Jour 4 sur 4 · 6 heures · Niveau 3 Avancé · Module avancé

Analyse avancée, réponse intégrée et plaidoyer en nutrition

Objectifs du jour
  • Analyser une situation avec l'IPC AMN et les enquêtes.
  • Concevoir une réponse intégrée et calculer les besoins.
  • Piloter la qualité et plaider avec le cluster.

1L'IPC de la malnutrition aiguë

L'IPC AMN classe les zones en cinq phases, de « acceptable » à « extrêmement critique », à partir de la prévalence de la MAG et de facteurs contributifs (morbidité, alimentation, eau, santé, accès). L'analyse se fait en groupe technique, avec des données de qualité contrôlée, et produit des projections pour les mois à venir.

Elle sert à prioriser les zones, dimensionner la réponse et plaider auprès des bailleurs. Une ONG apporte ses données de programme et de dépistage, mais l'analyse est consensuelle et validée par le groupe de travail national.

2Une réponse intégrée

Les meilleurs résultats viennent de paquets intégrés autour de l'enfant : dépistage, traitement, vaccination, eau sûre et hygiène, transferts ou rations pour le ménage, soutien à l'allaitement, santé mentale des mères. On parle d'approches simplifiées quand le protocole national les autorise : un seul produit pour la MAS et la MAM, dosage selon le PB, dépistage par les mères.

Concevoir une réponse intégrée, c'est cibler les mêmes zones et les mêmes ménages, partager les listes de référence (dans le respect de la protection des données) et suivre des indicateurs communs.

3Calcul des besoins et gestion des intrants

Formule courante pour la MAS : population de 6-59 mois × prévalence × facteur d'incidence × couverture visée, puis multiplication par la quantité d'ATPE par traitement (souvent environ 150 sachets, selon le protocole). On ajoute un stock de sécurité et on tient compte des délais d'approvisionnement, souvent de plusieurs mois.

Le suivi des stocks se fait chaque mois, site par site, avec des alertes de rupture partagées au cluster. Le pipeline est piloté avec l'UNICEF et le PAM, qui fournissent souvent l'ATPE et les aliments de supplémentation.

4Qualité, redevabilité et plaidoyer

La qualité se pilote avec les indicateurs de performance, les enquêtes de couverture, les supervisions formatives et les retours des communautés (mécanisme de plaintes, groupes de discussion avec les mères). Les obstacles identifiés (distance, coût caché, accueil) sont traités dans un plan d'action.

Le plaidoyer s'appuie sur les données : prévalence, mortalité, gaps de couverture, ruptures d'intrants, coût du traitement par enfant guéri. Le cluster porte les messages communs auprès des bailleurs et des autorités.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Participer à une analyse IPC de la malnutrition aiguë, étape par étape

L'IPC de la malnutrition aiguë (IPC AMN) est conduite par un groupe d'analyse national ou sous-national, sous l'égide du groupe de travail technique IPC du pays, souvent présidé par le gouvernement, avec l'appui du cluster Nutrition, de l'UNICEF, du PAM, de la FAO et des ONG. Un nutritionniste d'ONG y participe comme analyste : il apporte des données, les défend et accepte la règle du consensus fondé sur les preuves.

Les phases et les seuils de référence

Phase IPC AMNIntituléMAG selon le poids-taille (6-59 mois)Orientation de la réponse
1AcceptableMoins de 5 %Maintenir les services, renforcer la résilience
2Alerte5 à 9,9 %Renforcer les services et la surveillance, agir sur les facteurs contributifs
3Sérieuse10 à 14,9 %Réponse urgente pour réduire la malnutrition aiguë et prévenir la mortalité
4Critique15 à 29,9 %Réponse d'urgence à grande échelle, multisectorielle
5Extrêmement critique30 % ou plusRéponse maximale et immédiate pour éviter des décès massifs

Le manuel IPC prévoit aussi des seuils fondés sur le PB lorsque les données de poids-taille manquent, avec des règles d'utilisation plus restrictives. L'IPC classe une zone en Famine lorsque trois seuils sont atteints simultanément dans la même zone : au moins 20 % des ménages font face à des manques extrêmes de nourriture, la MAG atteint au moins 30 % chez les enfants (ou un seuil équivalent par PB), et le taux brut de mortalité dépasse 2 décès pour 10 000 personnes par jour. Cette classification relève du Comité d'examen de la famine et d'un processus de vérification spécifique.

