Jour 4 sur 4 · 6 heures · Niveau 3 Avancé · Module avancé

Programmes de protection de l'enfance : cas complexes, qualité et coordination

Objectifs du jour
  • Concevoir un programme selon les CPMS.
  • Gérer les cas complexes et la supervision.
  • Coordonner, mesurer la qualité et plaider.

1Concevoir un programme selon les CPMS

Un programme de qualité part d'une évaluation des besoins en protection de l'enfance (souvent conjointe et coordonnée), qui identifie les risques, les capacités des familles et des communautés et les services existants. Il combine prévention et réponse : renforcement des familles, mécanismes communautaires de protection, gestion de cas, soutien psychosocial, et intégration dans les autres secteurs.

Les CPMS servent de référence pour les objectifs, les indicateurs et les actions clés. Les enfants, filles et garçons de différents âges, y compris en situation de handicap, sont consultés à chaque étape.

2Cas complexes et supervision

Certains cas demandent une expertise particulière : violences sexuelles sur enfant, enfants associés aux forces et groupes armés, enfants en détention, réinstallation. Ils impliquent des procédures spécifiques, des panels d'intérêt supérieur et une collaboration étroite avec les services de santé, juridiques et spécialisés.

La supervision régulière des gestionnaires de cas (revue des dossiers, accompagnement, soutien émotionnel) garantit la qualité et prévient l'épuisement. Un ratio raisonnable de cas par gestionnaire (souvent 15 à 25 cas actifs, selon la complexité) est un repère courant.

3Mesurer la qualité et rendre compte

Les indicateurs de qualité suivent les délais de prise en charge, la proportion de plans d'intervention élaborés avec l'enfant, les orientations effectives, les réunifications réussies et les cas clôturés avec objectifs atteints. Les retours des enfants et des familles, recueillis de façon adaptée à l'âge, complètent l'analyse.

Les données sont gérées selon un protocole de partage convenu entre organisations, avec des données agrégées pour les rapports et des audits réguliers des systèmes de gestion de l'information.

4Coordination et plaidoyer

Le groupe de coordination fixe les outils communs, la cartographie des services, les priorités géographiques et les messages de plaidoyer. Le plaidoyer porte sur les violations graves (recrutement, attaques contre les écoles et les hôpitaux, violences sexuelles), signalées notamment via le mécanisme de surveillance et de communication de l'information (MRM) des Nations unies, selon des procédures strictes.

Il porte aussi sur le financement : la protection de l'enfance reste souvent parmi les secteurs les moins financés. Des données solides, anonymisées, et des messages communs augmentent l'impact.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Concevoir un programme de protection de l'enfance : de l'analyse au cadre logique

Un programme de protection de l'enfance solide se reconnaît à un fil logique continu : risques prioritaires issus de l'analyse, théorie du changement explicite, combinaison d'activités de prévention et de réponse à plusieurs niveaux du modèle socio-écologique (enfant, famille, communauté, société), indicateurs tirés des CPMS et du plan de réponse, ressources humaines dimensionnées, budget cohérent. Le standard 4 des CPMS et le standard 14 (approche socio-écologique) en fixent les exigences.

Étape 1 : partir des risques et des causes

Pour chaque risque prioritaire, on construit un arbre à problèmes simple : effets sur l'enfant, risque, causes immédiates, causes sous-jacentes, causes structurelles. On identifie ensuite, à chaque niveau, les capacités existantes (familles, comités communautaires, services de l'État, écoles) à renforcer plutôt qu'à remplacer.

Étape 2 : formuler la théorie du changement

Elle tient en quelques phrases vérifiables : « Si les familles à risque reçoivent un soutien économique et un accompagnement parental, si les filles restent scolarisées et si les leaders communautaires s'engagent publiquement contre le mariage d'enfants, alors le nombre de mariages d'enfants diminuera dans les zones ciblées, à condition que la sécurité permette la fréquentation scolaire. » Les hypothèses (ici, la sécurité) sont suivies et figurent dans la matrice des risques.

