- Organiser des activités de soutien psychosocial adaptées aux enfants.
- Prévenir le travail des enfants, le mariage d'enfants et le recrutement.
- Orienter et coordonner avec le domaine de responsabilité Protection de l'enfance et les autres secteurs.
1Soutien psychosocial et espaces amis des enfants
La plupart des enfants se rétablissent quand leur routine, leurs relations et leur sentiment de sécurité sont restaurés. La pyramide d'intervention (IASC) va des services de base et de la sécurité, au soutien communautaire et familial, puis au soutien ciblé non spécialisé, jusqu'aux soins spécialisés pour une minorité.
Les espaces amis des enfants offrent un lieu sûr, des activités structurées (jeu, sport, expression, apprentissage), des animateurs formés et des messages de protection. Ils servent aussi à repérer les enfants qui ont besoin d'un suivi individuel. Ils sont accessibles aux enfants en situation de handicap et adaptés aux filles et aux garçons de différents âges.
2Prévenir les pires risques
- Travail des enfants : soutien économique aux familles vulnérables, accès à l'école, sensibilisation des employeurs ; priorité aux pires formes (travaux dangereux, exploitation).
- Mariage d'enfants : il augmente souvent en crise comme stratégie de survie. Réponses : transferts aux familles à risque, maintien des filles à l'école, dialogue avec les leaders religieux et communautaires, gestion de cas pour les filles à risque.
- Recrutement par les forces et groupes armés : surveillance, plaidoyer, programmes pour les adolescents, et, pour les enfants libérés, réintégration familiale, scolaire et économique selon les Principes de Paris. Ces enfants sont d'abord des victimes.
3Orienter en sécurité
Avant toute orientation, on connaît les services disponibles grâce à la cartographie des services et au circuit d'orientation convenu. L'orientation se fait avec le consentement, par un canal sûr, avec le minimum d'informations nécessaires, et on vérifie que l'enfant a bien reçu le service.
Si vous n'êtes pas travailleur social et qu'un enfant vous confie un abus : écoutez calmement, croyez-le, ne posez pas de questions détaillées, ne promettez pas le secret absolu, expliquez ce que vous allez faire et orientez immédiatement vers un gestionnaire de cas formé.
4Coordination et intégration dans les autres secteurs
Le domaine de responsabilité Protection de l'enfance, au sein du cluster Protection, est coordonné au niveau mondial par l'UNICEF. Il harmonise les outils (formulaires, procédures opérationnelles standard), la cartographie 4W, les circuits d'orientation et le plaidoyer.
La protection de l'enfance se joue aussi dans les autres secteurs : latrines éclairées et séparées (WASH), files prioritaires pour les ménages dirigés par un enfant (distributions), écoles sûres (éducation), dépistage de la détresse dans les centres de santé. Chaque secteur peut appliquer les standards d'intégration des CPMS.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5Concevoir et faire fonctionner des activités de groupe et des espaces amis des enfants
Le standard 15 des CPMS (activités de groupe pour le bien-être de l'enfant) a remplacé l'approche centrée sur le lieu (« ouvrir un espace ami des enfants ») par une approche centrée sur les résultats : des activités structurées, adaptées à l'âge, qui renforcent le bien-être, les compétences et les liens sociaux, et qui peuvent se dérouler dans un espace dédié, une école, un centre communautaire ou en plein air. Les Lignes directrices pour les espaces amis des enfants en situation d'urgence (Global Education Cluster, CPWG, INEE et groupe de référence SMSPS de l'IASC, 2011) et les boîtes à outils opérationnelles publiées depuis par plusieurs agences restent les références opérationnelles.
Étapes de mise en place
- Analyse et choix du lieu (semaine 1) : consultation des enfants, des parents et du comité de site ; lieu accessible à pied en moins de 15 à 20 minutes, éloigné des zones militaires, des routes à forte circulation et des points de distribution ; latrines séparées filles-garçons et accessibles aux enfants handicapés, eau potable, ombre, clôture légère.