Le processus

  1. Préparation (4 à 8 semaines avant l'atelier) : inventaire des données disponibles par zone (enquêtes SMART validées, données de surveillance, données de programmes, données sur les facteurs contributifs), évaluation de leur fiabilité, saisie dans les feuilles de travail de l'IPC.
  2. Atelier d'analyse (une à deux semaines) : par groupes, les analystes examinent chaque zone, la preuve directe (prévalence) et les facteurs contributifs : apport alimentaire inadéquat (consommation, ANJE), maladies (diarrhée, paludisme, rougeole, épidémies), facteurs sous-jacents (sécurité alimentaire, eau, accès aux soins, pratiques de soins).
  3. Classification de la période actuelle : phase de chaque zone, avec un niveau de confiance qui dépend de la qualité et de l'ancienneté des données.
  4. Projection : estimation de la phase pour la période à venir (souvent la soudure ou le pic saisonnier), à partir des tendances saisonnières, des perspectives agricoles, des épidémies attendues et de l'assistance planifiée et financée.
  5. Estimation du nombre de cas attendus : nombre d'enfants de 6 à 59 mois et de femmes enceintes et allaitantes susceptibles de souffrir de malnutrition aiguë sur l'année.
  6. Revue de qualité et validation : le cas échéant, par l'unité de soutien mondiale de l'IPC ; publication du rapport et des cartes.

Les données qu'une ONG doit préparer

DonnéeFormat attenduPoint de vigilance
Enquêtes SMART conduites par l'ONGRapport validé, base de données, rapport de plausibilitéUne enquête non validée ne sera pas retenue comme preuve directe
Tendances des admissionsSéries mensuelles sur au moins trois ans, par site, avec la couverture géographiqueUne hausse des admissions peut refléter une hausse de la couverture et non de la malnutrition
Dépistages exhaustifs par PBProportions par tranche, méthode, périodeUtilisables comme preuve indirecte, pas comme prévalence
Données de morbidité et ANJEEnquêtes, données de centres de santéPréciser la représentativité
Informations qualitativesComptes rendus de supervision, rapports d'alerte, retours communautairesUtiles pour les projections

La règle d'or de l'analyste IPC : séparer ce que dit la donnée de ce que l'on souhaiterait qu'elle dise. Une ONG qui pousse une classification plus sévère sans preuve perd sa crédibilité dans le groupe, et le pays peut perdre celle de son analyse auprès des bailleurs.

6Exemple complet : calculer les besoins en intrants et le budget du district de Nara-Est

Contexte fictif : le district de Nara-Est compte 54 000 enfants de 6 à 59 mois. L'analyse IPC AMN le classe en phase 4 pour la projection, avec un pic attendu de juillet à octobre. L'enquête SMART la plus récente donne une MAS de 2,8 % et une MAM de 9,4 %. Le cluster demande à chaque partenaire de chiffrer ses besoins pour l'année à venir. Votre ONG appuie l'ensemble des 14 centres de santé du district.

Étape 1 : la charge attendue de MAS

La prévalence mesure les cas présents à un instant donné ; au cours d'une année, de nouveaux cas apparaissent. On multiplie donc la prévalence par un facteur d'incidence. Le facteur par défaut longtemps utilisé est 2,6 pour la MAS ; les orientations du Global Nutrition Cluster encouragent à le remplacer par un facteur estimé localement (à partir des données d'admission et de couverture, ou de la durée moyenne de l'épisode) lorsque c'est possible. Ici, le groupe technique conserve 2,6.

