Jour 2 sur 3 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Le système humanitaire et les standards de qualité

Objectifs du jour
  • Identifier les acteurs humanitaires.
  • Comprendre la coordination et le financement.
  • Appliquer les standards Sphère et CHS.

1Les acteurs

  • Les États touchés : premiers responsables de l'assistance à leur population.
  • Les communautés et organisations locales : premières à répondre ; la « localisation » vise à leur donner plus de place et de financement.
  • Les Nations unies : OCHA (coordination), HCR (réfugiés), UNICEF (enfants), PAM (alimentation, logistique), OMS (santé), FAO, OIM, FNUAP, PNUD…
  • Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : CICR, Fédération internationale et sociétés nationales.
  • Les ONG internationales et nationales, les bailleurs (États, Union européenne, fondations) et le secteur privé.

2La coordination et le cycle de programmation

Dans un pays en crise, le Coordonnateur humanitaire dirige l'Équipe humanitaire pays (agences de l'ONU, ONG, Croix-Rouge en observateur). OCHA appuie la coordination.

Depuis la réforme de 2005, l'approche par clusters organise la réponse par secteur : santé, nutrition, eau-hygiène-assainissement, abris, protection, sécurité alimentaire, éducation, logistique, télécommunications d'urgence, coordination des camps et relèvement précoce. Chaque cluster a une agence chef de file.

Le cycle de programmation humanitaire : évaluation des besoins (Aperçu des besoins humanitaires), planification (Plan de réponse humanitaire), mobilisation des ressources, mise en œuvre et suivi, revue.

3Le financement

  • Financements bilatéraux des bailleurs aux organisations.
  • CERF : fonds central d'intervention d'urgence de l'ONU, pour les urgences soudaines et les crises sous-financées (versé aux agences de l'ONU et à l'OIM).
  • Fonds humanitaires pays (CBPF) gérés par OCHA, ouverts aux ONG nationales et internationales.
  • Le suivi des flux se fait sur le Financial Tracking Service (FTS) d'OCHA.

4Les standards : Sphère et CHS

Le Manuel Sphère réunit la Charte humanitaire, les principes de protection, la Norme humanitaire fondamentale et des standards minimums dans quatre secteurs : eau-hygiène-assainissement, sécurité alimentaire et nutrition, abris et habitat, santé. Exemple souvent cité : 15 litres d'eau par personne et par jour au minimum pour boire, cuisiner et l'hygiène.

La Norme humanitaire fondamentale (CHS) fixe neuf engagements de qualité et de redevabilité envers les personnes touchées : réponse adaptée, à temps, qui renforce les capacités locales, fondée sur la communication et la participation, avec un mécanisme de plaintes, coordonnée, qui apprend, avec un personnel compétent et bien géré, et des ressources utilisées de façon responsable.

Les standards sont des repères, pas des quotas mécaniques : on les adapte au contexte en gardant leur objectif.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Le cycle de programmation humanitaire pas à pas : calendrier, produits et rôles

Le cycle de programmation humanitaire (HPC) est souvent présenté comme un cercle abstrait. En pratique, c'est un calendrier serré de produits, de réunions et d'échéances, sur lequel un chef de projet ou un coordinateur d'ONG doit se caler pour que ses besoins soient visibles et ses projets finançables.

En urgence soudaine : les 30 premiers jours

DélaiProduitQui piloteRôle d'une ONG
0 à 72 heuresÉvaluations rapides, premier rapport de situation (sitrep), décision sur une éventuelle activation du dispositif d'intensification de l'IASCCoordonnateur humanitaire, OCHA, Équipe humanitaire paysPartager immédiatement ses données de terrain, sa présence et ses capacités (matrice 3W ou 4W)
3 à 5 joursAppel éclair (flash appeal) fondé sur un aperçu préliminaire des besoins ; demande d'allocation au CERF (fenêtre de réponse rapide)OCHA avec les clustersSoumettre ses projets au cluster pour inclusion dans l'appel ; signaler les lacunes
Jusqu'à 2 semainesÉvaluation multisectorielle initiale rapide (de type MIRA) : analyse conjointe à partir des données secondaires et d'observations de terrainOCHA, clusters, groupe de travail évaluationParticiper aux équipes d'évaluation, appliquer les outils communs, éviter les évaluations isolées qui sollicitent plusieurs fois les mêmes communautés
Environ 30 joursRévision de l'appel éclair fondée sur les évaluations ; premières allocations du fonds humanitaire pays si le pays en a un (souvent en allocation de réserve)OCHA, clustersAjuster ses cibles, rendre compte dans le 4W, préparer les propositions

Le dispositif d'intensification à l'échelle du système de l'IASC (« System-Wide Scale-Up », protocoles de 2018, qui ont remplacé l'ancienne « urgence de niveau 3 ») est activé par le Coordonnateur des secours d'urgence pour une période initiale de six mois au plus, prorogeable une fois de trois mois. Il déclenche le déploiement accéléré de personnel, l'assouplissement des procédures internes des agences et le renforcement de la coordination.