Étape 3 : combiner les niveaux d'intervention

NiveauPréventionRéponse
EnfantCompétences de vie, activités de groupe, information sur les risques et les servicesGestion de cas, soutien psychosocial ciblé, prise en charge alternative
FamilleAppui à la parentalité, transferts à finalité de protection, enregistrement des naissancesMédiation familiale, soutien aux familles d'accueil, réunification
CommunautéComités de protection, dialogue avec leaders, mécanismes communautaires de surveillanceMécanismes de repérage et d'orientation, soutien à la réintégration
Société et institutionsPlaidoyer législatif, renforcement des services sociaux de l'État, intégration aux autres secteursJustice adaptée aux enfants, services spécialisés, coordination

Étape 4 : choisir des indicateurs utiles

On distingue les indicateurs de résultat (changement pour les enfants) des indicateurs de produit (services délivrés) et des indicateurs de processus (qualité). Les bailleurs institutionnels proposent des indicateurs standards : la Commission européenne (DG ECHO) utilise des indicateurs clés de résultat pour la protection et l'éducation en situation d'urgence, et le BHA américain fixe des indicateurs obligatoires par sous-secteur dans ses lignes directrices pour les demandes de financement. On les reprend tels quels lorsqu'ils s'appliquent, et on les complète par des indicateurs contextualisés issus des CPMS.

Étape 5 : dimensionner les ressources humaines

Les ressources humaines représentent typiquement 50 à 65 % du budget d'un programme de protection de l'enfance. Les ratios de base : 1 gestionnaire de cas pour 15 à 25 cas actifs, 1 superviseur pour 5 à 8 gestionnaires, 1 animateur pour 15 à 20 enfants par séance, 1 chargé de gestion de l'information pour l'ensemble du programme dès que le volume dépasse quelques centaines de cas. Une erreur classique consiste à budgéter les animateurs mais pas la supervision, la gestion de l'information, la formation continue et le soin du personnel.

Test de cohérence à faire avant de soumettre une proposition : chaque risque prioritaire de l'analyse a-t-il au moins une activité de prévention et une activité de réponse ? Chaque activité a-t-elle un indicateur, un responsable et une ligne budgétaire ? Le nombre de cas annoncé est-il compatible avec le nombre de gestionnaires budgétés ?

6Exemple complet : la proposition de programme pour le district de Malenga

Le cas suivant est fictif. Il montre la construction d'une proposition de 12 mois pour un bailleur institutionnel, à partir d'une analyse conjointe.

Le contexte et les priorités

Le district de Malenga accueille 65 000 personnes déplacées, dont environ 35 000 enfants, dans quatre sites et des communautés hôtes. L'analyse conjointe du sous-groupe a retenu trois risques prioritaires : séparation familiale (estimée à 700 enfants non accompagnés et séparés, dont 410 enregistrés), mariage d'enfants (hausse rapportée dans 9 discussions de groupe sur 12) et détresse psychosociale (aucun service structuré dans deux sites). La 4W montre qu'une autre ONG couvre déjà les activités de groupe dans deux sites ; l'organisation se positionne donc sur la gestion de cas pour tout le district et sur les activités de groupe dans les deux sites non couverts.

Le cadre logique simplifié

NiveauÉnoncéIndicateurRéférenceCibleSource
Objectif spécifiqueLes enfants à risque ou victimes du district de Malenga sont mieux protégés et leur bien-être s'améliorePourcentage d'enfants suivis en gestion de cas dont le niveau de risque a diminué à la clôture075 %CPIMS+, revue de dossiers
Résultat 1Les enfants non accompagnés et séparés bénéficient d'une prise en charge familiale et sont réunifiés lorsque c'est dans leur intérêtPourcentage d'enfants non accompagnés en prise en charge familiale ; nombre de réunifications vérifiées et suivies62 % ; 090 % ; 180CPIMS+
Résultat 2Les enfants à risque élevé reçoivent une gestion de cas de qualitéPourcentage de cas à risque élevé évalués dans les 24 heures ; pourcentage de dossiers conformes lors des revuesNon mesuré90 % ; 85 %CPIMS+, grille de revue
Résultat 3Les adolescentes à risque de mariage et leurs familles bénéficient d'un soutien qui réduit ce risquePourcentage d'adolescentes suivies non mariées à 6 mois et scolariséesÀ établir80 %Gestion de cas, registres scolaires
Résultat 4Les enfants de deux sites participent à des activités de groupe qui améliorent leur bien-êtrePourcentage de participants dont le score de bien-être s'améliore entre début et fin de cycleMesure au démarrage60 %Outil de bien-être contextualisé

Le dimensionnement

Volume prévu : 900 enfants en gestion de cas sur 12 mois, durée moyenne de 4 mois, soit environ 300 cas actifs simultanés. Avec une charge cible de 20 cas, il faut 15 gestionnaires de cas, 2 superviseurs, 1 coordinateur et 1 chargé de gestion de l'information. Activités de groupe : 2 sites, 1 200 enfants par cycle, 4 cycles ; 24 animateurs communautaires (dont 50 % de femmes) et 2 superviseurs. Transferts à finalité de protection : 250 ménages, 6 mois, 35 unités par mois.

