- Réagir face à un enfant non accompagné ou séparé.
- Appliquer les étapes de la gestion de cas.
- Évaluer et documenter l'intérêt supérieur de l'enfant.
1Enfants non accompagnés et séparés
Un enfant séparé est séparé de ses deux parents ou de la personne qui en avait la charge, mais peut être avec un autre adulte de la famille. Un enfant non accompagné est séparé de ses parents et de sa famille et n'est pris en charge par aucun adulte responsable.
Prévenir la séparation est prioritaire : bracelets ou étiquettes pour les jeunes enfants lors des mouvements, messages aux familles, points de rassemblement. Quand un enfant est trouvé seul : le mettre en sécurité, l'enregistrer avec une organisation habilitée, ne pas le déplacer inutilement, et lancer la recherche familiale et la réunification (RFR). Les adoptions pendant une urgence sont à proscrire.
2La prise en charge alternative
En attendant la réunification, l'enfant a besoin d'une prise en charge sûre. L'ordre de préférence : la famille élargie ou la parenté, puis une famille d'accueil vérifiée et suivie, et seulement en dernier recours et temporairement un centre d'accueil. Les orphelinats et les grands centres exposent les enfants à des risques et compliquent la réunification.
Chaque placement est évalué, documenté et suivi par visites régulières. Les fratries restent ensemble autant que possible.
3Les étapes de la gestion de cas
La gestion de cas accompagne un enfant à risque ou victime, avec sa famille, de façon structurée :
- Identification et enregistrement, avec consentement éclairé (ou assentiment de l'enfant).
- Évaluation des besoins et des risques, en fixant le niveau de risque (élevé, moyen, faible).
- Plan d'intervention élaboré avec l'enfant et la famille.
- Mise en œuvre : services directs et orientations (santé, soutien psychosocial, éducation, assistance).
- Suivi et révision du plan.
- Clôture quand les objectifs sont atteints et l'enfant en sécurité.
Un cas à risque élevé (danger immédiat, violence sexuelle, séparation d'un jeune enfant) est pris en charge sous 24 heures.
4Intérêt supérieur et protection des données
Pour les décisions importantes (placement, réunification, réinstallation), une détermination de l'intérêt supérieur est menée de façon formelle, avec un panel, en écoutant l'enfant. Pour les décisions courantes, une évaluation de l'intérêt supérieur suffit.
Les dossiers contiennent des informations très sensibles : ils sont rangés sous clé ou dans un système sécurisé (comme CPIMS+ ou Primero), avec des codes plutôt que des noms dans les échanges, et un accès limité aux personnes qui en ont besoin.
Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.
5Répondre aux enfants non accompagnés et séparés : la méthode complète
La réponse aux enfants non accompagnés et séparés (ENAS) suit une séquence qui doit être prête avant la crise : identification, enregistrement, prise en charge provisoire, recherche familiale, vérification, réunification et suivi. Le Manuel de terrain sur les enfants non accompagnés et séparés (Alliance, 2017) et les Principes directeurs interagences (2004) en fixent le cadre. Le standard 13 des CPMS en fait un risque prioritaire.
Préparation (avant ou dès le début de la crise)
- Accord du groupe de coordination sur une organisation chef de file pour l'enregistrement et la recherche, sur des formulaires communs et sur un système de gestion de l'information unique (CPIMS+ ou équivalent).
- Prépositionnement : formulaires d'enregistrement rapide, bracelets d'identification, appareils photo réservés à l'usage de la recherche, kits pour les points de transit.
- Messages de prévention diffusés aux familles avant ou pendant un mouvement : garder les enfants près de soi, leur apprendre leur nom complet et celui de leur village, ne pas confier un enfant à un inconnu, signaler une séparation au point d'information.
- Formation des équipes de première ligne (enregistrement, distributions, santé, gestion de site) au repérage et à l'orientation.
