Jour 3 sur 7 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Distribuer, suivre et reconstruire les moyens d'existence

Objectifs du jour
  • Organiser une distribution sûre et efficace.
  • Assurer le suivi post-distribution et mesurer les résultats.
  • Relier urgence, relèvement et coordination avec le cluster.

1Organiser une distribution

Une distribution se prépare : listes validées, cartes de bénéficiaires, site sûr avec ombre et eau, équipe formée, gestion des foules, information préalable sur la date, le contenu et le mécanisme de plaintes. Le jour J : vérification d'identité, remise du panier ou du transfert, signature ou empreinte, priorité aux personnes vulnérables, comptage des stocks en début et fin de journée.

Le rapprochement entre quantités prévues, distribuées et restantes est fait le jour même. Tout écart est expliqué et signalé. Le suivi des commodités, du port à la main du bénéficiaire, protège contre le détournement.

2Le suivi post-distribution et les résultats

Le suivi post-distribution (PDM) interroge un échantillon de ménages quelques semaines après : ont-ils reçu la bonne quantité ? Comment l'ont-ils utilisée ? Ont-ils rencontré des problèmes de sécurité ou d'abus ? Leur consommation s'est-elle améliorée ?

On suit les indicateurs de résultat (SCA, rCSI, stratégies d'adaptation) par rapport à la situation de départ, ainsi que les prix sur les marchés. Les résultats, y compris les plaintes, servent à ajuster le ciblage, les montants et l'organisation.

3Du secours au relèvement

Dès que possible, la réponse cherche à protéger et reconstruire les moyens d'existence : semences et outils avant la saison des pluies, vaccination et alimentation du bétail, argent contre travail pour réhabiliter des infrastructures utiles, soutien aux petits commerces, groupes d'épargne. Le calendrier saisonnier guide le moment de chaque intervention.

Le lien avec la nutrition, l'eau et la protection sociale nationale est essentiel : quand un système national de filets sociaux existe, l'aide humanitaire peut s'y appuyer ou préparer la transition (« nexus humanitaire-développement »).

4Le cluster Sécurité alimentaire

Le cluster Sécurité alimentaire est codirigé par le PAM et la FAO au niveau mondial. Il coordonne l'analyse (IPC, évaluations conjointes), la cartographie 4W, l'harmonisation des paniers et des montants de transferts, la prévention des doublons et le plaidoyer.

Il travaille avec le groupe de travail sur les transferts monétaires (CWG) et les clusters Nutrition et WASH. Pour une ONG, y participer, c'est partager ses zones et ses chiffres, aligner ses montants sur ceux convenus et éviter d'aider deux fois les mêmes ménages.

Cours approfondi

Méthodes détaillées, exemple complet, outils, erreurs fréquentes et questions d'entretien.

5Planifier une distribution en nature : calculs, site et équipe

Une distribution réussie se décide trois à six semaines avant le jour J. Le standard Sphère 6.3 (ciblage, distribution et livraison) demande que les méthodes de distribution soient efficaces, équitables, sûres, accessibles et respectueuses de la dignité, et que les personnes soient informées à l'avance de leurs droits. Les étapes ci-dessous sont celles qu'un chef de projet ou un responsable de distribution doit maîtriser.

1. Calculer les besoins en denrées

On part de la ration journalière par personne, de la taille des ménages enregistrés (et non d'une taille moyenne théorique) et de la durée couverte. Pour la ration type du jour 5 (céréales 450 g, légumineuses 50 g, huile 30 g, sel 5 g, sucre 20 g), un mois de 30 jours représente par personne 13,5 kg de céréales, 1,5 kg de légumineuses, 0,9 kg d'huile, 0,15 kg de sel et 0,6 kg de sucre, soit environ 16,65 kg. On regroupe ensuite les ménages par taille pour constituer des rations par ménage faciles à remettre (par exemple une ration « 1 à 3 personnes », « 4 à 6 », « 7 et plus »), en vérifiant que l'arrondi ne pénalise pas les grands ménages.

Au total net, on ajoute une marge pour pertes de transport et de manutention (selon les contrats et l'historique, souvent de l'ordre de 1 à 2 %) et un stock de réserve pour les inscriptions validées après plainte (2 à 5 % selon le contexte).

