Jour 4 sur 4 · 6 heures · Niveau 3 Avancé · Module avancé

Stratégie de protection, plaidoyer et données sensibles

Objectifs du jour
  • Contribuer à une stratégie de protection de l'EHP centrée sur des risques prioritaires.
  • Concevoir un plaidoyer de protection qui réduit le risque sans exposer les personnes.
  • Encadrer la gestion et le partage des données sensibles de protection.

1La stratégie de protection de l'EHP

La Politique de l'IASC de 2016 demande à chaque EHP d'adopter une stratégie de protection pluriannuelle. Une bonne stratégie retient deux à quatre risques prioritaires issus de l'analyse (par exemple : retours forcés, privation délibérée d'accès à l'assistance, attaques contre les civils), fixe des résultats collectifs mesurables, attribue des responsabilités à chaque secteur et aux dirigeants, et prévoit un suivi régulier.

Le cluster Protection en est le moteur technique, mais la stratégie appartient au coordonnateur humanitaire et à l'EHP : c'est à leur niveau que se portent les messages auprès des autorités, des parties au conflit et des missions de maintien de la paix.

2Le plaidoyer de protection

Le plaidoyer vise un changement de comportement ou de politique de la part d'un porteur d'obligations. On distingue plusieurs modes d'action, décrits notamment par le CICR : la persuasion (dialogue bilatéral et confidentiel), la mobilisation d'acteurs influents, la dénonciation publique en dernier recours, le soutien aux autorités qui veulent agir et la substitution lorsque les services manquent.

Chaque option se choisit après une analyse des risques : un message public peut entraîner des représailles contre les témoins ou la perte d'accès. Un plaidoyer efficace est fondé sur des données vérifiées, formule une demande précise et réaliste, s'adresse à la bonne cible et est porté au bon niveau, souvent collectivement par le cluster ou le coordonnateur humanitaire.

3Gérer et partager les données sensibles

Les principes de gestion de l'information de protection (PIM) et les orientations opérationnelles de l'IASC sur la responsabilité des données s'appliquent à toute la chaîne : collecte, stockage, analyse, partage, conservation et destruction. Les outils clés : une évaluation d'impact sur la protection des données avant tout nouveau système, des accords de partage de données qui précisent la finalité, le niveau d'agrégation et les mesures de sécurité, et une classification de la sensibilité des jeux de données.

Les données d'incidents de VBG ne circulent que selon les protocoles du système de gestion de l'information sur la VBG (GBVIMS) et les accords du DdR. Même des données agrégées peuvent être sensibles : l'emplacement d'un groupe ethnique ou d'un camp peut devenir une cible. Avant de partager, on se demande toujours qui pourrait utiliser cette information pour nuire.

4Mesurer les résultats de protection

L'approche de la protection axée sur les résultats, promue notamment par InterAction, invite à mesurer la réduction du risque plutôt que le volume d'activités. Un résultat se formule en termes de changement pour les personnes : moins d'incidents, moins de stratégies d'adaptation négatives, plus d'accès effectif aux documents ou aux services.

Concrètement : définir une base de référence, suivre quelques indicateurs de résultat combinant données quantitatives et perceptions des communautés (sentiment de sécurité, confiance dans les services), réviser la stratégie quand le contexte change, et documenter les effets imprévus, y compris négatifs.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Élaborer la stratégie de protection de l'EHP : processus, calendrier et contenu

Une stratégie de protection de l'EHP n'est pas un document du cluster Protection : c'est un engagement collectif des dirigeants humanitaires sur un petit nombre de risques que seule une action concertée peut réduire. Sa valeur dépend autant du processus (qui s'engage, comment les décisions sont prises) que du texte. Les orientations du Global Protection Cluster et de l'IASC sur la stratégie de protection de l'EHP proposent un processus que l'on peut conduire en trois à quatre mois.