Le budget résumé (en unités monétaires de référence)

PosteCalculMontantPart
Personnel gestion de cas (15 gestionnaires, 2 superviseurs, 1 coordinateur, 1 chargé GI)Salaires et charges sur 12 mois342 00037 %
Personnel activités de groupe (24 animateurs, 2 superviseurs)Indemnités et salaires sur 12 mois118 00013 %
Transferts à finalité de protection250 ménages, 35 par mois, 6 mois, plus 8 % de frais56 7006 %
Réunification et prise en charge alternativeTransport, kits, appui aux familles d'accueil (environ 260 familles)74 0008 %
Matériel d'activités et aménagement de deux espacesForfaits par site et par cycle46 0005 %
Formation, supervision technique, soin du personnelFormations initiales, recyclages, soutien psychologique externe38 0004 %
Gestion de l'information et sauvegardeLicences et hébergement, tablettes chiffrées, armoires, formation27 0003 %
Suivi, évaluation et redevabilitéMesures de bien-être, revue de dossiers, mécanisme de retour, évaluation finale31 0004 %
Logistique, transport, sécuritéVéhicules, carburant, communications68 0007 %
Coûts d'appui et indirects7 % des coûts directs, selon les règles du bailleur60 6007 %
Autres coûts directs (bureaux, personnel d'appui)Quote-part65 0007 %
Total926 300100 %

Coût moyen par enfant en gestion de cas, calculé sur les postes directs de gestion de cas, transferts et réunification : environ 525 unités ; coût par participant aux activités de groupe : environ 34 unités par cycle (personnel et matériel des activités divisés par 4 800 participations). Ces ratios sont présentés au bailleur avec leur justification, car une gestion de cas de qualité coûte nécessairement beaucoup plus par enfant que des activités de groupe.

Le raisonnement présenté au bailleur

  • Complémentarité démontrée par la 4W, pas de doublon avec l'autre ONG.
  • Charge de cas et ratio de supervision justifiés par les Lignes directrices interagences.
  • Transferts réservés aux cas suivis, avec stratégie de sortie vers le filet social national.
  • Formation de 6 travailleurs sociaux de l'État intégrée au programme, avec co-gestion progressive des cas à risque faible au second semestre.
  • Risques et atténuation : accès (gestion à distance avec partenaires communautaires), sécurité des données (plan d'évacuation), rotation du personnel (soin du personnel budgété).

7Cas complexes : procédures spécifiques et supervision clinique

Certains cas dépassent la compétence d'un gestionnaire de cas généraliste. Ils exigent des procédures écrites, des compétences spécifiques et une supervision rapprochée. Les POS doivent les prévoir avant qu'ils ne se présentent.

Enfants survivants de violences sexuelles

Les lignes directrices Prendre soin des enfants survivants d'abus sexuels (IRC et UNICEF, 2012) sont la référence. Points clés :

  • Urgence médicale : orientation immédiate pour la prise en charge clinique, la prophylaxie post-exposition au VIH dans les 72 heures, la contraception d'urgence dans les 120 heures pour les adolescentes, le traitement des infections et des blessures ; l'examen est réalisé par un personnel formé à l'examen des enfants.
  • Entretien : un seul entretien approfondi si possible, mené par une personne formée, avec des questions ouvertes et non suggestives ; pas de confrontation avec l'auteur présumé.
  • Consentement : selon l'âge et la maturité ; lorsque le parent est l'auteur présumé ou complice, un autre adulte de confiance ou le gestionnaire de cas agit dans l'intérêt supérieur.
  • Articulation VBG : pour les adolescentes, les POS locales précisent qui est le chef de file (gestion de cas PE ou VBG) ; on évite les doubles prises en charge.
  • Signalement obligatoire : lorsque la loi nationale impose un signalement aux autorités, on informe l'enfant et la famille avant de signaler, on évalue les risques que le signalement crée, et la décision est prise avec le superviseur et documentée. Les POS du groupe de coordination expliquent comment concilier l'obligation légale et l'intérêt supérieur lorsque les services de police ou de justice sont eux-mêmes dangereux.