2. Choisir et organiser les sites

  • Nombre et emplacement : réduire le temps de marche, en particulier pour les personnes âgées et handicapées ; un trajet qui oblige à partir avant l'aube ou à rentrer de nuit est un signal pour ouvrir un site supplémentaire ou organiser une distribution mobile.
  • Choix du site : terrain plat, ombre, eau potable, latrines séparées par sexe, abri pour l'attente, accès pour les camions, pas d'emplacement militaire ou politiquement marqué, avec l'accord des autorités et de la communauté.
  • Plan du site : un circuit à sens unique (entrée, vérification, remise, sortie), une zone d'attente séparée de la zone de stockage, une file prioritaire, un point d'information et de plaintes à la sortie, une zone de repos. Les barrières (cordes, poteaux) canalisent la foule sans l'enfermer.

3. Dimensionner le rythme et l'équipe

Le rythme dépend de la vérification d'identité, du type de ration et de l'organisation. Un repère utilisé par de nombreuses équipes est de 300 à 500 ménages par jour et par ligne de remise lorsque les rations sont préparées ou standardisées et que la vérification est électronique ; il tombe nettement plus bas avec un mesurage à la louche et des listes papier. On planifie donc les jours et les lignes en conséquence, en convoquant les ménages par créneaux (par village ou par lettre) plutôt que tous à l'ouverture.

FonctionEffectif indicatif pour une ligneRôle
Responsable de site1 par siteCoordination, décisions, relation avec les autorités, suspension si nécessaire
Vérification2Contrôle des cartes, des listes ou des données biométriques ; aucune remise sans vérification
Remise4 à 6 manutentionnairesRemise des denrées, aide au chargement
Magasinier de site1Comptage à l'ouverture et à la fermeture, fiche de stock du site
Contrôle de foule2 à 4, dont des femmesOrientation, file prioritaire, calme ; ne sont jamais armés
Redevabilité1 à 2Information, enregistrement des plaintes, suivi à la sortie
Suivi1Contrôle sur un échantillon des rations remises (pesée), observation

4. Informer avant le jour J

Au moins une semaine avant : date, lieu, horaires par groupe, contenu exact de la ration (en kilos, par taille de ménage), documents à présenter, possibilité de désigner un représentant, gratuité totale, canaux de plaintes. Cette information est donnée par plusieurs canaux (réunions séparées hommes et femmes, radio locale, messages vocaux, affiches avec pictogrammes).

5. Le jour J et le lendemain

  1. Comptage des stocks à l'ouverture, en présence du magasinier et du responsable de site, consigné et signé.
  2. Briefing de l'équipe : rôles, code de conduite, procédure de suspension, conduite à tenir face à une plainte sensible.
  3. Remise avec vérification et signature ou empreinte ; pesée aléatoire d'une ration sur vingt.
  4. Comptage de fermeture et rapprochement le jour même : stock d'ouverture moins rations remises (en quantités) doit égaler le stock de fermeture, aux pertes documentées près.
  5. Rapport de distribution sous 24 à 48 heures : ménages servis, absents, quantités, écarts, incidents, plaintes.
  6. Mise à jour des listes : les absents sont contactés ; une distribution de rattrapage est organisée selon une procédure écrite.

6Gestion des stocks et traçabilité des denrées

La traçabilité de la chaîne d'approvisionnement, du fournisseur au ménage, est la première exigence des bailleurs et des auditeurs pour l'aide en nature. Elle repose sur quelques documents simples, tenus rigoureusement.

Les documents de base

DocumentUsagePoint de contrôle
Bon de commande et contrat fournisseurSpécifications (variété, humidité, emballage, date limite), quantités, prix, délaisConformité à la procédure d'achat ; certificat de qualité
Lettre de transport (waybill)Accompagne chaque chargement ; quantités chargées et reçues, avec signaturesÉcart entre chargé et reçu ; numérotation continue
Bon de réceptionConstat à l'arrivée en entrepôt : quantités, état, sacs endommagésRéserve écrite en cas d'écart ou de dommage
Fiche de stock (par denrée et par lot)Entrées, sorties, solde après chaque mouvementCorrespondance avec l'inventaire physique
Bon de sortieAutorisation de sortie vers un site, signée par une personne autre que le magasinierSéparation des fonctions
Rapport de distributionQuantités remises par site, ménages servisCohérence avec les listes et les bons de sortie
Rapport de pertesPertes constatées, causes, responsabilitéSeuil de tolérance, facturation au transporteur au-delà
Inventaire physique mensuelComptage complet par une équipe incluant une personne extérieure à l'entrepôtÉcart d'inventaire expliqué et validé