Le processus en six étapes

ÉtapeContenuResponsableDurée indicative
1. Décision et mandatL'EHP décide d'élaborer ou de réviser sa stratégie ; désignation d'un groupe de rédaction (cluster Protection, OCHA, deux ou trois agences et ONG, un représentant des ONG nationales, le cas échéant le HCDH et la mission)Coordonnateur humanitaireUne réunion
2. Analyse communeSynthèse des analyses existantes (PAF, aperçu des besoins, analyses de conflit, rapports des droits de l'homme) ; consultations ciblées des communautés et des organisations localesCluster Protection avec OCHA4 à 6 semaines
3. PriorisationAtelier avec les chefs d'agence : choix de 2 à 4 risques prioritaires, selon la gravité, l'ampleur, et la valeur ajoutée d'une action collectiveEHPUne journée
4. Résultats et plan d'actionPour chaque risque : résultat collectif, actions par acteur (agences, clusters, coordonnateur humanitaire), messages de plaidoyer, indicateursGroupe de rédaction3 à 4 semaines
5. AdoptionValidation formelle par l'EHP ; décision sur la diffusion (document interne, résumé public)EHPUne réunion
6. SuiviRevue trimestrielle en EHP ; révision annuelle ou après un changement majeur de contexteCoordonnateur humanitaire, cluster Protection en appuiContinu

Critères pour retenir un risque prioritaire

  • Gravité et ampleur : préjudice grave, touchant un nombre important de personnes ou un groupe entier.
  • Dimension collective : le risque ne peut pas être réduit par un seul cluster ou une seule organisation ; il exige le poids de l'EHP ou du coordonnateur humanitaire.
  • Possibilité d'influence : il existe des leviers réalistes (autorités sensibles à certains arguments, bailleurs mobilisables, mission de paix présente).
  • Lien avec la programmation : plusieurs secteurs peuvent modifier leurs programmes pour réduire le risque.

Des risques graves peuvent ne pas être retenus parce qu'ils sont déjà bien pris en charge par un acteur spécialisé ; cela doit être expliqué dans le document pour éviter les malentendus.

Structure type d'une stratégie (8 à 15 pages)

  1. Résumé d'une page pour les dirigeants.
  2. Contexte et analyse succincte des risques de protection.
  3. Risques prioritaires retenus, avec justification.
  4. Pour chaque risque : résultat collectif attendu, actions et responsables, messages de plaidoyer et cibles, indicateurs et sources.
  5. Responsabilités transversales (intégration de la protection, redevabilité, PEAS).
  6. Dispositif de suivi et de révision.
  7. Gestion des risques liés à la stratégie elle-même (accès, sécurité du personnel, relations avec les autorités).

Outil : fiche de risque prioritaire

RubriqueContenu attendu
RisqueFormulation précise selon l'équation du risque
Résultat collectif à 12 moisChangement mesurable pour les personnes, par exemple « les retours depuis les sites du district X sont volontaires et informés, et aucun ménage n'est transporté vers une zone non décontaminée »
Actions du coordonnateur humanitaire et de l'EHPDémarches de haut niveau, positions communes, engagement avec les bailleurs
Actions des clustersPar cluster, deux ou trois engagements précis et chiffrés
PlaidoyerCibles, demandes, mode d'action, messagers
IndicateursDeux à quatre indicateurs de résultat, base de référence, cible, source, fréquence
Hypothèses et risquesCe qui pourrait empêcher le résultat et comment y répondre

Une stratégie qui retient huit risques prioritaires n'en a aucun. La discipline de la priorisation est la condition pour que les chefs d'agence et le coordonnateur humanitaire s'approprient réellement les messages.

6Construire un plan de plaidoyer de protection

Le plaidoyer de protection obéit à la même rigueur que la programmation : analyse, objectif, cibles, stratégie, mise en œuvre, suivi. La différence tient à la gestion des risques : un plaidoyer mal calibré peut exposer des témoins, provoquer des représailles, entraîner l'expulsion d'une organisation ou la suspension de l'accès humanitaire.