Enfants en détention et en conflit avec la loi

La CDE (articles 37 et 40), les Règles de Beijing (1985), les Règles de La Havane (1990) et l'Observation générale n° 24 du Comité des droits de l'enfant (2019), qui recommande un âge minimum de responsabilité pénale d'au moins 14 ans, fixent les principes : détention en dernier recours et pour la durée la plus courte, séparation des adultes, accès à un avocat et à la famille, mesures alternatives et déjudiciarisation. Le standard 20 des CPMS (justice pour enfants) oriente l'action humanitaire : visites, plaidoyer, assistance juridique, préparation de la sortie et réintégration.

Autres situations complexes

SituationSpécificitésCe qu'il faut prévoir
Ménage dirigé par un enfantResponsabilités d'adulte, exposition à l'exploitationSoutien à domicile, adulte référent de la communauté, accès prioritaire aux distributions, scolarisation des plus jeunes
Enfant handicapé séparéRisque accru de placement en institution et de violencesÉvaluation du fonctionnement, familles d'accueil formées, services de réadaptation, communication adaptée
Cas transfrontalierJuridictions multiples, recherche internationaleCoordination avec le HCR et le CICR, DIS si une solution durable est en jeu
Auteur mineur de violencesL'enfant est à la fois à risque et source de risqueDeux dossiers distincts et deux gestionnaires différents si la victime est aussi suivie, approche éducative, justice pour mineurs
Idées suicidairesUrgence vitalePlan de sécurité, orientation spécialisée dans les 24 à 48 heures, suivi rapproché, information des proches si sûr

La supervision clinique

La supervision combine trois fonctions : technique (qualité des évaluations et des plans, conformité aux POS), formative (développement des compétences) et de soutien (charge émotionnelle). Un dispositif type :

ModalitéFréquenceContenu
Supervision individuelleToutes les deux semaines, 60 minutesRevue de 3 à 5 dossiers, difficultés, plan de développement
Discussion de cas en équipeHebdomadaireUn cas complexe présenté de façon anonymisée, recherche collective de solutions
Observation directeTrimestrielle par gestionnaireEntretien observé avec accord de l'enfant, grille d'observation, retour
Revue de dossiersMensuelleÉchantillon aléatoire et tous les cas à risque élevé, grille de conformité
Supervision d'urgenceÀ la demande, 24 h sur 24Décisions sur les cas à risque élevé hors heures ouvrables

Un superviseur qui gère lui-même une charge de cas complète ne supervise plus. Dans les budgets, la supervision est un poste à part entière, pas une tâche ajoutée au gestionnaire le plus expérimenté.

8Mesurer la qualité et rendre compte aux enfants

La qualité d'un programme de protection de l'enfance ne se démontre pas avec des chiffres d'activité. Elle se démontre par des données de processus (les procédures sont-elles respectées ?), des données de résultat (la situation des enfants s'améliore-t-elle ?) et des retours des enfants et des familles. La Norme humanitaire fondamentale (CHS) fournit le cadre de redevabilité, et le standard 6 des CPMS et les outils d'évaluation des pratiques de gestion de cas développés par le groupe de travail interagences complètent le dispositif.

Le tableau de bord de qualité de la gestion de cas

IndicateurCalculSeuil d'alerteSource
Délai d'évaluation des cas à risque élevéCas évalués dans les 24 h divisés par cas à risque élevé identifiésMoins de 85 %Système d'information
Plans élaborés avec l'enfantDossiers avec trace de la participation de l'enfant divisés par dossiers revusMoins de 90 %Revue de dossiers
Orientations aboutiesOrientations avec confirmation du service reçu divisées par orientations émisesMoins de 70 %Registre d'orientation
Charge de casCas actifs divisés par gestionnaires en postePlus de 25Système d'information
Clôtures avec objectifs atteintsClôtures pour objectifs atteints divisées par clôtures totalesMoins de 60 % (analyser les clôtures pour perte de contact)Système d'information
SupervisionSéances individuelles réalisées divisées par séances prévuesMoins de 80 %Registre de supervision

La revue de dossiers

Une grille de revue comporte une vingtaine de critères répartis par étape : consentement documenté, niveau de risque justifié et validé, évaluation complète, plan avec objectifs, responsables et échéances, trace de la participation de l'enfant, suivi conforme à la fréquence prévue, orientations avec retour, décision de clôture validée. Chaque critère est noté conforme ou non conforme, et le score de conformité par gestionnaire alimente la supervision formative, pas une sanction.