Règles de gestion de l'entrepôt

  • Premier périmé, premier sorti : on sort d'abord les lots dont la date limite est la plus proche, et non les derniers arrivés.
  • Stockage sur palettes, à distance des murs, en piles limitées et étiquetées par lot ; aération, lutte contre les rongeurs et les insectes, fumigation par du personnel qualifié.
  • Contrôle qualité à la réception et en stock : humidité des céréales, état des emballages, odeur, présence d'insectes ; mise en quarantaine et analyse en cas de doute ; destruction documentée et autorisée des denrées impropres.
  • Accès restreint, deux clés détenues par deux personnes différentes, registre des entrées et sorties de personnes.

Rapprochement de la chaîne

Un rapprochement mensuel compare, pour chaque denrée : quantités reçues des fournisseurs, quantités entrées en entrepôt, sorties vers les sites, quantités remises aux ménages, retours et pertes, stock final. La formule de contrôle est simple : stock initial + entrées − sorties − pertes = stock final théorique, à comparer à l'inventaire physique. Tout écart dépassant le seuil fixé dans les procédures fait l'objet d'une note explicative et, si nécessaire, d'une enquête.

Un écart non signalé est plus grave qu'un écart signalé. Les bailleurs et les agences des Nations unies traitent sévèrement les pertes dissimulées ; ils acceptent en revanche les pertes documentées, expliquées et accompagnées de mesures correctives. Signaler rapidement protège l'organisation et les personnes.

7Le suivi post-distribution et le suivi des résultats : la méthode

Le suivi d'un programme d'assistance alimentaire comporte trois niveaux, à ne pas confondre : le suivi des processus (la distribution s'est-elle bien passée ?), le suivi post-distribution (qu'ont reçu les ménages, qu'en ont-ils fait, quels problèmes ?) et le suivi des résultats (la situation alimentaire des ménages a-t-elle changé ?). Le PDM combine souvent les deux derniers.

Calendrier

  • Suivi de distribution : le jour même, par observation et entretiens de sortie (10 à 20 ménages par site).
  • PDM : deux à six semaines après le transfert ou la distribution, pour laisser le temps de consommer ou de dépenser, mais pas trop tard pour que les ménages se souviennent.
  • Base de référence : avant la première distribution, sur les ménages ciblés, avec les mêmes indicateurs que le PDM. Sans elle, aucun effet ne peut être mesuré.
  • Fréquence : un PDM après la première distribution (pour corriger vite), puis tous les deux à trois mois, et une enquête finale.

Échantillon

Le PDM étant réalisé sur la liste des bénéficiaires, on dispose d'une base de sondage : un tirage aléatoire simple ou systématique est possible, sans effet de plan important. Pour estimer une proportion avec ±7 à ±10 points de précision, 100 à 200 ménages par strate suffisent souvent. On prévoit des strates si l'on veut comparer des modalités, des zones ou des partenaires.

Modules du questionnaire

ModuleContenuExemple d'indicateur
RéceptionQuantité ou montant reçu, date, distance, temps d'attente, frais payés% de ménages ayant reçu la totalité de leur droit
UtilisationConsommation, partage, vente ou échange, dépenses réalisées% du transfert dépensé en alimentation ; % de la ration vendue
RésultatsSCA, rCSI, LCS, part des dépenses alimentaires% de ménages avec un SCA acceptable ; rCSI moyen
Protection et redevabilitéSécurité sur le trajet, traitement digne, connaissance des droits et des canaux de plaintes, demandes de paiement% de ménages ayant rencontré un problème de sécurité ; % connaissant au moins un canal de plaintes
Satisfaction et préférencesSatisfaction sur la modalité, le montant, la date ; modalité préférée% de ménages préférant une autre modalité
Marchés (pour les transferts)Disponibilité des produits, prix payés, comportement des commerçants% de ménages ayant trouvé les produits voulus

Analyser et décider

Les résultats sont comparés à la base de référence, aux cibles et, si possible, à un groupe non assisté de profil comparable (pour distinguer l'effet du programme de l'effet saisonnier). On les présente lors d'une réunion d'apprentissage dans les deux semaines suivant la collecte, avec une liste de décisions et de responsables. Un PDM sans décision n'est qu'un rapport de plus.

