Jour 2 sur 7 · 6 heures · Niveau 1 Débutant

Choisir la réponse et cibler

Objectifs du jour
  • Choisir entre vivres, espèces, coupons et appui aux moyens d'existence.
  • Analyser les marchés avant de choisir une modalité.
  • Concevoir un ciblage juste et accepté.

1Les modalités de réponse

Plusieurs modalités existent, souvent combinées :

  • Distribution de vivres : utile quand les marchés ne fonctionnent pas ou que les prix flambent ; panier calculé pour couvrir environ 2 100 kcal par personne et par jour en ration complète.
  • Transferts monétaires (espèces, monnaie mobile) : plus de choix et de dignité, soutiennent l'économie locale, si les marchés fonctionnent et que les risques sont maîtrisés.
  • Coupons (valeur ou produits) : orientent la consommation vers certains aliments ou commerçants.
  • Appui aux moyens d'existence : semences et outils, santé animale, déstockage, argent contre travail, petits commerces, pour reconstruire l'autonomie.

2L'analyse des marchés et le choix de la modalité

Avant de choisir, on analyse : les marchés fonctionnent-ils ? Les commerçants peuvent-ils répondre à une hausse de la demande sans faire flamber les prix ? Les ménages préfèrent-ils des vivres ou des espèces ? Les risques (sécurité, détournement, protection) sont-ils gérables ? Les prestataires financiers sont-ils disponibles ?

Des outils comme le suivi des prix, l'analyse rapide des marchés ou le panier de dépenses minimum (MEB) servent à fixer le montant des transferts. Le choix est revu régulièrement : une modalité adaptée au mois 1 peut ne plus l'être au mois 6.

3Le ciblage

Le ciblage détermine qui reçoit l'aide. Il combine souvent un ciblage géographique (zones en IPC 3 ou plus), puis un ciblage des ménages selon des critères de vulnérabilité : consommation, revenus, actifs, taille du ménage, présence de personnes âgées, malades ou en situation de handicap, ménages dirigés par une femme ou un enfant.

Les méthodes : ciblage communautaire, enquête auprès des ménages avec un score, ou une combinaison. Les deux erreurs à limiter : l'exclusion de ménages vulnérables et l'inclusion de ménages non vulnérables. Les critères sont expliqués publiquement, les listes vérifiées, et un mécanisme de plaintes permet de corriger les erreurs.

4Protection, genre et redevabilité dans la réponse

Une réponse alimentaire peut exposer à des risques : longues marches vers les sites, vols, exploitation sexuelle en échange d'une place sur la liste, tensions entre groupes. Les mesures de base : sites proches et sûrs, horaires adaptés, files séparées si nécessaire, personnel formé à la PSEA, aide aux personnes à mobilité réduite.

La redevabilité passe par l'information (qui a droit à quoi, quand, comment se plaindre), la participation des communautés, y compris des femmes, au choix des critères et des modalités, et un mécanisme de plaintes accessible et confidentiel.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5L'analyse de réponse : une méthode en six étapes

L'analyse de réponse est le maillon entre l'évaluation et la conception du programme. Elle répond à la question : parmi toutes les options possibles, laquelle (ou quelle combinaison) répond le mieux aux besoins identifiés, dans ce contexte, avec ces risques et ces ressources ? Elle est trop souvent sautée, la modalité étant choisie par habitude de l'organisation ou par préférence du bailleur. Les standards Sphère (standard 6 sur l'assistance alimentaire et standards sur les moyens d'existence) et les standards minimaux de l'analyse des marchés du CaLP (MISMA) exigent que le choix soit justifié et documenté.

Étape 1 : partir des objectifs, pas des modalités

On formule d'abord ce que la réponse doit obtenir : couvrir le déficit alimentaire de 4 200 ménages pendant cinq mois de soudure ; éviter la vente du noyau reproducteur ; permettre les semis de la prochaine saison. Chaque objectif peut être atteint par plusieurs options. Si l'on commence par « nous ferons une distribution de vivres », on s'interdit de comparer.

Étape 2 : lister les options

Pour chaque objectif, on liste toutes les options techniquement possibles : vivres en nature, espèces sans condition, coupons de valeur ou de produits, argent contre travail, foires aux semences, distribution directe de semences, aliments du bétail, soins vétérinaires, déstockage commercial, appui à des commerçants, intégration dans un filet social existant.