ParamètreValeurCalculRésultat
Cas de MAS prévalents2,8 %54 000 × 0,0281 512
Charge annuelle attendueFacteur 2,61 512 × 2,63 931
Couverture visée70 %3 931 × 0,702 752 enfants à traiter
Dont stabilisationEnviron 10 % (selon les données historiques du district)2 752 × 0,10275 enfants

Étape 2 : l'ATPE

Le repère courant est d'environ un carton de 150 sachets par enfant traité (environ 13,8 kg), qui correspond à un traitement moyen de 6 à 8 semaines. On y ajoute une marge pour les pertes, les erreurs de prévision et les enfants qui restent plus longtemps.

ÉlémentCalculRésultat
Cartons nécessaires2 752 × 12 752 cartons
Marge de 10 %2 752 × 1,103 027 cartons
Tonnage3 027 × 13,8 kgenviron 41,8 tonnes
Coût indicatif (hypothèse de l'exemple : 45 USD par carton, plus 25 % de transport, stockage et distribution)3 027 × 45 × 1,25environ 170 300 USD

Étape 3 : le PSC

Pour la MAM, le groupe technique utilise dans cet exemple un facteur d'incidence local de 1,5 et une couverture visée de 60 %, avec une durée moyenne de traitement de 60 jours et un sachet d'ASPE par jour.

ÉlémentCalculRésultat
Charge annuelle de MAM54 000 × 0,094 × 1,57 614
Enfants à traiter7 614 × 0,604 568
Sachets d'ASPE4 568 × 60274 080 sachets
Tonnage (92 g par sachet)274 080 × 0,092 kgenviron 25,2 tonnes

Étape 4 : le profil mensuel et le plan d'approvisionnement

Les admissions ne sont pas réparties uniformément. Les données des trois dernières années montrent que 50 % des admissions en PTA surviennent de juillet à octobre. Le besoin mensuel moyen en ATPE est de 3 027 / 12 ≈ 252 cartons, mais il atteint environ 3 027 × 0,50 / 4 ≈ 378 cartons par mois pendant le pic.

Paramètre de stockRègle retenueValeur pour le pic
Délai d'approvisionnement (de la commande à la livraison au district)4 mois selon l'historique-
Stock de sécurité au niveau du district2 mois de consommation du pic756 cartons
Stock maximal dans un centre de santé1 mois de consommation, réapprovisionnement mensuelSelon le centre
Seuil d'alerte au clusterMoins de 6 semaines de stock prévu sur l'ensemble du districtenviron 570 cartons
Date de commande pour le picLivraison complète avant fin juin, donc commande au plus tard fin février-

Étape 5 : les autres intrants et ressources

  • Médicaments du traitement systématique (amoxicilline, antipaludiques, déparasitants), calculés à partir du nombre d'enfants et des schémas du protocole, avec la même marge.
  • Laits thérapeutiques F-75 et F-100, ReSoMal et médicaments de la stabilisation pour 275 enfants.
  • Matériel anthropométrique (rubans PB pour les relais et les mères, balances, toises), fiches, registres et cartes.
  • Ressources humaines : nombre de journées PTA et de sites avancés, relais communautaires, superviseurs.

Le calcul n'a de valeur que si ses hypothèses sont écrites. Un tableau de besoins sans prévalence source, facteur d'incidence, couverture visée et marge explicites ne peut être ni vérifié par le cluster ni défendu devant un bailleur.

7Concevoir une réponse intégrée autour de l'enfant et du ménage

Les orientations récentes, dont le Plan d'action mondial sur l'émaciation des enfants porté par plusieurs agences des Nations unies (2020) et le Cadre conjoint d'analyse intersectorielle utilisé pour les aperçus des besoins humanitaires, poussent à concevoir les réponses autour de l'enfant et de son ménage plutôt que secteur par secteur. Concrètement, une réponse intégrée signifie : les mêmes zones, les mêmes ménages, des orientations fonctionnelles et des indicateurs partagés.

