Jour 7 sur 7 · 6 heures · Niveau 3 Avancé · Module avancé

Analyse avancée, action anticipée et réponse à grande échelle

Objectifs du jour
  • Mener une analyse de crise alimentaire complète.
  • Concevoir une action anticipée et une réponse à grande échelle.
  • Relier la réponse aux systèmes nationaux et coordonner.

1L'analyse de crise alimentaire

Une analyse complète croise plusieurs sources : évaluations des ménages, suivi des prix et des marchés, données agricoles et pastorales (pluviométrie, récoltes, état des pâturages), nutrition, mortalité, sécurité et accès. Les profils des moyens d'existence (approche HEA) aident à prévoir quels groupes seront touchés et quand.

Elle se partage dans le groupe technique IPC ou du Cadre Harmonisé et débouche sur des projections. Une ONG apporte ses données et sa connaissance du terrain, en signalant clairement leurs limites.

2L'action anticipée

Agir avant le pic d'une crise prévisible coûte moins cher et protège mieux : transferts avant la soudure, déstockage du bétail avant que les animaux ne maigrissent, semences de cycle court. L'action anticipée repose sur des déclencheurs convenus à l'avance (seuils de pluie, de prix ou de projections IPC), des plans prêts et un financement pré-arrangé.

Les mécanismes existent : fonds d'urgence des Nations unies, financements anticipés des bailleurs, assurances climatiques. Le plus difficile est souvent la décision : un plan avec des déclencheurs clairs évite les retards.

3La réponse à grande échelle et les systèmes nationaux

À grande échelle, l'efficacité vient de systèmes communs : enregistrement et déduplication des bénéficiaires, paiements numériques, suivi des prix partagé, montants harmonisés. La protection sociale réactive aux chocs utilise un programme national existant pour aider plus de ménages (extension horizontale) ou augmenter les montants (extension verticale).

La protection des données est essentielle : accords de partage, minimisation, sécurité des listes, consentement éclairé des bénéficiaires.

4Coordination, redevabilité et sortie

Le cluster fixe les priorités géographiques, les paniers, les montants et les indicateurs communs ; il suit les gaps et porte le plaidoyer. La redevabilité se mesure : taux de plaintes traitées, satisfaction, participation des femmes aux comités.

Chaque réponse prévoit sa stratégie de sortie : relais par les filets sociaux, reprise des moyens d'existence, réduction progressive. Une sortie mal préparée renvoie les ménages vers les stratégies de crise.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5L'analyse de crise intégrée et la construction de scénarios

L'analyse avancée d'une crise alimentaire ne se limite pas à classer la situation actuelle : elle cherche à anticiper ce qui va se passer, pour qui et quand, afin que la réponse arrive avant la dégradation. La méthode de construction de scénarios de FEWS NET, reprise dans la logique de projection de l'IPC et du Cadre Harmonisé, en donne la structure.

Les étapes de la construction d'un scénario

  1. Délimiter la zone (zone de moyens d'existence ou unité administrative), la période de projection (en général six à huit mois, découpés en sous-périodes) et les groupes concernés.
  2. Décrire la situation actuelle : résultats ménages (consommation, moyens d'existence), nutrition, mortalité, et les facteurs qui les expliquent.
  3. Formuler les hypothèses clés sur les facteurs déterminants : pluviométrie de la prochaine saison (prévisions saisonnières), évolution des prix (tendances saisonnières, taux de change, politique commerciale), conflit et accès, assistance humanitaire planifiée et financée, mouvements de population. Chaque hypothèse est datée et sourcée.
  4. Projeter l'effet de ces hypothèses sur les sources de nourriture et de revenus de chaque groupe, avec la HEA quand un profil existe, ou avec un raisonnement qualitatif structuré.
  5. Projeter les résultats : consommation, stratégies d'adaptation, nutrition, phase probable pour chaque sous-période.
  6. Identifier les événements qui modifieraient le scénario (pluies nettement meilleures, escalade du conflit, fermeture d'une frontière) et leur effet probable.
  7. Suivre les hypothèses et actualiser le scénario dès qu'une hypothèse ne se vérifie plus.