Étape 3 : appliquer les critères de faisabilité

CritèreQuestionsSources
MarchésLes produits nécessaires sont-ils disponibles ? Les commerçants peuvent-ils augmenter l'offre sans hausse forte des prix ? Les ménages ont-ils un accès physique et social au marché ?Analyse de marché, enquête commerçants, suivi des prix
PréférencesQue préfèrent les femmes, les hommes, les personnes âgées, les personnes handicapées ? Pourquoi ?Groupes de discussion, questions dans l'enquête ménages
Protection et risquesQuels risques pour les bénéficiaires (vol, violence, exploitation, tensions) et pour l'organisation (détournement, fraude) selon chaque option ?Analyse des risques de protection, évaluation de sécurité
DélaiCombien de temps faut-il pour que l'aide atteigne les ménages ? Les vivres importés peuvent demander trois à quatre moisLogistique, prestataires financiers
Coût-efficienceCombien coûte chaque unité de valeur livrée au ménage ?Analyse des coûts, voir l'exemple ci-dessous
CapacitésL'organisation et ses partenaires ont-ils les compétences, les systèmes et les prestataires ?Évaluation interne, cartographie des prestataires
Cadre légal et politiqueLe gouvernement autorise-t-il les espèces ? Existe-t-il des restrictions d'importation, des règles de connaissance du client (KYC) ?Autorités, groupe de travail sur les transferts monétaires
CoordinationQue font les autres acteurs dans la zone ? Quelle modalité a été convenue au cluster ?4W du cluster, groupe de travail sur les transferts

Étape 4 : comparer les coûts

Deux mesures sont couramment utilisées. Le ratio coût-transfert rapporte le coût total (achat, transport, stockage, personnel, frais de paiement) à la valeur reçue par le ménage. L'indicateur coût-efficacité rapporte le coût total à un résultat (par exemple le coût par ménage qui passe d'une consommation pauvre à acceptable). Le PAM utilise aussi l'indicateur Omega, qui compare la valeur nutritionnelle obtenue par unité de coût selon la modalité. Les comparaisons doivent inclure les coûts cachés : pertes en entrepôt, gardiennage, coût pour le ménage du transport jusqu'au site ou de la revente d'une partie de la ration à perte.

Étape 5 : décider, documenter, prévoir le repli

La décision est consignée dans une note de deux à trois pages signée par le chef de projet et le responsable des programmes. Elle explique les options écartées et pourquoi, ainsi que les conditions qui feraient changer de modalité (par exemple une hausse des prix de plus de 25 % ou la fermeture du marché principal). On prévoit dès la conception un plan de repli : budget flexible, contrat-cadre avec un fournisseur de vivres, accord avec un deuxième prestataire de paiement.

Étape 6 : réviser

L'analyse de réponse est revue au moins tous les trois mois, et immédiatement si un indicateur de suivi franchit un seuil convenu. La modalité adaptée au mois 1 peut ne plus l'être au mois 6 : les marchés se reconstituent, les prix se stabilisent, les préférences évoluent.

La question que se pose un bailleur à la lecture d'une proposition : « Pourquoi cette modalité, ici, maintenant ? » La réponse doit tenir en quelques phrases appuyées sur des données : état des marchés, préférences mesurées, risques et coût comparé. Une formule telle que « l'argent liquide renforce la dignité » ne suffit pas à elle seule.

6Analyser les marchés pour décider : outils et indicateurs

L'analyse de marché pour la décision n'est pas une étude économique complète : elle cherche à répondre, en deux à trois semaines au maximum, à quelques questions précises. Plusieurs outils existent, à choisir selon le temps et l'expertise disponibles.