Des mécanismes de retour adaptés aux enfants

  • Boîtes à suggestions avec dessins ou symboles pour les plus jeunes, relevées par deux personnes et jamais par l'animateur concerné.
  • Séances de retour trimestrielles avec des groupes d'enfants, sur leur satisfaction et leur sentiment de sécurité dans les activités.
  • Comités d'adolescents consultés sur les changements de programme.
  • Questionnaire court de satisfaction à la clôture de chaque dossier, administré par une personne autre que le gestionnaire de cas.
  • Canal distinct, connu des enfants, pour les plaintes graves relevant de la sauvegarde.

Les retours sont enregistrés, classés, traités dans un délai fixé, et l'organisation rend compte de ce qu'elle a changé. Les auditeurs vérifient la boucle complète, pas seulement l'existence du mécanisme.

Ce que vérifient un évaluateur ou un auditeur

  • Cohérence entre les chiffres rapportés au bailleur et les données du système d'information.
  • Un échantillon de dossiers physiques ou électroniques, consulté dans des conditions de confidentialité (l'évaluateur externe n'accède en principe qu'à des dossiers anonymisés, ou sous engagement de confidentialité).
  • Les registres de supervision, de formation et de sauvegarde.
  • Les résultats de bien-être et leur méthode de mesure.
  • Les entretiens avec des enfants, des familles et des partenaires, menés selon des règles éthiques.

9Plaidoyer et mécanisme de surveillance des violations graves

Le plaidoyer en protection de l'enfance cible des changements précis chez des acteurs précis : une loi, une pratique des forces de sécurité, une allocation budgétaire, une politique d'un bailleur. Il s'appuie sur des données agrégées vérifiées et se coordonne au sein du DdR pour parler d'une seule voix. Le standard 3 des CPMS (communication, plaidoyer et médias) en fixe les règles éthiques.

Le mécanisme de surveillance et de communication de l'information (MRM)

Créé par la résolution 1612 (2005) du Conseil de sécurité, le MRM documente six violations graves commises contre les enfants dans les situations de conflit armé : le meurtre et la mutilation, le recrutement et l'utilisation, les violences sexuelles, l'enlèvement, les attaques contre les écoles et les hôpitaux, et le refus de l'accès humanitaire. Il est mis en place dans les situations inscrites à l'ordre du jour du Représentant spécial du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé. L'équipe spéciale de pays de surveillance et de communication de l'information est coprésidée par le plus haut représentant des Nations unies dans le pays et par l'UNICEF.

ÉlémentFonctionnement
CollecteInformations transmises par des partenaires formés (agences, ONG), selon des formulaires et des canaux sécurisés
VérificationPar les Nations unies, selon des normes de vérification strictes ; seules les violations vérifiées figurent dans les rapports
RapportsNotes horizontales périodiques, rapports pays du Secrétaire général, rapport annuel du Secrétaire général sur le sort des enfants en temps de conflit armé, avec annexes listant les parties responsables de certaines violations
SuitesGroupe de travail du Conseil de sécurité sur le sort des enfants en temps de conflit armé, plans d'action signés avec les parties, conditions de radiation des annexes

Pour une ONG partenaire, les règles sont strictes : la sécurité de la victime, des témoins et du personnel prime sur la documentation ; on ne collecte qu'avec un consentement éclairé ; on oriente toujours vers les services avant ou en même temps que la documentation ; on ne transmet rien par des canaux non sécurisés ; on ne communique jamais publiquement sur un incident en cours de vérification. Les ONG qui ne sont pas formées au MRM transmettent simplement l'information au point focal désigné, sans enquêter.

