Jour 1 sur 4 · 6 heures · Niveau 1 Débutant

Les enfants face aux crises

Objectifs du jour
  • Connaître les principaux risques de protection pour les enfants en urgence.
  • Expliquer le cadre juridique et les Standards minimums.
  • Appliquer les principes de l'intérêt supérieur de l'enfant et de « ne pas nuire ».

1Les risques pour les enfants en crise

En situation d'urgence, les enfants représentent souvent la moitié de la population touchée. Les Standards minimums pour la protection de l'enfance (CPMS) décrivent les principaux risques :

  • la séparation familiale (enfants non accompagnés et séparés) ;
  • les violences physiques et émotionnelles et les pratiques néfastes (mariage d'enfants, mutilations génitales) ;
  • les violences sexuelles et basées sur le genre ;
  • le travail des enfants, y compris ses pires formes ;
  • l'association avec les forces et groupes armés ;
  • la détresse psychosociale et les troubles de santé mentale ;
  • les dangers et blessures (mines, engins explosifs, accidents).

2Le cadre : droits de l'enfant et Standards minimums

La Convention relative aux droits de l'enfant (CDE, 1989) protège toute personne de moins de 18 ans. Ses principes guident chaque décision : intérêt supérieur de l'enfant, non-discrimination, droit à la vie, à la survie et au développement, et droit d'être entendu. Le droit international humanitaire protège aussi spécialement les enfants, et les Principes de Paris encadrent la prévention du recrutement et la réintégration des enfants associés aux forces et groupes armés.

Les CPMS (Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire, 2019) fixent 28 standards : qualité de la réponse, risques, stratégies de prévention et de réponse, et intégration de la protection de l'enfance dans les autres secteurs.

3Principes d'action : ne pas nuire et participation

Chaque action auprès des enfants respecte quelques règles :

  • Ne pas nuire : ne pas exposer l'enfant, ne pas multiplier les entretiens, ne pas promettre ce qu'on ne peut tenir.
  • Confidentialité : partager seulement ce qui est nécessaire, avec les bonnes personnes, avec l'accord de l'enfant ou du parent quand c'est possible.
  • Participation : écouter les enfants et tenir compte de leur avis selon leur âge et leur maturité.
  • Renforcer les familles et les communautés, premières protectrices des enfants.

Ne jamais publier de photo ou d'histoire permettant d'identifier un enfant victime.

4La sauvegarde de l'enfant dans les organisations

Les organisations elles-mêmes peuvent présenter des risques. La sauvegarde de l'enfant (safeguarding) impose : un code de conduite signé, la vérification des références au recrutement, l'interdiction de rester seul avec un enfant hors du cadre prévu, des règles pour les photos et les réseaux sociaux, et un mécanisme de signalement sûr.

Tout soupçon d'abus commis par un membre du personnel ou d'un partenaire est signalé immédiatement, selon la procédure de l'organisation, sans enquêter soi-même et en protégeant l'enfant.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Analyser la situation de protection de l'enfance pas à pas

Une réponse de protection de l'enfance ne vaut que par l'analyse qui la précède. Dans les premières semaines d'une crise, l'erreur classique consiste à lancer une « évaluation » de terrain lourde, avec des entretiens individuels d'enfants, alors que l'essentiel de l'information existe déjà ailleurs et que les questions sensibles ne peuvent pas être posées sans service vers lequel orienter. La méthode recommandée par le domaine de responsabilité Protection de l'enfance (DdR PE) et par le standard 4 des CPMS (gestion du cycle de programme) procède par étapes et combine revue des données secondaires, collecte primaire légère et analyse conjointe.

Étape 1 : la revue des données secondaires (jours 1 à 10)

La revue des données secondaires (RDS) rassemble ce qui est déjà connu : rapports d'avant crise (enquêtes démographiques et de santé, enquêtes MICS, rapports du Comité des droits de l'enfant, études nationales sur le travail des enfants ou le mariage d'enfants), données du système national de protection sociale, rapports des agences et ONG, évaluations multisectorielles, médias et réseaux locaux. Elle est conduite par un ou deux analystes, de préférence au sein du groupe de coordination, et produit en dix jours au plus une note de 6 à 10 pages structurée par risque (les sept risques des standards 7 à 13 des CPMS) avec, pour chaque risque, ce qui est connu, le niveau de confiance et les lacunes d'information.