Les huit étapes d'un plan de plaidoyer

  1. Problème : le risque prioritaire, formulé précisément, avec ses causes.
  2. Objectif : le changement de politique, de pratique ou de comportement attendu d'une cible identifiée, dans un délai donné. Exemple : « D'ici trois mois, le gouverneur suspend les transports organisés vers les villages non décontaminés et met en place une commission conjointe d'évaluation des zones de retour. »
  3. Analyse des acteurs et du pouvoir : qui décide, qui influence le décideur, quelle est sa position, quel est son intérêt ?
  4. Demandes : précises, réalistes, fondées sur les normes et sur des données vérifiées, et formulées de manière à permettre au destinataire d'agir sans perdre la face.
  5. Mode d'action et messagers : persuasion, mobilisation, dénonciation, ou combinaison séquencée ; choix du messager le plus crédible (coordonnateur humanitaire, chef d'agence, ambassadeur d'un bailleur, autorité religieuse, ONG nationale).
  6. Analyse des risques : pour les personnes concernées, les sources, le personnel, l'accès, les partenaires locaux.
  7. Plan de mise en œuvre : calendrier, réunions, documents, cohérence des messages entre organisations.
  8. Suivi et évaluation : indicateurs de processus (rencontres obtenues, engagements pris) et de résultat (changement effectif de pratique, effet sur les personnes).

Outil : matrice d'analyse des cibles

ActeurPouvoir sur la décision (faible, moyen, fort)Position actuelle (opposé, neutre, favorable)Intérêts et préoccupationsApproche
Décideur principalPersuasion directe, demandes réalistes
Acteurs d'influence favorablesMobilisation, coordination des messages
Acteurs d'influence neutresInformation, arguments adaptés à leurs intérêts
Acteurs opposésComprendre les préoccupations, éviter la confrontation inutile

Choisir le mode d'action : une grille de décision

QuestionSi oui
Le porteur d'obligations est-il disposé à agir mais manque de moyens ?Soutien (appui technique, formation, ressources), éventuellement substitution temporaire
Le porteur d'obligations est-il accessible et réceptif au dialogue ?Persuasion bilatérale et confidentielle en priorité
La persuasion a-t-elle échoué malgré des démarches répétées et documentées ?Mobilisation d'acteurs influents (États, organisations régionales, autorités religieuses)
Les violations sont-elles graves, répétées, et les autres modes ont-ils échoué ?Dénonciation publique envisageable, après analyse des risques et accord des dirigeants, en principe portée par des acteurs dont le mandat le permet

Le CICR rappelle que la dénonciation publique n'est envisagée qu'à des conditions strictes : violations majeures et répétées, démarches confidentielles restées sans effet, et intérêt des personnes touchées. Pour les autres organisations, la question n'est pas de s'interdire toute parole publique, mais de la choisir en connaissance des risques et en coordination.

Les leviers propres au système des Nations unies

  • Mécanisme de surveillance et de communication de l'information sur les violations graves contre les enfants (résolution 1612 du Conseil de sécurité, 2005) : six violations graves (meurtres et mutilations, recrutement et utilisation, violences sexuelles, attaques contre les écoles et les hôpitaux, enlèvements, déni d'accès humanitaire) ; les parties citées dans les annexes du rapport annuel du Secrétaire général peuvent négocier des plans d'action.
  • Arrangements de suivi, d'analyse et de communication de l'information sur les violences sexuelles liées aux conflits (résolution 1960 du Conseil de sécurité, 2010).
  • Rapports et briefings au Conseil de sécurité sur la protection des civils, et rapports des procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme, dont le Rapporteur spécial sur les droits des personnes déplacées.
  • Politique de diligence voulue en matière de droits de l'homme (2011), applicable au soutien de l'ONU aux forces de sécurité non onusiennes.

Un plaidoyer de protection efficace demande souvent peu : une demande précise, adressée à la bonne personne par le bon messager, appuyée par des données que le destinataire ne peut pas contester. La plupart des échecs viennent de demandes trop générales (« respecter le droit international ») qui ne donnent au décideur aucune action concrète à prendre.