La matrice d'intégration

Point d'entréeService nutritionService liéMécanisme concret
Enfant admis en PTATraitement de la MASKit WASH (savon, contenant d'eau, produits de traitement de l'eau) et séance d'hygièneKit remis à l'admission ; relais WASH formés au suivi
Enfant admis en PTA ou PSCTraitementTransfert monétaire au ménage pendant le traitementListe de référence transmise au partenaire de sécurité alimentaire selon un protocole de partage des données
Consultation prénataleDépistage PB, conseil ANJEFer et acide folique, prévention du paludisme, PSC si besoinCarte unique de la femme enceinte
Campagne de vaccinationDépistage PB, vitamine AVaccination rougeoleÉquipes mixtes, données partagées
Distribution généraleDépistage PB des enfants présentsRation ou transfertPoste de dépistage sur le site de distribution
Espace ami des enfants ou service de protectionRepérage des enfants malnutris non accompagnés ou négligésGestion de casProcédure d'orientation écrite

Les étapes de conception

  1. Partir de l'analyse causale et de l'IPC : quels facteurs contributifs dominent dans chaque zone ?
  2. Cartographier les acteurs de chaque secteur présents dans les mêmes zones (matrices 4W des clusters).
  3. Définir un paquet minimum commun et les critères de ciblage partagés.
  4. Rédiger les procédures d'orientation : qui oriente, avec quel formulaire, dans quel délai, qui confirme la prise en charge.
  5. Signer un protocole de partage des données entre organisations.
  6. Fixer des indicateurs communs (par exemple proportion d'enfants admis en PTA dont le ménage a reçu un kit WASH et un transfert dans les deux semaines).
  7. Prévoir une revue conjointe trimestrielle.

Le cas des transferts monétaires

Les transferts monétaires améliorent l'accès des ménages à la nourriture et réduisent le partage des produits thérapeutiques, mais leur effet sur la malnutrition aiguë dépend de leur montant, de leur régularité, de leur durée et de l'accompagnement. Une bonne conception calcule le montant à partir du coût d'un panier alimentaire nutritif, cible les ménages au moment où le risque est maximal (soudure, traitement en cours), et associe des messages ANJE et d'hygiène. Les marchés doivent pouvoir répondre : l'analyse de marché préalable est indispensable.

L'intégration échoue rarement sur le principe et presque toujours sur les détails : listes non transmises, critères incompatibles, calendriers de financement décalés. Le test pratique consiste à suivre dix enfants admis en PTA et à vérifier combien ont réellement reçu les services liés promis.

8Piloter la qualité et la redevabilité d'un programme nutrition

La Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS), dans sa version actualisée de 2024, formule neuf engagements envers les personnes affectées. Appliqués à un programme nutrition, ils deviennent des exigences très concrètes, que les évaluateurs et les auditeurs de certification vérifient.

Les engagements traduits en pratiques nutritionnelles

Thème de l'engagement CHSTraduction en programme nutritionPreuve attendue
Réponse adaptée et pertinenteProgramme fondé sur une enquête validée, l'IPC et une analyse causaleAnalyse des besoins citée dans la proposition
Accès et couverture en temps vouluCouverture mesurée, sites décentralisés, pas de rupture d'intrantsEnquête de couverture, suivi des ruptures
Pas d'effets négatifs, renforcement des capacités localesIntégration dans le système de santé, respect du Code, pas de substitution au personnel du ministère sans planPlan de transition, formation du personnel public
Communication, participation et retoursMessages compréhensibles, consultation des mères, mécanisme de plaintes accessible (y compris pour les femmes qui ne savent pas lire)Registre des plaintes et des réponses
Traitement des plaintesCircuit confidentiel, en particulier pour l'exploitation et les abus sexuelsProcédure écrite, délais de réponse
Coordination et complémentaritéParticipation active au cluster et aux orientations intersectoriellesRapports mensuels transmis
Apprentissage et améliorationRevues trimestrielles, revues de décès, plans d'action suivisComptes rendus et suivi des actions
Personnel compétent et bien géréFormation au protocole national, supervision formative, code de conduite signéPlans de formation, rapports de supervision
Gestion responsable des ressourcesTraçabilité des intrants, lutte contre la fraude et le détournementRéconciliations de stocks, audits