Question de la RDSSources typiquesIndicateur de référence
Quelle est la structure démographique de la population touchée ?Recensement, enregistrements DTM ou HCR, profils de sitePart des moins de 18 ans, des moins de 5 ans, ménages dirigés par une femme ou par un enfant
Quelles étaient les pratiques néfastes avant la crise ?MICS, EDS, études nationalesPart des femmes de 20 à 24 ans mariées avant 15 et avant 18 ans ; taux de travail des enfants de 5 à 17 ans
La crise provoque-t-elle des séparations ?Rapports de transit, CICR, Croix-Rouge, autoritésNombre d'enfants non accompagnés et séparés enregistrés, circonstances de séparation
Y a-t-il des violations graves ?Rapports publics du Secrétaire général sur le sort des enfants en temps de conflit arméTendances par type de violation (sans données nominatives)
Quels services existent ?Cartographie 4W/5W, ministère des affaires socialesNombre de travailleurs sociaux par 10 000 enfants, services spécialisés fonctionnels

Étape 2 : définir les questions et les méthodes de la collecte primaire (semaines 2 à 3)

La collecte primaire ne porte que sur les lacunes identifiées par la RDS. Les méthodes privilégiées sont les entretiens avec des informateurs clés (enseignants, agents de santé, leaders religieux, femmes leaders, responsables de site), les discussions de groupe avec adultes et adolescents, l'observation directe et, si le contexte le permet, une enquête ménage intersectorielle dans laquelle on insère un petit nombre de questions de protection de l'enfance non sensibles. On ne demande jamais à un informateur ou à un groupe de relater un incident concernant un enfant identifiable ; on interroge sur des tendances (« Dans cette communauté, des enfants travaillent-ils hors du ménage ? Lesquels ? Où ? »).

  • Informateurs clés : 3 à 5 par localité, profils diversifiés, 30 à 45 minutes, questionnaire de 20 à 30 questions au maximum.
  • Discussions de groupe : 6 à 10 participants, séparés par sexe et par tranche d'âge (adolescents de 13 à 17 ans en groupes distincts des adultes), 60 à 90 minutes, animateur et preneur de notes formés à la conduite face à une révélation.
  • Observation : grille standardisée (éclairage, latrines, points d'eau, enfants seuls, enfants au travail, présence d'hommes armés) remplie à plusieurs heures de la journée.

Étape 3 : analyser conjointement (semaine 4)

L'analyse conjointe réunit les membres du groupe de coordination et, si possible, les secteurs Éducation, VBG, Santé et WASH. Pour chaque risque, on décrit la menace (qui ou quoi cause le préjudice), la vulnérabilité (quels enfants, pourquoi), les capacités (familles, communautés, services) et l'évolution probable. On attribue ensuite un niveau de gravité, selon l'échelle utilisée dans l'aperçu des besoins humanitaires, par zone géographique. Le produit final est un rapport de 15 à 20 pages avec des recommandations adressées nommément à chaque secteur et aux autorités.

Règle d'éthique non négociable : on ne collecte pas d'information sur un risque grave (violences sexuelles, recrutement, exploitation) si l'on n'est pas en mesure d'orienter une personne qui se révélerait victime vers un service fonctionnel. L'équipe de collecte part avec la cartographie des services et la procédure de conduite face à une révélation.

Étape 4 : mettre à jour

Dans une crise prolongée, l'analyse est révisée au moins une fois par an pour le cycle de l'aperçu des besoins, et à chaque changement majeur (nouveau déplacement, épidémie, offensive). Entre deux analyses, les données de gestion de cas agrégées, le monitoring de protection et les retours des enfants permettent de suivre les tendances.

6Utiliser les CPMS comme outil de travail

Les Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (édition 2019) ne sont pas une lecture de référence à citer dans une proposition : ils structurent concrètement la conception, le suivi et l'évaluation d'une réponse. Chaque standard comporte un énoncé, des actions clés (préparation et réponse), des mesures (indicateurs avec cible indicative) et des notes d'orientation. Le manuel est complémentaire du Manuel Sphère, dont il est un standard associé, au même titre que les standards de l'INEE pour l'éducation.