OutilPromoteurUsageDurée indicative
Évaluation rapide des marchés (RAM)CICR, Fédération internationalePremières semaines après un choc ; non-spécialistes3 à 5 jours
Guide d'analyse des marchés (MAG)CICR, Fédération internationaleAnalyse plus complète pour programmer une réponse2 à 3 semaines
EMMA (Emergency Market Mapping and Analysis)Oxfam, IRC, Practical ActionCartographie des systèmes de marché critiques avant et après le choc2 à 3 semaines
Analyse de marché avant crise (PCMA)IRC, Oxfam, Save the ChildrenPréparation : connaître les marchés avant le choc3 à 6 semaines
Indice de fonctionnalité des marchés (MFI)PAMNote de fonctionnalité sur plusieurs dimensions (assortiment, disponibilité, prix, résilience de la chaîne, concurrence, infrastructure, services, qualité, accès)Intégré au suivi régulier
Initiative conjointe de suivi des marchés (JMMI)REACH et groupes de travail sur les transfertsSuivi mensuel des prix et de la disponibilité des articles du MEBMensuel

Les questions de l'enquête commerçants

  • Quels produits vendez-vous et en quelles quantités par semaine ? Quel est votre stock actuel ?
  • Si la demande doublait, pourriez-vous suivre ? En combien de jours ? Qu'est-ce qui vous en empêcherait (crédit, transport, sécurité, licences) ?
  • D'où viennent vos produits ? Combien de fournisseurs avez-vous ? Les routes sont-elles ouvertes ?
  • Avez-vous accès au crédit de vos fournisseurs ? Acceptez-vous la monnaie mobile ?
  • Comment ont évolué vos prix d'achat et de vente depuis le choc ?
  • Combien de commerçants vendent les mêmes produits sur ce marché ? (risque d'entente sur les prix)

Interpréter l'élasticité de l'offre

Le critère décisif est la capacité de l'offre à répondre à l'injection de liquidités. Repère pratique : si une majorité des commerçants interrogés déclare pouvoir augmenter son offre d'au moins 50 % en moins de deux semaines, avec plusieurs fournisseurs et des routes ouvertes, et si l'injection prévue représente une part modeste du volume habituellement échangé, le risque d'inflation induite est faible. Si le marché est contrôlé par deux ou trois grossistes, si les routes d'approvisionnement sont coupées ou si l'injection représente une part importante des ventes, il faut prévoir des mesures (appui aux commerçants, coupons avec prix négociés, versements échelonnés) ou une autre modalité.

Calculer le poids de l'injection

Exemple : le marché de Doumbaré vend environ 180 tonnes de céréales par mois. Le programme prévoit des transferts de 3 400 ménages, dont la composante céréalière correspond à 45 kg par ménage et par mois, soit environ 153 tonnes de demande supplémentaire potentielle. Même en tenant compte du fait que les ménages achetaient déjà une partie de ces céréales, l'augmentation est très forte par rapport au volume habituel : il faut vérifier la capacité des grossistes de la capitale régionale, échelonner les paiements et suivre les prix chaque semaine pendant les deux premiers mois. Ce simple calcul évite des erreurs coûteuses.

L'analyse de marché sert aussi pour les vivres : acheter localement des quantités importantes peut faire monter les prix pour les ménages non assistés. Le PAM et la FAO évaluent ce risque avant les achats locaux et régionaux.

7Le ciblage en pratique : méthodes, calcul des erreurs et vérification

Le ciblage n'est pas une formalité administrative : c'est la décision la plus politique et la plus contestée d'un programme de sécurité alimentaire. Les orientations du PAM sur le ciblage et la priorisation, la note conjointe HCR-PAM sur le ciblage dans les opérations de réfugiés et le standard Sphère 6.3 (ciblage, distribution et livraison) en fixent les principes : critères fondés sur la vulnérabilité, transparence, participation des communautés, vérification et mécanisme de plaintes.