Les 72 premières heures après l'identification d'un enfant
| Délai | Action | Qui | À éviter |
|---|---|---|---|
| Immédiatement | Mise en sécurité, eau, nourriture, soins ; l'enfant reste sur place autant que possible, avec l'adulte qui l'accompagne s'il est sûr | Toute personne qui identifie l'enfant | Déplacer l'enfant vers un autre lieu sans enregistrement ; le photographier pour les réseaux sociaux |
| Dans les 24 heures | Enregistrement rapide : nom, âge estimé, sexe, lieu et circonstances de séparation, noms des parents et frères et sœurs, lieu d'origine, accompagnant actuel, photo réservée à la recherche | Agent formé de l'organisation désignée | Entretien long ; promesses de réunification rapide |
| Dans les 24 heures | Évaluation du risque immédiat et décision de prise en charge provisoire | Gestionnaire de cas | Placement en institution par commodité |
| Dans les 48 à 72 heures | Enregistrement complet, recherche active lancée, saisie dans le système d'information | Gestionnaire de cas, agent de recherche | Doublons d'enregistrement par plusieurs organisations |
Les méthodes de recherche familiale
| Méthode | Principe | Conditions et précautions |
|---|---|---|
| Recherche individuelle | L'agent suit les informations données par l'enfant : visites, contacts, communautés d'origine | Méthode de base ; nécessite accès et sécurité ; documenter chaque démarche |
| Croisement des listes | Comparaison entre les enfants enregistrés et les demandes des parents qui cherchent un enfant | Un système unique de données entre organisations ; protocole de partage |
| Recherche communautaire | Diffusion d'informations limitées auprès de leaders, radios, réunions | Jamais pour un enfant à risque d'être recherché par un auteur de violence ou un groupe armé ; informations minimales |
| Recherche par photos | Présentation de tableaux de photos à des adultes dans les sites | Réservée aux très jeunes enfants qui ne peuvent pas donner d'informations ; tableaux sous contrôle, jamais affichés publiquement sans surveillance ; exclusion des enfants à risque |
| Réseau de rétablissement des liens familiaux | Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (CICR et Sociétés nationales) | Pour les recherches transfrontalières ou dans des zones inaccessibles ; coordination étroite avec le CICR |
Vérification et réunification
Avant toute réunification, la relation et la volonté mutuelles sont vérifiées : entretiens séparés avec l'enfant et l'adulte, questions croisées (noms des frères et sœurs, détails du domicile, événements familiaux), documents s'ils existent, témoins de la communauté, observation de la réaction de l'enfant lors d'une première rencontre préparée. Pour les jeunes enfants qui ne peuvent pas confirmer, la vérification repose sur au moins deux sources indépendantes. On évalue aussi les risques dans la famille (violence, exploitation, capacité à prendre soin de l'enfant). En cas de doute sérieux, une évaluation formelle de l'intérêt supérieur est conduite.
La réunification elle-même est préparée (information de l'enfant, accord de la famille, logistique sûre, kit de réintégration si prévu) et documentée par un formulaire signé. Le suivi post-réunification comprend en général une première visite dans le mois, puis des visites à environ trois et six mois, plus fréquentes si des risques ont été identifiés. Le dossier n'est clôturé qu'après ce suivi.
Le taux de réunification n'est pas le seul indicateur de réussite : une réunification non vérifiée ou non suivie peut conduire un enfant vers un adulte qui l'exploite. Les évaluateurs examinent la part des réunifications précédées d'une vérification documentée et suivies d'au moins une visite.
6Organiser la gestion de cas : procédures, délais et charge de travail
Une gestion de cas de qualité repose sur des procédures opérationnelles standard (POS) communes à toutes les organisations d'une zone, sur une classification des risques partagée, sur des délais explicites et sur une supervision structurée. Le standard 18 des CPMS et les Lignes directrices interagences sur la gestion de cas et la protection de l'enfance (2014) en sont les références.
Ce que contiennent des POS de gestion de cas
- Principes, définitions et critères d'éligibilité (quels enfants entrent en gestion de cas, lesquels relèvent d'autres services).