Les sources de l'alerte précoce

SourceCe qu'elle apporteFréquence
Systèmes nationaux d'alerte précoce et cellules du Cadre HarmoniséDonnées agricoles, pastorales, prix, analyses officiellesMensuelle à saisonnière
FEWS NET (dans les pays couverts)Perspectives de sécurité alimentaire, scénarios, alertesMensuelle
Système mondial d'information et d'alerte rapide de la FAO (SMIAR)Production céréalière, bilans, prixRégulière
Rapport FAO-PAM sur les points chauds de la faimPays à risque de détérioration sur les mois suivantsPlusieurs fois par an
Rapport mondial sur les crises alimentaires (Réseau mondial contre les crises alimentaires)Synthèse annuelle des populations en insécurité alimentaire aiguëAnnuelle, avec mise à jour
Centres climatiques régionaux et forums de prévision saisonnièreProbabilité de pluies inférieures, proches ou supérieures à la normaleAvant chaque saison
Indices satellitaires de végétation et de précipitationsÉtat des cultures et des pâturages, anomaliesPar décade
Suivi des marchés (PAM, REACH, systèmes nationaux)Prix, termes de l'échange, disponibilitéHebdomadaire à mensuelle
Analyses de conflit et données d'incidentsÉvolution de l'accès, déplacements probablesContinue

L'analyse intersectorielle

Dans le cycle de programmation humanitaire, le cadre d'analyse intersectorielle conjoint (JIAF) combine les analyses sectorielles pour estimer la sévérité des besoins et le nombre de personnes dans le besoin. Le secteur Sécurité alimentaire y contribue avec les chiffres IPC ou du Cadre Harmonisé. L'analyste doit savoir expliquer les différences entre les chiffres IPC (populations en phase 3 ou plus), les personnes dans le besoin du HNO et les cibles du HRP : ce sont trois chiffres différents, construits pour des usages différents.

Une projection n'est utile que si elle est reliée à une décision. Pour chaque scénario, l'analyste précise ce qui devrait être fait, par qui et avant quelle date, et ce qui se passera si rien n'est fait. C'est le pont entre l'analyse et l'action anticipée.

6Concevoir un dispositif d'action anticipée

L'action anticipée consiste à agir entre le moment où un choc devient probable et le moment où ses effets humanitaires culminent. Elle a été largement développée depuis le milieu des années 2010 par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge (financement fondé sur les prévisions, puis volet anticipatoire du fonds d'urgence de la Fédération internationale), la FAO, le PAM, le Start Network et OCHA, avec des cadres d'action anticipée pilotés dans plusieurs pays et financés notamment par le Fonds central d'intervention d'urgence (CERF). Les évaluations disponibles, dont plusieurs études de la FAO, concluent que les ménages assistés avant le pic d'une sécheresse ou d'une inondation subissent moins de pertes d'actifs et recourent moins aux stratégies de crise, pour un coût souvent inférieur à celui d'une réponse tardive.

Les quatre composantes d'un dispositif

  1. Un modèle de déclenchement : quel indicateur, quel seuil, quelle source, à quelle date, qui constate le franchissement.
  2. Des actions préétablies : ce qui sera fait, pour qui, où, dans quel délai, avec quels partenaires.
  3. Un financement pré-arrangé : fonds réservés ou mécanisme garanti (fonds commun, enveloppe de bailleur, assurance), libéré automatiquement au déclenchement.
  4. Une préparation opérationnelle : listes pré-enregistrées, contrats-cadres, prestataires de paiement, stocks prépositionnés, partenaires formés, messages d'alerte prêts.

Choisir les déclencheurs

Type de chocIndicateurs de déclenchement possiblesDélai d'anticipation typique
SécheressePrévision saisonnière (probabilité de pluies inférieures à la normale) ; anomalie de pluies cumulées ; indice de condition de la végétation ; termes de l'échange ; projections IPC ou Cadre HarmoniséPlusieurs mois
Inondation fluvialePrévision de niveau d'eau dépassant un seuil de danger à une station donnée, avec une probabilité définieQuelques jours à deux semaines
CycloneTrajectoire et intensité prévues sur la zoneDeux à cinq jours
Hausse des prixPrix d'une denrée de base ou coût du MEB au-delà d'un seuil par rapport à la moyenne saisonnièreQuelques semaines à quelques mois
Ravageurs (criquets)Bulletins de situation et prévisions de déplacement des essaimsQuelques semaines

Un bon déclencheur est objectif (on ne discute pas de son franchissement), publié par une source fiable et indépendante, disponible à temps et lié de façon démontrée aux effets que l'on veut éviter. On l'analyse sur les données historiques : combien de fois aurait-il été franchi au cours des vingt dernières années, et ces années correspondaient-elles à de vraies crises ? On accepte un certain nombre de « fausses alertes » : agir pour rien une année sur cinq peut être rentable si l'on évite des pertes majeures les autres années.