Les méthodes et leurs conditions d'usage

MéthodePrincipeAvantagesLimitesQuand l'utiliser
GéographiqueToute la population d'une zone gravement touchéeRapide, peu coûteuse, peu contestéeErreurs d'inclusion si la zone est hétérogènePremières semaines d'un choc grave ; zones en phase 4 ou plus
CatégorielleTous les ménages d'une catégorie (déplacés, ménages avec enfant malnutri, personnes âgées seules)Simple, vérifiableUne catégorie n'est pas toujours vulnérable ; crée des incitations à changer de statutQuand la catégorie est fortement corrélée à l'insécurité alimentaire
CommunautaireLa communauté classe les ménages selon des critères convenusConnaissance locale, acceptationCapture par les élites, exclusion des minoritésCommunautés stables, avec un comité représentatif et une supervision forte
Classement par niveau de richesse (type HEA)Groupes de discussion qui définissent les groupes de richesse puis y classent les ménagesLié aux moyens d'existence, compréhensibleDemande des facilitateurs expérimentésZones rurales, programmes de moyens d'existence
Score de vulnérabilité ou approximation des revenus (PMT)Formule appliquée à des caractéristiques observables (taille du ménage, biens, habitat, ratio de dépendance)Transparente, reproductible, adaptée à grande échelleErreurs importantes si le modèle n'est pas calibré ; difficile à expliquerProgrammes à grande échelle, milieu urbain, réfugiés
Auto-ciblageL'aide n'attire que ceux qui en ont besoin (travail rémunéré au-dessous du salaire courant, denrée peu prisée)Pas de liste à établirExclut ceux qui ne peuvent pas travailler ; peut être stigmatisantArgent contre travail, avec une composante sans contrepartie

Dans la pratique, on combine : ciblage géographique sur les zones les plus graves, puis ciblage communautaire selon des critères issus de l'évaluation, vérifié par une visite d'un échantillon de ménages, avec des critères d'inclusion automatique pour quelques catégories très vulnérables.

Mesurer les erreurs de ciblage

Pour mesurer les erreurs, on compare le statut « ciblé ou non » au statut « vulnérable ou non » mesuré de façon indépendante (par exemple une catégorie CARI ou un SCA) sur un échantillon de ménages des deux groupes.

Vulnérable selon la vérificationNon vulnérable selon la vérificationTotal
Inscrit sur la listeA = 310B = 90400
Non inscritC = 70D = 230300
Total380320700
  • Taux d'erreur d'inclusion = B ÷ (A + B) = 90 ÷ 400 = 22,5 % des inscrits ne sont pas vulnérables.
  • Taux d'erreur d'exclusion = C ÷ (A + C) = 70 ÷ 380 = 18,4 % des vulnérables ne sont pas inscrits.

Attention : l'échantillon de non-inscrits doit être tiré dans la population non inscrite, ce qui suppose une liste ou un recensement des ménages. Les taux dépendent aussi de la définition de « vulnérable » : on l'annonce toujours.

Il n'existe pas de seuil universel d'erreur acceptable. En urgence, on accepte une erreur d'inclusion plus élevée pour réduire l'exclusion, car exclure un ménage vulnérable peut coûter des vies ; en programme de longue durée avec des ressources limitées, on cherche un meilleur équilibre. Réduire une erreur augmente souvent l'autre et le coût du ciblage : un ciblage qui coûte plus que l'aide distribuée aux ménages mal inclus n'a pas de sens.

Le processus de vérification

  1. Lecture publique de la liste provisoire, en présence d'hommes et de femmes, avec rappel des critères.
  2. Période de contestation de 3 à 7 jours, avec plusieurs canaux (permanence, ligne téléphonique, boîte, comité).
  3. Visite d'un échantillon de 10 à 20 % des ménages inscrits par une équipe différente de celle qui a établi la liste, et de tous les cas contestés.
  4. Correction et nouvelle lecture ; documentation des modifications.
  5. Contrôle de doublons avec les listes des autres organisations, selon les accords de partage de données.

8Exemple complet : choisir la modalité et cibler dans le district de Haut-Kéla

Reprenons le district fictif de Haut-Kéla (voir le jour 1). Le cluster attribue à « Terres Solidaires » deux zones : les sites de déplacés de Doumbaré (environ 3 500 ménages déplacés) et la zone agropastorale de Sarakoro (11 800 ménages, dont l'évaluation estime que 35 % seront en déficit pendant la soudure). Budget disponible : 2,75 milliards d'unités monétaires (UM) pour six mois, coûts de mise en œuvre directs inclus.