Construire une stratégie de plaidoyer

  1. Problème : formulé à partir des données (par exemple : 38 % des enfants interceptés par les forces de sécurité restent détenus plus de 72 heures avant d'être remis aux acteurs civils).
  2. Objectif : changement précis et daté (adoption et application d'un protocole de remise dans un délai de 48 heures d'ici six mois).
  3. Cibles : décideurs (ministère de la défense, état-major), influenceurs (coordonnateur humanitaire, bailleurs, missions diplomatiques).
  4. Messages : un message principal, trois arguments chiffrés, une demande claire, adaptés à chaque cible.
  5. Canaux : plaidoyer privé d'abord, réunions bilatérales, notes confidentielles, puis, si nécessaire et après analyse des risques, communication publique coordonnée.
  6. Suivi : indicateurs de progrès (rencontres obtenues, engagements, textes adoptés, pratiques constatées).

Plaider pour le financement

La protection de l'enfance figure régulièrement parmi les domaines les moins financés des plans de réponse humanitaire, alors que les besoins augmentent. Le DdR PE publie des analyses de financement qui aident à argumenter. Un plaidoyer efficace auprès des bailleurs présente : le nombre d'enfants dans le besoin et ciblés, le coût par enfant des interventions, les conséquences chiffrées des lacunes (par exemple : nombre d'enfants non accompagnés sans gestion de cas), et les gains d'intégration avec l'éducation, la santé et les transferts monétaires.

Le plaidoyer ne doit jamais exposer un enfant. Les études de cas sont anonymisées et modifiées de façon à rendre l'enfant non identifiable, avec consentement éclairé, et validées par le point focal sauvegarde avant toute diffusion.

10Erreurs fréquentes, variations de contexte, questions d'entretien et références

Erreurs fréquentes et comment les éviter

ErreurConséquenceBonne pratique
Proposition fondée sur une liste d'activités plutôt que sur une analyse des risquesProgramme dispersé, impact difficile à démontrerFil logique risques, théorie du changement, activités, indicateurs
Supervision non budgétéeQualité non garantie, épuisementPostes de superviseurs, temps et budget dédiés
Indicateurs uniquement de produit (« 2 000 enfants touchés »)Aucune preuve de changement pour les enfantsIndicateurs de résultat et de qualité, mesures avant et après
Cas complexes traités sans procédure spécifiqueDécisions improvisées, risques pour l'enfant et l'organisationPOS spécifiques, supervision d'urgence, formation ciblée
Transmission d'informations sur des violations graves par messagerie personnelleDanger pour les victimes, témoins et équipesCanaux sécurisés du MRM, points focaux formés
Communication publique sur une violation non vérifiéePerte de crédibilité, représailles, perte d'accèsVérification par les canaux prévus, coordination des messages
Ignorer le système nationalProgramme sans pérennité, institutions affaibliesAssocier les travailleurs sociaux de l'État dès la conception, plan de transfert

Variations selon le contexte

  • Crise soudaine : programme initial de 3 à 6 mois centré sur la séparation, les PSP, l'intégration dans les autres secteurs et la mise en place de la gestion de cas ; révision à partir de l'analyse conjointe.
  • Crise prolongée : programmes pluriannuels, renforcement du système national (cadre juridique, effectifs de travailleurs sociaux, services de justice pour enfants), articulation avec le développement et la protection sociale.
  • Camp : gestion de cas par zones, coordination quotidienne avec la gestion de camp, comités d'enfants.
  • Milieu urbain : partenariats avec les services municipaux, permanences dans les écoles et centres de santé, outils de repérage dans les quartiers.
  • Gestion à distance : délégation aux partenaires locaux avec des POS adaptées, supervision téléphonique et visites conjointes périodiques, vérification indépendante par un tiers ; les cas à risque élevé exigent une capacité de présence physique.
  • Insécurité : profil discret, minimisation des données, plans d'évacuation des dossiers, analyses de risques pour chaque activité de plaidoyer.
  • Partenaires locaux à faible capacité : évaluation des capacités, plan de renforcement, financement des coûts de structure (supervision, sauvegarde, gestion de l'information), accompagnement vers la direction de la coordination locale, conformément aux engagements de localisation du Grand Bargain.