8Exemple complet : la distribution de juillet à Sarakoro, du calcul au PDM

Suite de l'exemple fictif du jour 2 : à Sarakoro, la route est coupée en juillet et août. « Terres Solidaires » remplace donc les espèces par des vivres pour ces deux mois, pour les 4 100 ménages retenus.

1. Calcul des besoins

Groupe de tailleMénagesPersonnes comptées par rationRations-personnes
1 à 3 personnes62031 860
4 à 6 personnes1 980611 880
7 personnes et plus1 500913 500
Total4 10027 240

L'équipe a vérifié que la taille moyenne réelle du groupe « 7 et plus » est de 8,7 personnes : la ration de 9 ne pénalise donc pas ces ménages. Besoins nets pour un mois : 27 240 × 13,5 kg = 367,7 tonnes de céréales ; 40,9 t de légumineuses ; 24,5 t d'huile ; 4,1 t de sel ; 16,3 t de sucre ; soit 453,5 tonnes. Avec 2 % de marge pour pertes et 3 % de réserve pour les inscriptions validées après plainte, la commande atteint environ 476 tonnes, soit 16 camions de 30 tonnes à prépositionner avant la coupure de la route.

2. Organisation

Quatre sites, deux lignes de remise par site, rations préparées en kits par taille de ménage, vérification par carte à code-barres. Avec environ 400 ménages par ligne et par jour, chaque site sert ses 1 000 ménages environ en un jour et demi ; deux équipes tournent sur les quatre sites en huit jours. Les ménages sont convoqués par village et par demi-journée.

3. Rapprochement des céréales

SiteSortie d'entrepôt (t)Remis (t)Retour en entrepôt (t)Pertes documentées (t)Écart non expliqué (t)
Site 195,092,62,20,200
Site 290,088,11,70,200
Site 398,094,32,20,151,35
Site 488,486,02,30,100
Total371,4361,08,40,651,35

Au site 3, l'écart de 1,35 tonne correspond à 27 sacs de 50 kg. Le responsable de site le signale le soir même ; le recomptage le confirme. L'enquête interne établit que les sacs ont été remis à un membre du comité « pour les malades qui ne pouvaient pas venir », sans liste ni signature. La procédure de représentant désigné existait mais n'avait pas été expliquée au comité. Mesures : récupération de 19 sacs, remise documentée de 8 sacs à des ménages vérifiés, rappel écrit de la procédure à tous les comités, remplacement du membre concerné, note au bailleur dans le rapport mensuel.

4. PDM quatre semaines après

Échantillon aléatoire de 180 ménages tirés de la liste, comparé à la base de référence réalisée en mars auprès des mêmes ménages ciblés.

IndicateurBase (mars)PDM (août)Commentaire
Ménages ayant reçu la totalité de leur rationsans objet94 %Les 6 % restants : absents remplacés par un représentant non autorisé
Ménages ayant vendu ou échangé une partie de la rationsans objet21 %Surtout pour payer la mouture et acheter des condiments
Ménages ayant payé la mouture en céréalessans objet38 %Environ 10 % de la ration céréalière perdue
SCA acceptable42 %58 %Amélioration malgré la soudure
rCSI moyen1711
Ménages en stratégies de crise ou d'urgence48 %39 %Toujours élevé : les dettes antérieures pèsent
Demande de paiement par une personne liée au programmesans objet7 %Signal grave, concentré dans deux villages
Ménages connaissant au moins un canal de plaintessans objet77 %Cible : 90 %

5. Décisions de la réunion d'apprentissage

  • Ajouter pour août un petit montant en espèces (ou un coupon de mouture négocié avec les meuniers) couvrant le coût de la mouture.
  • Traiter les demandes de paiement comme des allégations de fraude : signalement à l'unité d'intégrité, enquête, information publique sur la gratuité dans les deux villages, rotation des comités.
  • Renforcer l'information sur les canaux de plaintes (messages radio, affiche à chaque site, rappel oral au point de sortie).
  • Ajouter un module sur les dettes au prochain PDM et étudier, avec le volet moyens d'existence, une réponse à l'endettement après la récolte.