- Recrutement et formation (semaines 1 à 3) : animateurs issus de la communauté, équilibre femmes-hommes, langues locales ; vérification de sauvegarde ; formation initiale de 5 jours au minimum (développement de l'enfant, animation structurée, premiers secours psychologiques, repérage et orientation, sauvegarde, inclusion du handicap), puis séances de recyclage mensuelles.
- Programme d'activités (semaine 3) : programme hebdomadaire par tranche d'âge, combinant jeu libre et activités structurées (expression, sport, musique, compétences de vie, messages de protection), avec un curriculum structuré pour les adolescents.
- Ouverture et suivi (à partir de la semaine 3 ou 4) : registres de présence, visites de supervision hebdomadaires, retours des enfants et des parents.
- Transition (dès la conception) : un plan de sortie prévoit le transfert progressif des activités vers l'école, les structures communautaires ou les services municipaux.
Repères d'organisation couramment utilisés
| Paramètre | Repère | Commentaire |
|---|---|---|
| Groupes d'âge | Moins de 6 ans (souvent avec les parents), 6 à 9 ans, 10 à 13 ans, 14 à 17 ans | Adolescentes et adolescents parfois en sessions séparées |
| Taille des groupes | 15 à 25 enfants par séance | Plus petite pour les plus jeunes et les enfants ayant des besoins particuliers |
| Encadrement | Au moins deux adultes par groupe, en général un animateur pour 15 à 20 enfants | Jamais un adulte seul avec un groupe ou un enfant |
| Surface | Environ 1,5 m² par enfant présent simultanément à l'intérieur | Activités physiques à l'extérieur |
| Durée | Séances de 1 h 30 à 2 h, 3 à 5 fois par semaine | Horaires compatibles avec l'école et les tâches domestiques des filles |
| Cycle | Cycles de 8 à 12 semaines pour les programmes structurés | Mesure du bien-être en début et en fin de cycle |
Mesurer le bien-être
On ne mesure pas le bien-être par le nombre de présences. On utilise des outils adaptés à l'âge et validés ou contextualisés : questionnaires courts de bien-être subjectif, outils de mesure des compétences sociales et émotionnelles, observations structurées par les animateurs, et indicateurs du Cadre commun de suivi et d'évaluation de la SMSPS de l'IASC (2017, révisé). L'outil est testé, traduit, administré au début et à la fin de chaque cycle, et l'analyse est désagrégée par sexe, âge et handicap. Une amélioration de la moyenne qui masquerait une dégradation chez les adolescentes doit être visible dans les résultats.
Les activités de groupe ne sont pas une thérapie. Elles répondent aux besoins de la majorité des enfants (niveaux 2 et 3 de la pyramide de l'IASC). Un enfant dont la détresse ne diminue pas après quelques semaines, ou qui présente des signes d'alerte, est orienté vers la gestion de cas et, si nécessaire, vers des services spécialisés.
6Soutien ciblé : premiers secours psychologiques, repérage et appui aux parents
Entre les activités de groupe et les soins spécialisés, la pyramide de l'IASC prévoit un soutien ciblé non spécialisé. Le Paquet de services minimum en santé mentale et soutien psychosocial (IASC, OMS, UNICEF, UNHCR, UNFPA, 2022) en décrit les activités prioritaires, dont les premiers secours psychologiques, le soutien aux personnes qui prennent soin des enfants, les interventions psychologiques à faible intensité et l'orientation vers les soins cliniques.
Premiers secours psychologiques adaptés aux enfants
Les premiers secours psychologiques (PSP) suivent trois principes d'action : observer (sécurité, besoins urgents, réactions de détresse importantes), écouter (s'approcher, se présenter, aider l'enfant à se sentir calme, ne pas forcer le récit), mettre en lien (besoins de base, informations, proches, services). Avec un enfant, on se met à sa hauteur, on utilise des mots simples, on reste avec lui ou on s'assure qu'il est avec un adulte de confiance, et on garde les fratries ensemble. Le guide de Save the Children sur les PSP pour enfants propose des formations d'une à deux journées pour le personnel de première ligne de tous les secteurs.