La grille de supervision formative d'un site PTA

DomainePoints vérifiésMéthode
AnthropométrieTechnique du PB, étalonnage de la balance, recherche des œdèmesObservation de 5 mesures, remesure de 5 enfants
Admission et orientationRespect des critères, test de l'appétit, orientation des cas compliquésRevue de 10 fiches d'admission
TraitementTraitement systématique complet, dosage de l'ATPE selon le poidsRevue de fiches et observation de la distribution
SuiviRecherche des absents, critères de transfert appliquésComparaison registre et liste des relais
SortieCritères de sortie respectés, orientation vers le PSCRevue de 10 fiches de sortie
StocksConcordance entre fiche de stock et stock physique, dates de péremption, conditions de stockageInventaire physique
DonnéesConcordance entre registre, rapport mensuel et rapport du clusterRecomptage d'un mois
Accueil et redevabilitéTemps d'attente, respect, information donnée aux mères, affichage du mécanisme de plaintesEntretiens de sortie avec 5 mères

Chaque visite se conclut par un retour immédiat à l'équipe, un plan d'action daté et la vérification, lors de la visite suivante, des actions convenues. La supervision formative vise l'amélioration, pas la sanction : une équipe qui craint la supervision cache ses problèmes.

La protection contre l'exploitation et les abus sexuels

Les programmes nutrition mettent en contact quotidien du personnel qui contrôle l'accès à des biens de grande valeur (produits thérapeutiques, rations) avec des femmes et des enfants en situation de grande vulnérabilité. Le risque d'exploitation est réel. Les six principes fondamentaux de l'IASC relatifs à la protection contre l'exploitation et les abus sexuels s'appliquent : code de conduite signé, formation, mécanismes de signalement sûrs et accessibles, présence de personnel féminin sur les sites, information des communautés sur la gratuité totale des services.

9Construire un plaidoyer chiffré : exemple d'une note aux bailleurs

Un plaidoyer efficace en nutrition ne repose ni sur des images d'enfants ni sur des adjectifs, mais sur un problème précis, des chiffres validés, des conséquences démontrées et une demande claire. Il est porté de préférence collectivement par le cluster, et l'ONG y contribue avec ses données.

La structure type d'une note de plaidoyer d'une page

  1. Le message principal en deux phrases : la situation et la demande.
  2. Les faits : trois à cinq chiffres validés et sourcés.
  3. Les conséquences si rien n'est fait : chiffrées, avec une échéance.
  4. La réponse proposée et son coût.
  5. Les demandes précises : à qui, quoi, quand.

Exemple de note pour le district de Nara-Est

RubriqueContenu
Message principalLe district de Nara-Est est projeté en phase 4 (critique) de l'IPC AMN pour la période de juillet à octobre. Sans financement avant fin février, une rupture d'ATPE interrompra le traitement de près de 1 400 enfants pendant le pic saisonnier.
FaitsMAG 12,2 % et MAS 2,8 % (enquête SMART validée par le groupe technique) ; charge annuelle attendue de 3 931 enfants atteints de MAS ; couverture actuelle estimée à 41 % ; stock disponible couvrant les besoins jusqu'à fin juin seulement ; délai d'approvisionnement de quatre mois.
ConséquencesLes enfants atteints de MAS non traités ont un risque de décès plusieurs fois supérieur à celui des enfants bien nourris ; une rupture pendant le pic entraînerait l'arrêt des admissions, la hausse des abandons et la perte de confiance des communautés, longue à reconstruire.
Réponse proposéeTraitement de 2 752 enfants atteints de MAS (couverture visée 70 %), dont 275 en stabilisation ; PSC pour 4 568 enfants ; décentralisation de quatre sites avancés ; intégration WASH et transferts monétaires avec deux partenaires.
CoûtATPE et distribution : environ 170 000 USD ; ensemble du paquet de traitement, personnel et supervision inclus : à détailler dans le budget joint, avec le coût par enfant traité.
DemandesAux bailleurs : financement de l'ATPE avant fin février pour permettre la commande. Au ministère : autorisation des sites avancés. Au cluster : priorisation du district dans la prochaine allocation du fonds commun.