En crise prolongée : le cycle annuel

  1. Mai à août : planification des évaluations, enquêtes multisectorielles (souvent de type MSNA), collecte de données des clusters.
  2. Août à octobre : analyse conjointe intersectorielle selon le cadre JIAF (Joint Intersectoral Analysis Framework). La sévérité est classée sur une échelle de 1 (minimale) à 5 (catastrophique) par zone géographique et groupe de population. Les personnes dans le besoin (PiN) correspondent en règle générale aux personnes en sévérité 3 ou plus. Rédaction de l'Aperçu des besoins humanitaires (HNO).
  3. Octobre à décembre : chaque cluster fixe ses objectifs, ses cibles (personnes ciblées, toujours inférieures ou égales aux PiN) et sa méthode de calcul du coût (par projet ou par activité unitaire). Les partenaires soumettent leurs projets ou leurs activités pour le Plan de réponse humanitaire (HRP), validé par l'Équipe humanitaire pays et lancé dans l'Aperçu humanitaire mondial (GHO) en décembre.
  4. Tout au long de l'année : suivi mensuel par le 4W et les tableaux de bord des clusters, rapports périodiques de suivi, financement enregistré sur le FTS, revue à mi-parcours si le contexte change.

Une ONG qui ne remplit pas le 4W de son cluster est invisible : ses réalisations ne sont pas comptées, ses zones apparaissent comme des lacunes et ses propositions aux fonds communs sont moins bien notées, car les comités d'examen vérifient la participation à la coordination.

Les fonctions d'un cluster et la mesure de sa performance

Le Module de référence de l'IASC pour la coordination des clusters au niveau pays fixe six fonctions essentielles, plus la redevabilité envers les populations affectées : appuyer la prestation de services (éviter les doublons), éclairer la prise de décision stratégique (analyse des besoins et des lacunes), planifier et élaborer la stratégie (plans sectoriels, standards, besoins de financement), plaider, suivre et rendre compte, préparer la planification de contingence et le renforcement des capacités. L'agence chef de file est fournisseur de dernier recours : elle s'engage, sous réserve d'accès, de sécurité et de financement, à combler les lacunes critiques. La performance de chaque cluster est évaluée chaque année par ses membres au moyen de l'exercice CCPM (Cluster Coordination Performance Monitoring) ; un membre actif doit y répondre de façon argumentée.

6Financer une réponse : mécanismes, règles et exigences des bailleurs

Connaître les sigles ne suffit pas. Un professionnel doit savoir quel mécanisme est accessible à son organisation, en combien de temps, avec quelles exigences de conformité et quelles conséquences sur sa liberté d'action.

MécanismeBénéficiaires directsFonctionnementPoints d'attention
CERF, fenêtre de réponse rapideAgences des Nations unies et OIM (les ONG en bénéficient comme partenaires de mise en œuvre)Allocation sur demande du Coordonnateur humanitaire, pour des activités vitales ; mise en œuvre généralement dans un délai de six moisLes ONG doivent se positionner tôt auprès des agences chefs de file ; délais de sous-contractualisation parfois longs
CERF, fenêtre des urgences sous-financéesIdemDeux cycles par an, pays sélectionnés selon l'analyse des besoins et du sous-financementDurée plus longue, mêmes contraintes de passage par une agence
Fonds humanitaires pays (CBPF)ONG nationales et internationales, agences des Nations unies, Croix-RougeAllocations standard (alignées sur le HRP, une à deux fois par an) et allocations de réserve (urgences) ; examen stratégique et technique par les clusters ; gestion par OCHA sous l'autorité du Coordonnateur humanitaireÉvaluation de capacités préalable (due diligence) ; classement en niveau de risque faible, moyen ou élevé, qui détermine la taille et le rythme des tranches, la fréquence des contrôles et des audits
DG ECHO (Union européenne)ONG titulaires du certificat de partenariat humanitaire (2021-2027), agences des Nations unies, organisations internationalesPlans de mise en œuvre humanitaire (HIP) annuels par pays ou région ; proposition dans le formulaire unique (Single Form) ; coûts indirects jusqu'à 7 %Indicateurs clés de résultats d'ECHO, exigences de visibilité (avec dérogations possibles pour sécurité), règles sur l'éligibilité des coûts et la passation de marchés
Financements américainsONG, agences des Nations uniesLignes directrices de candidature pour l'assistance d'urgence ; règles fédérales (2 CFR 200) ; taux de coûts indirects négociés ou forfaitL'architecture de l'aide américaine a été profondément restructurée en 2025 : vérifier systématiquement les règles et les guichets en vigueur avant toute candidature
FCDO (Royaume-Uni) et autres bailleurs bilatérauxONG, consortiums, agencesFinancements pluriannuels dans certaines crises prolongées, cadres logiques et revues annuellesExigences fortes en matière de sauvegarde et de lutte contre la fraude ; diligence raisonnable sur toute la chaîne de partenaires