9Programmer le relèvement des moyens d'existence : paramètres techniques

Le relèvement ne commence pas après l'urgence : il se prépare dès les premiers mois, en fonction du calendrier saisonnier. Les standards Sphère sur les moyens d'existence (production primaire, revenus et emploi), les Livestock Emergency Guidelines and Standards (LEGS) et les standards minimaux pour le relèvement économique (MERS, du réseau SEEP) en donnent le cadre.

Semences et intrants agricoles

  • Analyser avant de distribuer : le problème est-il la disponibilité des semences, l'accès (pouvoir d'achat) ou la qualité ? L'évaluation de la sécurité des systèmes semenciers (SSSA, développée par l'Alliance Bioversity-CIAT et CRS) montre que, dans beaucoup de crises, les semences sont disponibles localement et que le problème est l'accès. La réponse est alors un coupon ou une foire aux semences plutôt qu'une distribution de semences importées.
  • Calendrier : les semences doivent être entre les mains des agriculteurs deux à quatre semaines avant les premières pluies utiles ; une distribution en retard est inutile et souvent consommée.
  • Qualité : variétés connues et adaptées au cycle des pluies, taux de germination vérifié (au moins le seuil des normes nationales, souvent de l'ordre de 80 % pour les céréales), absence de maladies. Pas de variété nouvelle non testée en urgence.
  • Protection de la semence : associer une ration ou un transfert pendant la période des semis pour éviter que les semences ne soient mangées.

Bétail (LEGS)

InterventionMoment dans la sécheressePoints d'attention
Déstockage commercialPhase d'alerte, quand les animaux ont encore de la valeurFacilitation des commerçants, pas d'achat direct par l'ONG si le marché fonctionne
Déstockage d'abattagePhase d'urgence, quand le marché ne fonctionne plusViande distribuée aux ménages vulnérables, normes d'hygiène
Soins vétérinairesToutes phasesServices privés ou publics existants, coupons vétérinaires, pas de gratuité qui détruit le marché local
Aliment du bétailAlerte et urgenceLimité au noyau reproducteur, coût par animal comparé à sa valeur
Eau pour le bétailAlerte et urgenceRéhabilitation de points d'eau, gestion des conflits d'usage
Reconstitution du cheptelRelèvement, après le retour des pâturagesEspèces adaptées, achat local, nombre suffisant pour un troupeau viable

Argent contre travail

  • Taux journalier : en général fixé au niveau du salaire local du travail non qualifié ou légèrement en dessous, harmonisé au cluster, pour ne pas détourner la main-d'œuvre des travaux agricoles et favoriser l'auto-ciblage.
  • Nombre de jours : calculé pour que le revenu couvre le déficit visé (par exemple 12 jours par mois pour couvrir la moitié du panier alimentaire d'un ménage), avec un plafond par ménage.
  • Structure du budget : la part consacrée aux salaires est en général majoritaire ; les outils, matériaux et encadrement technique doivent néanmoins être suffisants pour que l'ouvrage soit utile et durable.
  • Inclusion : horaires adaptés, travaux légers, garde d'enfants, et transferts sans contrepartie pour les ménages sans main-d'œuvre valide. Assurance et premiers secours sur les chantiers.
  • Utilité : ouvrages choisis avec la communauté et les services techniques, avec un plan d'entretien. Un ouvrage inutile décrédibilise tout le programme.

Revenus et petites activités

Subventions aux petits commerces avec un plan d'activité simple, groupes d'épargne et de crédit, formation professionnelle adossée à une analyse du marché du travail. Les standards MERS insistent sur la non-concurrence avec les acteurs économiques existants et sur la viabilité commerciale : former 200 couturières pour un marché qui en absorbe 20 crée de la frustration, pas des revenus.