Les quatre piliers et les 28 standards

PilierStandardsUsage principal
1. Garantir une réponse de qualité1 Coordination ; 2 Ressources humaines ; 3 Communication, plaidoyer et médias ; 4 Gestion du cycle de programme ; 5 Gestion de l'information ; 6 Suivi de la protection de l'enfanceOrganisation interne, ressources humaines, sauvegarde, données, communication
2. Les risques7 Dangers et blessures ; 8 Maltraitance physique et émotionnelle ; 9 Violences sexuelles et basées sur le genre ; 10 Santé mentale et détresse psychosociale ; 11 Enfants associés aux forces et groupes armés ; 12 Travail des enfants ; 13 Enfants non accompagnés et séparésAnalyse des risques et choix des priorités
3. Les stratégies14 Approche socio-écologique ; 15 Activités de groupe pour le bien-être de l'enfant ; 16 Renforcement de l'environnement familial et de prise en charge ; 17 Approches au niveau communautaire ; 18 Gestion de cas ; 19 Prise en charge alternative ; 20 Justice pour enfantsConception des activités de prévention et de réponse
4. Travailler avec les autres secteurs21 Sécurité alimentaire ; 22 Moyens d'existence ; 23 Éducation ; 24 Santé ; 25 Nutrition ; 26 Eau, assainissement et hygiène ; 27 Abris et établissements ; 28 Gestion de campIntégration de la protection de l'enfance dans les autres secteurs

Les principes transversaux

Les CPMS reprennent les quatre principes généraux de la CDE (survie et développement, non-discrimination, participation de l'enfant, intérêt supérieur) et y ajoutent des principes opérationnels : sécurité, dignité et droits (principes de protection de Sphère), renforcement des systèmes de protection de l'enfance, renforcement des capacités locales, approche socio-écologique et redevabilité envers les enfants. Pour un chef de projet, cela se traduit en questions concrètes au moment de la conception : l'activité renforce-t-elle ou contourne-t-elle les services sociaux de l'État ? Les acteurs locaux en sortent-ils plus capables ? Les enfants ont-ils été consultés ?

Comment utiliser un standard en pratique

  1. Sélectionner les standards pertinents à partir de l'analyse de situation : en général trois ou quatre risques prioritaires du pilier 2, deux ou trois stratégies du pilier 3, et les standards du pilier 4 correspondant aux secteurs présents.
  2. Contextualiser : le groupe de coordination adapte les actions clés et les cibles indicatives au contexte, dans un document court validé par ses membres. Une cible de 100 % peut devenir 80 % dans les six premiers mois, avec justification.
  3. Intégrer aux outils : les mesures des CPMS sont reprises dans le cadre logique, le plan de suivi et les rapports. Les indicateurs du cadre de réponse humanitaire et du plan de réponse du DdR sont dérivés des CPMS.
  4. Revoir : une revue de conformité aux standards est réalisée à mi-parcours, standard par standard, avec un code simple (atteint, partiellement atteint, non atteint, non applicable) et un plan d'amélioration.

Exemple de contextualisation

StandardMesure (formulation adaptée)Cible indicativeCible contextualisée et justification
18 Gestion de casPourcentage d'enfants à risque élevé dont l'évaluation initiale a lieu dans les 24 heures suivant l'identification90 %75 % au premier trimestre (accès limité à deux sites), 90 % ensuite
2 Ressources humainesPourcentage du personnel et des bénévoles ayant signé le code de conduite et suivi une formation à la sauvegarde100 %100 % avant tout contact avec des enfants, sans exception
13 Enfants non accompagnés et séparésPourcentage d'enfants non accompagnés placés dans une prise en charge familialeÀ fixer selon le contexte85 % (le reste en accueil provisoire de petite taille en attente d'une famille vérifiée)
15 Activités de groupePourcentage de participants déclarant un bien-être amélioré, mesuré avec un outil adapté à l'âgeÀ fixer selon le contexte60 % après trois mois d'activités, mesure de référence au démarrage

Un évaluateur ne demande pas si vous « appliquez les CPMS » : il demande quels standards vous avez retenus, pourquoi, comment vous les avez contextualisés et quel est votre niveau de conformité documenté. Tenir un tableau de conformité à jour répond à ces trois questions.

7Exemple complet : l'analyse rapide de la situation à Kéran

Le cas suivant est fictif. Il montre l'enchaînement complet d'une analyse de situation de protection de l'enfance, du déclenchement à la définition des priorités.

Le contexte

À la suite d'affrontements armés dans la province de Doraliane, environ 42 000 personnes ont fui vers la ville de Kéran et ses environs en trois semaines. Elles sont réparties entre un site planifié (Kéran-Est, 14 000 personnes), quatre sites spontanés (11 000 personnes) et des familles d'accueil en ville (environ 17 000 personnes). Les profils de site indiquent 54 % de moins de 18 ans, soit environ 22 700 enfants, dont 19 % de moins de 5 ans. Avant la crise, l'enquête nationale indiquait que 31 % des femmes de 20 à 24 ans de la province avaient été mariées avant 18 ans et 9 % avant 15 ans. Le service provincial des affaires sociales compte 11 travailleurs sociaux pour toute la province.