1. Données pour la décision

ÉlémentDoumbaré (déplacés)Sarakoro (agropastoral)
Fonctionnement du marchéMarché quotidien, 14 grossistes et détaillants de céréales, réapprovisionnement en 7 à 10 joursDeux marchés hebdomadaires, 4 commerçants, route coupée 3 semaines par an en saison des pluies
Prix du mil410 UM/kg, en hausse de 58 % sur un an450 UM/kg, en hausse de 70 %
Prestataires financiersDeux opérateurs de monnaie mobile, couverture réseau bonne ; 62 % des ménages ont un téléphoneCouverture réseau partielle ; un agent de microfinance au chef-lieu de commune
Préférences (groupes de discussion, 12 groupes par zone)Espèces pour 8 groupes sur 12 ; les femmes âgées préfèrent un paiement en agence plutôt que sur téléphoneMixte : vivres pendant les mois de route coupée, espèces le reste du temps
Risques identifiésVols dans les sites, extorsion par des « représentants » autoproclamésPrésence intermittente de groupes armés sur la route du marché

2. Matrice de comparaison

Chaque option est notée de 1 (défavorable) à 3 (favorable) pour chaque critère ; la pondération est convenue en équipe avant la notation pour éviter de « construire » le résultat.

Critère (pondération)Doumbaré : espèces mobilesDoumbaré : vivresSarakoro : espècesSarakoro : vivresSarakoro : mixte
Marché (25 %)32233
Préférences (20 %)31223
Protection et sécurité (20 %)22122
Délai (10 %)31212
Coût-efficience (15 %)31312
Capacités (10 %)32222
Score pondéré2,801,551,952,002,45

Décision : transferts par monnaie mobile à Doumbaré, avec une option de retrait en agence pour les personnes sans téléphone ou qui le préfèrent ; à Sarakoro, une modalité mixte : vivres prépositionnés pour les deux mois où la route est coupée, espèces versées au chef-lieu de commune les autres mois, en un seul versement par mois et à des dates non annoncées publiquement à l'avance. La matrice ne remplace pas le jugement : elle oblige à expliciter les arbitrages.

3. Coût comparé

Pour un transfert mensuel d'une valeur de 54 000 UM par ménage à Doumbaré : coût des espèces mobiles (frais de transaction de 2 %, enregistrement, cartes SIM pour les ménages qui n'en ont pas, personnel) estimé à 1,13 UM par UM transférée ; pour des vivres achetés au niveau régional et transportés (achat, transport, entreposage, pertes de 1,5 %, distribution), 1,38 UM par UM de valeur reçue, valeur calculée au prix du marché local. Sur six mois et 3 500 ménages, l'écart représente environ 280 millions d'UM, soit l'équivalent de cinq mois d'assistance pour environ 900 ménages supplémentaires.

4. Ciblage à Sarakoro

  1. Critères, issus de l'évaluation et discutés en groupes de discussion : moins de 5 petits ruminants et moins d'un hectare cultivé ; ou ménage sans adulte valide ; ou ménage ayant un enfant suivi pour malnutrition aiguë ; ou ménage dont le chef est une personne âgée isolée ou une personne en situation de handicap. Les trois dernières catégories sont des critères d'inclusion automatique.
  2. Comités de ciblage dans les 23 villages : 7 membres, dont au moins 3 femmes, un représentant des personnes âgées ou handicapées, et aucune autorité administrative ou traditionnelle comme président.
  3. Établissement des listes par les comités en présence de l'équipe ; enregistrement des ménages par téléphone avec photo du titulaire et choix du titulaire avec le ménage (la personne qui gère l'alimentation, le plus souvent une femme, sauf objection).
  4. Vérification : visite de 15 % des ménages inscrits et de 5 % des ménages non inscrits par une équipe distincte, avec une grille courte (biens, bétail, consommation de la veille). Résultat : erreur d'inclusion estimée à 14 %, erreur d'exclusion à 21 %. Deux villages concentrent la moitié des erreurs d'inclusion : leurs listes sont refaites avec un nouveau comité.
  5. Plaintes : 312 plaintes reçues pendant la période de contestation, dont 241 demandes d'inclusion ; 96 ménages ajoutés après visite.
  6. Priorisation : la liste finale compte 4 380 ménages alors que le budget en couvre 4 100. Le comité de pilotage choisit de conserver tous les ménages des catégories automatiques et de réduire la durée d'assistance à cinq mois pour les autres, plutôt que de réduire le montant en dessous du déficit calculé.