Signes d'alerte justifiant une orientation
| Âge | Signes justifiant une évaluation par la gestion de cas | Signes justifiant une orientation spécialisée rapide |
|---|---|---|
| Moins de 5 ans | Régression durable (propreté, langage), pleurs inconsolables, refus de se séparer du parent plusieurs semaines après les faits | Refus de s'alimenter avec perte de poids, absence totale de réaction à l'entourage |
| 6 à 12 ans | Cauchemars persistants, agressivité, isolement, plaintes physiques répétées, chute marquée de la participation | Propos de mort ou de suicide, comportements d'automutilation, convulsions ou troubles neurologiques, perte de contact avec la réalité |
| 13 à 17 ans | Retrait social, consommation d'alcool ou de drogues, prise de risques, colère intense | Idées ou tentatives suicidaires, symptômes psychotiques, détresse empêchant toute activité quotidienne pendant plus de deux semaines |
Les services spécialisés de santé mentale doivent être identifiés dans la cartographie : professionnels formés au Guide d'intervention mhGAP de l'OMS dans les centres de santé, psychologues, psychiatres. S'ils n'existent pas, le groupe de coordination SMSPS porte ce manque au plaidoyer ; on ne confie pas à un animateur la prise en charge d'un enfant suicidaire.
Soutenir les parents et les personnes qui prennent soin des enfants
Le standard 16 des CPMS rappelle que le facteur de protection le plus puissant pour un enfant est un adulte stable et bienveillant. Les programmes d'appui à la parentalité (séances de groupe de 8 à 14 semaines, 10 à 15 parents par groupe) traitent la gestion du stress, la communication avec l'enfant, la discipline positive sans violence et la prévention des risques locaux. Des programmes fondés sur des données probantes existent et sont adaptés aux contextes humanitaires, par exemple les programmes Parenting for Lifelong Health développés avec l'OMS et l'UNICEF. Ils sont d'autant plus efficaces qu'ils sont combinés avec une aide économique aux ménages.
Prendre soin des intervenants
Les animateurs et gestionnaires de cas sont exposés à des récits traumatiques. Les mesures minimales : supervision régulière, espaces de parole collectifs, limitation du nombre de cas lourds, accès confidentiel à un soutien psychologique, formation à la reconnaissance de l'usure de compassion. Ces coûts doivent figurer dans le budget.
7Prévenir le travail des enfants, le mariage d'enfants et le recrutement : méthodes opérationnelles
Ces trois risques partagent des causes profondes (pauvreté aggravée par la crise, déscolarisation, insécurité, normes sociales) et des leviers communs : soutien économique ciblé, accès à l'éducation, mobilisation communautaire, gestion de cas pour les enfants les plus exposés. Les traiter ensemble dans un même programme améliore l'efficacité et évite que les familles soient sollicitées par trois projets distincts.
Travail des enfants (standard 12 des CPMS)
Le cadre juridique de référence est la Convention n° 138 de l'OIT sur l'âge minimum (en règle générale 15 ans, 14 ans pour certains pays en développement, travaux légers possibles à partir de 13 ou 12 ans selon le cas) et la Convention n° 182 sur les pires formes de travail des enfants (esclavage et pratiques analogues, recrutement pour les conflits armés, exploitation sexuelle, activités illicites, travaux dangereux). Les programmes priorisent les pires formes et les plus jeunes.
- Identifier : cartographie des secteurs (marchés, mines, agriculture, travail domestique), entretiens avec employeurs et adolescents.
- Prioriser les enfants : moins de 12 ans au travail, pires formes, travail de nuit, travail domestique chez des tiers.
- Intervenir : gestion de cas pour les enfants exposés aux pires formes ; transferts monétaires à finalité de protection ; scolarisation ou éducation accélérée ; pour les 15 à 17 ans, formation professionnelle et conditions de travail sûres plutôt qu'une interdiction irréaliste.