Les engagements du Grand Bargain

Signé en 2016 lors du Sommet humanitaire mondial, le Grand Bargain a fixé notamment l'objectif d'acheminer au moins 25 % des financements humanitaires aussi directement que possible vers les acteurs locaux et nationaux, d'accroître les financements pluriannuels et flexibles, d'harmoniser et simplifier les rapports (modèle de rapport « 8+3 »), de développer les transferts monétaires et de renforcer la participation des personnes affectées. Les progrès sont réels mais inégaux : en pratique, la part des financements directs aux acteurs locaux reste très inférieure à l'objectif. Les fonds humanitaires pays sont aujourd'hui l'un des principaux canaux de financement direct des ONG nationales.

Ce qu'un bailleur examine dans une proposition

  • Pertinence : alignement sur le HRP et sur la stratégie du bailleur, analyse des besoins chiffrée, sources citées, données désagrégées par sexe, âge et handicap.
  • Coordination : participation aux clusters, absence de doublon (référence au 4W), complémentarité démontrée.
  • Qualité technique : référence explicite aux standards Sphère et aux standards du cluster ; modalités justifiées (en nature, monétaire, mixte) par une analyse de marché et de faisabilité.
  • Redevabilité : mécanisme de plaintes et de retours, protection contre l'exploitation et les abus sexuels, protection des données.
  • Gestion des risques : matrice de risques (sécurité, fiduciaire, détournement, opérationnel), plan d'atténuation, gestion à distance si nécessaire.
  • Coût et efficience : coût par bénéficiaire comparé aux références du secteur, ratio coûts directs de soutien sur coûts d'activités, justification des postes de personnel.

Le coût par bénéficiaire n'a de sens que comparé à un projet semblable dans un contexte semblable. Un projet d'eau en zone enclavée coûtera légitimement deux à trois fois plus cher par personne qu'en zone périurbaine : il faut l'expliquer dans la proposition, pas l'espérer comprise.

7Sphère en pratique : lire, appliquer et adapter les standards minimums

Le Manuel Sphère (édition 2018) est organisé en quatre niveaux pour chaque secteur : le standard (énoncé qualitatif universel), les actions clés (ce qu'il faut faire pour l'atteindre), les indicateurs clés (comment savoir s'il est atteint) et les notes d'orientation (comment adapter au contexte). L'erreur la plus fréquente consiste à ne retenir que les chiffres des indicateurs et à oublier le standard qu'ils servent à mesurer.

Les repères chiffrés les plus utilisés

SecteurIndicateur ou repèreValeur de référence
EauQuantité moyenne d'eau pour boire, cuisiner et l'hygiène personnelle et domestique15 litres par personne et par jour au minimum
EauDistance maximale entre l'habitation et le point d'eau ; temps d'attente500 mètres ; 30 minutes au plus
EauNombre maximal d'usagers par point d'eau250 personnes par robinet (débit de 7,5 litres par minute) ; 500 par pompe manuelle (17 litres par minute) ; 400 par puits ouvert à usage individuel (12,5 litres par minute)
AssainissementToilettes communes1 toilette pour 20 personnes au plus ; à 50 mètres au plus des habitations ; dans les lieux publics, ratio de 3 toilettes pour femmes pour 1 pour hommes
HygièneSavon250 grammes de savon pour la toilette et 200 grammes pour la lessive par personne et par mois
AbrisSurface couverte habitable3,5 mètres carrés par personne au minimum (4,5 à 5,5 mètres carrés en climat froid ou en milieu urbain où l'on cuisine à l'intérieur)
Planification de siteSurface totale par personne45 mètres carrés par personne, jardins compris ; 30 mètres carrés si certains services communautaires sont assurés hors du site
Sécurité alimentaireBesoins énergétiques moyens pour la planification2 100 kilocalories par personne et par jour
NutritionIndicateurs de performance de la prise en charge de la malnutrition aiguë sévèreGuéris plus de 75 % ; décès moins de 10 % ; abandons moins de 15 %
NutritionCouverture de la prise en chargePlus de 50 % en zone rurale, plus de 70 % en zone urbaine, plus de 90 % en camp
SantéSeuils d'urgence de mortalitéTaux brut de mortalité supérieur au double du taux de référence ; à défaut de référence, plus de 1 décès pour 10 000 personnes par jour (plus de 2 pour 10 000 enfants de moins de 5 ans par jour)
SantéCouverture vaccinale contre la rougeole95 % de la population cible
SantéPersonnel de santé qualifié (médecins, infirmiers, sages-femmes)Au moins 22 pour 10 000 habitants