Choisir les actions

Les actions anticipées doivent pouvoir être réalisées dans la fenêtre entre le déclenchement et l'impact, et protéger ce que le choc va détruire : transferts monétaires avant la soudure pour éviter la vente d'animaux et l'endettement ; déstockage commercial quand les animaux ont encore de la valeur ; aliments et soins vétérinaires pour le noyau reproducteur ; semences de cycle court ou résistantes à la sécheresse ; sacs de stockage étanches et mise à l'abri des stocks avant une inondation ; messages d'alerte avec conseils pratiques.

Les instruments de financement

  • Fonds central d'intervention d'urgence (CERF) : allocations anticipatoires associées à des cadres d'action anticipée approuvés à l'avance par OCHA et les agences.
  • Fonds d'urgence de la Fédération internationale (DREF), volet anticipatoire : financement de protocoles d'action précoce (EAP) préparés par les Sociétés nationales.
  • Start Network : Start Fund (alertes anticipatoires) et mécanismes de financement des risques (Start Ready).
  • Assurances souveraines contre les risques climatiques, comme la Mutuelle panafricaine de gestion des risques (ARC), avec des plans de mise en œuvre préparés à l'avance, et le mécanisme permettant aux organisations humanitaires de souscrire une couverture parallèle.
  • Enveloppes de bailleurs : modificateurs de crise et lignes de financement flexibles prévues dans les contrats (ECHO, BHA, FCDO).

7Exemple complet : le plan d'action anticipée de la zone pastorale nord

Contexte fictif : la zone pastorale nord du district de Haut-Kéla subit des sécheresses de plus en plus fréquentes. Un consortium de trois ONG, en lien avec la FAO, le service national de l'élevage et le système national d'alerte précoce, prépare un plan d'action anticipée pour 6 000 ménages pastoraux pauvres et très pauvres. La saison des pluies va de juin à septembre ; la saison sèche critique, de février à mai.

1. Le modèle de déclenchement

ÉtapeIndicateur et seuilSource et dateEffet
PréparationPrévision saisonnière : probabilité de pluies inférieures à la normale d'au moins 45 % pour la zoneForum régional de prévision saisonnière, maiLibération du budget de préparation (85 000 USD) : mise à jour des listes, contrats-cadres, achats vétérinaires
ActivationIndice de condition de la végétation inférieur à 35 sur deux décades consécutives fin août, et termes de l'échange chèvre/mil inférieurs d'au moins 25 % à la moyenne quinquennale du moisService national de météorologie et système d'alerte précoce, première semaine de septembreLibération du budget d'action ; démarrage des activités en octobre
RenforcementProjection du Cadre Harmonisé de novembre : au moins 20 % de la population en phase 3 ou plus pour la période de soudure pastoraleCellule nationale du Cadre Harmonisé, novembreExtension de la durée des transferts et plaidoyer pour un financement de réponse

L'analyse rétrospective sur vingt ans montre que la combinaison de l'indice de végétation et des termes de l'échange aurait déclenché l'activation six fois ; cinq de ces années ont effectivement été suivies d'une crise pastorale documentée, et une seule crise n'aurait pas été détectée. Le consortium juge ce niveau acceptable et le documente.

2. Les actions, le calendrier et le coût

ActionCalendrierCalculCoût (USD)
Transferts monétaires d'anticipationOctobre, novembre, décembre6 000 ménages × 3 mois × 70 USD1 260 000
Aliment du bétail pour le noyau reproducteurDe décembre à février6 000 ménages × 4 animaux × 90 jours × 0,5 kg × 0,40 USD le kilo432 000
Campagne vétérinaire (déparasitage, vaccination)Octobre et novembre6 000 ménages × 20 animaux × 0,60 USD72 000
Facilitation du déstockage commercialOctobre et novembreTransport, foires au bétail, mise en relation avec les acheteurs60 000
Réhabilitation de points d'eau pastorauxOctobre à décembre10 points × 15 000 USD150 000
Préparation (déjà engagée)Mai à aoûtListes, contrats, formation, messages85 000
Suivi, évaluation et coûts de soutienToute la période7 % du total144 130
Total2 203 130

3. L'argument économique

Le consortium estime le coût d'une réponse tardive comparable : six mois d'assistance alimentaire (6 000 × 6 × 70 = 2 520 000 USD) et une reconstitution partielle des troupeaux (6 000 ménages × 5 chèvres × 60 USD = 1 800 000 USD), soit 4 320 000 USD, sans compter les pertes de revenus et les effets sur la nutrition. Le rapport est d'environ 2 pour 1. Le consortium présente ce chiffre comme une estimation interne fondée sur des hypothèses explicites, et non comme une preuve.