7Exemple complet : stratégie et plaidoyer face aux retours sous pression à Valdane

Ce cas fictif suit l'EHP d'un pays imaginaire face à une politique de fermeture des sites de déplacés, de l'analyse jusqu'à l'évaluation des résultats à six mois.

Situation

Dans la province de Valdane, 84 000 PDI vivent dans 22 sites. Le gouvernement annonce la fermeture de tous les sites dans un délai de 60 jours, dans le cadre d'un programme de « normalisation » soutenu par un fonds de reconstruction. Les données disponibles :

  • Enquête d'intentions (1 450 ménages, avec sessions d'information préalables) : 23 % souhaitent rentrer dans les six mois, 41 % préfèrent l'intégration locale, 36 % sont indécis ; 74 % citent l'insécurité comme obstacle principal.
  • L'opérateur de déminage a enquêté 9 des 31 villages d'origine ; 6 présentent une contamination confirmée ou suspectée.
  • Évaluation des abris : 58 % des maisons dans les villages d'origine sont détruites ou gravement endommagées ; 12 villages sont partiellement occupés par d'autres familles.
  • Monitoring : dans deux sites, les autorités locales ont suspendu les distributions d'eau, ce qui constitue une pression indirecte au départ.

Fiche de risque prioritaire adoptée par l'EHP

RubriqueContenu
RisqueLes PDI des 22 sites de Valdane, en particulier les ménages sans biens dans les zones d'origine, les personnes âgées et les familles issues des 12 villages occupés, risquent des retours non volontaires vers des zones contaminées, détruites ou occupées, sous l'effet de la fermeture accélérée des sites et de la suspension de services.
Résultat collectif à 12 moisTout mouvement depuis les sites repose sur un choix informé entre retour, intégration locale et installation ailleurs ; aucun ménage n'est transporté vers un village non enquêté par l'opérateur de déminage ; les services essentiels sont maintenus dans les sites tant qu'ils sont habités.
Coordonnateur humanitaire et EHPDémarche auprès du ministre en charge des PDI et du gouverneur ; proposition d'un groupe de travail conjoint gouvernement-humanitaires sur les solutions ; engagement avec les bailleurs du fonds de reconstruction pour conditionner les financements aux standards.
Cluster ProtectionSessions d'information dans les 22 sites ; suivi des mouvements et monitoring post-retour dans 15 villages ; aide juridique LTP pour les ménages des villages occupés.
DdR Action contre les minesEnquête non technique accélérée des 22 villages restants en 4 mois (deux équipes supplémentaires financées) ; EREE avant tout mouvement.
CCCM et WASHPlan de consolidation progressive des sites plutôt que fermeture simultanée ; maintien de l'eau dans tous les sites habités ; alerte immédiate en cas de coupure.
Abris et relèvementAucun appui à la reconstruction dans un village non enquêté ; vérification LTP préalable ; appui à l'intégration locale dans le chef-lieu (location, terrains municipaux).
IndicateursProportion de ménages ayant quitté un site qui déclarent un choix libre et informé (cible : au moins 90 %) ; nombre de mouvements organisés vers des villages non enquêtés (cible : 0) ; nombre de sites habités privés de service d'eau plus de 48 heures (cible : 0) ; proportion de villages d'origine enquêtés (cible : 100 % à 4 mois).

Plan de plaidoyer (extrait)

CibleDemandeMessagerModeÉchéance
Ministre en charge des PDIRemplacer le délai de 60 jours par un calendrier par site fondé sur les évaluations des zones d'origine ; créer un groupe de travail conjoint sur les solutionsCoordonnateur humanitaire, accompagné des représentants du HCR et de l'OIMPersuasionSemaine 2
GouverneurRétablir l'eau dans les deux sites ; garantir qu'aucun transport ne sera organisé vers les villages non enquêtésChef de bureau OCHA et coordinateur du cluster sous-nationalPersuasion, appuyée par des données agrégéesSemaine 1
Bailleurs du fonds de reconstructionConditionner les décaissements au respect des critères de retour volontaire et à l'enquête de déminage ; financer l'intégration localeCoordonnateur humanitaire, avec des bailleurs humanitaires partageant la positionMobilisationSemaines 2 à 4
Autorités religieuses provincialesRelayer le message que le retour doit être un choix et diffuser l'information sur les risques d'engins explosifsONG nationale membre du clusterMobilisationSemaines 3 à 6