- Classification des niveaux de risque et délais de réponse.
- Description détaillée de chaque étape, avec les formulaires correspondants.
- Règles de consentement et d'assentiment, et exceptions.
- Circuits d'orientation et cartographie des services, mis à jour au moins tous les trois mois.
- Règles de gestion de l'information et protocole de partage des données.
- Rôles et responsabilités : gestionnaire de cas, superviseur, coordinateur, autorités.
- Procédures spécifiques : violences sexuelles, enfants associés aux forces et groupes armés, détention, réinstallation, signalement obligatoire.
- Modalités de supervision, de soin du personnel et de contrôle qualité.
Classification des risques et délais (exemple de POS)
| Niveau | Exemples de situations | Premier contact et évaluation initiale | Évaluation approfondie et plan | Fréquence de suivi |
|---|---|---|---|---|
| Élevé | Violence sexuelle, danger immédiat à domicile, enfant non accompagné de moins de 10 ans, menace de recrutement ou de mariage imminent, idées suicidaires | Dans les 24 heures | Dans les 3 jours | Au moins une fois par semaine |
| Moyen | Enfant séparé en prise en charge provisoire stable, travail dangereux, négligence, détresse importante | Dans les 3 jours | Dans les 7 jours | Toutes les deux semaines |
| Faible | Enfant séparé chez un proche bienveillant, besoins non urgents (documentation, scolarisation) | Dans les 7 jours | Dans les 14 jours | Une fois par mois |
Ces délais sont des repères couramment retenus dans les POS ; chaque groupe de coordination les fixe et les révise. Le niveau de risque est réévalué à chaque visite : un enfant peut passer de faible à élevé du jour au lendemain.
Charge de travail et supervision
- Charge de cas : les Lignes directrices interagences recommandent un maximum d'environ 25 cas actifs par gestionnaire de cas ; avec une forte proportion de cas à risque élevé, 12 à 15 cas est un ordre de grandeur plus réaliste.
- Supervision : un superviseur pour cinq à huit gestionnaires de cas ; une séance individuelle au moins toutes les deux semaines, une revue de dossiers mensuelle (par exemple 10 % des dossiers actifs tirés au hasard, plus tous les cas à risque élevé) et une réunion d'équipe de discussion de cas hebdomadaire.
- Validation : le superviseur valide le niveau de risque, le plan d'intervention et la clôture.
- Soin du personnel : débriefing après un cas difficile, accès à un soutien psychologique, limitation des heures supplémentaires, rotation des cas les plus lourds.
Calcul des effectifs : un exemple
Un projet prévoit 600 enfants suivis sur 12 mois, avec une durée moyenne de prise en charge de 4 mois. Le nombre moyen de cas actifs simultanés est donc d'environ 600 multiplié par 4 et divisé par 12, soit 200. Avec 30 % de cas à risque élevé, on retient une charge cible de 18 cas par gestionnaire : 200 divisés par 18 donnent 11 gestionnaires de cas, arrondis à 12 pour absorber les absences et les pics. Il faut alors deux superviseurs (un pour six) et un coordinateur. Un budget qui ne prévoit que quatre gestionnaires pour 600 enfants condamne la qualité, quel que soit l'engagement des équipes.
Une gestion de cas surchargée produit des dossiers incomplets, des délais dépassés et des orientations jamais vérifiées. Si les ressources ne permettent pas de respecter la charge cible, il faut réduire le nombre de cas, renforcer les critères d'éligibilité et le signaler au groupe de coordination, plutôt que d'accepter tous les cas sans pouvoir les suivre.
7Exemple complet : le dossier KSV-0217, du premier contact à la clôture
Le cas suivant est fictif et anonymisé ; il illustre la tenue d'un dossier de gestion de cas complet. Le code KSV-0217 remplace le nom de l'enfant dans tous les échanges.