10Le cluster en pratique, variantes par contexte et attentes des bailleurs

Ce qu'implique concrètement la participation au cluster

Le module de référence de l'IASC pour la coordination des clusters au niveau pays fixe les fonctions principales d'un cluster : appuyer la prestation de services, informer la stratégie et les décisions du coordonnateur humanitaire, planifier et élaborer la stratégie, suivre et évaluer la performance, renforcer la préparation et les capacités, mener le plaidoyer, ainsi que la redevabilité envers les populations affectées. Pour une ONG membre, cela se traduit par des tâches mensuelles précises :

TâcheFréquenceResponsable dans l'ONG
Rapport d'activités (5W : qui, quoi, où, quand, pour qui) dans l'outil du clusterMensuelle, avant la date fixéeChargé de gestion de l'information ou MEAL
Participation aux réunions nationales et infranationalesMensuelle ou bimensuelleChef de projet ou coordinateur
Partage des évaluations et des PDMÀ chaque publicationMEAL
Application des montants, rations et indicateurs convenusPermanenteProgramme
Contribution au plan de réponse humanitaire (projets, cibles)Annuelle, avec révision à mi-parcoursCoordination et développement de programmes
Participation aux groupes techniques (IPC ou Cadre Harmonisé, transferts monétaires, moyens d'existence)Selon les cyclesSpécialistes
Contribution à l'évaluation de la performance du cluster (CCPM)AnnuelleCoordinateur

Variantes par contexte

  • Choc soudain : distributions générales rapides, kits standardisés, PDM léger dans le premier mois ; relèvement précoce dès que les marchés rouvrent (semences si la saison approche).
  • Crise prolongée : transition vers des transferts plus prévisibles, intégration avec la protection sociale, programmes pluriannuels de moyens d'existence, suivi des résultats sur plusieurs saisons.
  • Camp : distributions régulières fortement organisées, enregistrement biométrique fréquent, gestion des tensions liées aux réductions de rations ; moyens d'existence limités par le cadre légal (droit au travail, accès à la terre).
  • Milieu urbain : peu ou pas de distribution en nature ; transferts par monnaie mobile ou cartes ; programmes d'emploi et de formation adossés au marché du travail.
  • Gestion à distance : suivi par tiers, vérification téléphonique d'un échantillon de bénéficiaires, photos géolocalisées des sites et des entrepôts, contrôles inopinés par le personnel du partenaire, rapprochements plus fréquents.
  • Insécurité forte : rations plus petites et plus fréquentes, distributions courtes et non annoncées longtemps à l'avance, pas de stockage important sur le site.
  • Partenaire local à faibles capacités : appui à la mise en place des documents de stock, premières distributions conjointes, montée en charge progressive des volumes confiés.

Erreurs fréquentes

  • Distribuer des semences après le début des pluies.
  • Rapprocher les stocks à la fin du mois plutôt que le jour même.
  • Réaliser le PDM sans base de référence, ou avec un questionnaire différent.
  • Ignorer les coûts cachés pour les ménages (mouture, transport, frais d'agent).
  • Rapporter au cluster des « bénéficiaires » cumulés comptant plusieurs fois les mêmes ménages.
  • Arrêter l'assistance sans stratégie de sortie ni information préalable.

Ce que regardent bailleurs et auditeurs

  • Traçabilité complète de la chaîne d'approvisionnement et rapprochements signés.
  • Pertes déclarées avec leurs causes et mesures, dans les délais prévus par l'accord.
  • Indicateurs de résultat (SCA, rCSI, LCS) mesurés contre une base de référence, désagrégés par sexe du chef de ménage et par zone.
  • Données du mécanisme de plaintes et suites données.
  • Cohérence entre les chiffres rapportés au bailleur, au cluster et dans les documents internes.

11Questions d'entretien et références clés

Questions d'entretien

1. « Au rapprochement, il manque 3 % des denrées sur un site. Quelles sont vos premières actions ? »

Une bonne réponse : recompter et vérifier les documents le jour même (bons de sortie, listes, retours), signaler immédiatement à la hiérarchie selon la procédure, ne pas accuser sans preuve, sécuriser le stock restant, documenter, informer le bailleur dans les délais de l'accord, puis analyser les causes et corriger la procédure.

2. « Le PDM montre que 30 % des ménages vendent une partie de leur ration. Est-ce un problème ? »

Elle explique que cela dépend de ce qui est vendu et pourquoi : vendre pour payer la mouture ou acheter des aliments manquants révèle une ration inadaptée ou des coûts non couverts, et peut justifier une modalité mixte ; vendre parce que la ration dépasse les besoins peut indiquer une erreur d'inclusion. Elle propose d'analyser par groupe de ménages et d'ajuster.