Ce que l'exemple illustre : la modalité varie entre deux zones d'un même programme ; la matrice rend les arbitrages explicites ; les erreurs de ciblage sont mesurées et corrigées, pas supposées ; la contrainte budgétaire est gérée par une règle de priorisation transparente, pas par une réduction silencieuse des montants.

9Protection, genre et redevabilité : intégrer les risques dans la conception

La norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS, révisée en 2024) fixe neuf engagements, dont plusieurs concernent directement la réponse alimentaire : une aide adaptée aux besoins, accessible et opportune, qui ne nuit pas, fondée sur la participation des personnes, avec des mécanismes de plaintes sûrs et réactifs. Les engagements de l'IASC sur la redevabilité envers les populations affectées et les six principes fondamentaux de l'IASC sur la protection contre l'exploitation et les abus sexuels s'appliquent à toutes les étapes, du ciblage à la distribution.

Analyse des risques par étape

ÉtapeRisqueGroupe le plus exposéMesure d'atténuation
CiblageDemande de faveurs, y compris sexuelles, pour être inscritFemmes seules, veuves, adolescentes chefs de ménageComités mixtes, information publique sur la gratuité, double canal de plaintes, visites de vérification par du personnel formé à la PSEA
CiblageExclusion des minorités, des déplacés non enregistrés, des personnes handicapéesGroupes marginalisésConsultation séparée de ces groupes, critères d'inclusion automatique, porte-à-porte
EnregistrementCollecte excessive de données personnelles ; partage non autoriséTous ; risque accru pour les personnes recherchées par une partie au conflitMinimisation, consentement éclairé, chiffrement, accords de partage, pas de données ethniques ou religieuses sans nécessité
DistributionLongues marches, attente, vols sur le trajet retourPersonnes âgées, femmes avec enfantsSites à distance raisonnable, horaires permettant le retour de jour, rations transportables, représentants désignés
Transferts monétairesConfiscation par un membre du ménage, tensions conjugalesFemmes titulairesChoix du titulaire discuté avec le ménage, sensibilisation des hommes, suivi des violences dans le PDM, référencement
Tout le cycleTensions entre déplacés et population hôteCommunautés hôtes pauvresInclusion d'une part de ménages hôtes vulnérables, information sur les critères, dialogue communautaire

Le mécanisme de plaintes et de retours

  • Plusieurs canaux : ligne téléphonique gratuite, permanences sur les sites, boîtes, comités, contact direct avec le personnel. Les canaux sont choisis après consultation des femmes, des personnes âgées et des personnes handicapées.
  • Catégorisation : demandes d'information, demandes d'inclusion, plaintes sur la qualité, plaintes sensibles (fraude, exploitation et abus sexuels, comportement du personnel). Les plaintes sensibles suivent une procédure distincte et confidentielle, vers le point focal PSEA ou l'unité d'enquête.
  • Délais : accusé de réception immédiat ; réponse aux plaintes non sensibles en 7 à 14 jours ; boucle fermée avec le plaignant.
  • Analyse : rapport mensuel des tendances partagé avec l'équipe programme, avec décisions prises. Un mécanisme qui ne reçoit aucune plainte n'est pas un signe de qualité, mais plutôt d'inaccessibilité ou de manque de confiance.

Genre : au-delà du titulaire féminin

Désigner systématiquement les femmes comme titulaires peut améliorer l'utilisation de l'aide pour l'alimentation, mais peut aussi accroître leur charge de travail ou les exposer à des violences. La bonne pratique est d'analyser, en groupes de discussion séparés, qui décide des dépenses, qui se déplace au marché, quels risques chacun rencontre, puis de proposer une règle par défaut avec possibilité d'exception, et de suivre les effets dans le PDM (question sur les disputes liées à l'aide, sur la prise de décision, sur la sécurité).