Identification (jour 0)
Dans le site de déplacés de Kassavé, une enseignante de l'espace d'apprentissage temporaire oriente vers l'équipe de gestion de cas une fille de 13 ans, arrivée seule avec son frère de 7 ans trois semaines plus tôt. Les deux enfants vivent chez une voisine de leur village d'origine. La fille ne vient plus en classe depuis cinq jours. L'orientation est faite par le formulaire interagences, avec l'accord de la fille, et transmise en main propre au point focal.
Évaluation initiale (jour 1)
Le gestionnaire de cas rencontre la fille dans un espace confidentiel du site, après avoir obtenu l'accord de la voisine pour l'entretien et l'assentiment éclairé de l'enfant. Elle explique que la voisine l'envoie vendre de l'eau au marché de 6 heures à 18 heures et qu'un homme du marché lui a proposé de « l'épouser » en échange d'aide pour la famille d'accueil. Son frère reste seul une partie de la journée. Les parents ont été séparés des enfants pendant l'attaque du village ; la mère serait vivante, selon un voisin.
| Domaine | Constat | Niveau de risque |
|---|---|---|
| Sécurité | Proposition de mariage d'un adulte, exposition prolongée au marché | Élevé |
| Prise en charge | Famille d'accueil spontanée bienveillante mais dépassée économiquement | Moyen |
| Travail | 12 heures de vente par jour, sans école | Élevé |
| Bien-être psychosocial | Fatigue, inquiétude pour la mère, se sent responsable de son frère | Moyen |
| Frère de 7 ans | Seul plusieurs heures par jour | Moyen ; dossier lié ouvert (KSV-0218) |
Le niveau global est classé élevé et validé le jour même par la superviseure. Un plan de sécurité immédiat est convenu avec la fille : elle ne retourne pas seule au marché, elle sait à qui s'adresser au site (point focal et numéro de la permanence), et le gestionnaire de cas rencontre la voisine le lendemain.
Plan d'intervention (jour 3)
| Besoin | Action | Responsable | Échéance | Résultat attendu |
|---|---|---|---|---|
| Protection contre le mariage | Entretien avec la voisine sur les risques et la loi nationale (âge légal du mariage à 18 ans) ; information du comité de protection communautaire, sans divulguer l'identité de l'enfant | Gestionnaire de cas | Jour 4 | Engagement de la famille d'accueil, proposition écartée |
| Réduction du travail | Orientation vers le programme de transferts monétaires à finalité de protection (trois versements mensuels correspondant au revenu de la vente d'eau) | Gestionnaire de cas, ONG de transferts | Premier versement avant le jour 14 | Fin de la vente au marché |
| Éducation | Réinscription dans l'espace d'apprentissage pour les deux enfants | Enseignante référente | Jour 7 | Présence au moins 4 jours sur 5 |
| Recherche familiale | Enregistrement complet, recherche individuelle à partir des indications du voisin, croisement des listes | Agent de recherche | Lancement jour 3 | Localisation de la mère |
| Soutien psychosocial | Groupe d'adolescentes deux fois par semaine ; activités de l'espace ami des enfants pour le frère | Animatrices | Jour 7 | Amélioration du bien-être déclaré |
| Prise en charge provisoire | Évaluation formelle de la famille d'accueil spontanée et accord de prise en charge provisoire | Gestionnaire de cas | Jour 10 | Placement documenté et suivi |
Le plan est élaboré avec la fille, qui insiste pour rester avec son frère et pour retrouver sa mère ; il est expliqué à la famille d'accueil.
Mise en œuvre et suivi (semaines 1 à 10)
- Semaine 1 : visites à J4 et J7, la voisine accepte ; la proposition de mariage est écartée.
- Semaine 2 : premier transfert reçu ; la fille ne travaille plus au marché ; les deux enfants vont à l'espace d'apprentissage.
- Semaine 4 : niveau de risque réévalué à moyen et validé par la superviseure ; suivi toutes les deux semaines.
- Semaine 6 : la mère est localisée dans un site situé à 80 km par une organisation partenaire, grâce au croisement des listes.