4. Le financement et la gouvernance

  • Fonds de préparation et 60 % du budget d'action réservés dans un modificateur de crise d'un bailleur, activable sur simple notification du franchissement du seuil.
  • Le reste demandé dans le cadre d'action anticipée national financé par une allocation du CERF, avec le PAM et la FAO.
  • Un comité technique (système d'alerte précoce, service de l'élevage, consortium, FAO) constate le franchissement des seuils dans les 72 heures ; la décision n'est pas soumise à une nouvelle négociation.

5. Le suivi et l'apprentissage

Le plan prévoit une comparaison entre ménages assistés et ménages de profil comparable non assistés (zones voisines hors du programme) sur : nombre d'animaux reproducteurs conservés, ventes d'animaux en détresse, dettes, SCA et rCSI en mars. Les résultats sont partagés avec le groupe de travail national sur l'action anticipée et servent à réviser les seuils et les actions.

Le point le plus difficile n'est pas technique : c'est d'obtenir l'engagement préalable que l'argent sera libéré quand le seuil sera franchi, sans nouvelle négociation. Un plan d'action anticipée sans financement pré-arrangé n'est qu'un plan de contingence de plus.

8La réponse à grande échelle et la protection sociale réactive aux chocs

Quand plusieurs centaines de milliers de personnes ont besoin d'une assistance, les approches projet par projet atteignent leurs limites : doublons, montants différents, coûts administratifs multipliés, ménages enregistrés cinq fois par cinq organisations. Les orientations d'ECHO sur les transferts monétaires à grande échelle, la déclaration commune des Nations unies sur les transferts monétaires (HCR, PAM, OCHA, UNICEF) et les travaux du Grand Bargain poussent vers des systèmes communs et vers l'utilisation des systèmes nationaux de protection sociale lorsque c'est possible et conforme aux principes humanitaires.

Les options d'utilisation d'un système national

OptionPrincipeConditionsLimites
Extension verticaleAugmenter temporairement le montant ou la durée pour les ménages déjà inscritsProgramme existant dans les zones touchées, paiements réguliers et fiablesNe touche pas les ménages nouvellement affectés
Extension horizontaleAjouter temporairement de nouveaux ménagesRegistre social avec des ménages déjà enregistrés mais non inscrits ; capacité d'enrôlement rapideDélais d'enregistrement ; critères pensés pour la pauvreté chronique
Utilisation partielle (« piggybacking »)Utiliser une partie du système (registre, mécanisme de paiement) pour une réponse humanitaire distincteAccords de partage de données, compatibilité des systèmesCoordination complexe ; protection des données
AlignementRéponse humanitaire parallèle mais alignée sur les montants, critères et outils nationaux, pour faciliter la transitionSystème national peu opérationnel ou contexte de conflitDemande une coordination continue avec le ministère
Ajustements de conceptionModifier les règles d'un programme pour qu'il réagisse aux chocs (fréquence, conditions suspendues, ciblage)Volonté politique, cadre légalSe prépare avant le choc

Exemple chiffré

Dans la région fictive du nord, le programme national de filets sociaux verse 15 000 UM par mois à 15 000 ménages. Le registre social compte 42 000 ménages enregistrés, dont 27 000 non inscrits. Le plan de réponse combine : une extension verticale de 39 000 UM par mois pendant quatre mois pour les 15 000 ménages inscrits (le total atteint 54 000 UM, le montant du CWG), soit 2,34 milliards d'UM ; une extension horizontale à 10 000 ménages du registre qui répondent aux critères de vulnérabilité aggravée, à 54 000 UM pendant quatre mois, soit 2,16 milliards d'UM ; et une réponse humanitaire alignée pour les déplacés, absents du registre. Le versement passe par le prestataire du programme national, et les ONG assurent la vérification, la redevabilité et le suivi dans leurs zones.