10Variantes par contexte, erreurs fréquentes et attentes des bailleurs

Variantes par contexte

ContexteChoix de modalitéCiblage
Choc soudainSouvent vivres ou kits les premières semaines, transition rapide vers les espèces si les marchés se rétablissent ; un transfert unique ou de un à trois moisGéographique ou catégoriel au départ (ménages dont la maison est détruite), affiné ensuite
Crise prolongéeEspèces ou coupons souvent dominants ; lien avec les filets sociaux ; réduction progressiveReciblage régulier, score de vulnérabilité, priorisation selon les financements
CampAssistance générale souvent en vivres ou en coupons électroniques chez des commerçants agréés ; espèces quand le cadre légal le permetPassage d'une assistance générale à une assistance différenciée selon la vulnérabilité, selon les orientations conjointes HCR-PAM ; forte sensibilité, communication indispensable
Milieu urbainEspèces à usages multiples couvrant le MEB (loyer compris)Score de vulnérabilité, enregistrement par téléphone, référencement par les services sociaux
Accès limité, gestion à distanceMonnaie mobile ou agents de transfert ; vivres via des partenaires locauxListes établies par des partenaires locaux, vérification téléphonique d'un échantillon, suivi par tiers
Insécurité fortePetits montants fréquents, paiements discrets, rations légèresPas de lecture publique de listes si elle expose les ménages ; critères communiqués sans noms
Partenaire local à faibles capacitésModalité que le partenaire maîtrise, montée en charge progressiveAccompagnement du premier exercice de ciblage, outils simples, vérification conjointe

Erreurs fréquentes

  • Choisir la modalité avant l'analyse, puis rédiger l'analyse pour la justifier.
  • Confondre préférence déclarée et faisabilité : les ménages peuvent préférer les espèces alors que le marché ne peut pas absorber la demande.
  • Laisser les autorités locales établir seules les listes.
  • Publier des critères flous (« les plus vulnérables ») impossibles à vérifier ou à contester.
  • Ne pas mesurer l'exclusion, faute de vérification auprès des non-inscrits.
  • Réduire les montants pour couvrir plus de ménages sans le dire, ce qui fait tomber tout le monde sous le seuil d'effet.
  • Oublier les communautés hôtes, ce qui crée tensions et exclusions.

Ce que regardent les bailleurs et les auditeurs

  • ECHO : justification de la modalité fondée sur l'analyse de marché et de risques, comparaison coût-efficience et coût-efficacité, recours aux transferts monétaires quand ils sont appropriés et respect de ses orientations sur les transferts monétaires à grande échelle (segmentation des fonctions, interopérabilité, coût administratif maîtrisé).
  • BHA : justification explicite de la modalité et de la valeur du transfert, analyse de marché obligatoire, explication si des denrées en nature sont nécessaires, plan de suivi des marchés.
  • Auditeurs : traçabilité du ciblage (critères écrits, procès-verbaux des comités, listes signées, corrections documentées), séparation des fonctions entre l'équipe qui cible, celle qui paie et celle qui vérifie, gestion des conflits d'intérêts du personnel et des comités.
  • Évaluateurs : pertinence de la modalité au regard des préférences et des marchés, erreurs de ciblage mesurées, prise en compte des groupes à risque.

11Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Comment décidez-vous entre vivres et espèces ? »

Une bonne réponse cite les critères (fonctionnement et élasticité des marchés, préférences désagrégées, risques de protection et de sécurité, délais, coût-efficience, capacités, cadre légal, coordination), mentionne au moins un outil d'analyse de marché et insiste sur la révision régulière et le plan de repli. Elle évite toute position de principe.

2. « Votre budget couvre 60 % des ménages éligibles. Que faites-vous ? »

Elle distingue priorisation et ciblage, propose une règle transparente (gravité, catégories prioritaires, zones), explique pourquoi réduire les montants pour tous est en général une mauvaise idée, mentionne la coordination au cluster pour combler le gap et le plaidoyer chiffré auprès des bailleurs, et la communication aux communautés.

3. « Comment mesurez-vous les erreurs de ciblage ? »

Elle décrit la vérification auprès d'un échantillon d'inscrits et de non-inscrits avec un indicateur indépendant, le calcul des taux d'inclusion et d'exclusion avec leurs dénominateurs, et l'utilisation des plaintes. Elle reconnaît l'arbitrage entre les deux erreurs.

4. « Un chef traditionnel exige de valider la liste. Comment gérez-vous ? »

Elle reconnaît son rôle et son influence, l'associe à l'information et à la médiation, mais pas à la décision finale ; elle s'appuie sur un comité représentatif, des critères publics, une vérification indépendante et l'appui de la coordination si nécessaire. Elle mentionne le risque pour les plaignants et les mesures de protection.