Comment utiliser ces chiffres correctement

  • Ce sont des minimums pour une vie dans la dignité, pas des plafonds ni des objectifs de projet automatiques. Dans un camp durable, le cluster peut fixer des standards plus élevés ; en phase très aiguë, une étape intermédiaire (par exemple 7 litres par personne et par jour pendant les premiers jours, pour la survie) peut être acceptée temporairement, à condition d'être explicitement justifiée et assortie d'un calendrier de rattrapage.
  • Le cluster national adapte : les standards nationaux du cluster et les normes du ministère prévalent souvent dans les propositions et les rapports. Il faut toujours vérifier quelle version est opposable dans le pays.
  • Un indicateur moyen cache des écarts : 15 litres par personne en moyenne sur un site peuvent recouvrir des ménages à 6 litres en bout de réseau. La mesure doit être désagrégée par zone et par groupe (ménages dirigés par des femmes, personnes âgées, personnes handicapées).
  • Ne pas réduire le standard à la quantité : pour l'eau, la qualité (absence de coliformes fécaux au point de consommation, chlore résiduel libre de 0,2 à 0,5 milligramme par litre au point de distribution dans les contextes à risque épidémique) et l'accès sûr comptent autant que le volume.

Les standards associés

Le Partenariat pour les standards humanitaires réunit, avec Sphère, des standards complémentaires de même structure : Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (CPMS, Alliance pour la protection de l'enfance), Normes minimales de l'INEE pour l'éducation, Normes et directives pour l'élevage en situation d'urgence (LEGS), Standards minimums pour le relèvement économique (MERS, réseau SEEP), Normes minimales pour l'analyse de marché (MISMA, CaLP), et Normes d'inclusion humanitaire pour les personnes âgées et les personnes handicapées. Les Directives de l'IASC sur l'inclusion des personnes handicapées dans l'action humanitaire (2019) complètent l'ensemble.

En entretien comme en proposition, citer « 15 litres » ne prouve pas grand-chose. Expliquer qu'on a mesuré l'accès réel par enquête auprès des ménages, désagrégé par zone, et ajusté la conception pour les points éloignés de plus de 500 mètres, prouve une maîtrise du standard.

8La Norme humanitaire fondamentale (CHS) en pratique : engagements, preuves et vérification

La version révisée de la CHS publiée en 2024 formule ses neuf engagements du point de vue des personnes et des communautés affectées, et précise pour chacun les engagements des organisations et des responsabilités du personnel. Elle reste structurée autour des mêmes thèmes que la version de 2014, ce qui permet de faire le lien avec les outils existants.

Engagement (formulation synthétique)Preuves attendues sur le terrain
1. Les personnes peuvent exercer leurs droits et participer aux décisions qui les concernentComptes rendus de consultations désagrégés ; comités représentatifs ; décisions modifiées après consultation
2. Elles accèdent à une aide opportune et efficace, adaptée à leurs besoins et prioritésÉvaluations des besoins datées ; délais entre évaluation et réponse ; critères de ciblage écrits
3. Elles sont mieux préparées et plus résilientesActivités de préparation, renforcement des capacités locales, stratégie de sortie
4. Elles reçoivent une aide qui ne cause pas de tortAnalyse de risques et de sensibilité au conflit ; mesures environnementales ; politique de sauvegarde
5. Elles peuvent signaler des préoccupations et des plaintes en sécurité et obtenir une réponseMécanisme de plaintes accessible (plusieurs canaux), registre, délais de réponse, procédure pour les plaintes sensibles
6. Elles accèdent à une aide coordonnée et complémentaireParticipation aux clusters, 4W à jour, références vers d'autres services
7. L'aide est adaptée et améliorée en continu grâce aux retours et à l'apprentissageAnalyse périodique des retours, revues après action, modifications documentées
8. Elles interagissent avec un personnel respectueux, compétent et bien géréCode de conduite signé, formations, recrutement sûr (vérification des références), soutien au personnel
9. Les ressources sont gérées de façon éthique et responsableProcédures financières et d'achats, lutte contre la fraude, gestion environnementale

Les quatre niveaux de vérification

  1. Auto-évaluation au moyen des outils de la CHS Alliance : l'organisation note elle-même chaque indicateur à partir d'entretiens, de documents et de consultations communautaires.
  2. Revue par les pairs : une organisation similaire examine les preuves.
  3. Vérification indépendante par un organisme tiers.
  4. Certification par un organisme accrédité (par exemple l'agence HQAI), avec audits initial, de suivi et de renouvellement, et visites de terrain incluant des entretiens avec les personnes affectées.