- Travailler avec les employeurs : codes de conduite de marché, horaires, retrait des tâches dangereuses.
Mariage d'enfants
En crise, le mariage est souvent présenté par les familles comme une protection de la fille contre les violences ou une réponse à la pauvreté. Les interventions efficaces combinent : transferts monétaires aux familles des filles à risque, maintien ou retour à l'école (le facteur de protection le mieux documenté), espaces sûrs et programmes de compétences de vie pour adolescentes, dialogue avec les leaders religieux et coutumiers, et gestion de cas pour les filles en danger imminent. Pour les filles déjà mariées, l'objectif n'est pas seulement de dissoudre l'union : il s'agit d'assurer l'accès à la santé, à l'école, aux services VBG et à une protection juridique, selon leur intérêt et leurs souhaits. La coordination avec le DdR VBG est indispensable : les services pour les adolescentes survivantes sont souvent partagés.
Enfants associés aux forces et groupes armés (standard 11 des CPMS)
Les Principes de Paris (2007) définissent l'enfant associé comme toute personne de moins de 18 ans recrutée ou utilisée par une force ou un groupe armé, à quelque titre que ce soit, y compris comme cuisinier, porteur, messager, espion ou à des fins sexuelles. Le Protocole facultatif à la CDE concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés (2000) interdit aux groupes armés distincts des forces armées d'un État de recruter ou d'utiliser des personnes de moins de 18 ans en toutes circonstances.
| Phase | Actions clés | Points d'attention |
|---|---|---|
| Prévention | Scolarisation, activités et formation pour adolescents, soutien économique, surveillance communautaire, plaidoyer auprès des parties | Cibler les zones et profils à risque sans stigmatiser |
| Libération | Négociation par les acteurs mandatés, plans d'action signés par les parties avec les Nations unies, protocoles de remise (« handover ») des enfants capturés ou ayant fui aux acteurs civils de protection de l'enfance | Les ONG ne négocient pas seules ; un protocole de remise signé avec les autorités fixe un délai court (souvent 48 à 72 heures) de remise des enfants interceptés aux acteurs civils |
| Accueil transitoire | Hébergement provisoire, soins, enregistrement, recherche familiale ; séjour de quelques semaines au plus | Pas de détention ; pas d'interrogatoire à des fins de renseignement ; séparation stricte des adultes |
| Réintégration | Retour en famille préparé, éducation ou formation, appui économique, soutien psychosocial, réconciliation communautaire ; durée de l'accompagnement de 12 à 24 mois | Approche communautaire incluant les enfants vulnérables non associés pour éviter la perception de « récompense » ; attention particulière aux filles, souvent invisibles dans les processus |
Principe à défendre en toutes circonstances : un enfant associé à une force ou un groupe armé est d'abord une victime. Sa détention pour simple association est contraire aux normes internationales ; s'il est poursuivi pour d'autres faits, il relève de la justice pour mineurs, avec la détention en dernier recours et pour la durée la plus courte possible.
8Exemple complet : circuit d'orientation et transferts à finalité de protection à Nordavi
Le cas suivant est fictif. Il montre comment un sous-groupe de protection de l'enfance construit un circuit d'orientation et intègre un volet de transferts monétaires à la gestion de cas, dans une ville moyenne accueillant des déplacés.
Le contexte
La commune de Nordavi (environ 180 000 habitants) accueille 26 000 déplacés, dont 14 300 enfants, dispersés dans six quartiers et deux sites collectifs. Cinq organisations font de la protection de l'enfance ; deux offrent la gestion de cas (capacité totale : 9 gestionnaires de cas) ; un centre de santé offre la prise en charge clinique du viol ; le service municipal des affaires sociales dispose de 3 travailleurs sociaux. Le monitoring signale une hausse du travail des enfants au marché central et des mariages d'adolescentes.