5. « Que signifie concrètement "ne pas nuire" dans une distribution de transferts monétaires ? »

Elle cite l'analyse des risques de protection, les mesures sur le choix du titulaire et la sécurité des paiements, la protection des données, la prévention de l'exploitation et des abus sexuels, le suivi des tensions intracommunautaires et intrafamiliales, et des exemples d'ajustements réels.

Références clés

  • Manuel Sphère (2018), standards sur l'assistance alimentaire et les moyens d'existence ; section sur l'assistance fondée sur les marchés.
  • Minimum Standard for Market Analysis (MISMA) et outils d'analyse de réponse : CaLP.
  • Guides RAM et MAG : CICR et Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
  • Boîte à outils EMMA : Oxfam, IRC, Practical Action.
  • Orientations opérationnelles sur le ciblage et la priorisation : PAM ; orientations conjointes sur le ciblage : HCR et PAM.
  • Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS, édition 2024).
  • Engagements révisés de l'IASC sur la redevabilité envers les populations affectées et principes fondamentaux de la PSEA.
  • Communication de la Commission européenne sur l'assistance alimentaire humanitaire (2010) et note d'orientation d'ECHO sur les transferts monétaires à grande échelle.
  • Lignes directrices de demande d'assistance d'urgence : Bureau d'assistance humanitaire (BHA) de l'USAID.
Mise en situation

La liste contestée

Village, réunion communautaire

Votre rôle

Vous êtes officier ciblage.

Lors de la lecture publique de la liste des bénéficiaires, plusieurs veuves disent avoir été oubliées alors que des commerçants aisés y figurent.

  1. Décision 1 sur 3Comment réagissez-vous pendant la réunion ?

  2. Décision 2 sur 3Les visites confirment les erreurs. Vous :

  3. Décision 3 sur 3Un membre du comité menace les plaignantes. Vous :

Exercice d'application : vivres ou espèces ?

Dans une ville touchée par des inondations, les marchés ont rouvert en dix jours, les prix ont augmenté de 15 %, la monnaie mobile fonctionne et les ménages préfèrent les espèces. Dans les villages voisins, les routes sont coupées et les marchés vides. Proposez une modalité pour chaque zone, justifiez-la et indiquez les risques à suivre.

À retenir

  • Modalités : vivres, espèces, coupons, appui aux moyens d'existence ; souvent combinées.
  • Ration complète : environ 2 100 kcal par personne et par jour.
  • Analyse des marchés et préférences des ménages avant de choisir ; révision régulière.
  • Ciblage : critères publics, listes vérifiées, erreurs d'exclusion et d'inclusion limitées.
  • Sites sûrs, PSEA, information et mécanisme de plaintes.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : normes minimales sur la sécurité alimentaire et la nutrition. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. Partenariat mondial de l'IPC (2021). Manuel technique de l'IPC, version 3.1. www.ipcinfo.org
  3. Programme alimentaire mondial (2021). Consolidated Approach for Reporting Indicators of Food Security (CARI). www.wfp.org/publications/consolidated-approach-reporting-indicators-food-security-cari-guidelines
  4. PAM et FAO (2024). Global Food Security Cluster. fscluster.org
  5. LEGS Project (2023). Livestock Emergency Guidelines and Standards (LEGS). www.livestock-emergency.net
  6. Programme alimentaire mondial (2008). Food Consumption Score: guidance note (VAM). resources.vam.wfp.org
  7. FANTA / FHI 360 (2011). Household Hunger Scale (HHS) et Household Dietary Diversity Score (HDDS). www.fantaproject.org/monitoring-and-evaluation
  8. Food Economy Group, Save the Children (2008). The Practitioners' Guide to the Household Economy Approach. www.feg-consulting.com
  9. CILSS (2019). Manuel du Cadre Harmonisé. www.cilss.int
  10. CaLP (2018). Minimum Standard for Market Analysis (MISMA). www.calpnetwork.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Une ration alimentaire complète vise environ :
2Les transferts monétaires sont adaptés quand :
3Une erreur d'exclusion signifie :

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