Protection contre l'exploitation et les abus sexuels

Les six principes fondamentaux de l'IASC (2002, révisés en 2019) interdisent notamment toute activité sexuelle avec un enfant (personne de moins de 18 ans) quel que soit l'âge de la majorité locale, tout échange d'argent, d'emploi, de biens ou d'assistance contre des rapports sexuels, et imposent au personnel de signaler toute suspicion par les mécanismes établis. Pour le système des Nations unies, la circulaire du Secrétaire général ST/SGB/2003/13 fixe les mêmes règles. En pratique, un bailleur ou un vérificateur demande : une politique signée par chaque employé, un point focal formé, des canaux de signalement connus des communautés, une procédure d'enquête confidentielle centrée sur la victime, et la participation au réseau de prévention du pays.

Mettre en place un mécanisme de plaintes et de retours en six étapes

  1. Consulter les communautés sur les canaux qu'elles jugent sûrs et accessibles (en séparant femmes, hommes, adolescents, personnes handicapées).
  2. Combiner au moins trois canaux : ligne téléphonique gratuite, permanences ou boîtes à suggestions, et contact direct avec des agents formés.
  3. Classer les retours en catégories (information, demande d'assistance, plainte programmatique, plainte sensible : fraude, abus, exploitation sexuelle).
  4. Fixer des délais de réponse (par exemple accusé de réception immédiat, réponse sous 7 jours pour une plainte programmatique, transfert sous 24 heures au point focal pour une plainte sensible).
  5. Protéger les données : accès restreint au registre, anonymisation dans les rapports.
  6. Boucler la boucle : informer la communauté des changements apportés grâce aux retours, et analyser les tendances chaque mois en réunion de programme.

9Exemple complet : du diagnostic Sphère à une demande au fonds humanitaire pays

Contexte fictif. Le site de déplacés de Morenga, dans la province de Haute-Sélia, accueille 18 000 personnes (environ 3 600 ménages de cinq personnes) arrivées en trois vagues au cours des huit derniers mois. L'ONG nationale fictive « Solidarité Sélia », membre des clusters EHA et Abris, a obtenu un classement en risque moyen à l'issue de l'évaluation de capacités du fonds humanitaire pays. Une allocation standard vient d'être lancée : enveloppe de 6 millions de dollars, priorités EHA et abris dans les sites de sévérité 4, plafond de 500 000 dollars par projet, 12 mois.

Étape 1 : diagnostic chiffré par rapport aux standards

L'équipe combine les données du gestionnaire de site, une enquête auprès de 380 ménages (échantillon aléatoire, marge d'erreur d'environ 5 % au seuil de confiance de 95 %), un inventaire des infrastructures et des groupes de discussion séparés par sexe et âge.

IndicateurSituation mesuréeStandardÉcart et calcul
Eau disponible150 m³ par jour, soit 8,3 litres par personne et par jour15 litres par personne et par jourBesoin 18 000 × 15 = 270 m³ par jour ; déficit de 120 m³ par jour
Points d'eau22 robinets et 8 pompes manuelles fonctionnels250 personnes par robinet, 500 par pompeCapacité actuelle 22 × 250 + 8 × 500 = 9 500 personnes ; il manque l'équivalent de 34 robinets pour 8 500 personnes
Distance au point d'eau27 % des ménages à plus de 500 m (secteurs 5 et 6)500 m au plusImplanter les nouveaux robinets en priorité dans les secteurs 5 et 6
Toilettes310 toilettes fonctionnelles, sans séparation par sexe dans 60 % des blocs, sans éclairage1 pour 20 personnesBesoin 18 000 / 20 = 900 ; déficit de 590 ; mettre aux normes de sécurité les blocs existants
Qualité de l'eau41 % des échantillons au point de consommation avec coliformes fécaux0 coliforme fécal pour 100 mlChloration au point de distribution, distribution de récipients couverts, promotion de l'hygiène
Surface du site52 hectares, soit environ 29 m² par personne45 m² par personne (30 m² au minimum hors jardins)Site congestionné : plaidoyer auprès du cluster CCCM et des autorités pour une extension de 29 hectares
Abris1 100 ménages sous bâches dégradées, surface moyenne de 12 m² pour 5 personnes3,5 m² par personne, soit 17,5 m² pour 5 personnesKits de renforcement ou abris de transition pour 1 100 ménages, selon la décision du cluster sur la modalité