Les cibles du plaidoyer

  • Bailleurs humanitaires (ECHO, BHA, FCDO, fonds communs, CERF) : ils attendent des liens explicites avec l'IPC, l'aperçu des besoins humanitaires et les priorités du cluster, des coûts unitaires réalistes et une analyse des risques de rupture. ECHO a publié une politique thématique sur la nutrition dans l'aide humanitaire qui insiste sur l'intégration et la prévention ; BHA précise ses exigences et indicateurs dans ses lignes directrices de candidature.
  • Autorités nationales : intégration des produits thérapeutiques dans la liste des médicaments essentiels, lignes budgétaires nationales, adoption de protocoles actualisés.
  • Acteurs du développement : protection sociale, systèmes de santé, financement pluriannuel dans une logique de lien entre humanitaire, développement et paix.

La crédibilité d'un plaidoyer se gagne sur la durée. Les chiffres doivent être exactement ceux du cluster et de l'IPC, les intervalles de confiance ne doivent pas être cachés, et les promesses de résultats doivent rester mesurables. Une ONG prise une fois à exagérer est durablement moins écoutée.

10Erreurs fréquentes, variations de contexte, questions d'entretien et références

Erreurs fréquentes

  • Calculer les besoins sur la seule prévalence, sans facteur d'incidence : les besoins annuels sont alors sous-estimés de plus de moitié, et la rupture arrive au pic.
  • Commander trop tard : oublier que le délai entre la commande et la livraison au district se compte en mois.
  • Interpréter une hausse des admissions comme une dégradation sans vérifier l'évolution de la couverture ou l'ouverture de nouveaux sites.
  • Construire une « intégration » sur le papier sans procédures d'orientation ni partage de données effectif.
  • Mesurer la qualité uniquement par les taux de guérison, sans couverture, sans redevabilité, sans analyse des décès.
  • Plaider seul avec des chiffres divergents de ceux du cluster.

Variations selon le contexte

  • Crise soudaine : pas d'IPC disponible avant plusieurs semaines ; estimation des besoins à partir de dépistages et d'hypothèses prudentes, révisée dès que des données validées arrivent ; prêts d'intrants entre partenaires et prépositionnement.
  • Crise prolongée : cycles IPC réguliers, financement pluriannuel, intégration dans le système de santé, achats locaux ou régionaux d'ATPE lorsque des producteurs certifiés existent.
  • Camp : population connue, calcul des besoins plus précis, intégration plus facile avec les services du HCR et du PAM.
  • Zone urbaine : forte mobilité, dénominateurs incertains, nécessité de croiser plusieurs sources de population.
  • Accès limité ou gestion à distance : stocks plus élevés au niveau des sites pour compenser les ruptures d'accès, contrôle par des tiers, données de suivi à distance, risque accru de détournement à documenter dans l'analyse des risques.
  • Partenaire local à faible capacité : outil de quantification simplifié, accompagnement à la gestion des stocks, financement direct progressif conformément aux engagements de localisation du Grand Bargain.

Questions d'entretien

1. « Calculez les besoins annuels en ATPE pour 30 000 enfants de 6 à 59 mois, une MAS de 2 %, une couverture visée de 60 %. »

Réponse attendue : 30 000 × 0,02 = 600 cas prévalents ; × 2,6 (facteur par défaut, à remplacer par un facteur local si disponible) = 1 560 cas attendus ; × 0,60 = 936 enfants à traiter ; environ 936 cartons, soit environ 1 030 avec une marge de 10 %. Le candidat explique ses hypothèses, mentionne la saisonnalité et le délai d'approvisionnement.

2. « Quelle est la différence entre la prévalence et l'incidence, et pourquoi est-ce important pour un programme nutrition ? »

La prévalence mesure les cas présents à un moment donné, l'incidence les nouveaux cas sur une période. Un programme traite la charge annuelle, qui dépasse largement la prévalence ponctuelle ; confondre les deux conduit à des ruptures.

3. « Vous participez à l'atelier IPC et un collègue veut classer une zone en phase 4 sans données récentes. Que faites-vous ? »

Elle rappelle les règles de fiabilité des preuves, propose de classer avec le niveau de confiance approprié ou de signaler la zone comme manquant de données, et recommande une enquête ou un dépistage rapide. Elle reste factuelle et privilégie le consensus fondé sur les preuves.