Étape 1 : la cartographie des services
| Service | Prestataire | Lieu et horaires | Critères d'accès | Point focal (fonction) | Délai de prise en charge |
|---|---|---|---|---|---|
| Gestion de cas PE | ONG A (quartiers 1 à 3, site 1), ONG B (quartiers 4 à 6, site 2) | Lundi à samedi, 8 h à 17 h ; permanence téléphonique 24 h sur 24 pour les cas à risque élevé | Moins de 18 ans à risque ou victimes | Superviseur de cas de chaque ONG | Selon niveau de risque (24 h, 3 jours, 7 jours) |
| Prise en charge clinique du viol | Centre de santé de Nordavi-Centre | 24 h sur 24 | Toute survivante ou tout survivant | Sage-femme référente | Immédiat ; prophylaxie post-exposition dans les 72 heures et contraception d'urgence dans les 120 heures |
| Santé mentale | Centre de santé (agent formé mhGAP), psychologue de l'ONG C | Mardi et jeudi | Sur orientation | Psychologue | 7 jours, 48 h si risque suicidaire |
| Transferts à finalité de protection | ONG D | Versements mensuels par téléphonie mobile | Sur orientation de la gestion de cas uniquement | Responsable du programme | Premier versement sous 10 jours |
| Aide juridique et documentation | Clinique juridique E | Lundi, mercredi, vendredi | Enfants et familles | Juriste | 14 jours |
| Éducation accélérée | Direction de l'éducation et ONG A | Rentrée trimestrielle | Enfants de 9 à 14 ans déscolarisés | Conseiller pédagogique | Prochaine rentrée |
Étape 2 : le circuit d'orientation
- Tout acteur qui identifie un enfant à risque (enseignant, agent de santé, distributeur, animateur) applique les PSP et oriente vers la gestion de cas de la zone, avec consentement, par le formulaire commun ou par téléphone pour les cas urgents.
- Pour une violence sexuelle de moins de 72 heures, l'orientation vers le centre de santé est immédiate et accompagnée, en parallèle de l'information du gestionnaire de cas.
- Le gestionnaire de cas évalue, élabore le plan et oriente vers les autres services ; l'accès aux transferts à finalité de protection passe uniquement par lui.
- Chaque orientation fait l'objet d'un retour du prestataire (service reçu ou non) dans les 7 jours ; le gestionnaire de cas relance en l'absence de retour.
- Le sous-groupe examine chaque mois les statistiques agrégées d'orientation (nombre, délais, taux de retour) et met à jour la cartographie tous les trois mois.
Étape 3 : dimensionner les transferts
Le revenu journalier moyen d'un enfant au marché est estimé à l'équivalent de 1,2 unité monétaire, soit environ 31 unités par mois pour 26 jours de travail. Le groupe de travail sur les transferts monétaires fixe le panier de dépenses minimum à 140 unités par ménage et par mois ; les ménages ciblés reçoivent déjà une assistance multisectorielle de 90 unités. Le complément à finalité de protection est fixé à 35 unités par mois, pour compenser le revenu perdu de l'enfant et couvrir les frais scolaires, pendant 6 mois, sous condition non pas de résultat mais d'adhésion au plan de cas (visites de suivi acceptées). Pour 220 ménages, le coût des transferts est de 220 multipliés par 35 et par 6, soit 46 200 unités, auxquelles s'ajoutent environ 8 % de frais de transaction et de gestion.
Étape 4 : suivre les résultats
| Indicateur | Référence | Mois 3 | Mois 6 |
|---|---|---|---|
| Part des enfants suivis ne travaillant plus aux pires formes ou plus de 2 heures par jour | 0 % | 58 % | 74 % |
| Part des enfants suivis scolarisés et présents au moins 80 % du temps | 12 % | 49 % | 66 % |
| Part des adolescentes à risque de mariage pour lesquelles le mariage n'a pas eu lieu | Non applicable | 91 % | 88 % |
| Part des orientations avec retour du prestataire dans les 7 jours | Non mesuré | 62 % | 81 % |
L'analyse à six mois montre que les résultats se maintiennent tant que les transferts durent ; le sous-groupe recommande une transition vers le programme national de protection sociale pour les ménages éligibles, et une sortie progressive accompagnée d'activités génératrices de revenus pour les autres.