3. « Comment concevez-vous un programme d'argent contre travail qui n'exclut pas les plus vulnérables ? »

Elle cite le taux de salaire, le plafond de jours, les travaux légers, les horaires, la garde d'enfants, la composante sans contrepartie, la sécurité des chantiers et le choix participatif des ouvrages.

4. « Quelle est votre contribution type au cluster Sécurité alimentaire ? »

Elle décrit les 5W, le partage des évaluations, l'alignement sur les montants et indicateurs, la participation aux groupes techniques et au plan de réponse, et la remontée de problèmes de terrain (accès, doublons, tensions).

5. « Comment préparez-vous la sortie d'un programme d'assistance alimentaire ? »

Elle évoque les critères de sortie fixés à la conception, l'information précoce des ménages, une réduction progressive, les liens avec les moyens d'existence et la protection sociale, le calendrier saisonnier (ne jamais sortir au début de la soudure) et le suivi après la sortie.

Références clés

  • Manuel Sphère (2018), standards 6.3 (ciblage, distribution et livraison), 6.4 (utilisation des aliments) et standards sur les moyens d'existence.
  • Manuels de logistique et de gestion des denrées du PAM et guide logistique du Cluster logistique.
  • Livestock Emergency Guidelines and Standards (LEGS), édition la plus récente.
  • Minimum Economic Recovery Standards (MERS) : réseau SEEP.
  • Outils d'évaluation de la sécurité des systèmes semenciers (SSSA) : Alliance Bioversity-CIAT et CRS.
  • Module de référence pour la coordination des clusters au niveau pays : IASC.
  • Manuel des indicateurs du cluster mondial Sécurité alimentaire : Global Food Security Cluster.
  • Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS, 2024).
Mise en situation

Avant les pluies

Zone agricole après une mauvaise récolte

Votre rôle

Vous êtes chef de projet moyens d'existence.

Les pluies sont attendues dans un mois. Les ménages ont mangé leurs semences. Votre budget permet soit trois mois de transferts, soit deux mois de transferts plus des semences et des outils.

  1. Décision 1 sur 3Que choisissez-vous ?

  2. Décision 2 sur 3Quelles semences distribuer ?

  3. Décision 3 sur 3Comment mesurer le résultat ?

Exercice d'application : le calendrier de réponse

Pour une zone agropastorale touchée par la sécheresse (IPC phase 4 pendant la soudure, de juin à septembre), construisez un calendrier sur douze mois : assistance alimentaire, appui aux semences et au bétail, argent contre travail, suivi, et sortie progressive. Indiquez les indicateurs de suivi.

À retenir

  • Distribution : listes validées, site sûr, priorité aux vulnérables, rapprochement des stocks le jour même.
  • PDM : quantités, utilisation, problèmes, effets sur la consommation.
  • Relèvement : semences, bétail, argent contre travail, épargne, selon le calendrier saisonnier.
  • Lien avec les filets sociaux nationaux.
  • Cluster codirigé par le PAM et la FAO : IPC, 4W, montants harmonisés, pas de doublons.

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Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : normes minimales sur la sécurité alimentaire et la nutrition. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. Partenariat mondial de l'IPC (2021). Manuel technique de l'IPC, version 3.1. www.ipcinfo.org
  3. Programme alimentaire mondial (2021). Consolidated Approach for Reporting Indicators of Food Security (CARI). www.wfp.org/publications/consolidated-approach-reporting-indicators-food-security-cari-guidelines
  4. PAM et FAO (2024). Global Food Security Cluster. fscluster.org
  5. LEGS Project (2023). Livestock Emergency Guidelines and Standards (LEGS). www.livestock-emergency.net
  6. Programme alimentaire mondial (2008). Food Consumption Score: guidance note (VAM). resources.vam.wfp.org
  7. FANTA / FHI 360 (2011). Household Hunger Scale (HHS) et Household Dietary Diversity Score (HDDS). www.fantaproject.org/monitoring-and-evaluation
  8. Food Economy Group, Save the Children (2008). The Practitioners' Guide to the Household Economy Approach. www.feg-consulting.com
  9. CILSS (2019). Manuel du Cadre Harmonisé. www.cilss.int
  10. CaLP (2018). Minimum Standard for Market Analysis (MISMA). www.calpnetwork.org

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Le suivi post-distribution sert à :
2Quand distribuer des semences ?
3Le cluster Sécurité alimentaire est codirigé au niveau mondial par :

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