- Semaines 6 à 8 : vérification (entretiens séparés, questions croisées, contact téléphonique supervisé), évaluation des conditions de la mère, préparation des enfants ; la fille exprime clairement son souhait de rejoindre sa mère.
- Semaine 8 : réunification accompagnée par les deux organisations, transfert du dossier à l'organisation partenaire selon le protocole de partage, avec le consentement de la mère et l'assentiment des enfants.
Clôture (semaine 20)
L'organisation partenaire conduit des visites à un mois et à trois mois. Les enfants sont scolarisés, la mère reçoit une aide aux moyens d'existence. Les objectifs du plan étant atteints et aucun risque nouveau n'étant identifié, la clôture est proposée par le gestionnaire de cas, validée par la superviseure, et expliquée à la famille avec l'indication des moyens de recontacter les services. Le dossier papier est archivé sous clé et le dossier électronique passe au statut clôturé, selon la durée de conservation prévue par les POS.
Ce que l'exemple montre : un seul signal (absence à l'école) a révélé quatre risques liés ; le plan combine services directs et orientations ; chaque changement de niveau de risque et chaque décision importante sont validés et datés ; la clôture intervient après le suivi post-réunification, pas le jour de la réunification.
8Évaluer et déterminer l'intérêt supérieur de l'enfant
Les Lignes directrices relatives à la procédure de l'intérêt supérieur du HCR (2021) distinguent deux niveaux. L'évaluation de l'intérêt supérieur (EIS) accompagne les décisions courantes de la gestion de cas ; elle est conduite par le gestionnaire de cas, documentée et validée par le superviseur. La détermination de l'intérêt supérieur (DIS) est une procédure formelle, avec des garanties procédurales renforcées, réservée aux décisions qui ont un impact fondamental et durable sur la vie de l'enfant.
Quand une DIS est-elle requise ?
- Identification d'une solution durable pour un enfant non accompagné ou séparé (rapatriement volontaire, intégration locale, réinstallation dans un pays tiers), lorsque les principes applicables l'exigent.
- Décision de séparer un enfant de ses parents contre leur volonté, par exemple en cas de violences graves, en l'absence d'autorité nationale compétente pour statuer.
- Situations où les éléments sont contradictoires et la décision lourde de conséquences, par exemple un désaccord sur la garde d'un enfant réfugié.
Dans un contexte où le système national de protection de l'enfance et la justice fonctionnent, ce sont les autorités compétentes qui prennent ces décisions ; les acteurs humanitaires les appuient. La procédure humanitaire de DIS intervient en complément ou en l'absence de cette capacité.
Les éléments à prendre en compte
| Élément | Questions à documenter |
|---|---|
| Opinions de l'enfant | Que souhaite l'enfant ? Comment l'a-t-il exprimé ? Quel poids lui donner selon son âge et sa maturité ? |
| Préservation de l'environnement familial et des relations | Quels liens avec les parents, frères et sœurs, proches ? Peut-on les maintenir ? |
| Sécurité et protection | Quels risques dans chaque option ? Antécédents de violence ? Menaces extérieures ? |
| Développement et identité | Éducation, santé, langue, culture, religion, continuité de la prise en charge |
| Besoins particuliers | Handicap, santé, conséquences de violences subies |
Le déroulement d'une DIS
- Le superviseur confirme qu'une DIS est nécessaire et désigne un agent qualifié, différent si possible du gestionnaire de cas habituel.
- Recueil d'informations : entretiens avec l'enfant (au moins deux, à quelques jours d'intervalle), avec les parents ou proches, les familles d'accueil, les enseignants, les professionnels de santé ; consultation des dossiers ; recherche familiale achevée ou documentée comme épuisée.
- Rédaction du rapport : faits, opinions de l'enfant, analyse de chaque option au regard des éléments ci-dessus, recommandation motivée.
- Examen par un panel de trois à cinq personnes ayant une expertise en protection de l'enfance (agences, ONG, éventuellement autorités), sans conflit d'intérêts ; le panel peut approuver, rejeter ou demander des informations complémentaires.