Le calendrier suivi

PériodeActivitéResponsableProduit
Jours 1 à 8Revue des données secondairesCoordinatrice du sous-groupe PE et un chargé de gestion de l'informationNote de 8 pages, tableau des lacunes
Jours 6 à 10Mise à jour de la cartographie des services, procédure de conduite face à une révélationSous-groupe PECartographie et fiche de poche pour les équipes
Jours 9 à 11Formation des équipes de collecte (2 jours et demi)Deux ONG membres14 enquêteurs formés, outils testés
Jours 12 à 21Collecte : 46 informateurs clés, 18 discussions de groupe, 12 observationsTrois organisationsBase de données anonymisée
Jours 22 à 25Analyse conjointe (atelier d'une journée et demie)Sous-groupe PE avec Éducation, VBG, WASH, CCCMMatrice d'analyse et priorités
Jour 30Diffusion du rapport et présentation au groupe intersectorielCoordinatriceRapport de 18 pages, note de deux pages pour les bailleurs

Les principaux résultats

  • Séparation : 312 enfants non accompagnés et séparés enregistrés au point de transit ; 41 non accompagnés, dont 9 de moins de 5 ans. 70 % des séparations ont eu lieu pendant la fuite nocturne, 18 % sont des confiages volontaires à des proches restés en ville.
  • Travail des enfants : dans 15 des 18 discussions de groupe, les participants citent des garçons de 10 à 15 ans portant des charges au marché et des filles de 12 à 16 ans employées comme domestiques dans les familles d'accueil.
  • Mariage d'enfants : 11 informateurs sur 46 déclarent avoir connaissance de mariages « pour protéger les filles » depuis l'arrivée ; tendance perçue en hausse.
  • Recrutement : deux informateurs signalent la présence de recruteurs près du site spontané de Bel-Air ; information non vérifiée, à traiter par les canaux du mécanisme de surveillance.
  • Détresse : les enseignants rapportent des troubles du sommeil, de l'agressivité et un refus de quitter les parents chez de nombreux jeunes enfants.
  • Services : aucun espace sûr pour enfants dans les sites spontanés ; une seule structure de santé offrant la prise en charge clinique du viol.

La matrice d'analyse

RisqueAmpleur estiméeGravitéConfianceFacteurs aggravantsCapacitésPriorité
Séparation familiale312 enregistrés ; estimation de 450 à 600 au total (les 312 enregistrements proviennent du seul point de transit, par lequel est passée environ la moitié des déplacés ; extrapolation prudente aux sites spontanés et aux familles d'accueil, soit 2 % à 2,6 % des 22 700 enfants)ÉlevéeMoyenneFuite de nuit, sites spontanés non enregistrésCroix-Rouge locale présente, réseau de leaders de quartier1
Travail des enfants et exploitation domestiqueGénéralisé selon les groupes, non chiffréÉlevéeMoyennePerte de revenus, dette, absence d'écoleProgramme de transferts en préparation2
Mariage d'enfantsTendance en hausse sur une base élevée (31 % avant crise)ÉlevéeFaible à moyenneInsécurité perçue, pression économiqueLeaders religieux sensibilisés dans le cadre d'un projet antérieur2
Détresse psychosocialeLarge majorité des enfants exposés à la violence pendant la fuiteMoyenneMoyennePromiscuité, absence d'activitésEnseignants et animateurs locaux disponibles3
RecrutementNon vérifiéPotentiellement très élevéeFaibleProximité de la ligne de front, adolescents désœuvrésGroupe de travail MRM paysSurveillance renforcée

Le raisonnement

Le sous-groupe a classé la séparation en priorité 1 pour deux raisons : le préjudice potentiel est immédiat (jeunes enfants non accompagnés) et les chances de réunification diminuent rapidement avec le temps et la dispersion des familles. Le travail des enfants et le mariage d'enfants partagent des causes économiques : ils ont été traités ensemble, avec une recommandation au groupe de travail sur les transferts monétaires d'inclure des critères de vulnérabilité liés à la protection de l'enfance. Le recrutement n'a pas été classé faute de données vérifiées, mais une surveillance renforcée et une alerte confidentielle ont été transmises par les canaux prévus. Le rapport a formulé 14 recommandations, dont 9 adressées à d'autres secteurs (par exemple : éclairage de 40 latrines à Kéran-Est, enregistrement prioritaire des sites spontanés, intégration de 12 questions de protection de l'enfance dans l'enquête multisectorielle suivante).