Questions d'entretien

QuestionÉléments d'une réponse solide
Vous devez concevoir en deux semaines un programme de protection de l'enfance de 12 mois. Comment procédez-vous ?Analyse existante et 4W ; risques prioritaires ; théorie du changement ; niveaux socio-écologiques ; indicateurs CPMS et bailleur ; dimensionnement des effectifs à partir des ratios ; budget avec supervision, gestion de l'information et sauvegarde ; stratégie de sortie.
Comment gérez-vous un cas de violence sexuelle sur une fille de 11 ans dont l'auteur présumé est l'oncle chez qui elle vit ?Sécurité immédiate ; soins médicaux dans les délais ; entretien unique par personne formée ; consentement par un autre adulte de confiance ; prise en charge alternative sûre ; obligations de signalement et analyse de risques ; coordination VBG ; supervision.
Quelle est votre approche de la supervision des gestionnaires de cas ?Trois fonctions ; ratio ; fréquence ; revue de dossiers ; discussion de cas ; observation ; supervision d'urgence ; soin du personnel ; supervision budgétée.
Un partenaire vous rapporte l'enlèvement de trois enfants par un groupe armé. Que faites-vous ?Sécurité et orientation des familles et des enfants retrouvés ; transmission par le canal sécurisé au point focal MRM ; aucune enquête non mandatée ; aucune communication publique ; information de la hiérarchie ; analyse de sécurité pour les équipes.
Comment démontrez-vous la qualité d'un programme de gestion de cas à un bailleur ?Tableau de bord de qualité avec seuils ; revue de dossiers ; résultats pour les enfants ; retours des enfants et familles ; cohérence des données ; plan d'amélioration.
Comment préparez-vous la transition d'un programme vers le système national ?Analyse du système ; association des travailleurs sociaux dès le début ; formation et accompagnement ; cogestion progressive des cas ; transfert des dossiers selon le protocole ; plaidoyer pour les effectifs et le budget public.

Références essentielles

  • Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire, Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire, 2019, notamment les standards 3, 4, 6, 14, 18 et 20.
  • IRC et UNICEF, Prendre soin des enfants survivants d'abus sexuels : lignes directrices pour les prestataires de services de santé et psychosociaux en situation humanitaire, 2012.
  • Case Management Task Force, Lignes directrices interagences sur la gestion de cas et la protection de l'enfance, 2014, et outils associés de supervision et d'évaluation des pratiques.
  • Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 1612 (2005) et résolutions ultérieures ; Bureau du Représentant spécial du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé et UNICEF, Manuel de terrain du MRM et lignes directrices associées.
  • Nations unies, Ensemble de règles minima concernant l'administration de la justice pour mineurs (Règles de Beijing), 1985 ; Règles pour la protection des mineurs privés de liberté (Règles de La Havane), 1990 ; Comité des droits de l'enfant, Observation générale n° 24 sur les droits de l'enfant dans le système de justice pour enfants, 2019.
  • CHS Alliance, Groupe URD et Projet Sphère, Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité, 2024.
  • Commission européenne, DG ECHO, Document d'orientation thématique sur la protection humanitaire et indicateurs clés de résultat ; USAID BHA, lignes directrices pour les demandes de financement d'urgence, section protection.
  • DdR Protection de l'enfance, Manuel de coordination de la protection de l'enfance et analyses de financement de la protection de l'enfance.
  • Engagements du Grand Bargain (2016) relatifs à la localisation.

Exercice d'application : le cadre logique de protection de l'enfance

Pour un camp de 30 000 personnes, rédigez un objectif, trois résultats (prévention communautaire, gestion de cas, soutien psychosocial) et deux indicateurs par résultat, en vous appuyant sur les CPMS. Une page maximum.

À retenir

  • Programme fondé sur une évaluation, combinant prévention, réponse et intégration.
  • Cas complexes : procédures spécifiques, panels d'intérêt supérieur, services spécialisés.
  • Supervision régulière et charge de cas raisonnable.
  • Indicateurs de qualité, retours des enfants, protocole de partage des données.
  • Coordination, outils communs et plaidoyer sur les violations graves et le financement.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Alliance pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (2019). Standards minimums pour la protection de l'enfance dans l'action humanitaire (CPMS). alliancecpha.org/fr/cpms
  2. Case Management Task Force, Global Child Protection Working Group (2014). Interagency Guidelines for Case Management and Child Protection. alliancecpha.org
  3. CICR, HCR, UNICEF, Save the Children, IRC, World Vision (2004). Lignes directrices interagences relatives aux enfants non accompagnés et séparés. www.icrc.org
  4. UNICEF (2007). Principes de Paris : principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés. www.unicef.org
  5. Nations unies (1989). Convention relative aux droits de l'enfant. www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-rights-child

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1La supervision des gestionnaires de cas sert à :
2Le MRM des Nations unies concerne :
3Un bon indicateur de qualité en gestion de cas est :

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