- Décision écrite et motivée, communiquée à l'enfant de façon adaptée à son âge, avec la possibilité de demander un réexamen.
- Mise en œuvre et suivi par la gestion de cas.
Les erreurs qui invalident une DIS lors d'un audit : opinion de l'enfant absente ou résumée en une ligne ; recherche familiale non documentée ; options alternatives non analysées ; recommandation rédigée par la même personne qui siège au panel ; absence de date et de signature des membres du panel.
9Gérer l'information de gestion de cas en sécurité
Les dossiers de gestion de cas contiennent parmi les données les plus sensibles de l'action humanitaire. Une fuite peut exposer un enfant à des représailles, à la stigmatisation ou au recrutement. Les Orientations opérationnelles de l'IASC sur la responsabilité des données dans l'action humanitaire (2023) et le Manuel sur la protection des données dans l'action humanitaire (CICR et Brussels Privacy Hub) fixent le cadre général ; le standard 5 des CPMS en précise l'application.
Le système d'information
CPIMS+, développé sur la plateforme Primero avec l'appui de l'UNICEF et de partenaires, permet d'enregistrer les cas, de gérer les orientations entre organisations, de suivre les délais et de produire des statistiques agrégées, avec des droits d'accès par rôle. Pour les violences basées sur le genre, le système dédié GBVIMS+ s'applique, et les deux systèmes sont articulés pour les adolescentes survivantes selon les accords locaux. Lorsque le système électronique n'est pas déployé, un système papier sécurisé reste acceptable : il vaut mieux un classeur sous clé bien géré qu'un tableur partagé non protégé.
Règles minimales
| Domaine | Règle |
|---|---|
| Identification | Code unique par enfant (par exemple : site, année, numéro) utilisé dans tous les échanges ; fiche de correspondance code-nom conservée séparément |
| Stockage papier | Armoire fermée à clé dans une pièce fermée ; clés détenues par le superviseur ; aucun dossier laissé dans un véhicule ou au domicile |
| Stockage électronique | Comptes individuels, mots de passe robustes, chiffrement des appareils, aucune copie sur clé USB ou messagerie personnelle |
| Accès | Selon le principe du besoin d'en connaître : gestionnaire de cas pour ses dossiers, superviseur pour son équipe, gestionnaire de l'information pour les données agrégées |
| Partage | Avec consentement, par le formulaire d'orientation, avec le minimum d'informations ; entre organisations selon un protocole de partage signé |
| Rapports | Données agrégées uniquement ; aucune cellule de tableau inférieure à 5 lorsque la combinaison des variables pourrait permettre une identification |
| Évacuation et urgence | Plan de destruction ou d'évacuation des dossiers en cas de détérioration de la sécurité, avec responsable désigné |
| Conservation | Durée définie dans les POS ; destruction documentée à l'échéance |
Le protocole de partage de l'information
Signé entre les organisations du groupe de coordination, il précise : les finalités du partage, les catégories de données partagées (nominatives pour l'orientation individuelle, agrégées pour la coordination), les modalités (canaux, formats, chiffrement), les responsabilités de chaque signataire, la conduite en cas de violation de données, et les demandes des autorités. Toute demande de liste nominative par une autorité, une force armée ou un bailleur est refusée, sauf obligation légale examinée par la direction et dans l'intérêt supérieur de l'enfant ; on propose des données agrégées.
En cas d'incident de données
- Contenir : récupérer ou bloquer l'accès, changer les mots de passe, effacer à distance si possible.
- Évaluer dans les 24 heures : quelles données, combien d'enfants, quels risques.
- Protéger : informer les gestionnaires de cas concernés, réévaluer le risque pour chaque enfant, adapter les plans de sécurité.
- Notifier selon la procédure interne, le protocole de partage et les obligations contractuelles.
- Tirer les leçons et corriger la procédure.
Erreur fréquente : utiliser une messagerie instantanée de groupe pour coordonner les orientations, avec des photos de formulaires. Même chiffrée, une messagerie conserve les contenus sur des téléphones personnels qui peuvent être perdus, saisis ou consultés par des tiers.