Analyse des risques du plaidoyer

  • Risque : les autorités perçoivent les humanitaires comme hostiles au retour. Mesure : présenter la démarche comme un appui à des retours réussis et durables, proposer des solutions concrètes.
  • Risque : représailles contre les responsables de sites qui ont signalé les coupures d'eau. Mesure : aucune mention de sites précis par la source ; les informations proviennent de l'observation directe des équipes WASH.
  • Risque : division entre agences sur la ligne à tenir. Mesure : messages communs validés en EHP ; un seul porte-parole par niveau.

Résultats à six mois

IndicateurBaseRésultat à 6 mois
Ménages partis déclarant un choix libre et informéNon mesuré86 % (enquête post-départ, 640 ménages)
Mouvements organisés vers des villages non enquêtés2 convois annoncés0 après la semaine 3
Sites habités privés d'eau plus de 48 heures20 depuis la semaine 2
Villages d'origine enquêtés9 sur 3127 sur 31
Ménages ayant opté pour l'intégration locale et soutenus01 900

Le délai de 60 jours a été remplacé par un calendrier en trois phases. Quatorze pour cent des ménages partis déclarent avoir subi des pressions : un résultat inférieur à la cible, qui justifie le maintien du risque comme prioritaire et un suivi renforcé dans deux sites. L'EHP a documenté ces résultats en distinguant ce qui relève de sa contribution et ce qui relève d'autres facteurs (pression des bailleurs du fonds, changement de gouverneur).

L'exemple montre la logique complète : analyse fondée sur des données agrégées, risque précis, résultat collectif mesurable, engagements chiffrés de plusieurs clusters, plaidoyer séquencé, analyse des risques du plaidoyer et mesure honnête du résultat.

8Partager des données sensibles : protocoles, évaluation d'impact et demandes externes

Les Orientations opérationnelles de l'IASC sur la responsabilité des données dans l'action humanitaire (2023) définissent des actions à mener au niveau de l'ensemble du système, du cluster et de chaque organisation. Les plus structurantes pour un cluster Protection sont la cartographie des flux de données, l'évaluation de la sensibilité des données, l'accord de partage d'informations et la procédure en cas d'incident de données.

Le protocole de partage d'informations d'un cluster

ÉlémentContenu
Champ d'applicationOrganisations signataires, types de données couverts (monitoring, 5W, données agrégées de services, alertes)
Classification de la sensibilitéTableau des jeux de données et de leur niveau (public, restreint, confidentiel, strictement confidentiel), validé collectivement
Règles de partagePour chaque niveau : qui peut recevoir, sous quelle forme, avec quel niveau d'agrégation, par quel canal
SeuilsTaille minimale des cellules publiées ; niveau géographique minimal ; interdiction des données nominatives hors gestion de cas
Demandes externesProcédure de traitement des demandes des autorités, bailleurs, médias, chercheurs, missions de paix
Incidents de donnéesDéfinition, signalement sous 24 à 72 heures au coordinateur et aux organisations concernées, mesures de limitation, information des personnes si nécessaire
RévisionAnnuelle ou après un changement de contexte

L'évaluation d'impact sur la protection des données : déroulement

  1. Décrire le traitement : finalité, données collectées, personnes concernées, flux, systèmes, destinataires, durée de conservation.
  2. Vérifier la nécessité et la proportionnalité : chaque donnée est-elle indispensable à la finalité ? Une version agrégée ou pseudonymisée suffirait-elle ?
  3. Identifier les risques pour les personnes : accès par une partie au conflit, perquisition, fuite, piratage, ré-identification, utilisation pour l'enrôlement ou la surveillance, discrimination dans l'accès à l'assistance.
  4. Évaluer probabilité et gravité et définir les mesures (techniques, organisationnelles, contractuelles).
  5. Décider : poursuivre, modifier ou renoncer, et faire valider la décision au bon niveau.
  6. Réviser lorsque le contexte change (changement de contrôle territorial, nouvelle loi, nouveau partenaire).