Les groupes de discussion apportent ce que les chiffres ne disent pas : les femmes évitent les toilettes la nuit faute d'éclairage et de verrou ; les personnes âgées du secteur 6 n'arrivent pas à porter 20 litres sur 700 mètres ; deux incidents de harcèlement près d'un point d'eau ont été signalés au cluster protection.

Étape 2 : vérifier la coordination avant d'écrire

Le 4W montre qu'une ONG internationale a un projet de 200 toilettes financé par un bailleur bilatéral sur les secteurs 1 à 3. Le déficit à couvrir par Solidarité Sélia est donc de 390 toilettes, sur les secteurs 4 à 6. Le cluster Abris indique qu'un partenaire du HCR prend en charge 600 des 1 100 ménages ; la proposition vise les 500 restants. Ces deux vérifications évitent un doublon que le comité d'examen aurait relevé.

Étape 3 : le cadre de résultats soumis

RésultatIndicateurBaseCible
Accès à l'eauLitres par personne et par jour disponibles sur le site8,315 au mois 4, maintenu jusqu'au mois 12
Accès à l'eau% des ménages des secteurs 5 et 6 à moins de 500 m d'un point d'eau48 %95 %
Qualité de l'eau% des échantillons au point de consommation sans coliformes fécaux59 %90 %
AssainissementNombre de personnes par toilette fonctionnelle dans les secteurs 4 à 67120 ou moins
Assainissement% des femmes déclarant se sentir en sécurité pour utiliser les toilettes la nuit23 %75 %
AbrisNombre de ménages disposant d'au moins 3,5 m² par personne0 sur 500 ciblés500
Redevabilité% des plaintes reçues traitées dans les délais fixéssans objet90 %

Étape 4 : budget résumé et contrôle de cohérence

RubriqueMontant (dollars)Part
Eau : extension du réseau, deux réservoirs, 34 robinets, chloration132 00027 %
Assainissement : 390 toilettes séparées par sexe, éclairage solaire, réhabilitation117 00024 %
Abris : kits de renforcement pour 500 ménages95 00020 %
Promotion de l'hygiène, kits d'hygiène, mécanisme de plaintes38 0008 %
Personnel de projet64 00013 %
Coûts opérationnels de soutien (bureau, véhicules, sécurité)21 0004 %
Coûts indirects (selon le taux autorisé par le fonds)17 0004 %
Total484 000100 %

Coût par personne pour le volet EHA, qui bénéficie à tout le site : environ 16 dollars hors coûts de soutien ; pour le volet abris, 190 dollars par ménage en kits. L'équipe compare ces coûts aux références du cluster et explique l'écart du volet eau (terrain rocheux, forage existant à 1,8 kilomètre). Elle prévoit, en tant que partenaire à risque moyen, des tranches de paiement liées aux rapports, un contrôle de terrain par le fonds et un audit de projet, et budgète le temps nécessaire.

Le comité d'examen ne note pas la qualité de la rédaction mais la cohérence : chaque chiffre du cadre de résultats doit découler du diagnostic, chaque ligne budgétaire d'une activité, et chaque activité d'un écart mesuré par rapport à un standard ou à un besoin exprimé par les personnes affectées.