Les systèmes communs

  • Enregistrement et déduplication : un identifiant unique, ou au moins une comparaison des listes entre organisations selon des règles convenues (correspondance sur le nom, la date de naissance, le téléphone, la localisation, ou biométrie lorsqu'elle est proportionnée et légale).
  • Paiements : un ou deux prestataires sélectionnés en commun, des frais négociés, l'interopérabilité entre plateformes.
  • Séparation des fonctions : l'organisation qui cible n'est pas celle qui paie ni celle qui vérifie, pour réduire les risques de fraude.
  • Suivi commun : PDM harmonisé, indicateurs communs, tableau de bord partagé.

La responsabilité des données

Plus le système est grand, plus le risque est élevé : une liste de bénéficiaires peut exposer des personnes à des représailles ou à une exploitation commerciale. Le manuel du CICR sur la protection des données dans l'action humanitaire et les orientations opérationnelles de l'IASC sur la responsabilité des données fixent les principes : base légitime et consentement éclairé, minimisation, finalité déterminée, sécurité, durée de conservation limitée, accords écrits de partage, évaluation de l'impact avant toute nouvelle collecte ou tout partage. Le partage de listes avec des autorités parties à un conflit, ou avec des prestataires commerciaux au-delà du strict nécessaire, demande une analyse de risque approfondie et peut être refusé.

9Prioriser, coordonner et sortir : décider quand les ressources manquent

Dans la plupart des crises prolongées, les financements couvrent une fraction des besoins. La question n'est plus seulement « qui a besoin ? » mais « qui aider en premier, avec quel niveau d'assistance, et comment le justifier ? ». Le cluster joue ici un rôle central : une priorisation décidée par chaque organisation dans son coin produit des incohérences et des tensions.

Une méthode de priorisation en quatre niveaux

  1. Priorisation géographique : zones classées en phase 4 ou plus et zones où la population en phase 4 est la plus nombreuse ; zones avec un « ! » où l'arrêt de l'aide provoquerait une dégradation.
  2. Priorisation des ménages : critères communs au cluster, du plus vulnérable au moins vulnérable (par exemple CARI 4, puis CARI 3 avec stratégies d'urgence, puis CARI 3), avec des catégories d'inclusion automatique.
  3. Niveau d'assistance : ration complète pour les plus graves, ration partielle pour les autres, selon les déficits mesurés (HEA ou dépenses).
  4. Durée et calendrier : concentrer les ressources sur la soudure plutôt que de répartir des montants trop faibles sur toute l'année.

La décision de réduire les rations ou les montants doit être prise collectivement, communiquée à l'avance aux communautés, accompagnée d'un suivi renforcé (consommation, stratégies, nutrition, protection) et réversible dès que les financements le permettent.

Analyse des lacunes et plaidoyer

Le cluster tient, avec les 5W, une analyse des lacunes par zone : population en besoin, population ciblée par le plan, population effectivement assistée, niveau d'assistance reçu. Un plaidoyer efficace s'appuie sur ces chiffres, sur la classification officielle, sur le coût de l'inaction (dégradation projetée, coût d'une réponse tardive) et sur des propositions concrètes et chiffrées, plutôt que sur un appel général.

Stratégie de sortie et transition

ÉlémentContenu
Critères de sortie fixés dès la conceptionPar exemple : récolte jugée normale par le système d'alerte, prix revenus dans la fourchette saisonnière, ménages ciblés avec un SCA acceptable à au moins 70 % et une part réduite en stratégies de crise
CalendrierJamais au début de la soudure ; de préférence après la récolte
ProgressivitéRéduction des montants ou de la couverture sur deux à trois mois, avec information préalable d'au moins un mois
RelaisInscription des ménages éligibles aux filets sociaux nationaux, programmes de moyens d'existence, groupes d'épargne
Suivi après la sortieEnquête légère trois à six mois après, pour vérifier que les ménages ne basculent pas dans les stratégies de crise

Mesurer la redevabilité à l'échelle de la réponse

Le cluster peut suivre quelques indicateurs communs : proportion de ménages qui connaissent leurs droits et les canaux de plaintes, délai moyen de traitement des plaintes, proportion de plaintes ayant reçu une réponse, participation des femmes aux comités, résultats de l'évaluation de la performance du cluster (CCPM), et perception de l'équité de l'assistance mesurée dans les PDM.