Ce que l'exemple illustre : les chiffres d'ampleur sont présentés avec leur méthode d'estimation et leur niveau de confiance. Un rapport qui affiche « 600 enfants séparés » sans expliquer d'où vient le chiffre perd sa crédibilité dès la première question d'un bailleur.

8Faire participer les enfants : méthodes, consentement et éthique

Le droit de l'enfant d'être entendu (article 12 de la CDE) est un principe des CPMS, mais il se traduit souvent par une consultation symbolique ou, à l'inverse, par une collecte intrusive. La participation de qualité est volontaire, adaptée à l'âge, sûre, inclusive, et elle a des conséquences visibles sur le programme. Les neuf exigences de base d'une participation éthique et significative, formulées par le Comité des droits de l'enfant dans son Observation générale n° 12 (2009), servent de grille : transparente et informative, volontaire, respectueuse, pertinente, adaptée aux enfants, inclusive, appuyée par la formation, sûre et attentive aux risques, redevable.

Consentement et assentiment

Âge (repère courant, à adapter au droit national et à la maturité)EnfantParent ou personne en charge
Moins de 6 ansPas d'assentiment formel ; on explique simplement et on respecte un refus manifesteConsentement éclairé requis
6 à 11 ansAssentiment éclairé, recueilli oralement avec des mots adaptésConsentement éclairé requis
12 à 14 ansAssentiment éclairé, oral ou écritConsentement éclairé requis, sauf si l'impliquer est contraire à l'intérêt supérieur (par exemple, parent auteur présumé) : un autre adulte de confiance ou le gestionnaire de cas apprécie
15 à 17 ansConsentement éclairé de l'adolescent, en fonction de sa maturitéConsentement recherché si c'est sûr et dans l'intérêt de l'enfant

Ce tableau reprend la logique des Lignes directrices interagences sur la gestion de cas et des Lignes directrices pour la prise en charge des enfants survivants d'abus sexuels (IRC et UNICEF, 2012). Le consentement est éclairé quand l'enfant comprend ce qui va se passer, qui aura accès à l'information, quelles sont les limites de la confidentialité, qu'il peut refuser ou arrêter sans conséquence sur l'aide reçue.

Méthodes adaptées à l'âge

  • 5 à 9 ans : dessins (« dessine un endroit où tu te sens en sécurité et un endroit où tu as peur »), cartographie corporelle simple, jeux de rôle avec marionnettes, séances de 30 à 40 minutes, groupes de 5 à 8 enfants.
  • 10 à 13 ans : cartographie participative des risques du site, classement par paires des préoccupations, histoires à compléter avec un personnage fictif, séances de 45 à 60 minutes.
  • 14 à 17 ans : discussions de groupe séparées par sexe, « marches de sécurité » accompagnées, comités d'adolescents consultés sur la conception des activités, enquêtes courtes auto-administrées sans question sur des incidents personnels.

La technique du personnage fictif (« Imagine une fille de ton âge qui vit ici. Qu'est-ce qui peut lui arriver de grave ? Que peut-elle faire ? ») permet de parler des risques sans conduire l'enfant à raconter sa propre histoire devant le groupe.

Organisation d'une séance de consultation

  1. Préparer : objectif précis, questions de décision, accord des parents, lieu visible mais à l'abri des écoutes, deux animateurs au moins (dont un du même sexe que les participants), procédure de révélation et cartographie des services.
  2. Ouvrir : présentation, explication de l'objectif, règles du groupe (pas d'histoires personnelles, respect, droit de se taire), assentiment de chaque enfant.
  3. Conduire : activité principale, reformulations, attention aux enfants qui se mettent en retrait.
  4. Clore : activité calme, rappel de qui contacter en cas de besoin, remerciement sans contrepartie financière (une collation est acceptable).
  5. Restituer : retour aux enfants dans les quatre à six semaines sur ce qui a changé grâce à leurs contributions. C'est l'étape la plus souvent oubliée.

Si un enfant révèle un abus pendant une activité de groupe, l'animateur l'interrompt avec douceur (« Ce que tu dis est important, on va en parler tous les deux juste après »), poursuit l'activité, puis applique la procédure : écoute, pas de questions détaillées, pas de promesse de secret absolu, orientation immédiate vers un gestionnaire de cas.

Inclure les enfants les moins visibles

Les consultations atteignent spontanément les enfants scolarisés, les garçons et les enfants des sites planifiés. Il faut aller chercher activement les adolescentes mariées, les enfants handicapés (en utilisant les questions du Groupe de Washington adaptées aux enfants, module sur le fonctionnement de l'enfant développé avec l'UNICEF), les enfants qui travaillent (séances aux horaires compatibles, sur le lieu de travail si c'est sûr), les enfants vivant dans la rue et les enfants de minorités. Un tableau de suivi de la diversité des participants (sexe, âge, handicap, statut) permet de montrer aux évaluateurs qui a été entendu et qui manque.