4. « Comment vérifiez-vous qu'une réponse intégrée fonctionne réellement ? »

Suivi de cohortes d'enfants orientés, indicateurs communs, revues conjointes, retours des mères, et analyse des délais entre orientation et service reçu.

5. « Comment appliquez-vous la CHS à un programme nutrition ? »

Le candidat donne des exemples concrets : mécanisme de plaintes adapté aux mères, couverture mesurée, revues de décès, respect du Code, traçabilité des intrants, renforcement du personnel du ministère.

6. « Un bailleur demande pourquoi votre coût par enfant traité est plus élevé que celui d'un autre partenaire. »

Elle compare les périmètres (inclusion ou non de la stabilisation, du PSC, des intrants fournis par l'UNICEF, du dépistage communautaire, de l'accès difficile), présente la couverture et la qualité obtenues, et accepte d'examiner les postes où des économies sont possibles.

Références clés

  • Manuel technique de l'IPC, version en vigueur, y compris le protocole de la malnutrition aiguë et les procédures relatives à la famine : partenariat mondial de l'IPC.
  • Orientations du Global Nutrition Cluster sur l'estimation de la charge et le calcul des personnes dans le besoin, et sur le suivi du pipeline des intrants.
  • Plan d'action mondial sur l'émaciation des enfants (2020) : FAO, HCR, UNICEF, PAM et OMS.
  • Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS), version 2024 : CHS Alliance, Sphère et Groupe URD.
  • Six principes fondamentaux relatifs à la protection contre l'exploitation et les abus sexuels : IASC.
  • Politique thématique sur la nutrition dans l'aide humanitaire : ECHO, Commission européenne.
  • Lignes directrices de candidature pour l'assistance d'urgence et manuel des indicateurs : BHA.
  • Cadre conjoint d'analyse intersectorielle (JIAF) : partenaires du processus d'aperçu des besoins humanitaires, OCHA.
  • Engagements du Grand Bargain (2016) et documents de suivi sur la localisation.

Exercice d'application : la note de plaidoyer

À partir d'une enquête (MAG 15,8 %, MAS 3,6 %, couverture PTA 41 %, rupture d'ATPE prévue dans deux mois), rédigez une note d'une page pour les bailleurs : situation, conséquences si rien n'est fait, besoins chiffrés en intrants et en financement, réponses intégrées proposées.

À retenir

  • IPC AMN : 5 phases, analyse consensuelle, projections.
  • Réponse intégrée autour de l'enfant et du ménage ; approches simplifiées si le protocole national les permet.
  • Besoins : population × prévalence × incidence × couverture × quantité par traitement, plus stock de sécurité.
  • Qualité : indicateurs, couverture, supervision, retours des communautés.
  • Plaidoyer chiffré, porté par le cluster.

💼 Offres d'emploi en Santé et nutrition

Mettez cette formation en pratique : les dernières offres de ce domaine.

Voir les 209 offres en Santé et nutrition →

Préparez le test écrit et l'entretienExemple de test écrit corrigé dans ce domaine, questions d'entretien avec modèles de réponses et méthode STAR.Voir le test corrigé →
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitre Sécurité alimentaire et nutrition). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. Organisation mondiale de la Santé (2013). Guideline: updates on the management of severe acute malnutrition in infants and children. www.who.int/publications/i/item/9789241506328
  3. IFE Core Group (2017). Infant and Young Child Feeding in Emergencies: Operational Guidance. www.ennonline.net/operationalguidance-v3-2017
  4. Action contre la Faim Canada, SMART (2017). SMART Methodology Manual. smartmethodology.org
  5. UNICEF, Global Nutrition Cluster (2024). Global Nutrition Cluster. www.nutritioncluster.net

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1L'IPC AMN sert principalement à :
2Pour calculer les besoins en ATPE, on multiplie notamment :
3Un plaidoyer efficace en nutrition repose sur :

← Jour 3Évaluation finale →