10Variantes par contexte, erreurs fréquentes et attentes des bailleurs

Variantes par contexte

ContexteAction anticipéeGrande échelle et systèmes
Choc soudainDéclencheurs hydrologiques ou cycloniques à court délai ; messages d'alerte et transferts versés quelques jours avant l'impactExtension verticale rapide d'un programme national si le paiement est fiable
Crise prolongéeDéclencheurs saisonniers (soudure, prix) ; plans annuels révisésSystèmes communs de ciblage et de paiement ; transition planifiée vers la protection sociale
CampPréparation aux inondations et épidémies dans le camp ; stocks tamponsEnregistrement unique (en général géré par le HCR ou les autorités) ; assistance différenciée selon la vulnérabilité
Milieu urbainDéclencheurs de prix ; transferts anticipés pour les ménages déjà enregistrésPartenariats avec les municipalités et les services sociaux ; paiements numériques
Gestion à distanceDéclencheurs fondés sur des données satellitaires et téléphoniquesMonnaie mobile, agents de paiement locaux, suivi par tiers
Insécurité forte et conflitDéclencheurs combinant climat et conflit ; actions légères et rapidesPrudence sur l'utilisation des systèmes de l'État partie au conflit ; alignement plutôt qu'intégration ; protection renforcée des données
Faibles capacités localesProtocoles simples, peu de déclencheurs, rôles clairsRenforcement des capacités du système national comme objectif explicite ; financement des coûts de fonctionnement des partenaires

Erreurs fréquentes

  • Concevoir un déclencheur sans vérifier son historique, ou fondé sur une donnée publiée trop tard pour agir.
  • Prévoir des actions qui ne peuvent pas être réalisées dans le délai entre le déclenchement et l'impact.
  • Laisser la décision d'activation à une négociation au moment du déclenchement.
  • Utiliser un registre social sans vérifier son actualité (ménages décédés, déménagés, nouveaux pauvres absents).
  • Partager des listes sans accord ni analyse de risque.
  • Réduire les rations sans en informer les communautés ni suivre les effets.
  • Sortir d'un programme à la date de fin du financement plutôt que selon des critères.

Ce que regardent les bailleurs, auditeurs et évaluateurs

  • ECHO : intégration de la préparation et de l'action anticipée (modificateurs de crise, préparation aux catastrophes), segmentation des fonctions et coût d'efficience dans les programmes de transferts à grande échelle, protection des données, lien avec la protection sociale dans une logique de nexus.
  • BHA : justification de la valeur et de la modalité, plans de suivi des marchés, utilisation du modificateur de crise, coordination avec les mécanismes nationaux et les clusters.
  • FCDO et bailleurs du développement : contribution au renforcement des systèmes nationaux de protection sociale, preuves sur le rapport coût-efficacité de l'action anticipée.
  • Évaluateurs : critères du CAD de l'OCDE (pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact, durabilité), avec une attention particulière à la rapidité (l'aide est-elle arrivée avant le pic ?) et à la connectivité (le programme a-t-il préparé l'après ?). Le guide de l'ALNAP sur l'évaluation de l'action humanitaire fournit le cadre de référence.

11Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Concevez en cinq minutes un dispositif d'action anticipée pour une zone exposée à la sécheresse. »

Une bonne réponse cite les quatre composantes (déclenchement, actions préétablies, financement pré-arrangé, préparation), propose des déclencheurs combinés (prévision saisonnière, végétation, termes de l'échange, projection IPC), des actions adaptées au calendrier pastoral ou agricole, un instrument de financement, et un dispositif de suivi pour tester les seuils.

2. « Quelle différence entre extension verticale et horizontale, et quand choisir l'une ou l'autre ? »

Elle définit les deux, explique que la verticale est rapide mais ne touche que les inscrits, et que l'horizontale suppose un registre à jour et une capacité d'enrôlement, puis montre que les deux se combinent souvent avec une réponse humanitaire pour les personnes absentes des registres.

3. « Le financement couvre 40 % des besoins. Comment le cluster doit-il prioriser ? »

Elle décrit une priorisation géographique, puis par ménage, puis par niveau d'assistance et calendrier, décidée collectivement, communiquée aux communautés, suivie et révisable, accompagnée d'un plaidoyer chiffré.