10Erreurs fréquentes, variations de contexte, questions d'entretien et références
Erreurs fréquentes et comment les éviter
| Erreur | Conséquence | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Plusieurs organisations enregistrent les mêmes enfants avec des formulaires différents | Doublons, entretiens répétés, recherche inefficace | Organisation chef de file, formulaires et système communs, croisement régulier |
| Ouverture d'un centre d'accueil pour enfants séparés dès les premiers jours | Effet d'appel (familles qui y déposent des enfants), risques d'abus, difficultés de réunification | Familles élargies et familles d'accueil vérifiées ; accueil collectif de petite taille, temporaire et en dernier recours |
| Réunification sans vérification ni suivi | Remise à un adulte non apparenté ou exploitant | Vérification à au moins deux sources, formulaire signé, visites post-réunification |
| Accepter tous les cas sans tenir compte de la charge | Délais non respectés, dossiers vides, épuisement | Critères d'éligibilité, charge cible, signalement des lacunes au groupe de coordination |
| Plan d'intervention rédigé sans l'enfant | Actions inadaptées, refus de l'enfant | Plan élaboré avec l'enfant, signé ou validé oralement, réexaminé à chaque visite |
| Clôture le jour de la réunification ou du transfert | Rupture de suivi au moment le plus fragile | Clôture après suivi, validée par le superviseur |
Variations selon le contexte
- Afflux soudain : enregistrement rapide limité aux informations essentielles, prise en charge provisoire dans la communauté, enregistrement complet différé de 48 à 72 heures ; priorité aux moins de 5 ans et aux enfants non accompagnés.
- Crise prolongée : articulation avec les services sociaux de l'État, transfert progressif des cas aux travailleurs sociaux nationaux, renforcement du cadre de prise en charge alternative selon les Lignes directrices des Nations unies relatives à la protection de remplacement pour les enfants (2009).
- Milieu urbain : enfants dispersés, familles qui évitent les services par crainte de l'expulsion ; permanences dans des lieux de confiance, visites à domicile discrètes, gestion de cas téléphonique pour le suivi des cas à risque faible.
- Gestion à distance : la gestion de cas à distance est possible pour le suivi et le soutien, avec des précautions : vérification de l'identité de l'interlocuteur, choix du moment où l'enfant est seul et en sécurité, mots de code en cas de danger, aucune information sensible par message écrit ; les cas à risque élevé exigent une présence physique par un partenaire formé.
- Insécurité et groupes armés : la recherche communautaire est suspendue pour les enfants susceptibles d'être recherchés ; les dossiers sont réduits au strict nécessaire et un plan d'évacuation des données est prêt.
- Partenaires à faible capacité : gestion de cas confiée progressivement, en commençant par les cas à risque faible et moyen, avec un accompagnement intensif et une supervision partagée.
Questions d'entretien
| Question | Éléments d'une réponse solide |
|---|---|
| Un convoi arrive avec 40 enfants non accompagnés. Que faites-vous dans les 24 premières heures ? | Mise en sécurité sur place ; enregistrement rapide par l'organisation désignée ; priorisation des plus jeunes et des plus à risque ; prise en charge provisoire dans la communauté ; pas d'institution par défaut ; pas de photos publiques ; lancement de la recherche ; coordination. |
| Comment vérifiez-vous la relation entre un adulte et un enfant de 3 ans avant une réunification ? | Deux sources indépendantes au moins ; questions croisées à l'adulte ; témoins ; documents ; observation de la réaction de l'enfant ; évaluation des risques dans la famille ; DIS si doute ; suivi. |
| Votre équipe a une charge moyenne de 40 cas par gestionnaire. Que faites-vous ? | Analyse des cas actifs ; clôture des cas éligibles ; révision des critères d'éligibilité ; orientation de cas à risque faible vers d'autres services ; demande de ressources argumentée ; information du groupe de coordination ; protection des cas à risque élevé. |
| Quelle est la différence entre une EIS et une DIS ? | Niveau de décision ; garanties procédurales ; panel ; exemples ; rôle des autorités nationales ; références aux lignes directrices du HCR de 2021. |
| Un commandant local vous demande la liste des enfants séparés enregistrés. Que répondez-vous ? | Refus poli et ferme ; explication de la confidentialité et des risques ; proposition de données agrégées ; information immédiate de la hiérarchie ; vérification de la sécurité des dossiers et des équipes. |
| Comment mesurez-vous la qualité de la gestion de cas dans votre programme ? | Respect des délais par niveau de risque ; plans élaborés avec l'enfant ; orientations vérifiées ; revue de dossiers par échantillon ; clôtures avec objectifs atteints ; retours des enfants et des familles ; charge de cas. |
Références essentielles
- CICR, HCR, UNICEF, IRC, Save the Children, World Vision, Principes directeurs interagences relatifs aux enfants non accompagnés ou séparés de leur famille, 2004.
- Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire, Manuel de terrain sur les enfants non accompagnés et séparés et Boîte à outils sur les enfants non accompagnés et séparés, 2017.
- Case Management Task Force, Lignes directrices interagences sur la gestion de cas et la protection de l'enfance, 2014.
- HCR, Lignes directrices relatives à la procédure de l'intérêt supérieur : évaluer et déterminer l'intérêt supérieur de l'enfant, 2021.
- Assemblée générale des Nations unies, Lignes directrices relatives à la protection de remplacement pour les enfants, 2009.
- Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire, Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire, 2019, standards 5, 13, 18 et 19.
- IASC, Orientations opérationnelles sur la responsabilité des données dans l'action humanitaire, 2023.
- CICR et Brussels Privacy Hub, Manuel sur la protection des données dans l'action humanitaire.
- Documentation et guides d'utilisation de CPIMS+ (plateforme Primero).
Le plan avec Amina
Bureau de gestion de cas
Vous êtes gestionnaire de cas.
Amina, 14 ans, séparée de ses parents, vit chez une cousine qui la fait travailler toute la journée. Elle veut retourner à l'école et retrouver sa mère, qui serait dans un autre camp.
Décision 1 sur 3Comment construisez-vous le plan d'intervention ?
Décision 2 sur 3Quelles actions inscrire en priorité ?
Décision 3 sur 3La mère est retrouvée. Avant la réunification, vous :
Ce qu'il faut retenir
Construire le plan avec l'enfant, agir sur toutes ses dimensions et préparer puis suivre la réunification.
Exercice d'application : le premier entretien
Un garçon de 9 ans a été trouvé seul près d'un point de distribution. Rédigez les étapes de votre réaction pendant la première heure : sécurité, informations à recueillir, personnes à informer, mesures de prise en charge provisoire, ce qu'il ne faut pas faire.
À retenir
- Séparé : sans parents mais avec un autre parent ; non accompagné : sans aucun adulte responsable.
- Prévenir la séparation, enregistrer, ne pas déplacer, lancer la RFR ; pas d'adoption en urgence.
- Prise en charge alternative : famille élargie, puis famille d'accueil, centre en dernier recours.
- Gestion de cas : identification, évaluation, plan, mise en œuvre, suivi, clôture.
- Risque élevé : réponse sous 24 heures ; dossiers sécurisés et confidentiels.
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Pour aller plus loin : références de la formation
- Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (2019). Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (CPMS). alliancecpha.org/fr/cpms
- Case Management Task Force, Global Child Protection Working Group (2014). Interagency Guidelines for Case Management and Child Protection. alliancecpha.org
- CICR, HCR, UNICEF, Save the Children, IRC, World Vision (2004). Lignes directrices interagences relatives aux enfants non accompagnés et séparés. www.icrc.org
- UNICEF (2007). Principes de Paris : principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés. www.unicef.org
- Nations unies (1989). Convention relative aux droits de l'enfant. www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-rights-child
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.