10Variations de contexte, erreurs fréquentes et attentes des évaluateurs

Le système ne fonctionne pas de la même façon partout

ContexteArchitecture de coordinationConséquences pratiques
Crise de réfugiésModèle de coordination pour les réfugiés : le HCR coordonne, en appui au gouvernement hôte ; plan régional de réponse pour les réfugiés (RRP) plutôt que HRPLes groupes sectoriels sont souvent coprésidés par le HCR et un ministère ; les ONG s'inscrivent dans le RRP. En situation mixte (réfugiés et déplacés internes), une note conjointe HCR-OCHA précise la répartition des rôles
Catastrophe naturelle dans un État à forte capacitéCoordination nationale (agence de gestion des catastrophes), clusters activés seulement si nécessaire ; équipes UNDAC déployées à la demandeLes ONG internationales s'enregistrent auprès des autorités ; le dédouanement et les visas sont les premiers goulets d'étranglement
Crise prolongée avec HRP pluriannuelClusters bien établis, parfois avec des sous-clusters régionaux ; fonds humanitaire paysLe calendrier annuel du HRP et des allocations rythme le travail ; la difficulté devient la fatigue des bailleurs et le passage à des approches de nexus
Contexte urbainRôle central des municipalités et des services techniques ; outils de planification par zoneLes standards Sphère se traduisent par l'accès aux services existants (réseau, loyers, marchés) plutôt que par des infrastructures nouvelles
Gestion à distanceCoordination depuis une capitale ou un pays voisin ; centres de coordination transfrontaliersSuivi par tiers, vérification à distance (photos géolocalisées, appels aux bénéficiaires), seuils de risque fiduciaire plus stricts
Partenaires locaux à faible capacitéAccès aux fonds communs après évaluation de capacités ; présence dans les clusters souvent limitée par la langue et le tempsPlan de renforcement des capacités avec jalons, partage des coûts indirects, appui à la participation aux clusters (traduction, coprésidence)

Erreurs fréquentes

  • Utiliser les standards comme cibles uniformes sans désagrégation ni consultation : le site est « aux normes » en moyenne, mais les femmes n'utilisent pas les toilettes la nuit.
  • Confondre personnes dans le besoin, personnes ciblées et personnes atteintes. Les trois chiffres sont différents, et les additionner entre clusters crée des doubles comptes ; le HRP calcule un nombre intersectoriel distinct.
  • Arriver au cluster seulement pour obtenir un financement. Les coordinateurs de clusters connaissent les membres réguliers ; leur avis pèse lors de l'examen technique des allocations.
  • Sous-estimer le coût de la conformité : audits, contrôles de terrain, suivi par tiers, assurance, personnel de redevabilité doivent être budgétés.
  • Afficher un mécanisme de plaintes qui n'existe que sur le papier : une boîte jamais ouverte, un numéro qui ne répond pas. Les vérificateurs CHS testent les canaux et interrogent les communautés.
  • Oublier l'État : l'État touché reste le premier responsable. Ignorer les ministères techniques fragilise la durabilité et peut entraîner des restrictions d'accès.

Ce que regardent les évaluateurs et les auditeurs

Les évaluations humanitaires utilisent les critères de l'OCDE-CAD adaptés par ALNAP : pertinence et adéquation, cohérence, couverture, connectivité, efficience, efficacité, impact. Pour les points traités aujourd'hui, ils cherchent notamment la preuve que l'analyse des besoins a guidé la conception, que l'intervention était coordonnée (4W, participation aux clusters), que les standards Sphère ont été appliqués de façon contextualisée, et que les retours des personnes affectées ont modifié la mise en œuvre. Les évaluations humanitaires interagences (IAHE), déclenchées notamment après une intensification à l'échelle du système, examinent la réponse collective et non une seule organisation. Les auditeurs, eux, vérifient la concordance entre les quantités déclarées (par exemple 390 toilettes) et les pièces justificatives : bons de commande, réceptions, photos, procès-verbaux de remise, listes de distribution signées.

Un rapport qui écrit « 390 toilettes construites conformément aux standards Sphère » sans préciser le nombre de personnes par toilette, la séparation par sexe, l'éclairage et la satisfaction des usagers ne prouve rien. Un évaluateur demandera les données, et un auditeur les pièces.

11Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Expliquez le cycle de programmation humanitaire et la place qu'y occupe une ONG. »

Une bonne réponse décrit les étapes (évaluation et analyse, HNO, planification stratégique, HRP, mobilisation des ressources, mise en œuvre et suivi, revue), donne le calendrier annuel en crise prolongée et le calendrier accéléré en urgence soudaine (appel éclair en quelques jours), puis montre concrètement ce que fait une ONG : participer aux évaluations conjointes, soumettre ses projets via le cluster, remplir le 4W, rendre compte. Mentionner le JIAF et l'échelle de sévérité est un plus.

2. « Quelle différence entre le CERF et un fonds humanitaire pays ? »

Le CERF est un fonds mondial qui finance directement les agences des Nations unies et l'OIM, par une fenêtre de réponse rapide et une fenêtre pour les urgences sous-financées. Les fonds humanitaires pays sont gérés par OCHA sous l'autorité du Coordonnateur humanitaire, financent directement les ONG nationales et internationales, et reposent sur une évaluation de capacités et une gestion fondée sur le risque. Un candidat solide évoque leur rôle dans la localisation.