9Mettre en place un système de sauvegarde opérationnel

La sauvegarde de l'enfant ne se réduit pas à une politique signée. Les bailleurs et les auditeurs vérifient désormais qu'elle fonctionne : le FCDO britannique conduit des vérifications préalables de sauvegarde avant financement, la Commission européenne vérifie les politiques de protection contre l'exploitation et les abus sexuels dans le cadre de ses accords, le BHA américain inclut des clauses relatives à la protection contre l'exploitation et les abus sexuels et à la protection de l'enfance dans ses accords, et les agences des Nations unies évaluent les capacités de leurs partenaires en matière de PEAS selon le protocole commun adopté en 2018 et ses outils d'évaluation. La Norme humanitaire fondamentale (CHS) fait de la prévention de l'exploitation, des abus et du harcèlement une exigence transversale.

Les quatre piliers des normes Keeping Children Safe

NormeCe qui doit existerPreuve vérifiée par un auditeur
1. PolitiquePolitique de sauvegarde de l'enfant approuvée par la direction, intégrée aux contrats des partenairesDocument daté et signé, version dans les langues locales, clauses dans les accords de partenariat
2. PersonnesRecrutement sûr, code de conduite, formation, désignation de points focauxDossiers RH avec vérification d'au moins deux références, attestation de formation, liste des points focaux affichée
3. ProcéduresÉvaluation des risques des activités, règles de contact, d'images et de données, mécanisme de signalement et de réponseRegistre des évaluations de risques par projet, procédure de signalement testée, registre confidentiel des incidents
4. RedevabilitéSuivi, revue annuelle, retours des enfants et des communautésRapport annuel, résultats des consultations d'enfants sur leur sentiment de sécurité

Le recrutement sûr, étape par étape

  1. Annonce mentionnant l'engagement de l'organisation en matière de sauvegarde et le fait que des vérifications seront conduites.
  2. Question de sauvegarde obligatoire à l'entretien (par exemple : « Un enfant vous demande votre numéro de téléphone personnel. Que faites-vous ? »).
  3. Au moins deux références, dont le dernier employeur, contactées par téléphone avec une question explicite sur toute préoccupation de comportement envers des enfants ou des personnes vulnérables.
  4. Pour les organisations membres, interrogation via le dispositif interagences de divulgation des fautes (Misconduct Disclosure Scheme), qui permet de savoir si un candidat a fait l'objet d'une sanction pour exploitation, abus ou harcèlement sexuels.
  5. Vérification du casier judiciaire lorsque le droit national le permet et que le système est fiable.
  6. Signature du code de conduite et formation avant tout contact avec des enfants, pas « dans les trois premiers mois ».

L'évaluation des risques d'une activité

ActivitéRisqueProbabilité (1 à 3)Impact (1 à 3)Mesure d'atténuationResponsable
Espace ami des enfantsContact isolé entre un animateur et un enfant23Règle des deux adultes, espace visible, toilettes séparées et surveillées par une personne du même sexeSuperviseur de l'espace
Distribution de kits scolairesDemande de faveurs en échange de l'inscription sur les listes23Listes établies par une équipe différente de celle qui distribue, mécanisme de plainte affiché, présence de femmes dans l'équipeChef de projet
Visites à domicile de gestion de casExposition de l'enfant, comportements inappropriés du personnel13Visites programmées et enregistrées, binômes pour les situations à risque, supervisionSuperviseur de cas
Communication et photosIdentification d'enfants survivants23Consentement écrit, validation par le point focal, aucune donnée de localisation, pas de photo d'enfants bénéficiant d'une gestion de casChargé de communication

Les risques notés 6 ou plus (probabilité multipliée par impact) exigent une mesure d'atténuation documentée avant le démarrage de l'activité.

Répondre à un signalement

  1. Dans l'heure : sécurité de l'enfant, soins médicaux si nécessaire, orientation vers un gestionnaire de cas ou un service VBG, signalement au point focal sauvegarde.
  2. Dans les 24 heures : information de la direction pays et du siège selon la procédure, évaluation des risques pour l'enfant et les témoins, mesures conservatoires (écartement provisoire de la personne mise en cause sans préjuger de l'issue).
  3. Selon les accords : notification au bailleur dans les délais contractuels, souvent de 24 à 72 heures pour une allégation crédible, avec des informations non identifiantes.
  4. Enquête : par des enquêteurs formés et indépendants de la ligne hiérarchique concernée, selon une approche centrée sur la personne survivante ; l'enfant n'est réentendu que si c'est indispensable et par une personne qualifiée.
  5. Clôture : décision documentée, suivi de l'enfant jusqu'à la clôture de son propre dossier, analyse des causes et amélioration des procédures.