Répondre aux demandes externes

DemandeurDemande typiqueRéponse conforme
Autorités nationalesListes nominatives de PDI ou de « bénéficiaires vulnérables »Données agrégées ; si un enregistrement est légitime, il relève des autorités compétentes avec garanties ; jamais de données issues du monitoring ou de la gestion de cas
BailleurBase nominative pour vérification ou auditDonnées agrégées ; vérification sur place de dossiers pseudonymisés par l'auditeur selon un accord de confidentialité ; clauses contractuelles négociées en amont
Mission de paix ou forces arméesLocalisation des PDI ou des incidentsAnalyse générale de tendances ; aucune donnée qui pourrait servir à des fins militaires ; respect de la distinction des rôles
MédiasTémoignages, chiffres de violences sexuellesMessages agrégés validés ; orientation vers les porte-parole ; aucun contact avec des survivantes organisé par l'organisation
ChercheursAccès aux bases de monitoringAccord de partage, revue éthique, données anonymisées, finalité compatible

Les clauses des bailleurs évoluent : certains accords de subvention prévoient des droits d'accès étendus aux pièces justificatives. Ces clauses doivent être lues avant signature par le responsable de la protection des données, et des aménagements négociés lorsque l'accès à des données nominatives pourrait exposer les personnes. Les bailleurs disposent en général de procédures permettant un audit sans transmission de données personnelles.

La responsabilité des données ne consiste pas à ne rien partager : un cluster qui ne partage rien empêche la coordination et l'orientation des services. Il s'agit de partager ce qui est nécessaire, au bon niveau d'agrégation, avec les bonnes personnes, par des canaux sûrs.

9Mesurer les résultats de protection : indicateurs, méthodes et attentes des bailleurs

Le cadre de la protection axée sur les résultats (InterAction) repose sur trois éléments : une analyse continue et contextualisée, une conception des programmes orientée vers la réduction du risque, et un suivi et une évaluation centrés sur les résultats pour les personnes. La difficulté pratique tient au fait que la réduction du risque est rarement directement observable et que les incidents sont sous-déclarés.

Hiérarchie des indicateurs

NiveauExemple faibleExemple solide
RéalisationNombre de sessions de sensibilisationNombre de personnes ayant reçu une assistance juridique, désagrégé par sexe, âge et handicap
Résultat intermédiaireNombre de personnes forméesProportion de PDI ayant obtenu un document d'identité après accompagnement
Résultat de protection« Amélioration de l'environnement protecteur »Proportion de ménages déclarant qu'un membre a été retenu à un poste de contrôle au cours des trois derniers mois ; proportion de femmes déclarant se sentir en sécurité lors de la collecte d'eau

Méthodes de mesure

  • Base de référence et enquêtes répétées sur des indicateurs de perception et de comportement (sentiment de sécurité, liberté de mouvement, stratégies d'adaptation négatives), avec la même méthode et la même période de l'année.
  • Suivi des dossiers individuels : réduction du risque évaluée à la clôture et lors d'un suivi à trois mois.
  • Récolte des résultats (outcome harvesting) : identification a posteriori des changements de comportement des porteurs d'obligations et de la contribution du programme, utile pour le plaidoyer.
  • Méthode du changement le plus significatif : récits de changement collectés auprès des personnes et sélectionnés collectivement, pour capter les effets non prévus.
  • Analyse de contribution : construire une théorie du changement, rassembler les preuves pour chaque lien et examiner les explications alternatives, plutôt que de prétendre à une attribution impossible.