3. « Le site où vous travaillez dispose de 9 litres d'eau par personne et par jour. Que proposez-vous ? »

Ne pas répondre seulement « atteindre 15 litres ». Analyser d'abord : production ou distribution ? écarts entre secteurs ? qualité ? temps d'attente ? Puis proposer des mesures à court terme (camionnage, réparation, réduction des pertes, stockage) et à moyen terme (forage, extension), coordonner avec le cluster EHA, désagréger le suivi et consulter les usagers, notamment les femmes et les personnes à mobilité réduite.

4. « Comment démontrez-vous la redevabilité envers les personnes affectées ? »

Citer la CHS, décrire un mécanisme de plaintes multi-canaux avec catégories et délais, une procédure séparée pour les plaintes sensibles, la protection des données, l'analyse mensuelle et le retour d'information à la communauté. Donner un exemple de modification d'un programme suite aux retours. Mentionner les six principes de l'IASC sur la protection contre l'exploitation et les abus sexuels.

5. « Quel est l'intérêt et la limite de l'approche par clusters ? »

Intérêts : prévisibilité, responsabilité claire (agence chef de file, fournisseur de dernier recours), standards communs, analyse des lacunes. Limites souvent citées : lourdeur des réunions, faible participation des acteurs locaux, approche sectorielle qui cloisonne des besoins intersectoriels, coordination parfois parallèle à celle de l'État. Une bonne réponse propose des remèdes : coprésidence avec des ONG nationales, groupes de travail intersectoriels, traduction et réunions en langue locale.

Références clés

  • Association Sphère, Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire (2018).
  • CHS Alliance, Groupe URD et Association Sphère, Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (2024), et outils de vérification de la CHS Alliance.
  • IASC, Module de référence pour la coordination des clusters au niveau pays ; protocoles d'intensification à l'échelle du système (2018) ; six principes fondamentaux relatifs à l'exploitation et aux abus sexuels (révisés en 2019) ; Directives sur l'inclusion des personnes handicapées dans l'action humanitaire (2019).
  • OCHA, documents de référence sur le cycle de programmation humanitaire ; cadre d'analyse intersectorielle conjointe (JIAF) ; directives mondiales sur les fonds de financement commun pays ; directives du CERF.
  • HCR, Modèle de coordination pour les réfugiés ; note conjointe HCR-OCHA sur les situations mixtes.
  • DG ECHO, plans de mise en œuvre humanitaire, formulaire unique et orientations sur les indicateurs clés de résultats ; certificat de partenariat humanitaire.
  • Grand Bargain (2016) et rapports annuels indépendants de suivi.
  • ALNAP, L'état du système humanitaire (édition la plus récente) et guide Évaluer l'action humanitaire (2016).
  • Partenariat pour les standards humanitaires : CPMS, normes de l'INEE, LEGS, MERS, MISMA, normes d'inclusion humanitaire.
Mise en situation

Premier jour à la réunion du cluster

Réunion du cluster Eau, hygiène et assainissement

Votre rôle

Votre ONG nationale vient d'arriver dans une province touchée par des inondations. Vous représentez votre organisation au cluster.

Le coordinateur du cluster présente une carte des zones couvertes. Votre directeur voudrait intervenir dans une ville déjà couverte par trois ONG, car elle est facile d'accès.

  1. Décision 1 sur 3Que recommandez-vous à votre directeur ?

  2. Décision 2 sur 3Combien d'eau par personne viser au minimum pour les familles déplacées ?

  3. Décision 3 sur 3Comment rendre compte aux communautés, selon la CHS ?

Exercice d'application : cartographier la réponse

Pour un pays en crise de votre choix, trouvez sur ReliefWeb et le site d'OCHA : le Plan de réponse humanitaire de l'année, le montant demandé et le pourcentage financé (FTS), trois clusters actifs et leur agence chef de file. Résumez-les en une demi-page.

À retenir

  • L'État touché est le premier responsable ; les acteurs locaux répondent les premiers.
  • Clusters par secteur, chacun avec une agence chef de file ; OCHA coordonne.
  • CERF pour les agences de l'ONU ; fonds pays (CBPF) ouverts aux ONG.
  • Sphère : standards minimums ; CHS : neuf engagements de qualité et de redevabilité.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. CHS Alliance, Groupe URD, Projet Sphère (2024). Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS). www.corehumanitarianstandard.org
  3. CICR (1977). Les Conventions de Genève de 1949 et leurs Protocoles additionnels. www.icrc.org/fr/droit-et-politique/conventions-de-geneve
  4. Nations unies (OCHA) (1998). Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays. www.unhcr.org/fr
  5. ALNAP (2022). L'état du système humanitaire (rapport). www.alnap.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Quelle agence coordonne l'action humanitaire de l'ONU ?
2Les fonds humanitaires pays (CBPF) sont :
3Le minimum d'eau souvent cité dans Sphère est de :

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