L'auditeur ne regarde pas le nombre de signalements comme un indicateur d'échec. Une organisation de 300 personnes travaillant avec des enfants qui n'a reçu aucun signalement en trois ans a probablement un mécanisme que personne n'utilise.

10Erreurs fréquentes, variations de contexte, questions d'entretien et références

Erreurs fréquentes et comment les éviter

ErreurConséquenceBonne pratique
Évaluation fondée sur des entretiens individuels d'enfants sur les violences subiesRetraumatisation, exposition, révélations sans service disponibleRDS, informateurs clés, groupes sur les tendances ; questions sensibles réservées à la gestion de cas
Chiffres non sourcés (« des milliers d'enfants séparés »)Perte de crédibilité, mauvaise allocation des ressourcesMéthode d'estimation explicite, fourchette, niveau de confiance
Analyse produite par une seule organisationDoublons, faible appropriation par le groupe de coordinationAnalyse conjointe sous l'égide du DdR ou du sous-groupe
Politique de sauvegarde non traduite et non connue des bénévolesRègles ignorées sur le terrain, non-conformité lors des auditsTraduction, version illustrée, formation initiale et rappel annuel, affichage
Formation à la sauvegarde postérieure au premier contact avec des enfantsPériode de risque maximal non couverteFormation et signature du code avant tout déploiement
Consultation des enfants sans retour ultérieurPerte de confiance, participation de façadeRestitution systématique, adaptée à l'âge, dans les six semaines
Ignorer les enfants hors sitesLes enfants en familles d'accueil urbaines restent invisiblesMéthodes spécifiques : réseaux de quartier, écoles, centres de santé

Variations selon le contexte

  • Crise soudaine : la RDS se limite à 72 heures, la collecte primaire à quelques sites sentinelles ; on accepte une confiance faible et on prévoit une révision à 6 semaines. Les priorités immédiates sont presque toujours la prévention et la réponse à la séparation et l'intégration de messages de protection dans les distributions.
  • Crise prolongée : l'analyse s'appuie sur les tendances des données de gestion de cas et sur des enquêtes représentatives ; l'accent porte sur le renforcement du système national (travailleurs sociaux de l'État, cadre juridique, justice pour enfants).
  • Camp : les risques sont localisables (points d'eau, latrines, distributions) ; la coordination avec la gestion de camp est centrale.
  • Milieu urbain : population dispersée, enfants invisibles en familles d'accueil, travail domestique et vie dans la rue ; on s'appuie sur les écoles, les centres de santé, les structures municipales et les associations de quartier.
  • Gestion à distance et insécurité : collecte téléphonique limitée à des questions non sensibles, réseaux de points focaux communautaires formés et protégés, aucune donnée identifiante transmise par messagerie.
  • Partenaires locaux à faible capacité : la sauvegarde est construite avec eux (modèle de politique, formation, accompagnement mensuel) plutôt qu'exigée comme condition préalable impossible à remplir ; un plan de renforcement assorti d'échéances est annexé à l'accord de partenariat.

Ce que regardent les bailleurs et les évaluateurs

  • L'existence d'une analyse de situation récente, conjointe et sourcée, et le lien explicite entre risques prioritaires et activités proposées.
  • La référence aux CPMS et aux indicateurs du plan de réponse du DdR.
  • La politique de sauvegarde, la formation effective du personnel et des partenaires, le mécanisme de plainte accessible aux enfants.
  • La participation des enfants à la conception et au suivi, documentée.
  • La désagrégation par sexe, âge et handicap de toutes les données.

