mobile et approches par zone, au bénéfice des déplacés et des hôtes.
  • Solutions durables : retour, intégration locale, installation ailleurs ; choix libre, éclairé et volontaire.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Norwegian Refugee Council, au nom du cluster CCCM (2015). Camp Management Toolkit. www.cccmcluster.org
  2. Global CCCM Cluster (2021). Normes minimales pour la gestion des camps (Minimum Standards for Camp Management). www.cccmcluster.org
  3. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitres Abris et établissements humains, WASH). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  4. Organisation internationale pour les migrations (2024). Displacement Tracking Matrix (DTM). dtm.iom.int
  5. Comité permanent interorganisations (IASC) (2010). IASC Framework on Durable Solutions for Internally Displaced Persons. interagencystandingcommittee.org
  6. Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (2024). UNHCR Emergency Handbook. emergency.unhcr.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Un comité central compte 14 hommes et 1 femme. La meilleure réponse est :
2Une plainte pour abus sexuel commis par un distributeur arrive dans la boîte à suggestions. Vous :
3Les trois solutions durables reconnues pour les déplacés internes sont :

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