Le point décisif : les transferts sont un outil au service du plan de cas, pas une fin en soi. Sans gestion de cas, ils se diluent dans les dépenses du ménage ; sans transferts, la gestion de cas se heurte à des causes économiques qu'elle ne peut pas traiter.
9Coordonner la protection de l'enfance et l'intégrer dans les autres secteurs
Dans les pays où le système de coordination humanitaire est activé, le domaine de responsabilité Protection de l'enfance (DdR PE) fonctionne au sein du cluster Protection, avec l'UNICEF comme agence chef de file et, souvent, une ONG en co-coordination. Dans les situations de réfugiés, la coordination relève du modèle de coordination pour les réfugiés sous la direction du HCR, avec un groupe de travail protection de l'enfance. Le standard 1 des CPMS et le Manuel de coordination de la protection de l'enfance du DdR décrivent les fonctions attendues.
Les fonctions de la coordination et leurs produits
| Fonction | Produit concret | Rythme |
|---|---|---|
| Soutenir la prestation de services | Matrice 4W/5W (qui fait quoi, où, quand, pour qui), cartographie des services, circuits d'orientation | Mensuel ; cartographie trimestrielle |
| Éclairer les décisions stratégiques | Analyse de situation, contribution à l'aperçu des besoins humanitaires (personnes dans le besoin, gravité par zone) | Annuel et à chaque changement majeur |
| Planifier et élaborer la stratégie | Stratégie du DdR, contribution au plan de réponse humanitaire, cadre de suivi, POS communes | Annuel |
| Suivre et rendre compte | Tableau de bord des indicateurs du plan de réponse, rapport de couverture des lacunes | Mensuel ou trimestriel |
| Plaidoyer | Notes de plaidoyer, messages communs, contribution aux rapports sur les violations graves par les canaux prévus | Selon les besoins |
| Préparation et plans de contingence | Plan de contingence PE, stocks, formations | Annuel |
| Redevabilité envers les populations | Mécanismes de retour adaptés aux enfants, consultations | Continu |
| Renforcement des capacités et localisation | Plan de formation, participation des acteurs locaux à la direction du groupe | Continu |
Ce que l'on attend d'une organisation membre
- Transmettre sa 4W/5W à temps et avec exactitude, sans données nominatives.
- Utiliser les outils communs (formulaires, POS, indicateurs) et le système d'information partagé.
- Signaler les lacunes et les ruptures de service, y compris les siennes (fin de financement, retrait d'une zone), au moins un mois à l'avance si possible.
- Participer aux évaluations conjointes, aux groupes de travail techniques et aux revues de projets du plan de réponse.
- Respecter le protocole de partage de l'information.
Intégration dans les autres secteurs : actions concrètes à demander
| Secteur (standard CPMS) | Actions à négocier avec le cluster concerné |
|---|---|
| Sécurité alimentaire (21) et moyens d'existence (22) | Critères de ciblage incluant ménages dirigés par un enfant, enfants séparés en familles d'accueil ; vigilance sur les programmes qui augmentent la charge de travail des enfants ; âge minimum dans les programmes argent contre travail |
| Éducation (23) | Codes de conduite des enseignants, interdiction des châtiments corporels, repérage et orientation, trajets sûrs, sessions de PSP pour enseignants |
| Santé (24) et nutrition (25) | Repérage des enfants séparés dans les centres nutritionnels, prise en charge clinique des enfants survivants, enregistrement des naissances, prévention de la séparation lors des hospitalisations et transferts |
| WASH (26) | Latrines éclairées, séparées et verrouillables de l'intérieur, points d'eau proches, bidons adaptés, consultation des enfants sur l'emplacement |
| Abris (27) et gestion de camp (28) | Regroupement des familles élargies, espaces pour activités d'enfants, enregistrement des enfants séparés, éclairage, cartographie participative des zones à risque |
Une intégration réussie se négocie avec des demandes précises et chiffrées (« éclairer 40 latrines de la zone B avant la fin du mois ») et un appui concret (formation, outils), pas avec une demande générale de « prendre en compte la protection de l'enfance ».