4. « Un ministère demande l'accès à vos listes de bénéficiaires pour les intégrer au registre social. Que faites-vous ? »

Elle analyse la base légale, le consentement des personnes, la finalité, les risques (en particulier en contexte de conflit), propose un accord de partage avec minimisation et sécurité, consulte les responsables de la protection des données et de la protection, et peut proposer des alternatives (partage agrégé, inscription volontaire).

5. « Comment démontrer qu'une action anticipée a eu de l'effet ? »

Elle propose une comparaison avec des ménages de profil comparable non assistés ou assistés plus tard, des indicateurs d'actifs (animaux conservés, ventes en détresse, dettes) et de consommation, une mesure au moment où le choc culmine, et une analyse des coûts évités, tout en reconnaissant les limites méthodologiques.

6. « Quelle stratégie de sortie prévoyez-vous pour un programme de transferts d'urgence ? »

Elle mentionne les critères de sortie fixés à la conception, le calendrier saisonnier, la progressivité, l'information, les relais vers la protection sociale et les moyens d'existence, et le suivi après la sortie.

Références clés

  • Rapport mondial sur les crises alimentaires : Réseau mondial contre les crises alimentaires.
  • Rapports sur les points chauds de la faim : FAO et PAM.
  • Guide de construction de scénarios et perspectives de sécurité alimentaire : FEWS NET.
  • Documents sur les cadres d'action anticipée et les allocations anticipatoires du CERF : OCHA.
  • Manuel et ressources sur le financement fondé sur les prévisions et les protocoles d'action précoce : Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et Centre climatique de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
  • Ressources sur l'action anticipée : FAO ; Start Network ; Anticipation Hub.
  • Travaux sur la protection sociale réactive aux chocs : Oxford Policy Management, Banque mondiale, Socialprotection.org.
  • Note d'orientation d'ECHO sur les transferts monétaires à grande échelle ; déclaration commune des Nations unies sur les transferts monétaires.
  • Manuel sur la protection des données dans l'action humanitaire : CICR ; orientations opérationnelles sur la responsabilité des données dans l'action humanitaire : IASC.
  • Module de référence pour la coordination des clusters au niveau pays : IASC ; documents du cycle de programmation humanitaire et du cadre d'analyse intersectorielle conjoint.
  • Guide de l'ALNAP sur l'évaluation de l'action humanitaire.

Exercice d'application : un plan d'action anticipée

Pour une zone pastorale exposée à la sécheresse, définissez trois déclencheurs (pluies, prix, état des animaux), les actions associées, leur calendrier, leur coût estimé, la source de financement et les indicateurs de suivi. Une page maximum.

À retenir

  • Analyse croisée : ménages, marchés, agriculture et élevage, nutrition, accès.
  • Action anticipée : déclencheurs, plans prêts, financement pré-arrangé.
  • Grande échelle : déduplication, paiements numériques, montants harmonisés.
  • Protection sociale réactive aux chocs : extension horizontale ou verticale.
  • Toujours une stratégie de sortie.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : normes minimales sur la sécurité alimentaire et la nutrition. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. Partenariat mondial de l'IPC (2021). Manuel technique de l'IPC, version 3.1. www.ipcinfo.org
  3. Programme alimentaire mondial (2021). Consolidated Approach for Reporting Indicators of Food Security (CARI). www.wfp.org/publications/consolidated-approach-reporting-indicators-food-security-cari-guidelines
  4. PAM et FAO (2024). Global Food Security Cluster. fscluster.org
  5. LEGS Project (2023). Livestock Emergency Guidelines and Standards (LEGS). www.livestock-emergency.net
  6. Programme alimentaire mondial (2008). Food Consumption Score: guidance note (VAM). resources.vam.wfp.org
  7. FANTA / FHI 360 (2011). Household Hunger Scale (HHS) et Household Dietary Diversity Score (HDDS). www.fantaproject.org/monitoring-and-evaluation
  8. Food Economy Group, Save the Children (2008). The Practitioners' Guide to the Household Economy Approach. www.feg-consulting.com
  9. CILSS (2019). Manuel du Cadre Harmonisé. www.cilss.int
  10. CaLP (2018). Minimum Standard for Market Analysis (MISMA). www.calpnetwork.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1L'action anticipée repose sur :
2Une extension verticale d'un programme de filets sociaux signifie :
3Pourquoi prévoir une stratégie de sortie ?

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