Outil : fiche d'indicateur

RubriqueExemple
IntituléProportion de femmes et d'adolescentes des sites A et B déclarant se sentir en sécurité ou très en sécurité lors de la collecte de bois
DéfinitionRéponse « en sécurité » ou « très en sécurité » sur une échelle à quatre niveaux
Base de référence et cible31 % ; cible 60 % à 12 mois
Source et méthodeEnquête ménages trimestrielle, échantillon aléatoire de femmes de 15 ans et plus, entretien par une enquêtrice
DésagrégationÂge (15 à 17, 18 à 49, 50 ans et plus), handicap, site
LimitesPerception sensible aux événements récents ; à interpréter avec les données qualitatives et les données agrégées des services
UtilisationRevue trimestrielle du programme et de la stratégie de l'EHP

Ce que regardent les bailleurs et les évaluateurs

  • DG ECHO : indicateurs clés de résultats et indicateurs propres à la protection, cohérence entre analyse des risques et résultats, marqueur genre et âge, et mesure de la réduction du risque.
  • BHA : indicateurs normalisés par sous-secteur de protection, avec des exigences de désagrégation et des méthodes de collecte spécifiées dans ses lignes directrices en vigueur.
  • Plans de réponse humanitaire : indicateurs du cluster et suivi de la réponse, dont la cohérence avec les indicateurs des projets est vérifiée par les fonds communs.
  • Évaluateurs : utilisation des critères du CAD de l'OCDE et du guide ALNAP sur l'évaluation de l'action humanitaire ; examen des effets imprévus, de la participation et de la cohérence avec la stratégie de l'EHP.

Erreurs fréquentes

ErreurCorrection
Se fixer comme cible une hausse du nombre d'incidents signalés présentée comme un échec, ou une baisse présentée comme un succèsInterpréter les signalements à la lumière de l'accès aux services et de la confiance ; croiser avec les perceptions
Stratégie de l'EHP sans suiviPoint trimestriel inscrit à l'ordre du jour de l'EHP, avec un tableau de bord d'une page
Plaidoyer non documentéJournal de plaidoyer : date, cible, messager, demande, réponse, suite donnée
Données sensibles dans les annexes de rapports aux bailleursRevue systématique des annexes par le responsable de la protection des données
Dénonciation publique non coordonnéeConcertation préalable au sein du cluster et avec le coordonnateur humanitaire ; analyse des risques écrite

Variations selon le contexte

  • Urgence soudaine : stratégie de l'EHP courte (deux pages) adoptée en quelques semaines, révisée à trois mois ; plaidoyer centré sur l'accès et la protection des civils.
  • Crise prolongée : stratégie pluriannuelle articulée avec les acteurs du développement et de la paix, et avec les politiques nationales sur les solutions durables.
  • Gouvernement fort et sensible à la critique : priorité à la persuasion et au soutien technique, messages fondés sur le droit national.
  • Zones contrôlées par des groupes armés : dialogue humanitaire par des canaux spécialisés ; protection stricte des données ; plaidoyer collectif plutôt qu'individuel.
  • Partenaires locaux : ils portent souvent un risque plus élevé lorsqu'ils sont associés à des messages critiques ; leur participation au plaidoyer doit être choisie par eux et protégée.

Questions d'entretien

QuestionÉléments d'une réponse solide
Comment contribueriez-vous à la stratégie de protection d'une EHP ?Processus en étapes ; priorisation de 2 à 4 risques ; résultats collectifs ; engagements des secteurs ; suivi trimestriel ; rôle du coordonnateur humanitaire.
Comment choisissez-vous entre persuasion et dénonciation publique ?Analyse du porteur d'obligations ; séquence des modes d'action ; analyse des risques pour les personnes, le personnel et l'accès ; coordination ; conditions strictes de la dénonciation.
Un bailleur exige l'accès à vos dossiers de gestion de cas. Comment réagissez-vous ?Principes de responsabilité des données ; propositions alternatives (audit sur place, pseudonymisation) ; négociation des clauses ; implication de la direction ; aucune transmission de données nominatives.
Donnez un exemple d'indicateur de résultat de protection que vous avez utilisé.Indicateur formulé en changement pour les personnes ; base et cible ; méthode ; limites ; usage concret pour réorienter le programme.
Racontez un plaidoyer qui a réussi et un qui a échoué.Objectif précis ; cible ; messager ; données ; résultat mesuré ; analyse lucide des causes de l'échec.