10Erreurs fréquentes, variations de contexte, questions d'entretien et références
Erreurs fréquentes et comment les éviter
| Erreur | Conséquence | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Espace ami des enfants sans curriculum ni mesure de bien-être | Garderie sans effet démontrable, financement difficile à justifier | Programme structuré par âge, outil de mesure en début et fin de cycle |
| Activités de groupe proposées comme « thérapie » ou récits du trauma en groupe | Retraumatisation, exposition | Activités de bien-être sans récit imposé ; orientation des cas de détresse sévère |
| Absence de plan de transition | Fermeture brutale à la fin du financement | Plan de sortie dès la conception, transfert vers les structures locales |
| Interdiction du travail des enfants sans alternative économique | Déplacement vers des formes de travail plus cachées et plus dangereuses | Soutien économique, école, travail sûr pour les plus âgés |
| Programmes de réintégration réservés aux enfants anciennement associés | Ressentiment communautaire, risque de recrutement « pour bénéficier » | Approche communautaire incluant d'autres enfants vulnérables |
| Cartographie des services jamais mise à jour | Orientations vers des services fermés, perte de confiance | Mise à jour trimestrielle, vérification téléphonique mensuelle des points focaux |
| Orientation sans retour | Enfants perdus entre deux services | Retour obligatoire dans un délai convenu, indicateur suivi par le groupe |
Variations selon le contexte
- Crise soudaine : PSP et activités récréatives simples dans les premiers jours, messages de prévention de la séparation, puis structuration des activités après deux à quatre semaines.
- Crise prolongée : programmes structurés de compétences de vie et de parentalité, intégration aux écoles et aux services municipaux, renforcement des comités communautaires de protection.
- Camp : espaces fixes, coordination étroite avec la gestion de camp, comités d'enfants.
- Milieu urbain : activités mobiles, partenariats avec écoles, centres de jeunesse et clubs sportifs ; ciblage des quartiers par cartographie des vulnérabilités.
- Insécurité et accès limité : activités confiées à des animateurs communautaires formés et supervisés à distance, programmes radio pour enfants et parents, lignes d'écoute, horaires et lieux adaptés au risque.
- Partenaires locaux à faible capacité : curricula clés en main, formation de formateurs, visites de supervision conjointes, transfert progressif de la conduite des activités.
Ce que regardent les bailleurs et les évaluateurs
- Des résultats de bien-être mesurés, et pas seulement des présences.
- Le lien entre activités de groupe, repérage et gestion de cas (combien d'enfants orientés, avec quel retour).
- La place des adolescentes, des enfants handicapés et des enfants qui travaillent dans les activités.
- La participation active au DdR et l'utilisation des outils communs.
- La pérennité : plan de transition, renforcement des acteurs locaux.
Questions d'entretien
| Question | Éléments d'une réponse solide |
|---|---|
| Comment démontrez-vous l'effet d'un programme d'activités de groupe ? | Outil de bien-être adapté à l'âge et contextualisé ; mesure avant et après ; désagrégation ; complément qualitatif ; suivi des orientations ; cadre commun de suivi et d'évaluation de la SMSPS de l'IASC. |
| Un enfant tient des propos suicidaires pendant une activité. Que fait l'animateur, que faites-vous ? | Rester avec l'enfant ; sécurité immédiate ; information du gestionnaire de cas dans l'heure ; orientation spécialisée rapide ; information des parents si sûr ; plan de sécurité ; débriefing de l'animateur. |
| Comment répondez-vous à une hausse des mariages d'enfants dans un site ? | Analyse des causes ; transferts aux familles à risque ; école ; espaces sûrs pour adolescentes ; leaders religieux ; gestion de cas ; coordination VBG ; services pour les filles déjà mariées. |
| Qu'est-ce qu'un protocole de remise des enfants associés aux forces armées et pourquoi est-il important ? | Accord avec les autorités pour remettre les enfants interceptés aux acteurs civils dans un délai court ; prévient la détention et l'utilisation pour le renseignement ; Principes de Paris ; rôle des Nations unies. |
| Comment intégrez-vous la protection de l'enfance dans un programme de transferts monétaires ? | Critères de ciblage ; orientation de la gestion de cas vers les transferts ; montant justifié ; suivi des effets sur le travail et la scolarisation ; risques (enfants accueillis pour l'argent) ; coordination avec le groupe de travail transferts. |
| Quelles sont les fonctions principales d'un groupe de coordination protection de l'enfance ? | Fonctions essentielles et produits (4W, cartographie, aperçu des besoins, plan de réponse, POS, plaidoyer, plan de contingence, redevabilité, localisation). |
Références essentielles
- IASC, Directives sur la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence, 2007.