Questions d'entretien

QuestionÉléments d'une réponse solide
Vous arrivez dans une nouvelle crise. Comment organisez-vous l'analyse de la situation de protection de l'enfance dans le premier mois ?RDS en dix jours ; coordination avec le DdR ou le sous-groupe ; collecte primaire légère ciblée sur les lacunes ; cartographie des services et procédure de révélation avant la collecte ; analyse conjointe ; recommandations aux autres secteurs ; révision planifiée.
Citez les piliers des CPMS et dites comment vous les utilisez.Quatre piliers et 28 standards ; sélection selon l'analyse ; contextualisation des cibles ; intégration au cadre logique ; revue de conformité ; exemple concret de mesure.
Comment recueillez-vous l'avis d'enfants de 8 ans sur leur sécurité dans un site ?Méthodes visuelles et jeux ; petits groupes ; consentement des parents et assentiment ; deux animateurs ; personnage fictif ; procédure en cas de révélation ; restitution.
Un partenaire local n'a pas de politique de sauvegarde. Que faites-vous ?Évaluation des capacités ; plan de renforcement avec échéances ; mesures minimales immédiates (code de conduite, point focal, mécanisme de signalement) avant toute activité avec des enfants ; accompagnement ; suivi.
Quelles sont les vérifications que vous exigez avant de recruter un animateur d'espace ami des enfants ?Deux références dont le dernier employeur avec question explicite ; question de sauvegarde à l'entretien ; dispositif interagences de divulgation si applicable ; casier si fiable ; code signé et formation avant le premier contact.
Votre bureau n'a reçu aucun signalement de sauvegarde en deux ans. Est-ce une bonne nouvelle ?Pas nécessairement ; tester l'accessibilité du mécanisme, consulter les enfants sur leur connaissance des canaux, vérifier la confiance ; plan d'amélioration.

Références essentielles

  • Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire, Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire, édition 2019.
  • Nations unies, Convention relative aux droits de l'enfant, 1989, et ses protocoles facultatifs ; Comité des droits de l'enfant, Observation générale n° 12 sur le droit de l'enfant d'être entendu, 2009.
  • DdR Protection de l'enfance et Alliance, outils d'analyse des besoins et de la situation de protection de l'enfance, dont les orientations sur la revue des données secondaires.
  • Projet Sphère, Manuel Sphère, édition 2018, principes de protection.
  • CHS Alliance, Groupe URD et Projet Sphère, Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité, édition 2024.
  • Keeping Children Safe, Normes internationales de sauvegarde de l'enfant.
  • IASC, Six principes fondamentaux relatifs à l'exploitation et aux abus sexuels, version révisée 2019 ; Nations unies, Protocole sur les allégations d'exploitation et d'abus sexuels impliquant des partenaires d'exécution, 2018.
  • SCHR, Dispositif interagences de divulgation des fautes (Misconduct Disclosure Scheme).
  • Groupe de Washington et UNICEF, Module sur le fonctionnement de l'enfant.
Mise en situation

L'enfant au point d'eau

Camp de déplacés, point d'eau

Votre rôle

Vous êtes agent d'hygiène dans une ONG WASH.

Depuis trois jours, vous voyez un garçon d'environ 8 ans seul au point d'eau, tôt le matin et tard le soir. Il porte des bidons trop lourds pour lui et semble avoir faim.

  1. Décision 1 sur 3Que faites-vous d'abord ?

  2. Décision 2 sur 3Il dit qu'il vit avec un voisin depuis que sa mère a disparu. Vous :

  3. Décision 3 sur 3Que proposez-vous à votre équipe WASH ?

Exercice d'application : la carte des risques

Pour un camp de déplacés que vous connaissez ou imaginez, listez les lieux et moments où les enfants sont les plus exposés (points d'eau, latrines la nuit, distributions, routes vers l'école, marchés), les risques associés et une mesure de prévention pour chacun, à proposer aux autres secteurs.

À retenir

  • Risques majeurs : séparation, violences, VBG, travail, recrutement, détresse, dangers.
  • CDE : intérêt supérieur, non-discrimination, survie et développement, droit d'être entendu.
  • CPMS 2019 : 28 standards, dont l'intégration dans tous les secteurs.
  • Ne pas nuire, confidentialité, participation, appui aux familles.
  • Sauvegarde : code de conduite, règles de contact et de photos, signalement immédiat.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (2019). Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (CPMS). alliancecpha.org/fr/cpms
  2. Case Management Task Force, Global Child Protection Working Group (2014). Interagency Guidelines for Case Management and Child Protection. alliancecpha.org
  3. CICR, HCR, UNICEF, Save the Children, IRC, World Vision (2004). Lignes directrices interagences relatives aux enfants non accompagnés et séparés. www.icrc.org
  4. UNICEF (2007). Principes de Paris : principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés. www.unicef.org
  5. Nations unies (1989). Convention relative aux droits de l'enfant. www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-rights-child

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1La Convention relative aux droits de l'enfant protège toute personne de moins de :
2Les CPMS sont :
3Un collègue veut publier la photo d'un enfant victime avec son prénom. Vous :

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