Références essentielles

  • IASC, Politique sur la protection dans l'action humanitaire, 2016, et orientations du Global Protection Cluster sur les stratégies de protection des EHP.
  • IASC, Examen indépendant de la mise en œuvre de la Politique de l'IASC sur la protection, 2022.
  • InterAction, Results-Based Protection, cadre et ressources méthodologiques.
  • CICR, Standards professionnels pour les activités de protection, 2018 (chapitres sur la stratégie et les modes d'action) ; CICR, Enhancing Protection for Civilians in Armed Conflict and Other Situations of Violence.
  • IASC, Orientations opérationnelles sur la responsabilité des données dans l'action humanitaire, 2023.
  • CICR et Brussels Privacy Hub, Manuel sur la protection des données dans l'action humanitaire.
  • Conseil de sécurité des Nations unies, résolutions 1265 (1999), 1612 (2005) et 1960 (2010).
  • Nations unies, Politique de diligence voulue en matière de droits de l'homme en cas d'appui de l'ONU à des forces de sécurité non onusiennes, 2011.
  • ALNAP, Évaluer l'action humanitaire, guide ; critères d'évaluation du CAD de l'OCDE.
  • Commission européenne, DG ECHO, document de politique thématique sur la protection humanitaire, 2016.

Exercice d'application : la note de plaidoyer

À partir du cas « Retours sous pression », rédigez une note d'une page pour le coordonnateur humanitaire : risque prioritaire formulé selon l'équation du risque, éléments de preuve agrégés, demandes précises au gouvernement et aux bailleurs, mode d'action recommandé (persuasion, mobilisation ou dénonciation) avec son analyse de risque, et indicateurs de résultat pour les trois prochains mois. Aucune donnée personnelle ne doit figurer dans la note.

À retenir

  • Stratégie de l'EHP : deux à quatre risques prioritaires, résultats collectifs, responsabilités claires.
  • Modes d'action : persuasion, mobilisation, dénonciation, soutien, substitution, choisis après analyse des risques.
  • Plaidoyer : données vérifiées, demande précise, bonne cible, bon niveau.
  • Données : finalité, évaluation d'impact, accords de partage ; les données VBG suivent le GBVIMS.
  • Mesurer la réduction du risque, pas seulement les activités.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Comité permanent interorganisations (IASC) (2016). IASC Policy on Protection in Humanitarian Action. interagencystandingcommittee.org
  2. Comité international de la Croix-Rouge (2018). Standards professionnels pour les activités de protection menées par les organisations humanitaires et de défense des droits de l'homme lors de conflits armés et d'autres situations de violence (3e édition). www.icrc.org/fr
  3. Global Protection Cluster (2021). Protection Analytical Framework (PAF). www.globalprotectioncluster.org
  4. Nations unies, Haut-Commissariat aux droits de l'homme (1998). Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays. www.ohchr.org/fr
  5. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (Principes de protection). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  6. Comité permanent interorganisations (IASC) (2010). IASC Framework on Durable Solutions for Internally Displaced Persons. interagencystandingcommittee.org
  7. GBV AoR, FNUAP (2024). Domaine de responsabilité Violences basées sur le genre (GBV AoR). www.gbvaor.net
  8. Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) (2024). Protection des personnes déplacées internes. www.unhcr.org/fr

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1La stratégie de protection de l'EHP appartient :
2Le mode d'action consistant à dialoguer de façon bilatérale et confidentielle avec un porteur d'obligations s'appelle :
3Avant de partager un jeu de données de protection, même agrégé, la question essentielle est :

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