- IASC, Cadre commun de suivi et d'évaluation pour la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence.
- IASC et agences partenaires, Paquet de services minimum en santé mentale et soutien psychosocial, 2022.
- Global Education Cluster, CPWG, INEE et groupe de référence SMSPS de l'IASC, Lignes directrices pour les espaces amis des enfants en situation d'urgence, 2011.
- OMS, War Trauma Foundation et World Vision International, Premiers secours psychologiques : guide pour les acteurs de terrain, 2011 ; Save the Children, guide de formation aux premiers secours psychologiques pour enfants.
- OMS, Guide d'intervention mhGAP et Guide d'intervention humanitaire mhGAP.
- OIT, Conventions n° 138 (1973) et n° 182 (1999) ; Alliance, ressources sur le travail des enfants dans l'action humanitaire.
- UNICEF et partenaires, Principes de Paris et Engagements de Paris, 2007 ; Nations unies, Protocole facultatif à la CDE concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés, 2000.
- DdR Protection de l'enfance, Manuel de coordination de la protection de l'enfance.
- Alliance, Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire, 2019, standards 1, 10 à 12, 15 à 17 et 21 à 28.
La photo pour le rapport
Bureau pays, préparation d'un rapport
Vous êtes responsable du programme protection de l'enfance.
Le chargé de communication veut illustrer le rapport annuel avec la photo d'un garçon anciennement associé à un groupe armé, prise dans un centre de transit, avec son prénom et son village.
Décision 1 sur 3Que répondez-vous ?
Décision 2 sur 3Quelle alternative proposez-vous ?
Décision 3 sur 3Comment éviter que cela se reproduise ?
Ce qu'il faut retenir
La dignité et la sécurité des enfants passent avant la communication ; des règles claires permettent de raconter sans exposer.
Exercice d'application : un circuit d'orientation
Dessinez le circuit d'orientation d'un camp pour un enfant victime de violence : qui identifie, qui reçoit le cas, quels services (santé, soutien psychosocial, juridique, abri sûr), en combien de temps, comment le consentement est recueilli et comment l'information est protégée.
À retenir
- La plupart des enfants se rétablissent avec la sécurité, la routine et des relations stables.
- Espaces amis des enfants : sûrs, structurés, inclusifs, et lieux de repérage.
- Travail, mariage d'enfants, recrutement : prévention économique, scolaire et communautaire.
- Orienter avec consentement, minimum d'informations, vérification du service reçu.
- DdR Protection de l'enfance (UNICEF) : outils communs, 4W, intégration dans tous les secteurs.
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Pour aller plus loin : références de la formation
- Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (2019). Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (CPMS). alliancecpha.org/fr/cpms
- Case Management Task Force, Global Child Protection Working Group (2014). Interagency Guidelines for Case Management and Child Protection. alliancecpha.org
- CICR, HCR, UNICEF, Save the Children, IRC, World Vision (2004). Lignes directrices interagences relatives aux enfants non accompagnés et séparés. www.icrc.org
- UNICEF (2007). Principes de Paris : principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés. www.unicef.org
- Nations unies (1989). Convention relative aux droits de l'enfant. www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-rights-child
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.